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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 19:57

Tu y seras peut être,

Au rendez-vous manqué,

Sans n’y jamais paraître,

De l’absence flanquée.

 

Là où je te devine,

Pour toi je ne suis pas,

Par devers cette bruine,

Qui efface tes pas.

 

Mémoire silhouette,

Je t’y distingue floue,

Indistincte alouette,

Dans ma nuit qui s’affloue.

 

Ombre des miennes pensées,

Qui lente s’y déplace,

Chinoise élancée,

En mon trouble surplace.

 

Musique qui me berce,

Mais que tu n’entends pas,

Quand mes lèvres se gercent,

Et ne murmurent pas.

 

Parallèles nos mondes,

Côte à côte nos traces,

Ribambelle sans ronde,

Impossible rosace.

 

Mots, porte dérobée,

Te montrer le chemin,

En paroles enrobées,

De rimes et de jasmin

 

Te dire là, t’avouer,

Sans rien qu’il n’y paraisse,

En paroles échouées,

Une infinie tendresse.

 

Le balcon reste vide,

Car Vérone est ailleurs,

Loin du monde livide,

De ce monde d’ailleurs.

 

Mon cri n’est que silence,

Long sourire contrefait,

Qu’impose l’évidence,

Dans ces jours sans effet.

 

Tu passes, je te regarde,

Comme si de rien n’était,

Dans la fausse mégarde,

D’une banalité.

 

Des mots jetés, perdus,

Dans le vent de nulle part,

D’un désir éperdu,

Et perdu quelque part.

 

Je frappe sur les touches,

Dans le secret d’un code,

Une langue qui fourche,

Des paroles qui encodent.

 

Trouveras-tu pour comprendre,

La machine à traduire ?

Puis ne pas t’en déprendre,

Et non plus m’éconduire ?

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Published by Etsivousosiez - dans Poèmes
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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 10:58

 

Le coup de sonnette qui vient de retentir semble entrer en lui et suivre le chemin des angoisses, celles qui montent du ventre jusqu’à la gorge propulsées par les palpitations d’une brusque chamade. Il marque un temps d’arrêt comme hésitant. Normalement lorsque l’on sonne à la porte tout un chacun s’empresse d’ouvrir, c’est comme une interpellation, une invite au dialogue, ou encore une question qui s’en vient... on sonne quoi !

Pour lui c’est le début d’un malaise : que lui veut-on ? Quelle mauvaise nouvelle va-t-on lui annoncer ? Mais c’est surtout une brisure dans l’instant qui coule et qu’il a parfaitement isolé ... un glas.

Va-t-il ouvrir ? Il a arrêté son geste tiraillé par l’alternative : événement opportun, événement inopportun. La sonnette l’appelle de nouveau et renforce ce malaise, S... a l’impression qu’on le sait présent et que ce tintement est une moquerie, une provocation à l’encontre de sa veulerie. Il se sent coupable de ne pouvoir agir car enfin ce n’est peut-être qu’une banale visite ! Au choix :

 

- courrier

- démarcheur

- erreur

- renseignement.

 

Mais aussi : mauvaise nouvelle, obligation, un fâcheux ... pire encore ! Non, non il est bien chez lui ce matin, pourquoi irait-il prendre le risque de gâcher cette journée ? Au diable la sonnerie !

 

On sonne !!!

 

Mais pourquoi toujours voir la chose sous son angle le plus étroit ? Pourquoi fuir ? Ce n’est qu’un coup de sonnette ! Oui mais ce n’est pas la sonnerie qui l’effraie, c’est ce qui la cause, ce qu’elle préfigure, ce qu’elle annonce, c’est le doigt qui appuie et tout ce qui s’y rattache. C’est ... c’est peut être le prodrome d’un néfaste et douloureux instant ! Le début de la ... fin.

 

Tout en pensant cela il se laissait envahir par un idiot et prégnant malaise, ridicule malaise. On sonne !!! Il avait peur, et, alla ouvrir. C’est con la vie parfois.

 

Le geste fut outré de sûreté, comme pour conjurer la peur qu’il avait bêtement conçue, et l’huis s’ouvrit sur un personnage qu’il n’eut vraiment pas le temps de cerner. Ce fut rapide, inattendu et efficace car à peine avait-il répondu par l’affirmative à cette question relative à son identité qu’il ressentit une vive explosion de phosphènes multicolores résultat d’un violent coup de poing bien ajusté.

 

Mi-assis, mi allongé dans l’entrée il cherchait à rassembler les fragments de sa lucidité afin de comprendre l’exact scénario de cette situation ... virulente. Face à lui dans la position d’agresseur, un type peu amène, pire : en colère. Comme quoi les angoisses filles des sonneries matinales trouvent une justification à posteriori. La trouille par anticipation.

 

A ce type de surprise correspondent deux attitudes :

 

- la première idoine et proportionnelle : bourre pif du genre rendu pour prêté

 

- la seconde plutôt interrogative, style étonné qui permet d’arrêter le combat quelques instant : temps mort monsieur l’arbitre !!!

 

En fait il en existe une troisième (donc il fallait dire précédemment : deuxième et non seconde) qui a fait son chemin depuis la nuit des temps, celle inscrite dans l’hélice, transmise de génération en génération, que la nature a éprouvé et certifié à l’usage lui donnant le juste label : la fuite ! la débandade, l’échappée, la belle, la panique, le sauve qui peut, la retraite, la débine, fissa mon frère, taïaut, taïaut !!! Mais S... ne détala ni ne décampa, car déguerpir c’est bâcler l’histoire, c’est oeuvrer à son encontre. C’est pas du boulot !

