Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Recherche

Articles Récents

7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 20:17

urinoir-las-vegas.jpgVous je ne sais pas ! Mais moi je fais le discret et je ne respire plus, en espérant qu’il se dépêche ! Ca me gêne mais faut dire que j’aime bien aussi, surtout si c’est moi qui arrive après, c’est une question de préséance. Dans ces cas là je prends mon temps et jubile le truc, je me sens l’éthologue de service, je scrute le moindre mouvement, le plus petit bruit, et j’en infère la situation, j’induis le comportement, de la recherche fondamentale in situ, presque ! C’est de l’anthropologie vulgaire, c’est le mot idoine, de l’analyse de terrain en quelque sorte vécue en direct et en douce. Vous voulez savoir je me doute et si j’annonce pas la couleur vous laissez tomber la lecture pour un auteur moins sibyllin et plus rigoureux sur la syntaxe !

C’est une chose que l’on vit souvent et qui nous ramène à la vérité de ce que nous sommes, qui nous met à nu comme grand père habilis il y a des milliers d’années de cela. C’est si fort, si vrai que l’on se sent si peu, que l’on retrouve une forme de modestie, de petitesse, d’animalité même oserais je dire ! En un clin d’œil on fait l’histoire à rebours, on voit défiler les siècles et les mutations pour se retrouver la culotte sur les chevilles bloquant sa respiration dans un chiotte de bistrot… comme un con ! Déjà on s’est retenu un sacré bout car déféquer c’est tabou et sacré, comme pour l’oreiller, on préfère chez soi ! Donc on a contrôlé jusqu’à plus pouvoir le côlon, et à bout d’arguments intérieurs on s’est fait à l’idée pressée de se vider dans un lieu public, de s’asseoir sur les empreintes culières des autres de passage ! Sacrée décision, sacrée concession, drapeau blanc et chapeau bas… faut le faire, j’en connais qui se bloquent le rectum au prix de coliques indicibles pour échapper à l’aventure ! Je reviens au sujet : on a consenti à s’asseoir sur cette lunette pas très catholique qui a vu des tas de culs, en gros plan et sans ambages, des fesses de toutes tailles aux hygiènes plurielles, bref l’on perd pour un instant toute cette dignité que l’on a mis une vie à ajuster. Souvent on fait dans la discrétion, dans la timidité, on cherche à raccourcir le protocole vu qu’on est pas à la maison et qu’on va pas jouir le truc façon freudienne ! On s’est assis sur le bord, position finement calculée pour que le colis aille à la poste mais que l’on ne se commette pas trop avec les vestiges supposés d’autrui. D’aucuns aux cuisses d’airain effleurent sans réellement se poser, du survol, des vrais canadairs ! Il n’y a plus qu’à laisser faire le réflexe, attendre le spasme, que la machinerie se mette en marche et l’on sera bientôt soulagé, dans toutes les acceptions du terme ! Mais, et oui ! Mais voilà que la porte s’ouvre et qu’un quidam sifflotant s’en vient agiter avec énergie la clenche de votre secrète retraite ! Bien que le verrou soit tiré et bien tiré (car vous avez vérifié deux mille fois avant d’oser vous déculotter) l’importun insiste de façon péremptoire vous plongeant dans une apnée record ! Vous bloquez la mécanique humaine, alerte rouge hormones de stress, silence radio ! Pourtant vous savez bien que la torpille a une certaine inertie et qu’un pétrolier, même intestinal, lorsqu’il est lancé ne s’arrête pas net. De plus y a des remous, des courants d’air intérieurs, de la brise mésentérique qu’on ne contrôle pas par le simple fait de la volonté ! La statue vivante qui ne bouge plus et envisage le pire, à la recherche de la maîtrise parfaite, anaérobie et immobilisme dans la panique des sphincters et autres orifices ! Du yoga sur faïence dans un réduit insane ! L’autre, l’affreux attend comme si de rien n’était, se lavant les mains prolongeant le supplice et l’apnée. La chair se rappelle aux contingences et peu à peu se détache de l’inflexible volonté, vous luttez de toutes vos forces contre cet esprit de liberté charnelle, sentant la honte envahir votre distinction. De l’art des flatulences discrètes et in odorantes, vaste projet de recherche pour l’avenir d’un jeune thésard ! Ca progresse dans la retenue et les borborygmes assourdis, vous ne respirez toujours pas et appréhendez la chute, le plouf exclamatif qui vous montrera indubitablement du doigt ! L’étron révélateur et inquisiteur. Torture inhumaine, aucun retour possible, un aller simple sans remboursement, tout le monde descend ! Là c’est magique, c’est la psychanalyse sans fard ni artifice, c’est une confrontation avec soi même, un miroir sans tain qui vous renvoie à vous-même… c’est sublime et déroutant, tandis que l’autre malvenu s’impatiente et le fait savoir ! Ce qu’il y a de magnifique c’est que vous faites tout pour vous taire et taire votre intimité alors que l’autre sait très bien que vous êtes là et ce que vous y faites ! Mais on a tous un peu d’autruche en nous ! Bon je ne vais pas prolonger pour prolonger, ça deviendrait scato et j’y perdais un peu de ma superbe ! Avec bien des précautions et des prévenances vous lâchez l’encombrant au grand plaisir de votre organisme et vous trouvez confronté à un nouveau problème : s’essuyer !

