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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 15:48

 

 (attendre le saxo pour commencer à lire)

 

Comme un ciel souffrant, torturé,

Qui là se pose lourd et pesant,

De gris et de gras aduré,

Aux faîtes de nos toits alezans.

 

Géantes agitées par le vent,

Semblant vouloir le découper,

Ces éoliennes ci s’élevant

Tournent inlassables et groupées.

 

Colzas qui s’étendent au loin,

Parure d’or d'une terre adornée,

Ondes d’un océan malouin

De corolles safranes ornées.

 

L’instant contrefaisant la nuit

Nous semble vouloir s’y blottir,

Car dans l’averse qu'il essuie

C’est du deuil qu'elle le vient vêtir.

 

Tout est si sombre endémené,

Les nues les herbes et l’horizon,

Car dans ces cieux enchifrenés

Le jour égare sa paraison.

 

C’est treillissé d’un froid crachin

Que le paysage se montre,

Terne tableau si maraîchin,

Sinistre toile et malencontre.

 

Le requiem la symphonie

Des éléments qui se démènent,

De la nature l’acrimonie

Ainsi soit-il bien peu amène.

 

Déjà les près sont des tourbières,

De pluies engorgés puis de fange,

Dans ce décor de mise en bière,

N’est que le vent qui les dérange.

 

Sis à la croisée des chemins,

Où s’élève un ancien calvaire,

Cloué par les pieds et les mains,

S'élave un pâle christ sévère.

 

Nues, les ramures semblent des doigts,

Des griffes qui s’agrippent au ciel,

Le déchirant en quelque endroit

Pour que s’évade l’arc en ciel.

 

Point de soleil moins de lumière,

Un empyrée bien chiffonné,

Sur le chemin jouxté d’ornières

Des tuiles cassées abandonnées.

 

L’eau, sur les penchants des talus,

Vive, dévale traçant des ravines,

Serpent qui cherche son salut

Par ces creux sentiers qu’il devine.

 

Pâtures, champs d’avril ennoyés

Sous l’abondance de l’averse,

D'un printemps par trop dévoyé

Dont l’ivresse ici se déverse.

 

(29/04/2012)

 

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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 19:23

(Photo copiée sur http://bloncourt.over-blog.net)44-1284--Ecole-communale-pri.jpg 

 Peu de temps après leur installation, les premières grandes vacances passées, ouvrit l’école de la cité, les écoles plutôt, connexes, filles et garçons. L’ultime pierre de l’édifice, un monde à part mi ville mi champs, en autarcie complète et identité naissante !

L’école cocon de laquelle un nouveau monde devait naître, en attente d’exuvie, entre passé et présent avec ces jeunes maîtres porteurs de la tradition séculaire des hussards noirs, messager de l’idéal, missi dominici de la république convalescente et ambitieuse. L’école comme un cœur à part avec son rythme bien à lui, au fil des saisons de la nature et du calendrier, mais aussi des siennes propres, transmises par les habitudes et les rituels enfantins. Le temps des billes, de la maison au travail par le chemin des caniveaux, le temps des tournois improvisés à la craie dans la cour de récréation, des gouttes d’eau et porcelaines qui avaient une si grande côte à la bourse du désir. Billes en terre pour les pauvres sans aucune valeur que celle de l’humiliation. Les sacs cousus par les mères dans ces tissus oubliés, remplis et puis vite maigrelets après les défaites douloureuses et humiliantes infligées par ces as de la tiquette, gavroches débrouillards de la cité.

Le temps des osselets, des mains râpées sur le macadam par des fascinantes et intrépides balayettes au « trois sans bouge » ! Le temps des avions en papier planeurs infatigables qui ravissaient Jean lorsqu’il les regardait flotter dans ce ciel circonscrit des alentours, aéronefs fragiles, qui débordant les frontières invisibles de l’espace aérien de la cour, s’évadaient parfois et s’en allaient continuer leur périple ailleurs, accompagnés de la gloriole de leur ingénieur en culottes courtes ! Le temps des parties de morpions, tracées au calcaire des champs sur l’ardoise rugueuse de la cour, croix et ronds placés avec minutie puis vite oblitérés par la défaite et la mode d’un nouveau jeu ! Touche-touche, guerre inventées, bousculades d’une virilité naissante et à confirmer.