 

Etant donné la personnalité du héros l’attitude du genre :“je me relève et je l’étends d’un maître coup” n’était pas envisageable. De plus sa position et les effets du direct ne plaidaient pas pour cette solution. Il se composa donc un étonnement des plus vrais, l’exprimant par une mimique de bon aloi. L’agresseur de son côté semblait lui temporairement soulagé ayant ex-primé sa colère en un bloc. Ce dernier répéta la question qui avait ouvert le feu d’artifice rétinien.

 

“Vous êtes bien S... ?”

 

Le challenger ayant déjà posé genou à terre lors du premier round hésita à répondre de nouveau. L’autre de réitérer. Il acquiesça donc d’un discret hochement de tête.

 

“J’suis Jacques Dumas ! Dit l’autre comme cela allait de soi.

 

Voilà donc un pugiliste se nommant Jacques Dumas qui s’entraîne à neuf heures du matin, prenant comme sparing partner le premier venu avec pour mise en route une question relative à l’identité ! Afin de ne pas contrarier cet adepte du pancrace somme toute brutal S... se mit à réfléchir, car au vrai ce nom ne lui était pas tout à fait étranger, bien que cette physionomie guerrière ne lui disait rien. Entre temps l’autre était entré. Il fixa méchamment S... et d’un ton qui ne laissait augurer rien de bon dit :

 

“ J’suis Jacques Dumas comprenez-vous ? ”

 

Comprenez-vous, comprenez-vous ! Comme il y va celui là, je voudrais bien le voir lui avec le pif en chou fleur et la lèvre lippue se remémorer tout à trac une identité ! Paf ! Bonjour je me présente, je m’appelle machin vous me remettez ? On a vu mieux comme introduction non ?

Un ami ? Non certainement pas les amis ça ne cognent pas où alors ça vous tapent sur l’épaule auparavant. Et puis de toute façon il n’a pas d’amis et quand bien même, il n’aime pas les femmes des autres, alors ?

Donc ce n’est pas un copain cocu, un créancier peut-être ? Mise en demeure trop frappante ! Un voisin acrimonieux ? Non voisinage à la retraite et bien poli. Qui alors ? ... un fou ! Voilà un fou, un fou qui frappe, un fou en fuite, un fou follet, un fou de battant, et les fous ... faut pas les contrarier! Jamais !

 

“Enchanté” répondit-il.

 

“ Vous me remettez maintenant ?”

 

Vous me remettez ! Le remettre où ? A sa place, dans un bel asile, bien capitonné ! Pas ici !

 

“Qu’est ce qui vous a pris ? ” Continua le forcené.

Pourquoi me dit-il cela ? C’est plutôt moi qui devrais lui poser la question ! Mais c’est un fou et dans sa tête de fou et bien cette question elle est bonne !

 

“ Pourquoi qu’tu m’as fait ça ? Qu’est ce que ch’t’es fais ? Hein ?

 

La violence s’estompant S... commençait à y voir plus clair, s’entrouvrait en lui la lourde porte de la compréhension, non pas celle qui l’éclairerait sur l’événement proprement dit mais plutôt celle qui menait à l’identité de ce ... fou. Dumas, Jacques Dumas répétait-il in petto. Cette phonétique trouvait un certain écho en lui, une résonance particulière, presque familière ! Le fou ne lui était pas si obscurément étranger. Mais question de le reconnaître ! Nibe !!! Certes les écrivains fréquentent tous les milieux, pour le travail, mais lui ne fréquente pas  : ni milieux, ni cercles, ni diamètre, rien, discret l’écrivain, scribe pleutre et casé, rangé, à sa place , chez lui, derrière sa porte. Un angoissé qui s’acagnarde, qui tremble au moindre coup de sonnette. Alors pensez donc connaître un fou ! Que nenni !

 

“ Il faut que ça change ! Cà peut plus durer ! Moi j’veux ma vie ! Celle-là c’est pas une vie ! M’entendez pas une vie !!! j’veux rentrer chez moi !

 

Rentre mon vieux, retourne d’où tu viens ! Qu’y puis-je ? C’est pas une vie non plus de se faire aplatir la face le matin à peine levé. Une vie de fou c’est certainement pas simple, mais bon !

Il a peut-être perdu son chemin de fou et il me le fait payer à moi, le normal, le bouc émissaire des fous!

 

“ C’est pas une vie ?

 

S... lui avait dit cela sur un ton badin. C’est toujours ainsi que l’on parle à un enfant ou un étranger on adopte un ton un peu gaga pour se faire comprendre.

 

“ Te fous pas d’ma gueule espèce de gratte papier de mes deux ! J’t’ai rien d’mandé ! Qu’est que ch’té fais moi ? ”

 

“ Vous m’avez sûrement cassé le nez. ”

 

“ Te fous pas d’moi ! Ton nez c’est rien , ça se répare, ma vie elle elle est cassée, foutue ! ”

 

Et alors mon nez n’a rien à voir là dedans je ne l’ai pas fourré dans sa vie de fou.

 

“ Voudriez vous enfin m’expliquer monsieur... ”

 

“ Dumas ! Jacques Dumas qui n’a rien à t’expliquer ducon, et puis fais pas l’malin, sui qui sait pas sinon ...”

 

Ce disant il arma un gros poing d’ouvrier taillé dans la masse, formé par des années de travail et fruit d’un atavisme de la nuit des temps. S.. cherchait à se relever et voyant cela se rallongea aussitôt se faisant plus petit encore dans l’espoir d’arrêter la fougueuse colère.

 

“ Vous n’allez pas recommencer voyons, nous sommes entre gentlemen, j’aimerais comprendre enfin ! ”

 

Les fous faut pas les contrarier il parait, mais après un tel petit déjeuner on s’étonne d’en reprendre !

 

“ Donc, si j’ai bien compris, nous nous connaissons, n’est ce pas ? ” Se défendit-il.