Eh oui il va falloir vous torcher sans éclat, dans la discrétion la plus absolue et cela commence par le rouleau de papier qu’il faut dévider (qui chuinte évidemment à chaque tour !), découper la bonne longueur pour frotter délicatement et de façon efficiente, votre entre fesses ! Vaste affaire, périlleuse et bruyante aventure que vous ferez lentement, contrôlant le moindre de vos gestes, minimisant les bruits de chaque étape, au prix d’un ridicule énorme, ralenti et sans oxygène ! Enfin cela fait vous jetterez un œil sur le dépôt et tacherez de vous revêtir silencieusement tout en commençant à composer une mine de circonstance pour la sortie ! Car l’autre n’a pas bougé et attend votre place ! Le vacarme de la chasse d’eau semble annoncer la fin de votre calvaire mais vos narines s’en viennent rapidement le contredire et n’y pouvant rien vous sortez faisant bonne figure ! Passage au lavabo car vous êtes soigné tandis que l’autre se prépare à vivre votre supplice avec en sus des parfums évocateurs et envahissants ! Soit vous filez de peur de l’algarade in petto, soit vous traînassez par vengeance ! De toute façon vous retournez bien vite dans le monde où votre costume social vous attend !

On peut disserter à l’envi sur le problème, décrire les sujets et les fragrances, les peurs et les précautions. Mais ce serait du bla bla ! Pourtant il est deux autres cas, certes similaires dans la situation, mais différents dans la singularité, dont j’aimerais parler.

Pour le premier je ne peux qu’exprimer les sensations de l’intrus, du fâcheux qui indispose l’enfermée. J’ai bien écrit l’enfermée ! J’explique ! Ici c’est une femme qui entre car les WC sont mixtes et l’intrus est un homme, chacun ayant vu l’identité de l’autre va sans dire. La dame du fait de sa conception se doit de s’accroupir pour : trouvons une façon délicate, euphémisme de pisser ! Pour évacuer le résultat de la filtration rénale. Pour nous les hommes c’est un régal auditif, une revanche en décibel, un concerto en cataracte majeure, une secouée de salade en clapotis et vaguelettes indiscrètes ! Je ne sais pas ce que vit et ressent l’exécutante mis ça ne doit pas être caviar et faut assumer ! La cerise sur le gâteau si je puis dire c’est lorsque ensuite vous entrez dans le lieu d’aisance pour lui confier vos intérieurs surplus et y voyez le petit bout de papier toilette chiffonné qui s’agrippe à la faïence de la cuvette en témoin de cette différence sexuée !