Le temps des saisons, le temps des rituels et des classements, le temps impérieux de l’école aussi avec sa rentrée et ses odeurs de plastique neuf des protège cahiers, une couleur pour chacun des travaux forcés : du jour, de composition, de brouillon… La distribution des fournitures qui rendait plus acceptable cet enfermement à venir. La répétition des semaines conséquentes et conformes, le poste de radio que le maître sortait chaque mardi de sa secrète cachette pour la séance de chant médiatique de France musique ! La classe qui se chauffait la voix synchro par des iiii, des aaaa, des oooo et uuuu sous la direction de ces ordres venus d’ailleurs le haut parleur.

La corvée privilège de plantes, de tableau, d’encrier, et les crayons à tailler avec cet appareil magique fixé au bureau ! Chacun son tour, sa semaine, l’impétrant arrivant plus tôt, sacrifiant la récréation du matin (celle où tout se disait, secrets et racontars de la veille) pour accomplir cette mission avec orgueil et parfois suffisance.

Le temps des plumes Sergent Major que Jean foulait et celui des stylos à bille formellement magiques mais bannis séant, de cette encre violette dans des encriers sitôt remplis par des morceaux de craies afin qu’elle fût changée au plus vite. Des doigts maculés de copiste débutant, langue dehors et coude sur la table commune, le buvard en garde fou de gestes malhabiles. Ce temps du respect et de la crainte aussi, du sifflet qui figeait la cour de récréation en une immense sculpture vivante, forêt d’enfants immobiles où deux ou trois ahuris, cependant le diktat sonore, continuaient leur courses échevelées et se voyaient tancer publiquement puis punis, publique opprobre devant toutes ces statues intérieurement rassérénées de ne pas en être ce jour !

Celui des filles en face, lointaines et interdites, en silhouette qui jouaient à la corde, à la marelle, avec leurs jeux secrets et copiés parfois, en douce pour savoir ! « Ce palais royal qui est un beau palais où les toutes jeunes filles sont à marier », ritournelle qu’elles répétaient à l’envi tout en sautillant par dessus la corde folle qui tourbillonnait ! Comme beaucoup eussent aimé être le préféré de «  mademoiselle unetelle qui veut l’épouser », oui non ? Oui non ? Et cette corde qui tournait et tournait comme un destin inexorable pour des amours à venir ou pas ! Ces jeux de l’autre côté de cette frontière virtuelle mais infranchissable, à tout le moins là, si féminines activités mais que les garçons regardaient à la dérobée comme curieux de les comprendre, pour essayer ensuite dans la cité avec les sœurs et voisines !

Le verre de lait ministériel pour une dose de calcium à la récréation, frais ou chaud dans de grandes marmites d’aluminium, avec cette peau si peu ragoûtante qui flottait et lui faisait choisir immanquablement le breuvage froid.

Le temps des rangs, alignés sur une tête ! Le temps des places au mérite, classement humiliant dans l’espace de la classe, des bulletins de satisfaction, une image pour dix bons points comme un trésor sans prix, des sorties en chenille humaine jusqu’au portail pour un égaillement général après un bonsoir monsieur ! Liberté conditionnelle jusqu’au lendemain et retour au bercail par le chemin le plus…long !

Ce temps des visites en sous vêtements, tous en slip blanc et docte regard d’un toubib sur des roubignolles immatures. Celui de l’orange de noël et de la brioche, des pieds mouillés dans des chaussettes reprisées, de Laurel et Hardy en noir et blanc nés d’un bruyant projecteur dont le faisceau traversait toute la salle de cantine, où les enfants ensemble et bruyamment faisaient le décompte qui s’égrenait sur le mur dans le cliquetis de la machine des frères Lumière. Des cassures de la pellicule, frustrant et prétexte à se laisser aller enfin sans risque dans la pénombre et la joie des fêtes à venir ! Le gros et le niais dans leur avion chaque année s’évadant de la légion, mais qu’importait la répétition puisque les âmes chantaient et frissonnaient de ce bonheur commun !

Celui aussi des timbres à vendre pour lutter contre l’infâme tuberculose millénaire, porte à porte dans les cages d’escalier à dessein de complaire au maître, cette époque aussi des vaccins et cutis ritualisés !