 

“ Pas qu’un peu mon n’veu ! J’te dois tout et j’suis v’nu te rembourser! ”

 

Tient il me tutoie pensa S ... que l’échéance d’un tel prêt ne réjouissait guère, surtout après avoir goûté à la première traite. Mais qui donc est ce Dumas, Jacques Dumas si follement familier ? Dumas, Dumas ... Père ? Fils ? Esprit sain ? Non, Jacques Dumas comme, comme ...

 

“ Alors mon gars va falloir payer ! On r’vient au début, on m’rend ma vie ! Ma vraie vie ! Sinon ...”

 

Sinon quoi ? Sinon il me rembourse tout d’un coup ! Mais qui c’est ce Dumas, Jacques Dumas, fou en l’espèce et à crédit.

 

Les choses, les mots à force de se les répéter on les perd, ils se sauvent et ne laissent plus que la trace de leur ridicule prosodie. Quand on cherche c’est pareil à force de répéter ça se reforme petit à petit et puis ça jaillit. Ce nom aux tréfonds de S... avait sa place dans un obscur tiroir de la mémoire, mais il avait beau faire le tour de ses intimes et de leurs évanescentes connaissances il n’y voyait aucun Dumas, Jacques Dumas. Perdu dans sa réflexion il n’eut pas le temps de réagir lorsque le fou  putatif se baissa pour le saisir par le col.

 

“ Assez rigolé, faut m’rende ma vie , comme avant !”

 

Vrai, il ne rigolait pas, ses yeux et le regard qui leur donnait vie l’attestaient, d’ailleurs vu l’état de son tarin il ne pouvait pas rigoler, et puis sa lèvre lui faisait mal, alors pour ce qui était de rire...

 

“ Calmons nous, ne vous énervez pas mon vieux ! ”-Voilà que je deviens familier pensa-t-il- Laissez moi le temps, ça va me revenir, pour sûr. Jacques Dumas dites vous ? ”

 

“ Te fous pas d’moi, ça va partir !”

 

Ca y est le fou fait sa crise et une crise d’aliéné faut pas la prendre de face ... Logiquement il devrait avoir peur, très peur même, lui le couard, mais la surprise, l’irréalité de la situation mêlée au doute qui circule en lui l’empêchent de redouter cette violence qui croît.

 

“ Donc nous nous connaissons monsieur Dumas, Jacques Dumas ?

 

“ Joue pas au con S..! ”

 

“ Et si nous allions nous asseoir au salon pour parler plus confortablement de cela monsieur le fff ... Dumas , Jacques Dumas”. Il répétait volontairement ce nom comme pour se l’imposer, faisant exercice de mémoire.

 

“ Ouais mais cherche pas à m’embobiner, tu te défileras pas avec tes paroles de baratineur de mes deux, moi j’te lis pas , tu m’impressionnes pas avec tes romans à la noix !”

 

Romans à la noix, romans à la noix, deux cent mille de moyenne au tirage, la plupart déjà en poche, bientôt la collection reliée cuir et ors, alors à la noix ...”

 

Ils passèrent donc dans le salon, l’un guidant l’autre avec l’obséquiosité de celui qui se protège et l’autre poussant avec l’intempérance de celui qui veut en finir. Ils prirent place face à face, le premier au fond du fauteuil, le second à peine sur le bord prêt à bondir. Il fallait gagner du temps afin de remettre de l’ordre dans ce crâne douloureusement surpris et chamboulé.

 

“ Pour résumer vous êtes Jacques Dumas et .... et d’après les présentations vous avez quelques griefs à mon encontre ?”

 

“ A ton encontre j’sais pas ! Mais j’t’en veux et pas qu’un peu ! T’as cassé ma vie, donc j’vais casser la tienne ! C’est simple non ? ”

 

“ Bon ce fou ne semble guère m’apprécier, j’irais même jusqu’à penser qu’il ne m’aime pas ! Mais qu’ai-je donc fait à ce Dumas ? Jacques Dumas. Dumas, Jacques Dumas pourtant cela me dit quelque chose... Dumas comme... comme ... comme dans l’affaire Dumas, oui l’affaire Dumas !!! Voilà j’y suis c’est le même nom ! ”

 

“ Bon t’y est ! Qu’est-ce tu comptes faire mon gars ?

 

Un rébus ce fou, une énigme, un cauchemar en plein jour. Une devinette qui frappe, un jeu en relief et sensations garanties. Mais bon je sais pourquoi son nom me torturait l’esprit.

 

“ Vous allez rire mon cher mais savez-vous que vous portez le même patronyme que le héros de l’un de mes romans ? ” Drôle non ? ”

 

“  Et ben non çà m’fait pas rire ducon parce que ton patronyme là de l’histoire et ben c’est moi, c’est ma vie qu’est pas marrante ! ”

 

“ Qu’est ce à dire ? ”

 

“ Caisse ! Y a pas de caisse qui tienne, té v’nu j’sais pas comment, et j’m’en balance, t’as bouffé ma vie peinarde, j’avais rien d’mandé, tu m’entends rien d’mandé ! ”

 

“ Voyons, mais je n’y comprend rien , mais rien du tout ! ”

 

“ P’tête bien mais moi j’comprends qu’t’es un salaud, une salope de faignasse qu’a joué avec son crayon et qui a esquinté ma vie ! Jacques Dumas c’est moi tu m’entends ??? ”

 

Il avait dit cela tout en bondissant et maintenant il lui enserrait le bras de sa poigne virile de prolétaire, et le secouait avec violence.