Quant au second, il traite de la promiscuité masculine en situation de braguette ouverte et d’urinoirs investis. Là c’est homérique, ça vaut tous les reportages animaliers, c’est édifiant sur le comportement des mâles de notre espèce ! Description : deux urinoirs, deux types avec la même urgence. La plupart du temps les quidams évitent de s’accoter, ils pissent à distance avec un espace de sécurité entre, c’est un vestige animal du côté du rhinencéphale. Ils turbinent en regardant l’engin avec des relevés discrets du chef de temps en temps. Rien que de plus naturel ! Non le mieux et c’est ce qui nous intéresse c’est lorsque les urinoirs disponibles sont connexes. Là c’est autre chose, c’est un spectacle qui vaut le déplacement, c’est de l’humain pur sucre ! Souvent celui qui arrive après cherche un pissatoire libre et non attenant à celui de l’autre, si ce n’est pas possible il feint une envie de garde robe et s’enferme dans les toilettes avec siège ! Mais si c’est occupé alors là y a rituel et carnaval des cons ! D’abord on rentre les coudes et fixe sa bistouquette comme hypnotisé par le jet jaunâtre qui en sort. Puis ce sont les regards en biais, cursifs, au compas, l’estime des queues, chacun découvre l’arme de l’autre, la jauge, la juge, l’envie ou en sourit. C’est dantesque et intérieur, c’est masculin et pitoyable mais c’est ainsi ! On regarde son truc, celui du voisin, le mur, le plafond, parfois on sifflote, bref de la parade instinctive et réflexe ! Il fut un temps on a bien du se renifler mutuellement l’entre jambe mais c’est passé de mode depuis des millénaires ! Lorsque arrive la fin de la vidange chacun y va de sa technique de la dernière goutte ! Certains secouent vigoureusement, de haut en bas, ou de droite à gauche, voir inversement ou encore en combinant ; d’autres pressent et égouttent en allant chercher au plus loin dans l’urètre par un massage appliqué et constricteur ces résidus de miction, enfin il est possible de conclure par un succession de contractions périnéales donnant une alternance de petits jets de plus en plus pauvres jusqu’à la sécheresse voulue ! On remballe se lave ou non les mains (pas souvent qu’ils se lavent la main complice les mecs !) et chacun repart conforté dans sa suffisance et étonné de la multiplicité des allures péniennes. Dommage pour vous mesdames mais cet instant caricatural et grotesque c’est réservé aux hommes, on vous laisse le petit papier !

Voilà j’avais envie de vous parler de ce petit coin où tombent les culottes et les masques ! Où chaque jour nous allons incontinent (c’est du vieux français) à la rencontre de notre identité, dans le recueillement primal ou le silence contrit, selon que l’on est chez soi ou dans cet espace réduit  et pas très net d’arrière boutique.

Repost 0
Published by Etsivousosiez
commenter cet article
7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 17:14

Prisonnier d’un dilemme,

Noir et blanc s’y confondent,

Implacable théorème,

C’est un cercle, pas une ronde.

 

La demeure ou la fuite,

Il n’est point de salut,

Point d’arrêt point de suite,

Point le choix farfelu.

 

Apparaître, disparaître,

S’en aller revenir,

S’effacer reparaître,

Refuser, puis venir.

 

Être sûr, incertain,

Convaincu, dans le doute,

Décision le matin,

Que le soir l’on redoute.

 

Des chamades et des larmes,

Des sanglots des sourires,

Des angoisses, fausse alarme,

Des envies de mourir.

 

Des mots crus, des mots doux,

Des appels, des silences,

Des propos aigre-doux,

Des chagrins d’importance.

 

La torture des attentes,

Les colères quiproquo,

Les étreintes haletantes,

Les murmures en écho.

 

Des morsures, des baisers,

Des coups et des caresses,

Des regards malaisés,

De cinglantes adresses.

 

Pied de grue pas de danse,

La valse-hésitation,

De refus en relances,

Dolentes palpitations.

 

Loin des yeux, loin du cœur,

Cécité volontaire,

Mais l’adage est moqueur,

Et l’aveugle, lui s’enterre.

 

Se taire et se maudire,

S’ignorer, oublier,

Aussitôt se dédire,

S’appeler, supplier.

 

Souffrir, se déchirer,

Convaincus, convaincants,

S’aimer, se désirer,

Éperdus délinquants.

 

Prisonnier d’un dilemme,

D’un chemin sans issues,

D’un amour sans barème,

D’un dessous sans dessus.

Repost 0
Published by Etsivousosiez - dans Poèmes
commenter cet article
7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 17:05

Une brume légère flotte au-dessus du canal, il fait nuit, nuit épaisse et sombre, à peine éraflée par la lueur des réverbères de part et d’autre du pont.

 

- Il nage ?

 

- Je ne crois pas…s’en a pas l’air, à voir ses mouvements désordonnés.

 

- Il se noie alors ?

 

- Ça en à l’air en tout cas, je n’imagine pas qu’il ait choisi de prendre un bain à cette heure ci ! Habillé en plus !

 

Ils sont assis sur bord cimenté du canal, côte à côte, de temps en temps le passage d’une voiture, sur le pont, vient embrouiller le silence de la nuit et les oblige à hausser la voix.

 

- ça fait longtemps qu’il se débat comme ça ?

 

- Bien cinq minutes… oui disons cinq bonnes minutes pour arrondir.