Le temps des odeurs de cire et de javel à la fin de l’année, lorsque chacun effaçait les traces de sa présence sur la table de labeur, pupitre sacré, pour ensuite le faire briller au mieux ! Oui Jean, le temps des interminables récréations de juin où l’étude du soir avait un goût d’enfin, saveur des grandes vacances à venir ; celui où il jouait en classe avec les jeux apportés, ce temps d’adieu pour le passage à niveau supérieur, se demandant ce que serait ce nouvel instituteur côtoyé l’année durant dont il ne savait mesurer le caractère, et que les plus grands bien sûr se régalaient cruellement à décrire comme terrible et implacable. Ces instants de fin d’année et de remise des prix dans la salle de sport surchauffée, des édiles barbonnants sur l’estrade, des spectacles en costumes et des dictions en public, de la pêche à la truite, des conserves à caramboler, des ballons gonflés à l’hélium pour un merveilleux voyage dans l’espace emportant un nom, une adresse, un espoir.

Le temps du petit train dans la cour, des sourires aux maîtres et de la visite des classes où s’étalaient et s’exposaient les œuvres du travail manuel. Le temps des vacances qui s’en venaient et d’une rentrée si lointaine dans une école qui peu à peu prenait les couleurs d’une autre époque pas encore entraperçue !

Cette école où personne n’osait entrer hors des périodes scolaires, lieu conventuel et sacré qui cachait c’est certain un passage secret seul connu d’un bossu que nul n’avait jamais vu, mais qui enlevait les petits enfants bien qu’aucun ne manquât jamais à l’appel lors des rentrées !

Une école en blouse et tableau noir, en craie et encre violette, entre sourire et crainte, une école souvenir entre deux époques comme couloir de lumière !

 

( A monsieur Dourdain ce Maître merveilleux de CE1 que je n'oublierai jamais...jamais)

 

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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 18:31

(La musique est sous le texte si cela vous dit d'essayer ensemble)

 

traitement-insomnie.jpgOmbres et lumières des instants commencés qui se réclament à nous, impérieux et ostentatoires qui nous viennent chercher en la nuit. Les voilà qu’ils font leurs demandes, insistants, exigeant leur fin, ces heures qu’ils disent leur manquer... l’insomnie le cédant alors au sommeil. Fantômes, papillons nocturnes aux ailes brunes et de poussière, qui se déplacent légers et en tous sens, dans la syncopée d’une excitée chorégraphie, venant nous effleurer parfois, le front ou la chevelure, à dessein de nous éveiller et de nous maintenir en cet état d’hébétude angoissée. Rien ne les effraie, ni la flamme des bougies et des cierges sur laquelle ils pourraient consumer leurs ailes, ni encore les grands gestes désespérés qui tentent de les chasser. Ils virevoltent, changeant sans cesse de direction, affolant les esprits inquiets qui s’agitent comme des démenés, tourments impalpables qui s’obstinent et les harcèlent. Rien n'y fait et ne semble pouvoir y faire, ils insistent, provocateurs, harceleurs, essaim d'ombres et d'attouchemenst cursifs, caresseurs malséants et désagréables.

De conserve le piétinement de ces autres fâcheux, coléoptères non invités qui de leurs pattes poilues vous tapotent le front à n'en pouvoir mais. Qui se cognent et s'entrecognent, carapaces chitineuses contre carapaces de chitine, faisant résonner en votre crâne ces myriades de petits chocs, d'à-coups de charges et de heurts, dont l'écho se répète inlassablement, se nourrissant de lui-même, et paraîssant s'amplifier à chaque seconde, se répercuter à n'en plus finir! ils courent, entrent et sortent, vous envahissent, semblent vous dévorer de l'intérieur, s'agiter frénétiquement en vos yeux, en votre tête, en votre chair, sous votre peau, tandis que leur frères volants continuent de vous harceler de l'extérieur,complices ostensibles et entêtants; sardoniques et agiles aviateurs. L'armée vous détruit à petit feu, vous pille, vous absorbe, vous envahit, vous consume, vous ravage et vous ronge, impitoyablement, peu à peu, sans répit ni trêve, sans échappatoire possible... proie sans défense, dépécée de la nuit. 

 Ils vont et viennent, de gauche à droite, de droite à gauche, de façon aléatoire, trublions intrépides, agitateurs endemenés, n’ayant de cesse, de cesse de nous narguer, de maintenir cet éveil forcé jusqu’à la migraine, le martel séditieux et implacable, qui  défonce votre tête tout en vous maintenant malgré tout vivant. Noctambules agités, vampires impalpables et enragés par cette fin qui leur manque, ils réclament ce dû,leur bien sans crédit... que ce qui a débuté finisse, afin de clore leur parenthèse, leur étant... alors seulement ils repartiront, disparaitront, s'évanouiront, repus et satisfaits, dans cette complétude de laquelle ils se sentent invalides, mutilés et boiteux... si pleinement imparfaits.