 

“ Non, vous voulez dire que vous êtes le héros de mon roman ? ”

 

“ Ouais machin, le héros comme tu dis, un pauve type qui sais plus d’où qu’il est, où aller, parce que t’as fait d’lui une crevure, une pute d’assassin, un pourri que tout l’monde veut étriper, zigouiller ! ”

 

“ Soyons sérieux, voyons, ce n’est qu’une histoire, une fiction, tout est inventé ! Des mots, rien que des mots sortis de mon imagination ... Tout ressemblance avec .... et caetera. ” En parlant il cherchait par de douces et fragiles contorsions à échapper à la féroce étreinte qui lui broyait le bras.

 

“ Ton imagination j’l’emmerde tu m’entends ? J’l’emmerde !!! ”

 

Il ponctua son cri par un geste fulgurant et de dessous son blouson sortit un gigantesque couteau de cuisine, digne de ces lames terribles des films noirs, et se mit à l’agiter frénétiquement sous les yeux de notre scribe terrorisé.

 

“ t’es v’nu m’chercher dans ma vie peinarde pour faire d’moi une ordure dans c’te vie. T’as écrit et avec ta putain de tordue d’cervelle tu m’as fait faire des dégueulasseries, ouais, c’est pas la peine de me regarder avec ton air con, j’vais t’faire payer mon salaud ! ”

 

Un cau, che, mar, voilà un type nommé Dumas, Jacques Dumas qui prétend que j’ai modifié sa vie en écrivant une histoire ! Mais tu n’existes pas Dumas, Jacques Dumas ! Çà n’a pas de sens ! ”

 

“ Mais comment aurais-je pu ? C’est ... c’est une coïncidence, une occurrence voilà tout. ”

 

“ Coïncidence mon cul !!! ”

 

Rance pensa S...

 

“ Avec tes idées débiles t’as des pouvoirs, t’es v’nu dans ma vie et puis tu m’as apporté dans ton monde, voilà ! ”

 

“ Amener ”

 

“ Quoi ? ”

 

“ Non rien, on dit amener parce que apporter c’est pour un objet mais c’est pas grave.”

 

L’autre le regarda avec étonnement ne comprenant rien à ce cours de français incongru.

 

“ Donc d’après vous je serais, par le simple fait de l’écriture, venu vous prendre là où vous étiez pour vous am... apporter dans une histoire née de mon imagination, et vous donner le rôle de l’affreux, personnage magnifique d’ailleurs. ”

 

“ Voilà, t’avoues donc ! ”

 

“ Vous rendez-vous compte de ... de l’absurdité d’une telle explication ? ”

 

“ Ne m’pousse pas ! Tu vas payer parce que t’es coupable et pas qu’un peu, fumier !

Scribouillard de merde !!! ”

 

 Il recommençait à s’énerver et cette fois ci la colère semblait devoir l’emporter. S... n’arrivait, ne voulait, ne pouvait comprendre cette situation ubuesque. Comment en écrivant une histoire, une fiction, un truc  sans réalité, aurait-il pu changer la vie d’un Dumas, Jacques Dumas bien réel, même fou en l’occurrence. Certes les noms étaient les mêmes mais faut-il guillotiner tous les écrivains coupables d’homonymie ?

 

“ C’est grotesque !!! ”

 

“ Moi j’dirais c’est con pour toi, une vie pour une vie, çà c’est juste. ”

 

Le coutelas dansait dans l’air et cela ne laissait d’inquiéter S.. qui ne comprenait rien à rien, pris par le délire de cet événement. Au dehors une certaine agitation se faisait, des voitures semblaient s’être arrêtées devant la maison, des claquements répétitifs de portières se laissaient entendre et surtout des voix s’imposaient de plus en plus. Par les fenêtres du salon il pouvait apercevoir des gens en costumes et en uniformes courant en tous sens. Soudain l’un d’entre eux entra dans le jardin : il était armé !

 

Durant ce laps de temps et après avoir fini sa phrase du talion le Dumas, Jacques Dumas avait levé bien haut son bras qui se terminait par une lame brillante et ...longuement pointue. S... vit tout au ralenti, la lame, le policier qui venait de pénétrer dans l’entrée et surgissait dans l’entrebâille du salon, le bras qui ‘s’abaissa violemment, le sourire dément du bonhomme qui se rattachait à ce bras armé...

C’était comme dans un film, mais lui ne comprenait pas le scénario, ce n’était pas sa vie, à tout le moins celle que laissait augurer cette matinée commune ... normale au départ Il allait mourir d’un coup de grand couteau, parce qu’un fou, Dumas, Jacques Dumas, croyait que les écrivains ont le pouvoir de changer les vies en écrivant, comme si le monde était un réservoir dans lequel les êtres humains seraient à la disponibilité de l’inspiration des artistes. Un tel pouvoir ! Grotesque !

Le cri fut terrifiant.

 

“ Que se passe-t il ? ”

 

Il entrouvre les yeux et par réflexe se palpe le poitrail, le regard perdu, plein d’une peur d’outre tombe.

 

“ Mais que fais-tu par terre mon ami ? ”

 

“ Je ne suis pas mort ? Où est-il ? ”

 

“ Pourquoi serais-tu mort ? Et que fais-tu par terre ?” Lui rétorqua son épouse mi-inquiète mi-surprise.

 

“ Il est donc parti ?

 

“ Mais tu saignes ! ”

 

“ Où, où çà ” Frénétiquement S.. se toucha la poitrine et regarda ses mains alternativement.

 

“ Mais non, là ! Au front ! ”

 

“ Au front ? ”

 

“ Et bien oui au front ! ”

 

S... porta sa main au front et après l’avoir regardée et vu poisseuse et rouge partit d’un éclat de rire tout en agitant cette main ensanglantée.

 

“ Es-tu sûr que tout va bien ? ”

 

“ Si tu savais ma chère, si tu savais. J’ai du me cogner en allant ouvrir tout à l’heure et m’assommer. C’est simple, tout simple !”