 

- Suicide ou accident ?

 

- Il a sauté…ça oui il a sauté de son plein gré ! Il marchait devant moi sur le pont, s’est arrêté pour regarder l’eau, s’appuyant sur le parapet, et d’un coup l’a enjambé.

 

Le bruit des mouvements violents et désordonnés se répercute dans la nuit, il est le seul perceptible en dehors de celui des véhicules qui passent parfois. Des clapotis, des sortes de râles, et le scintillement discret de l’eau en mouvement pour en signaler la source.

 

- Tout à trac ? Il n’a pas réfléchi avant ? Tient il a coulé !

 

- Il va remonter, il doit avoir bu la tasse ! Et puis avec ses vêtements ce ne doit pas être facile de flotter… Non il a d’abord marqué un temps d’arrêt, comme pour réfléchir, à moins qu’il n’ait eu peur dans un premier temps… c’est haut quand même ce pont ! Et puis il s’est jeté…plouf que ça a fait, dans la nuit je n’ai pas trop bien vu !

 

- Cinq minutes ! Ça veut dire qu’il s’accroche…il sait nager à mon avis pour tenir aussi longtemps…en plus l’eau est froide.

 

- Tenez le revoilà, je vous disais qu’il allait remonter…c’est toujours comme ça…ils s’accrochent quand bien même ils veulent mourir.

 

- L’instinct…c’est l’instinct, leur fichu instinct de survie. Il se débat moins là ?

 

- Normal il fatigue.

 

Des vaguelettes viennent se briser sur la berge en béton, successives, en ondes concentriques, à peine moussues. Le bruit de la lutte qui se tient au centre du canal commence à diminuer. Une forme semble apparaître dans les reflets des lueurs venues de là haut, puis se fond dans l’obscurité, comme une scène stroboscopique au ralenti... Il faut savoir ce qui se passe pour réellement le distinguer.

 

- Je crois que c’est bientôt fini, il se débat moins là !

 

- Oui, vous avez raison, il ne s’en sortira pas tout seul, le froid et la fatigue le tétanisent…il va se résoudre je pense.

 

- Bon je vais y aller je dois faire mon rapport, je vous le laisse, il ne résiste plus… il ne doit plus avoir trop conscience de ce qui se passe. C’est la fin. Ce n’est plus de mon ressort.

 

Il se lève, salue son interlocuteur d’un sourire figé en posant sa main sur son épaule, et s’en va discrètement se fondant rapidement dans l’épaisseur de la nuit. A la surface de l’eau quelques vaguelettes résiduelles courent lentement vers la berge en agrandissant leurs cercles. L’autre reste assis attendant d’être sûr que le noyé ne remontra pas.

 

- eh l’ange sans rancune ! A charge de revanche ! La prochaine âme sera pour toi qui sait! On ne peut pas toujours gagner ! Attends-moi ! Il y a une jeune fille qui vient juste d’avaler des somnifères pas loin d’ici !

Repost 0
Published by Etsivousosiez - dans Nouvelle
commenter cet article
6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 22:50

Comme un mauvais hiver qui s’étend sans répit tissant sa toile de froid dans les moindres recoins, fieffant l’âme, la chair et l’espoir, en un domaine transi duquel on ne s’échappe point. Comme une nuit froide sans lendemain, à l’obscurité profonde et sans fin, où le ciel et la terre ne font plus qu’un dans un infini sans couleur. Comme un silence interminable, rumeur sans nom qui s’impose et écrase de tout son poids inaudible. Comme une absence incommensurable dont on n’arrive à définir l’objet, qui vous étouffe de ses non dit, c’est la vie interminable qui vous pèse et se poursuit.

Comme une peur inscrite aux tréfonds d’une mémoire infidèle qui trace son chemin depuis le premier jour… comme un cri qui résonne en cascade dans l’intimité de la viande, se répète et s’amplifie sans que d’aucun n’y prête l’ouïe. C’est la vie qui déroule son fil inlassable sur un chemin raviné qui court au hasard… comme un trait torturé aux reliefs incertains, un chemin sans destin, ni même destinée, qui ne mène nulle part.