 

 

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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 19:08
  

Une voix dans la nuit, tu es là, simplement par les mots, ces petits rires qui parfois les entrecoupent, mais aussi par ces silences qui semblent dire et que je n’ose interpréter, pris par cette non assurance, par cette peur que tout ne s’arrête incontinent, et que le vrai, le long et pesant silence ne s’installe. Alors je t’écoute dire, rire, me parler de cette voix si belle, si légère, pleine d’alacrité et de douceur... épris, empli de ce charme qui émane de l’instant, de ce charme qui le constitue en sa matière, sa temporalité... de cet émoi nouveau et singulier qui s’empare de moi, là, dans cette pénombre nocturne, cette obscurité qui nous réunit, te rend si proche, si présente à te toucher presque, bien que nous soyons distants.

Une voix, simplement une voix, sa tessiture, la hauteur de son timbre, son harmonie, son écoulement, me voilà épris, pris, emporté dans ce flot ténu et caressant, tendre doux et lisse... j’échappe à la pesanteur, à la réalité, à ma réalité, à mon instant pour le tien, le nôtre, ce moment qui procède de toi, qui est toi et se révèle en moi, qui s’inscrit en moi, en l’émotion qui se fait et que tu es, crée, instille... cette émotion dont tu participes tout en l’étant à part entière... il suffira que tu te taises, qu’un clic vienne fermer cette parenthèse,clore cet instant, et il n'en  restera qu’un souvenir de cet émoi, qu’une évanescente perturbation, une sorte de chimère, mélange de bonheur et d’incertain, d’incertitude... de frustration mêlée de joie, d'une joie à peine née...

Une voix pour renaître, reprendre le cours interrompu d’une existence, d’un long et douloureux sommeil, d’un coma violemment arrivé... d’une mort encéphalique et sensuelle. Une voix, un être, une âme, un e étoile dans une nuit sans soleil,  univers ravagé par un soleil noir, avide et sans pitié, froid... un rayon de lumière, de vie et de vérité... qui efface derrière ces ombres malsaines et malséantes, ces fantômes insanes et  délétères...une voix dans la nuit comme un autre soleil, vrai, à la caresse douce et non brûlante, sinon de la sincérité, d’une tiède et apaisante humanité.

Je reprends les mots anciens, si salis, si torturés, et je les nettoie, cherche à leur redonner un éclat, une vérité, un sens, leur sens, départis de la souillure dont on les a tachés, entachés... ils semblent lentement se réveiller et reprendre leurs couleurs, leur chaleur,leur vie... ils ne sont plus interdits, plus univoques ni tabous... libérés de cette geole, de la gangue, où on les avait enfermés, torturés, bafoués et violés... comme des fleurs, des bougeons, des alevins en leurs oeufs trop étroits,  ils renaissent et ne demandent qu'à éclore.... pour être offerts, t'être offerts...ce bouquet est encore fragile mais il prendra de l'ampleur, des couleurs nouvelles et uniques, un parfum jamais diffusé, jamais exhalé, bien plus doux, suave, envoûtant que toutes ces autres fleurs, désormais fanées, ont pu développer et répandre...comme un printemps qui s'en vient, un regain... un désir...

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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 20:18

Ecrit ce soir en attendant le repas et avoir lu le dernier article d'Hécate (Adonis)...

 (J'aime ce morceau excusez de la répétition)
 

P1010953a1-copie-1.JPG

Comme une cérémonie

Adornée de trémières,

Par l'encens les nénies

S'enivre de prières.

 

Les grandes orgues en les âmes,

L’émotion qui étreint,

Les yeux aux bords de larmes

Si pleins de leur chagrin.

 

Des vitraux la couleur,

Leurs images compassées,

Scènes emplies de douleur

D'espérance exaucée.

 

Là, s’élance la voûte

Comme poussée vers le ciel,

Flou vertige qui envoûte

En l’instante officielle.

 

Les perles des chandelles

Qui coulent transparentes,

S’allongent en cordelles

Se figeant larmoyantes.

 

Il fait chaud, il fait froid

La caresse d’un frisson,

L’extase et puis l’effroi

Sublimes en l’unisson.

 

Les niches et les absides

Le transept en sa croix,

Du dieu l’infanticide

En la lumière qui croît.

 

Silencieuse elle s’avance

Là compacte et légère,

C’est à peine si elle danse

Cette foule étrangère.

 

Des sanglots vient le temps

Des chamades aussi,

Celles des cœurs haletants

En ce chœur que voici.