 

S... riait et parlait en même temps, c’était un exorcisme de sa frayeur, une catharsis, il parlait et riait, s’agitait en de grands gestes outrés d’explication, car il comprenait mais n’arrivait à expliquer à sa femme cet instant d’irréalité morbide.

 

“ Tiens on sonne ! Va donc voir tandis que je vais me débarbouiller de ce sang dans la salle de bain, veux-tu ? ”

 

Il monta à l’étage. Le visage que lui présenta le miroir plutôt que de l’inquiéter le réjouit. Une magnifique bosse fendue sur son milieu, ornait son front. Tout en admirant cette plaie qu’il nettoyait il songeait au saugrenu de cette histoire. Le KO et son imagination fertile avait enfanté un sacré machin : un monde où les écrivains feraient les vies, agissant par procuration d’écriture, se nourrissant des autres, parasites d’une humanité soumise, proie de l’inspiration. Du délire ! Le destin à la merci de l’imagination, la dictature des mots, l’esclavage in folio !!! Des vies qui basculent au fil des gloses et des ratures, premier chapitre viens ici et dors je le veux !

 

“ C’est bien moi tiens ! ” Dit-il à vois haute.

 

Il jeta la compresse souillée se mit un pansement sur la bosse et prit la décision de sortir. Cette péripétie l’avait bouleversé et amusé, un tressaillement lui parcouru l’échine, il voulait se changer les idées. Un reste de peur de ce rêve ou peut-être de ce possible pouvoir.

 

“ Bouuu !!! Quelle journée ! Et elle ne fait que commencer. ”

 

Machinalement il regarda sa poitrine à l’endroit du coeur et émis un léger sourire. Il allait quitter la pièce lorsque sa femme parut dans l’embrasure de la porte.

 

“ Chéri c’est un certain monsieur Dumas qui te demande. Jacques Dumas. ”

 

 

 

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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 19:54

 

 

Comme une larme retenue,

Un sanglot impossible,

De paroles contenues,

De propos indicibles.

 

Une vague qui accourt

Se propage sans frein,

De ce lointain décours,

Le sinistre refrain.

 

Un tourment qui affouille

Qui excave le ventre,

Qui prolonge sa fouille

Lentement vous éventre.

 

Sa morsure silencieuse

Son baiser douloureux,

L’écorchure insidieuse

Des instants langoureux.

 

L’infini des attentes

Leurs abysses défunts,

Les douleurs attenantes

Des chamades sans fin.

 

Goutte à goutte des chagrins,

En la grange des soupirs,

Où fermentent les engrains,

Des souffrances à venir.

 

Un archet qui entaille

Qui caresse et lacère,

Dans le moindre détail

Vos entrailles vos viscères.

 

L’éternelle torture,

D’un intime serrement,

L’invisible bouture,

D’un infirme sarment.

 

Dans la traîne de l’infinitude

Qui, elle, jamais ne s’accourcit,

Loin nous entraînent les solitudes

Dessous leur ciel qui s’obscurcit.

 

En une secrète étreinte,

Si lent l’étau se serre,

L’âme se voyant contrainte

De mourir en la resserre.

 

Crépuscules immobiles

Et journées sans matins,

De couchers malhabiles

D’horizons palatins.

 

Comme une larme discrète,

Un sanglot qui s’échappe,

De nos peines secrètes,

Par-dessous notre chape.

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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 19:23

En une aube à peine levée,

Quand la brume s’accote au chemin,

S’élève, par la brise enlevée,

J’irais, vers l’azur lendemain.

 

Seul, habité par l’espoir,

Empli des images de nous,

Visages, sur l’intérieur miroir,

Mémoire, de nos fous rendez-vous.

 

En moi, tu m’accompagneras,

Fidèle pensée souvenir,

Soleil, indéfectible aura,

Floue lumière du jour à venir.

 

Compagne intérieure, invisible,

Présente prégnante pourtant,

Comme un fredon si peu audible,

Murmure d’un vent, d’un vent portant.

 

Avec moi, en moi, tu seras,

Compagne de mes jours, de mes nuits,

Quand mon cœur fol se serrera

Aux instants sombres de l’ennui.

 

A jamais, amoureux, toujours,

Dans le là-bas, dans les pensées,

En les heures s’écoulant le jour,

Et celles, par la brune dispensées.

 

Partie de moi, consubstantielle,

Si différente si confondue,

Comme les nuages écrivent le ciel

Et circonscrivent son étendue.

 

Au croisement des lendemains,

Me retournant vers nos hier,

Posant mes yeux sur ce chemin,

T’apercevrai sous mes paupières.

 

Une présence, un autre moi,

En habitante de mes larmes,

Sempiternelle, et seulement toi,

Impénitente dans ce carme.

 

Là, devant, un autre soleil,

Sur l’horizon, sur son lointain,

Un jour, un autre nonpareil,

Aurore nouvelle dans le matin.

 

Si douce étoile, seule dans mon ciel,

Guidant mes pas, guidant ma route,

Point virtuel d’un arc en ciel,

Loin du trépas, de la déroute.

 

Toi, rien que toi, simplement toi,

Telle un destin, telle un dessein,

Sur l’apogée d’un monde sans toit,

Où les étoiles sont un dessin.

 

Par dessus l’aube à main levée,

Sur cette brume déposée,

D’un geste leste et enlevé,

Te dessinerai, mon opposée.