Comme une chanson à l’unique refrain ayant perdu son couplet, une comptine sans entrain qui se répète et oublie. Comme des lettres sans lien, des syllabes en hiatus, prosodie sans chemin, assonances qui toussent, la parole s’emporte mais le verbe s’émousse, et le discours se tord, puis s’égare dans un brouhaha assourdissant à l’ivresse terrible. Comme, comme un regard sans vie qui cherche une lumière et ne trouve que l’ombre, comme un enfant qui dessille les yeux et se brûle au soleil, comme la lame du froid qui vous tranche la lèvre, comme toi qui n’est point et que l’on cherche sans pause. Comme l’incertitude qui frappe à grands coups à la porte du doute pour lui faire un enfant qu’elle appellera “demain”, comme un mauvais présage qui recouvre vos jours d’un linceul qui poudroie en une cendre mauvaise, moyen âge d’une pensée qui s’impose le joug, pilori d’un autre temps, c’est la roue du passé qui résonne des coups. Comme une attente de ce qui ne viendra jamais, enfant perdu qui se met à pleurer, tout s’effondre et pourtant il nous faut durer. Comme une chamade qui court jusqu’aux lèvres et s’expulse en nausées, une toux qui s’en vient puis s’étouffe hoquetée, brûlure d’un souffle qui ne peut s’expanser. Comme la garce qui rôde depuis toujours en attente de charogne, hyène de la nuit, carnivore de l’ombre, qui s’engraisse de nos peurs et de nos jours qui passent. Comme un combat déjà perdu, sans arbitre ni règle, du plus fort au plus faible aux blessures pareilles, c’est le coup perfide et imprévu qui décide de l’issue. Comme une douleur qui grandit puis s’incruste, chronique des moments de la chair, une histoire en souffrances racontées, spasmes après spasmes, carmines cicatrices à peine refermées. Comme un pus qui raconte les mauvaises rencontres, comme une peau déjà flétrie par le vent des jours qui passent, rides marquées aux coins des sourires d’antan, vieilles grimaces sculptées au burin des saisons oubliées. Comme ce goût amer qui brûle la bouche, évanescentes fragrances d’un instant de jadis, on éructe, on salive puis on crache le souvenir usé. C’est la gueule de bois du bal des dépassés, le tournis des vieux qui regardent en arrière, se penchent tombent et vomissent leur passé. C’est la samba des faux semblant, la rumba des tronches fardées, maquillages outrés comme de mauvais décors dans une pièce ratée, carton pâte au couleurs poudre de riz, trompe l’oeil en pastel sur un stuc vieilli; c’est la farandole des oublieux, la chenille des âmes en peine qui s’égaillent pour ne pas rester sur place, de peur que l’on allume et que chacun dans la pâleur de l’autre se voit : face contre face; comme un musée de cire aux statues vieillies, couche de vernis sur couche de vernis, costumes délavés et regards de verre. Comme des billes qui renvoient seule la lumière et sans elle ne sont rien, comme des prunelles au reflet de cataracte, vies laiteuses et regards opaques, c’est la société qui bouge aux heures d’ouverture.

Comme la main qui tremble à saisir le ticket du lendemain, jour de chance ou numéro rien, mise la vie au grand loto du chagrin, tirage ce soir dans tes rêves en direct, six numéros, complémentaire : tintin ! Faites vos jeux ! Rien ne va plus ! La bille tourne et la tête suit, noir, rouge, croque mort imper et passe, corbillard des faux jetons, on ramasse ses pions et l’on se barre. Compte les cartes au sabot de la nuit qui s’achève, l’interminable poker des parties de solitude, petits matins des grandes incertitudes que l’aube dispute au crépuscule. Comme la bouche pâteuse qui a soif, comme les yeux fatigués que l’on frotte, la vie se cherche le chemin du repos afin de sauvegarder cette ivresse factice et ne pas s’encastrer dans la paroi du quotidien. Rideaux ! Noir sommeil dans l’agitation des autres, silence je rêve !!! Pair et manque, je triche au baccara des songes.

Repost 0
Published by Etsivousosiez
commenter cet article
6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 17:44
 (Lire à partir 1min07 de musique)

 

 

 

Errer seul dans le jour,

Comme être dans la nuit,

Cécité de toujours,

Au soleil qui s’enfuit.

 

Thébaïde oubliée,

Solitude de l’âme,

D’un silence publié,

Où se taisent les pâmes.

 

Souvenirs des mots,

Des instants magnifiques,

De caresses et de maux

De regards mellifiques.

 

Une peine qui se traîne,

Tel un fardeau trop lourd,

Une chamade à la peine,

Entraînant son balourd.

 

Si proche si lointaine,

De paroles et d’attentes,

Adorable certaine,

Incompossible aimante.