 

Du parvis vers l’autel

L'allante procession,

Mosaiques et catelles

Dallant son accession.

 

Le chemin les stations

Des êtres qui se cherchent,

Communes expiations

De plurielles recherches.

 

En l’instant d’un silence

D’un émoi si troublant,

Les âmes libellances

S'écrivent en tremblant.

 

Par l’aveu des péchés

La quémande du pardon,

C’est au fils dépêché

Qu’ils délivrent leurs dons.

 

Des lèvres des murmures

L'offrande de l'hostie,

La passion sur les murs

La Cène l'Eucharistie.

 

 

(16/04/2012)

 

 

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 14:10

 ( Les vers des quatrains sont de 6 pieds, mais il est possible en les unissant 2 à 2 d'en faire une suite d'alexandrins...)

 (Ne vous laissez pas prendre, le morceau reprend par un superbe crescendo alors qu'on le croit terminé...)

 

DSCF137-copie-1.JPGPasse-partout de l’automne

Sur l'encadré du ciel,

Nuancier monotone

Univoque et partiel.

 

De gris le camaïeux

Sfumato de tristesse,

Floue saison des aïeux

D’imprécise justesse.

 

Tel un coton de cendres

De chiffons et de plis,

Le propos de Cassandre

Aux contraires accomplis.

 

Septembre des promesses

Octobre des mensonges,

Novembre est une messe

Décembre un mauvais songe.

 

L’aquarelle des orées,

L’eau forte des ramures,

En les bois et forêts,

Se dressent des armures.

 

Un chemin dans la brume

De boues et de ravines,

Empêché par les grumes

Son serpent se devine.

 

L'appel d’un vieux corbeau,

Les champs et leurs enrues,

Par-delà des tombaux

Ce tracé des charrues.

 

C’est un pleur dans la lande,

Un sanglot de brumaille,

Sous la grise houppelande,

A l’humide chandail.

 

De ces heures l’écheveau

Fils du temps emmêlés,

Charrettes aux chevaux

Par la pluie flagellés.

 

A quoi bon oublier

Ce que l’on crut qu’il fut,

Quand le grand sablier

Tout nous rend plus confus.

 

L’aube et le crépuscule

Siamois identiques,

Se débattent se bousculent

S’opposant se critiquent.

 

Dans la froidure du vent

La grisaille du soleil,

Infuse s'élevant

Se voile et se délaye.

 

Qui es-tu et qui suis-je

En ces sombres travées ?

Où la bruine fille lige

Absterge le  pavé.

 

Il n’est point de demain

Quand les jours se ressemblent,

Car les rides des mains

En un point se rassemblent

 

Jourd'hui semble s’enfuir,

Pénombre fatiguée,

Se laissant éconduire

Par cette ombre aux aguets.

 

Jamais plus de printemps,

Ni d’hiver ni d’été,

L’indistinct de l’instant,

Pour des âmes amputées.

 

(14/04/2012)

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 14:03

La somme des impasses ne fait pas un chemin

 

 

Le temps a passé avec sa cohorte d’événements et ses habitudes certaines, le temps a passé et les vies se sont écrites. Lentement comme des lueurs d’automne les nuits ont effacé les jours et les rides ont marqué les peaux juvéniles. Jean a regardé les aubes s’ensuivre en feignant de ne pas voir les jours s’égrener, s’accrochant à ces idées sans fond, pour se convaincre qu’il n’avait pas peur ! Les amis ont enchaîné les étapes logiques de la vie laissant peu à peu leur jeunesse s’éteindre pour porter le costume de l’âge et les colifichets de la maturité, et puis un jour s’en sont allés…partis vivre leur vie gardant en eux les souvenirs frais d’un navire amarré à jamais. Ils sont partis sur ces chemins que l’on trace tous sur les cartes des histoires intimes, passant les frontières des âges, ajoutant en couches les expériences qui font la vie.

D’autres sont venus à bout de destin ou de destinée, échouant plus qu’ayant choisi, remplissant les cases vides d’un puzzle sans mode d’emploi, et le décor lui changea, imperceptiblement, mais il changea, comme changent les vies seconde après seconde. Certes d’aucuns restaient, et y sont encore d’ailleurs, voués à la fatalité des époques, naufragés dans leur passé, pièces d’un décor immuable pour eux, mais Jean n’était pas de ceux là et pourtant il s’accrocha, il s’accrocha à ce taudis intérieur.