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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 19:11

Chemisier vert pomme, jupe noire, jambes élancées, muscles fins, poitrine évidente, longs cheveux, visage indicible...femme brune. Femme qui part avec son charme, qui s'éloigne avec ce nez en détail désirable, en défaut admirable. Femme coquine qui s'en vient, jeune, souple... intelligente dans sa marche, elle passe et s'en va. Femme d'âge, au passé qui s'emmêle dans les chairs et les rides, femme d'antan, de jadis, bientôt de naguère, mais qui garde en relief l'épure de sa jeune beauté oblitérée maintenant.... elle passe et s'éloigne. Femme en friches, femme bâclée, femme qui traîne et se barbouille, qui se souille de provocation, qui se rate... femme pulsion, femme agressive et brutale d'effets... garce qui s'abîme, qui entre dans la viande et la fait frémir... elle passe, regarde et s'éloigne... doucement, vulgaire et capiteuse. Femme de nom, replète, mafflue, difforme ou ronde, petite et laide, femme perdue qui passe... et puis s'oublie.

Femme coquette, inabordable, femme mépris, intouchable, femme trop belle, non, femme trop caricaturale, femme excès, femme parfum...femme qui passe, fière, sûre, et qui s'éloigne.

 

Regard qui scrute, regard qui court, qui file. Regard avide, regard surpris. Femme qui va, œil qui glisse, interroge, appelle. Femme qui marche, regard qui quête... S... chemine, suit la ville qui s'allonge en trottoirs, suit les femmes qui vont... et qui s'éloignent. Chaussures plates, talons hauts, mollets gainés de brillance synthétique, peau ferme, blanche, bistre, grasse, grenue, marbrée, tendue, flasque, veinée, variqueuse... peau plurielle et jambes infinies. Seins moulés, seins discrets... seins orgueilleux, seins qui tombent, seins sans importance, seins qui s'offrent... seins multiples, seins informes, seins de femmes, femmes qui vont... et s'éloignent.

 

S... marche, suit la ville... suit les femmes; femmes qui se promènent, qui errent, femmes chalandes qui ignorent et s'éloignent. Regard suppliant, affolé, qui accroche, qui s'accroche et quémande, qui lâche prise et repart. Femmes suivies, femmes croisées, femmes épiées, femmes implorées, femmes désirées... femmes qui s'éloignent. Regard déçu, regard timide, regards seulement.

 

S... marche, suit la ville... suit les femmes qui rentrent... et s'éloignent.

 

Jours qui courent, nuits qui passent... regard qui court, femmes qui passent... et s'éloignent. Mois qui meurent, saisons qui se répètent... femmes d'été, chamarrées et fraîches; femmes d'automne, pastels et ocres, ors et mélancolie pourpre, nuits tombantes et jours fragiles. Femmes d'hiver emmitouflées, chaudes d'épaisseur, beautés gourdes et furtives, vent glacé... femmes masquées de laine; femmes de printemps, de couleurs naissantes et de beau qui revivent... femmes folie, femmes mouvements.

Regards quotidiens qui furètent, regards perdus qui s'affolent... regards pour femme, femmes qui s'éloignent.

 

Femmes qui vont et qui viennent... femmes de toujours, femmes de jamais, temps qui passe, vergogne qui retient... regard triste. S... suit la ville, suit des femmes qui s'éloignent.

 

Femmes que l'on suit, que l'on invente, que l'on espère... femmes qui intimident et que l'on laisse... qui s'éloignent.

 

Regard humide, cœur chamade; gorge serrée, vie tranquille... vie trop vide. Espoir ténu qui faiblit, timidité trop grande... qui envahit. Regard qui s'use, qui abandonne; regard voilé et femmes qui passent... qui s'éloignent. Temps qui passe, marche qui traîne, yeux clos, vieillesse qui passe... et qui s'arrête. Femmes toujours s'éloignent.

 

Nef sombre, cercueil fleuri, bougies qui coulent, messe discrète. S... dort du sommeil des justes sans que son regard n'ait pu accrocher ces femmes qui sans cesse s'éloignaient. Eglise fraîche, cérémonie intime, famille lointaine, S... est parti, le cortège s'éloigne.

 

Femme qui pleure! Femme qui pleure ? Petite femme vieille et triste qui suit un corbillard. Vieillarde qui suit une dernière fois celui qu'elle a toujours suivi sans pouvoir oser...; oser parler, dire son amour. Femme sur qui il ne s’est pas retournée et qui pleure, qui jette une fleur... et s'éloigne.

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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 16:14

Tourne, tourne la roue,

Stroboscope du soleil,

Dans les ocres et les roux,

Qui s’étalent nonpareils.

 

Scintillement des journées

Alternance des ombres,

Rendez-vous ajournés

Interstices de pénombre.

 

Dans un ciel treillissé

D’une pluie de novembre,

L’arc ciel vient hisser

Sa palette en son ambre.

 

Postillons de l’écume

La marée de grisaille,

Aux instants d’amertume

De douleurs au poitrail.

 

Et la neige qui tombe

Son hermine de coton,

Sur la plaine et ses lombes

Sa flanelle de flocons.

 

Sur les champs emblavés

Se promène le vent,

Par les cieux enclavés

De la mer au levant.

 

Au printemps des pollens

Des insectes brillants,

Les douceurs de l’haleine

Des matins souriants.

 

Quand butinent les bourdons

Dans les champs mille fleurs,

Et musiquent leur fredon

Minuscules ronfleurs.

 

Aux jours de canicule,

Par-dessus les marais,

Volent des libellules,

Aux reflets aciérés,

 

Les refrains de l’automne

Sur des notes qui se traînent,

En accords monotones

Sous le ciel et sa traîne.

 

Mille saisons, mille rivières,

Dédales et méandres,

Clapotis de lumière,

Oranges salamandres.

 

Tapis de feuilles mortes

Qui bruissent sous nos pas,

Dans le temps qui emporte

Les instants qui sont las.

 

Volets du crépuscule

Qui se ferment au loin,

Sur un ciel majuscule

Dans la nuit qui l’étreint.