 

Au vent des solitudes,

Sont les notes passées,

En la lourde lassitude

Des non-dits ressassés.

 

Un chemin sans trajet

Dans un monde nouveau,

Amoureux étrangers

Sans passage à niveau.

 

Sa peau, ses cris, ses larmes,

Son sourire, son silence,

L’étrange de son charme,

Quand son âme se balance.

 

En elle dans un ailleurs

Impossible réel,

Par le rêve meilleur,

Et pour l’éveil cruel.

 

Un soleil différent,

Aux couleurs si nouvelles,

En son monde afférent,

Déroulant sa tavelle.

 

Sur mes lèvres son souffle,

Son souffle que je respire,

Qu’elle expire et qu’elle souffle,

Qu’elle souffle et que j’inspire.

 

Et le manque s’installe,

A peine repartie,

Étirant l’intervalle

De son temps départi.

 

Astre d’un jour unique,

D’un là-bas espéré,

D’un soleil tunique,

Dans un ciel en perré.

 

Errer seul et sans elle,

Comme être dans la nuit,

Tel un oiseau sans ailes,

Sous le ciel de l’ennui.

Repost 0
Published by Etsivousosiez - dans Poèmes
commenter cet article
6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 12:16

_DSC9787.jpegIl me souvient, l’ombre de tes paupières,

De l’éclat pourpre de tes lèvres,

De ce  reflet de la lumière,

Sur cette peau couleur de Sèvres.

 

Te souvient-il de ces regards brillants,

De ce désir intense, profond,

De nos instants doux et sémillants,

Tendres miroirs de nos tréfonds ?

 

Il me souvient, tes seins lourds et fermes,

Sous le tissu noir de ta robe,

Gorge opulente, blanche d’épiderme,

Ampleur massive de ses orbes.

 

 Te souvient-il de mes mains curieuses,

Sur ton ventre rond frémissant,

De leurs folies enfiévrées, contagieuses,

 D’un paradoxe alentissant ?

 

Il me souvient, ton souffle irrégulier,

Et tes soupirs  surprenants,

Quand mes doigts si curieux, épistoliers,

 Allaient écrire plus avant.

 

Te souvient-il, de ma bouche gourmande,

De sa langue allante et vive,

Dans l’arrogance des demandes,

Mariage avide, de lèvres et de salive ?

 

Il me souvient, tes chevilles ourlées,

Sur des talons, lacées de cuir,

De tes mollets tendus et fuselés,

Que les tensions, faisaient reluire.

 

Te souvient-il, de ton souffle haletant,

De ces baisers fous, sans pudeur,

Tièdes et humides oiseaux voletant,

Volatils, fols maraudeurs ?

 

Il me souvient, la force de ta cambrure,

Quand en ton ventre je venais,

Sublime enfer, aux magiques brûlures,

Où lent, j’allais et revenais.

 

 

Te souviens-il, de ces mots prononcés,

Impudiques, et si provocants,

Des ces morsures, voulues et annoncées,

Telles les prémices d’un volcan ?

 

Il me souvient, de tes larmes chaudes,

En tes pupilles coruscantes,

De ton plaisir la lueur badaude,

Sous tes paupières capricantes.

 

Te souvient-il, de ces si longs silences,

Tous deux, blottis l’un contre l’autre,

Unis, par cette douce inconvenance,

Compendieux, en cet instant nôtre ?

 

Je me souviens de toi, de moi, de nous,

De ces instants nôtres ensemble,

Où nos cœurs battaient, sans garde-fou,

En métronomes qui se ressemblent.

 

Te souviens-tu de ces belles amours ?

De nos chamades impudentes,

De ces caresses fortes et sans détours,

En nos paroles imprudentes ?

 

Les souvenrances se rappellent à nous,

En nos frissons, en nos rancoeurs,

S’en reviennent, et puis lentes se dénouent,

Dans les sursauts de notre cœur.

Repost 0
Published by Etsivousosiez - dans Poèmes
commenter cet article
6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 12:14

PhotoFunia-3bf6ab.jpgSur le vieux miroir oublié,

Ce feu reflet de ton visage,

Comme une image dépliée,

Dessus ce passé paysage.

 

Traces de doigts et de poussière,

Éclat des ors estompé,

Le tain qui s’écaille derrière,

Les regards venant s’y tromper.

 

Voile des hier qui se pose,

En ces traits tiens que l’on devine,

Que cette lumière dépose,

Tout contre les ombres divines.