Routine voulue, matins qui défilent, journées fades et répétitives, dans un quotidien apostolat pour une vaine prière, Jean allait au travail comme on va à la selle, pour se vider ! Se vider la tête, se vider la viande de ces forces qui tiennent en éveil et laissent l’esprit tout à l’analyse. Jean se commettait, se sacrifiait à une idée d’adolescent, pour un monde fictif, il menait un combat perdu, sans but réel comme un vieux révolutionnaire obstiné qui n’a plus de révolution et débite sa litanie abstruse en salmigondis d’explosions assassines!

Un boulot insulte, un servage honteux qu’il mythifiait à l’envi pour tenir et exister parmi ces fades, ces autres si peu communs de sa réalité intérieure. Il riait aux plaisanteries graveleuses, parlait de tout et surtout de rien, et terminait sa journée au café comme un missionnaire, prêtre ouvrier d’une religion secrète. Jean était seul, si seul, dans une solitude requise et obstinée en attente d’un grand jour improbable, caché de lui-même, orgueilleux nourri d’une suffisance destructrice, d’une peur tenace et inavouée.

Il errait dans cette cité devenue poubelle, vide ordure d’un monde qui avance, il passait dans les odeurs de pisse et les débris oiseaux, entre deux courants d’air. Il appartenait au tableau des misères d’un monde moderne, d’une humanité en déshérence qui croit qu’elle a rejoint les dieux d’un OLYMPE parce qu’elle consomme et crée, crée les denrées dont elle se gave, et qui bientôt l’étoufferont !

Il se casait dans son appartement, comme une fourmi dans sa cellule, son alvéole, il répétait les jours comme une éphéméride détache ses feuilles au vent du temps, se laissant porter par ce dégoût de lui et des autres sans y pouvoir mais. Jean n’était plus qu’un nom sur une boite aux lettres défoncée, sur une porte rayée, un type d’escalier B d’un bâtiment H ! Il aimait des filles de papier glacé dans des spasmes solitaires, sur des sourires aguicheurs et figés. Toute honte bue il versait son sperme dans des serviettes en papier. Parfois il goûtait les caresses vénales dans le froid des samedi soirs de parkings mal éclairés, des caresses de latex pour une éjaculation achetée au prix de son dégoût !

De temps à autre il croisait son passé, dans une boulangerie, au marché, et le temps d’un dialogue revivait ces moments fous de la cité naissante, mais bien vite l’ami, le compagnon d’enfance reprenait son chemin, oubliant aussitôt cet aparté d’un autre âge ! C’était comme des ivresses passagères, trêve du temps et de sa misère, des instants magiques qu’il voulait faire perdurer, comme pour figer ce retour et l’imposer au présent, mais seul lui en avait l’envie, le besoin. A chaque fois c’était comme une gueule de bois à l’âme, un mauvais réveil et le retour à la réalité n’en avait que plus mauvais goût !

Jean traînait sa vie avec ceux qui ne pouvaient bouger, il partageait sa foi et ses souvenirs avec les matelots ivres dans un port désaffecté, rêvant d’un navire nouveau alors que le sien pourrissait doucement sous la rouille de l’injustice et des contingences.

Soirées télé, soirées café, soirée pour rien, casse tête et brûle pensées, Jean côtoyait les amputés de la vie, les chômeurs de l’espoir, il partageait un monde autre que le sien, s’entêtant, se payant de mots et de certitudes. Il arpentait les impasses des autres afin de ne pas étouffer dans la sienne, il faisait la promenade des détenus qui parcourent des kilomètres la tête dans leurs rêves…en rond, petits ronds des cours de prison !

De nouveaux amis, des connaissances apostoliques pour des instants frustres et obligés, Jean contenait sa peur de penser, il vivait un combat intérieur perdu depuis longtemps, il rampait sans le voir mais la cité changeait, devenant plus dure, plus froide, plus destructrice, et sa fuite intérieure bientôt ne pourrait plus l’en prévenir ! Il errait dans un monde d’impasses, un labyrinthe de couloirs accolés, voulu et dessiné par son orgueil et ses peurs cachées. Jean remodelait son monde pour qu’il tienne debout au prix d’un sacrifice immense….sa vie, pour un passé revisité ! Il était témoin d’un avant dans le retour de barbares, il voyait s’installer la nuit sur son monde à peine endormi, le rêve faisant allégeance aux cauchemars.

Jean glissait lentement comme pour voir si l’enfer avait un fond !

 

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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 14:39
 
 (commencer lecture après la courte introduction)

 

 

marche.jpg

C’est un dimanche, fin de carême,

Un gris d’avril teint de novembre,

L’émir céleste en son harem

Reste discret garde la chambre.