 

Les aurores qui s’éveillent

Sous une brume de rosée,

Oublieuses de la veille

De lumière arrosées.

 

C’est la vie et ses vagues,

Les saisons qui reviennent,

Les journées qui divaguent,

Comme des valses de Vienne.

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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 13:48

 

Comme l’ombre des choses, une musique qui passe,

Des notes, le vent, les paroles d’une prière.

Un sourire, des cris, un couple au loin qui s’enlace,

Un oiseau qui sautille, une vague de lumière.

 

Une larme qui coule, un regard qui brille,

Des lèvres vives, qui s’entrouvrent à peine,

Un papier déchiré prisonnier des brindilles,

Un tourbillon de sable, que la brise ramène.

 

Un cœur solitaire, une peau qui frissonne,

Une âme qui vibre, un silence minuscule,

Un tout qui croît, qui s’en vient et résonne,

En les pensées, des étonnements incrédules.

 

Le battement d’un ourlet, des hanches qui dodelinent,

Des nuages gravides, de l’horizon le linéament,

Des cheveux de jais, des siestes molles et câlines,

Les mots d’hier, et les murmures des jours d’avant.

 

Une farandole, un verre de bière, un petit blanc,

Les étoiles, la nuit, et des rêves qui s’élancent,

Des lampions, de la sueur, des regards d’amants,

Et sur la piste de bois, des amoureux qui dansent.

 

Un mime racontant la vie, dans le silence des gestes,

La pluie qui tombe, s’insinuant sous les habits,

Une feuille morte, des précipitations grotesques,

Des gens détrempés, agglutinés sous les abris.

 

Tourne la vie, valse, et s’entortille le temps,

Dans la continuelle addition des grains du sablier,

Tic-tac, un à un, s’ajoutent nos petits instants,

Refrain d’une ritournelle, impossible à oublier.

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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 21:06

Prendre son cœur à pleine main,

L’extirper d’un geste violent,

Pour l’arracher d’un tournemain,

Et qu’enfin cesse son tourment.

 

Empêcher ses soubresauts,

Le serrer plus encore,

Jusqu’à son dernier sursaut,

Le tenir loin du corps.

 

Le vider de son sens,

En exprimer le sang, la sève,

En la déliquescence,

L’étreindre, jusqu’à ce qu’il crève.

 

Ne plus le sentir battre, cogner,

Ni pulsation ni chamade,

Frémir en son sein rencogné,

Pour ses amours nomades.

 

Faire en sorte de ne plus aimer,

Qu’il cesse et cesse de battre,

Et que cette chair taise à jamais,

Son désir de s’ébattre.

 

Le laisser se dessécher, se durcir,

Devenir silence et puis poussière,

Puis que s’en viennent s’obscurcir,

Les vaines délices meurtrières.

 

S’épargner le vide des attentes,

Martel qui frappe et résonne,

Sa lente complainte assonante,

Qui vous happe et vous arraisonne.

 

Vivre sans toi, par l’oubli de lui,

En cette vacuité de son battement ;

Ainsi se convaincre qu’en la nuit,

Le jour tisse muet son vêtement.

 

Prendre son cœur entre ses doigts,

Et l’y sentir palpiter,

Encore un peu, une dernière fois,

Avant de le précipiter.

 

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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 21:02

Jeux, mots, regards, paroles et mensonges,

Dis-moi, que faut-il faire, qui faut-il croire ?

Quand le réel, oxymore, contrefait le songe,

Et que le jour, hésitant, se fait accroire.

 

Gestes, coups, caresses, baisers et morsures,

Dis-moi, que faut-il attendre redouter ?

Quand la main, paradoxe, touche et torture,

Et que la peau frisonne, ou se couvre de plaies.

 

Danse, fuite, hésitations, courses et tournis,

Dis-moi, que faut-il faire, qui faut-il attendre ?

Quand l’autre, hiatus, te donne ou t’ôte la vie,

Et qu’en la demeure, tu cesses de le comprendre.

 

Pensées, faits, gestes, idées et renoncements,

Dis-moi, que faut-il taire, que faut-il dire ?

Quand la parole, anaphore, se fait tourments,

Et que le silence, parfois, te pousse à médire.

 

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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 20:03

Voici un autre extrait...tout à l'opposé du précédent, mais qui vous aidera à comprendre l'histoire...si elle vous plait mon histoire commandez ce roman non publié aux éditeurs... :-) Qui sait à force de recevoir des appels leur esprit de lucre les poussera à l'éditer mon juju!

Promis j'arrête de mettre des textes longs :-)

 

 

 

- Qu’est ce que vous voulez monsieur le policier ? Si vous nous surveillez vous n’êtes pas doué pour ce travail ! Votre compère n’est pas avec vous ? A moins qu’il ne fourbisse son arme prêt à intervenir ! Vous pensez une si petite femme cela peut être dangereux, et juive de surcroît !

 

Il ne sait que répondre, bien qu’elle soit acerbe et qu’il se sente idiot, il aime cet instant, il l’a retrouve telle qu’en elle même, intrépide, sans peur, courageuse, prête au combat quel qu’il soit.

 

- Vous vous méprenez madame, je ne suis pas de la police et je suis venu seul. Je ne vous veux pas de mal croyez moi.

 

- Vous voulez quoi alors ? Vous croyez que je n’ai pas remarqué votre cirque depuis une heure ! Vous connaissez beaucoup de gens vous qui passent leur temps à arpenter une rue pour le plaisir ? Des gens qui en plus sont venus chez moi insulter ma famille et me molester ! A part ces salopards de la gestapo et leurs nervis de la préfecture, vous en connaissez beaucoup des types de cet acabit ?