 

Femme, vieille femme qui se dédouble,

Souvenirs confus et présents,

Amalgame et mélange trouble,

Moire flou d’un soleil alezan.

 

L’orbe de tes seins, leur profil,

Tes lèvres colorées qui brillent,

Ce mouvement rapide de tes cils,

Sensuelle, noble jeune fille.

 

Fard à paupières, sombres pastel,

Pinceaux de sourire, Mascaras,

Sourcils que l’on épile, Rimmels,

Orles rosés ou nacarat.

 

Peau flétrie et rides profondes,

En tes prunelles la laitance,

Chevelure grise autrefois blonde,

Veinules mauves et garances.

 

Face à face, duelles épures,

Nue silhouette d’une amante,

Festons dentelles et guipures,

Formes austères et dirimantes.

 

Bas de soie, mante de ta peau,

Blanc de ton ventre et mailles noires,

En lui, se donne le tempo,

Sous l’échancrure du peignoir.

 

Sur tes jambes des veines bleues,

Tes cuisses molles et marbrées,

Assise, une main dans les cheveux,

Buste droit et lombes cambrées.

 

Si belle, d’envie et de désir,

D’espoir, sans doute ni attente,

Imperméable au déplaisir,

Jeunesse folle et envoûtante.

 

Sur la musique des jours anciens,

Des bals d’été de drôles de soir,

Gilbert Fernand, ou bien Lucien,

Valses musettes et périssoires.

 

Soleil d’automne et crépuscule,

Les souvenirs sont bien rangés,

En ces coffrets bien minuscules,

Que la mémoire vient déranger.

 

C’était demain, c’était hier,

Des jours trop longs, des jours trop courts,

Une beauté fière et si altière,

Une vieillesse, dans l’arrière-cour.

 

Il n’est plus qu’un miroir brisé,

Mille facettes, mille visages,

Vieilles blessures cicatrisées,

Traces de vie, secrets messages.

Repost 0
Published by Etsivousosiez - dans Poèmes
commenter cet article
6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 12:11

PhotoFunia-5e5228.jpgFace au miroir seule,

En cet instant de toi,

Loin de ce monde veule,

En l’intime matois.

 

Tes formes et reflets,

Les ombres et contrastes,

Et ton ventre soufflet

Qui lui s’agite chaste.

 

Tu provoques ton âme,

Par une image outrée,

Que l’impudeur réclame,

De ce moment feutré.

 

Tes mains, tes lèvres vives,

Tendons, ourlets de chair,

Quand le désir avive,

Les dévotes jachères.

 

Ouverte cathédrale,

Aux dentelles carmines,

D’une messe amorale,

Où des ombres gaminent.

 

Bénitier de ton ventre,

Baptême de tes doigts,

Dans l’humide de l’antre,

Que l’outrance coudoie.

 

Sur ta peau blanche claire,

Des veines bleues s’écoulent,

En ce miroir qu’éclairent,

Les reflets de l’ampoule.

 

Tes yeux cherchent l’image,

Ce spectacle du corps,

Ultime de l’outrage,

Sublime désaccord.

 

Le spasme se propage,

S’élance, gagne le choeur,

Intime aréopage,

Où palpite ton cœur.

 

Tes cuisses tu déploies,

Les ouvrant plus encore,

Du plaisir l’emploi,

Tu t’offres le décor.

 

De ta Geste l’actrice

Sur la scène du tain,

Avide spectatrice

Malicieuse catin.

 

Ta matrice tu fouilles

Et explores ton ventre,

Tes prunelles se mouillent

À l’instant où tu entres.

 

Images emmêlées,

Tu gémis et soupires,

Mirage sang-mêlé,

D’intérieurs sourires.

 

Belle, putain de toi-même

Peinture de psyché,

De ce corps bohème

Aucunement empêché.

 

Coule en toi cette vie

D’une limpide moiteur,

Subreptices envies

D’une sapide lenteur.

 

Face au miroir seule

En cet instant passé,

Où le silence feule

Les soupirs dépassés.

Repost 0
Published by Etsivousosiez - dans Poèmes
commenter cet article
5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 21:44

A l’approche de la nuit, en son flou,

Con, d’avanti a me, la nebbia,

Apposée sur l’air, le sol par-dessous,

Aspetavo che san venisse la luna.

 

J’attendais, face à ce voile sombre,

Che la sua lucce, sul lenzuolo scuro,

Estompe l’épaisseur de l’ombre,

Per commiciare a dipingere l’azzuro.