 

La rue, les gens, et ce parfum,

Arcades, fragrances d’une femme,

Tel un murmure, tel un refrain,

Comme à l’instar d’un vague à l’âme.

 

Une émotion, des souvenirs,

Quand les chalands eux vont et viennent,

Tel un regain, un devenir,

Une silhouette sous la persienne.

 

En le décor des nues façades

Sur cette place si dégagée,

Dessous les cieux, leur ton maussade,

Ce flou parfum s’est propagé.

 

La messe est dite, sonnent les cloches,

A la volée d’un vieux bourdon,

Cette senteur semble l’approche,

Des heures passées, du grand pardon.

 

Sur le parvis sont des fidèles,

Dessus la croix, le supplicié,

Rameaux de gui, quelques chandelles,

Les commensaux, le disgracié.

 

Flaveur de pain, parfum de femme,

De chocolat, de musc rare,

Qui m’envahissent, puis se réclament,

De cette mémoire, d’où ils s’égarent.

 

Comme un tracé, comme un chemin

Une ruelle bien dessinée,

Où se déroule le parchemin,

D'une mystérieuse destinée.

 

Une jeune fille, presqu’une enfant,

Une femme âgée, une maîtresse,

Son port altier ou triomphant,

Le provocant d’une bougresse.

 

Là, des effluves, des sentiments,

Secret passage au sein des rues,

Sans requérir l’assentiment

De ces badauds pour l’incongru.

 

Un court instant, les yeux fermés,

J’ai retrouvé cette inconnue,

Par la senteur bien affirmée,

Fut la moiteur de son corps nu.

 

C’est un dimanche, fin de semaine,

Un mois d’avril parfumé d’ambre,

Jour d’un printemps si peu amène,

Où les frimas font antichambre.

(08/04/2012)

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Published by Etsivousosiez - dans Poèmes
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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 18:23

Chaque jour qui passe emplit plus encore ma bouche de cette amertume qui vous pousse à vomir, de cette acidité terrible...chaque jour je regrette d'avoir été lâche alors qu'il suffisait d'oser, ce qui m'aurait éviter de voir ce que je vois et savoir ce que je sais...

Comment peut-on agir, être ainsi? Je ne pensais pas que des êtres humains pouvaient êtrecapable d'autant de perfidie, de machiavélisme,... d'être aussi sales, noirs, menteurs, calculateurs, cyniques, odieux, pervers, sadiques...inhumains!

Ils seraient à plaindre dit-on... j'éprouve un dégoût jamais ressenti en 54 ans d'existence!

Et me retiens de ne pas leur vomir dessus!

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 14:36

Façade d’aujourd’hui pour des fondations d’hier

 

 

Dans l’épaisseur de sa nuit intérieure il attend depuis si longtemps un rayon improbable, une lueur à suivre, une étoile guide pour échapper à ce crépuscule sans fin. Sans cesse Jean repousse tant bien que mal ces démons du dedans, dans un combat éternel commencé il ne sait quand mais qui ajoute chaque jour cicatrices sur cicatrices. Il attend, il attend il ne sait qui, il ne sait quoi, répétant cet espoir comme une antienne, une mélopée de survie qui l’enivre et atténue la douleur… Il attend ce souffle tiède au creux de l’oreille, ce regard qui instille silencieux le besoin de vivre ! Il attend, oui il attend un incertain réveil, une aube nouvelle signifiant qu’enfin la nuit s’en retournera ailleurs ! Il attend ces mots qui bouleversent et tailladent la chair, ces mots de jamais qui savent faire frémir les viscères de l’âme, ces mots qui versent les larmes, ces mots inouïs qui savent dire et réveiller l’indicible ! Oui ! Il attend, et toujours attend, comme un enfant perdu dans la pénombre et se cache en lui, comme un petit qui pleure en silence pour ne pas attirer les ogres ! Comme une âme fragile qui se terre et se meurt du dedans parce que dehors il fait nuit, brune épaisse et terrible, sorgue de forêt, de moyen âge, où le mal a fieffé la campagne et les bois pour dépecer et engloutir ceux qui s’y perdent. Alors il attend cette main chaude qui prendra la sienne pour s’en retourner dans la lueur reposante d’un demain sans ombres maléfiques et au sommeil sans démons !