 

Dans le treillis des frondaisons de chine,

All’orrizonte, ha fatto la sua comparsa,

Nimbant l’encre des cieux en leur échine,

Come neve in cima la montagna si posa.

 

Du crépuscule au petit matin je restai,

Stupito della sua corsa attraverso il cielo,

Tandis que matinale, la brume délestait,

Una rugiata che bagnava l’erba del campo.

 

La nuit au jour échangeait son odalisque,

Lasciante il sole nuovo svelarsi,

Oblitérant dans sa lumière le ménisque,

E luna stanca addormentarsi.

Repost 0
Published by Etsivousosiez - dans Poèmes
commenter cet article
5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 17:14

J’ai vu le temps voleur s’enfuir avec sous le bras mes sourires d’enfant. Je l’ai vu me dérober la fraîcheur de ma vie, mes amis, la jeunesse de mes parents et l’attente sans fin des lendemains. Je n‘ai pu le rattraper, le saisir et lui reprendre mes biens, il s’en est allé sans même se retourner, vigoureux et moqueur. Il m’a laissé là, seul, dépouillé, les bras ballants, les mains serrées dans le vide, me demandant pourquoi, pourquoi moi ? J’ai vu le temps cynique, aller de ville en ville, de vie en vie, chaparder des enfances, des jeunesses, saccager des instants, et rire, rire dans le vent des années courant d’air. J’ai crié seul dans l’obscurité des détresses, hurlant dans la nuit des angoisses : au voleur, au voleur ! Mais personne n’a réagi, ne s’est arrêté ! Ils allaient tous le front bas et le regard au loin, comme s’ils voulaient ne rien savoir, comme si c’était bien fait pour moi, et qu’il n’y avait rien à faire que de le laisser s’enfuir. Chacun redoutant que n’arrive son tour et ne devienne victime.

J’ai regardé le temps s’éloigner avec dans sa besace tout ce que la vie m’avait offert, ne m’en laissant que les souvenirs, les traces incertaines de leur mémoire floue, ces parfums, ces images, ces troubles qui semblaient n’avoir jamais été. Il s’est gobergé de mes amours anciennes, des mes désirs d’antan, s’est goinfré des mes frissons de jadis, jetant çà et là mes émois, mes chagrins et mes regards, épars dans la vie sans y attacher une quelconque valeur, pour ne garder que le plaisir qu’il m’avait dérobé. J’ai vu le vent des jours emporter les papiers des douceurs de mon âme dont ce larron s’était repu, me disant que ces saveurs devaient être miennes.

J’ai vu s’éloigner le temps à grands pas des jours solitaires, goguenard, sans pouvoir le suivre, perdu dans cette ville sans âmes des souvenirs, silhouettes grises des années passées, des amis disparus et des proches envieillis, des amours chiffonnées et des baisers oubliés. Aux carrefours des décisions anciennes, j’ai cherché sa trace et son enjambée, son ombre incertaine, et n’ai trouvé que des rues vides et des arbres sans feuilles, des trottoirs déserts, des portes closes, et derrière les croisées aux rideaux grisâtres, des visages ridés, qui, subreptices, à mon passage, s’effaçaient.

J’ai pris au hasard, des chemins pas très sûrs, des sentiers boueux et des routes improbables, dans l’espoir de le retrouver et lui faire rendre gorge, pour reprendre son larcin, mais je me suis épuisé à vouloir le débusquer là où il n’était, tandis qu’il savourait ma jeunesse insouciante, et gaspillait ma vie, que je n’avais su goûter, dans une frénétique ripaille. J’ai erré sur les traces du temps, demandant çà et là son adresse, qui l’avait vu passer, entendu rire, espérant que d’aucuns me diraient où il avait sa tanière, dans l’espoir de fouiller ses poubelles, et d’y trouver les restes de ce qui m’était dévolu.

J’ai perdu mon temps à la recherche du temps, j’ai perdu ma jeunesse à vouloir la retrouver, alors que sur l’instant je ne savais pas que déjà elle m’échappait, séduite par la course folle du temps et ses vaines promesses. J’ai perdu ma vie à chercher demain, alors que c’est aujourd’hui qui était, j’ai fouillé les poches d’hier et les ai retournées, mais il n’y avait que poussière, car le temps chapardeur, à mon insu, m’avait tout volé.

Repost 0
Published by Etsivousosiez
commenter cet article