Chaque soir allongé sur son lit il écoute ces musiques d’autrefois, ces notes qui font danser l’âme dans une ivresse souvenir, chez lui, à l’abri du monde d’aujourd’hui, en lui, caché des regards frustes d’un quotidien qui se répète comme une photocopie inlassable. Jean se terre pour être, Jean s’enfouit dans ce terrier de béton, se dépiautant chaque soir pour redevenir lui-même, avatar quotidien d’un printemps qui recommence inlassablement à l’abri du soleil et dont les rayons imaginaires.

Ces musiques de jeunesse, ces livres, ces rêves, ces idées qu’il range à peine dehors dans ses rayons intérieurs pour n’en sortir que le banal, l’acceptable dans cette existence de parade et de compromission. Jean l’ouvrier, Jean de la cité, fossile d’un âge oublié, Jean que fais tu dans cette grisaille alors que le soleil de demain devait éclairer les jours à venir ? Jean, oh Jean, que fais tu sur ce toit dans la nuit qui s’étale ? Pieds dans le vide et l’esprit torturé, qu’as tu fais de ta vie, ex voto d’un miracle impossible ?

Jean qui se lève, Jean qui pointe, Jean qui fait semblant sans cesse et se démasque chez lui, qui ouvre une boite festin de raviolis et regarde un film en noir et blanc parmi les canettes vides et la fumée bleutée de mégots ! Un plafond spectacle scène des souvenirs en couleurs pour des nuits qui se traînent et des insomnies putains ! Des songes éveillés, la vie qui se débobine, des sanglots oubliées qui sourdent en silence, des petits matins fripés et des gestes lents, des nausées de fausse cuite, une vie en fardeau, une vie comme un trait que l’on trace à la règle sur la feuille du temps, bien droit sans bavures ni méandres, sans détours, sans hésitation dans la géométrie de l’habitude.

Jean qui rit, Jean qui pleure, des éclats insignes de la banalité des jours d’autrui, des sourires en réponse aux sourires, des mots qui contrefont les mots, des gestes pour des gestes, un dialogue répétitif comme un texte d’ambiance, dans cette pièce d’un théâtre de rue. Des larmes, en silence, des larmes retenues, un chagrin interdit qui ne cadre pas parce qu’il ment aux autres pour survivre, car il se ment pour exister !

Et ceux là qui se tiennent ici en décor, qui attendent ce qui jamais ne viendra, comme les zombies d’un univers immobile, fades prêts à tout pour un rien, pour une miette d’avoir en espoir d’être, pour ce qu’ils ont et non plus pour ce qu’ils sont, car ils ne sont rien, ils ne sont plus ! Ils errent charognards de leurs pulsions, avides de ces frissons fugaces qui font bander les chairs affamées, jouisseurs cursifs des secondes, additionnant plaisirs et envies au mépris d’eux-mêmes, de ce qu’ils devraient être : des êtres humains. C’est comme une mauvaise odeur dont il ne peut se départir, comme ce relent de mort qui s’accroche à la peau... ils sont là les odieux, partout dans la cité qui résiste dans ses murs. Jean les contourne, les évite, mais chaque jour ils s’approchent, se rapprochent, dévorant à grandes dents abruties l’espoir, le possible…la vie ! Ils se baffrent, postillonnent et réclament dans leur bousculade incessante, oublieux des chemins parcourus avant eux ! Ils se battent dans la foire à l’encan de la possession des choses, grattant ce ticket à quatre sous d’une loterie sans véritable gros lot…chiens en bave dans ce combat sans vainqueur qu’est leur destin ! Moi ! Moi ! Entendez leur message, cette revendication première, oui moi ! Moi ! Ils conjuguent la vie à la première personne, si singuliers et si peu pluriels, de l’indicatif ils n’écrivent que le présent n’usant que d’une seule désinence, la ritournelle infinie du je pour un jeu sans musique ni règle, longue partie de solitaire. Jean gladiateur pitoyable que fais tu dans cette arène en costume de combat ? Jean pourquoi vouloir à tous prix devenir martyr d’une religion de façade sans temple ni église ni même fondations ?

La nuit sent la mort et le vent caresse son visage, ses pieds balancent dans le vide. Les odieux plus chaque jour s’installent sans mesure ni respect, ils pépient puis réclament et enfin ils prennent, tout, tout ce qu’ils peuvent prendre dans ce monde d’abondance comme si demain était le dernier, et que jamais plus le soleil sur l’horizon de l’orient serait une aurore.

Jean regarde la ville qui scintille au loin tandis qu’en bas les zombies se réveillent et sortent de l’enfer. Ils ont faim, une faim insatiable, cannibale et sans limites

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