 

René aimerait répondre, mais il sent qu’il va bredouiller des explications qui ne tiendront pas la route, qu’elle n’est pas prête à écouter ce qu’il voudrait lui dire, que ce n’est pas ici sur le trottoir qu’il pourra trouver le calme nécessaire pour s’épancher. L’esclandre risque d’ameuter du monde et d’attirer vraiment la police.

 

- Taisez vous et allons chez vous !

 

Il lui a dit cela en sortant une carte barrée qu’il a dérobée à la préfecture, il ne pensait pas s’en servir, il l’avait subtilisée comme cela, mais c’est le seul moyen de sortir de cette imbroglio, même s’il contredit ce qu’il vient d’expliquer tant bien que mal à l’instant. Et il l’empoigne par le bras pour l’entraîner chez elle.

 

- Si vous croyez me faire peur avec vos méthodes de soudard vous vous trompez monsieur l’inspecteur. Lâchez moi je suis capable de marcher seule !

 

D’un geste brusque elle s’arrache de l’emprise de René et continue de marcher à son côté en le regardant fièrement tout en avançant. Ils franchissent le seuil de la grande porte cochère et s’engouffrent dans l’escalier qui mène à l’étage. Franca le précède, déterminée, prête à l’affrontement, ses pas tapent sur les marches en bois et raisonnent fortement dans la montée. Arrivée sur le palier elle engage sa clé dans la serrure qu’elle fait jouer et ouvre en grand la porte qu’avait martelée Henri.

 

- Si monsieur l’inspecteur aux questions juives veut bien se donner la peine d’entrer, il est le bien venu en ma modeste demeure !

 

Et elle accompagne son invite ironique d’un ample mouvement de bras, laissant passer René qui hausse les épaules en pénétrant dans l’appartement. La porte claque et la jeune femme le dépasse pour aussitôt s’installer sur le divan qui fait face à la cheminée du salon attenant à l’entrée. Les mains jointes entre les cuisses elle le fusille de son regard noir si expressif.

 

- Alors que fait on maintenant monsieur le curieux ? Une petite inspection des lieux ? Vous voulez que je vous dise où l’on cache notre or ou je vous laisse fouiner ? Vous pouvez déjà saisir les chandeliers que voilà sur le buffet ! Désolée pour vous ils n’ont que trois branches ça ne fait pas très juif n’est ce pas ! Ou youpin devrais je dire ! Il y a aussi ce bronze, mais c’est une copie !

 

René la regarde le provoquer, et il l’admire d’autant plus qu’elle croit vraiment qu’il est de la police. Son arrogance est phénoménale, c’est même de la folie pure, mais comme elle est belle dans cette attitude de défi !

 

- Vous allez continuer longtemps ce jeu de femme effrontée qui n’écoute qu’elle-même et se complait dans la provocation ? Acceptez vous de vous taire un instant et me laisser m’expliquer, ensuite je partirais si vous le souhaitez.

 

Ne s’attendant pas à une telle répartie, Franca se relâche, son visage se radoucit, la foudre de son regard se calme, et elle se laisse aller sur le dossier du divan étendant un bras sur l’encadrement de bois.

 

- Je vous écoute.

 

Il s’avance dans la pièce et s’assied sur le bord  du fauteuil qui jouxte le canapé. Il ne sait comment débuter s’étonnant de ne pas voir apparaître les personnes âgées de l’autre jour, ni la petit e fille qui pleurait.

 

- Vous êtes seule ?

 

- Oui depuis hier, mes beaux parents sont partis avec ma fille Sarah, petite conséquence de votre dernière visite. Cela a fini par les convaincre qu’il ne faisait pas bon en la demeure. Comme quoi le cinéma de votre collègue n’aura pas été vain !

 

- Mais vous ! Pourquoi êtes vous encore là ?

 

- Disons que je garde la maison afin d’éviter le pillage de certaines personnes mal intentionnées ! Même s’il ne reste plus grand-chose à voler, puisque nous avons pratiquement tout échangé au marché noir pour subsister, attendu que tout nous est interdit, hormis de vivre…pour l’instant. Je ne suis pas du genre, vous l’avez compris, à quitter le navire à la première houle. Vous ne me faites pas peur, vous et vos acolytes, qu’ils soient pure race française ou teutonne !

 

- Est il possible de parler sans agressivité, sans vouloir à tous prix en découdre, comme deux personnes intelligentes qui font connaissance ? Votre famille a fui c’est ce que vous essayez de me faire comprendre ? N’ayez aucune crainte je vous le répète je ne suis pas de la police, ni là pour une quelconque entourloupe ! Je suis venu à titre disons… privé.

 

- A titre privé, évidemment, et je vais gober cela croyez vous ?

 

- Bon, il vaut mieux que je parte nous n’arriverons à rien ainsi, je n’aurais d’ailleurs jamais dû venir, ni vous forcer à rentrer, veuillez m’en excuser je vous prie.

 

René se lève et quitte la pièce sans même regarder la jeune femme qui n’en revient pas de cette réaction.

 

- Restez ! Je vous crois, parlons puisque vous êtes venu pour ça, je vous écouterai, comprenez tout de même ma méfiance après la visite de l’autre soir.

 

- Je vous comprends et je ne suis pas fier de ce qui s’est passé, croyez moi ! Je ne m’attendez pas à cela, à ce comportement de mon ami, je ne sais toujours pas pourquoi je l’ai suivi, je retiens simplement qu’il m’a permis de vous rencontrer. Les conditions de cette rencontre ont été assez spéciales je vous l’accorde, mais je ne vois pratiquement plus ce monsieur depuis. Je ne suis pas d’accord avec tout ce qui se passe en ce moment, ni avec ce qui s’est passé avant. Bien sûr je n’ai pas toujours pensé ainsi, et j’ai même contribué tacitement à tout ce qui arrive. Mais j’ai changé, en une nuit, et j’ai réfléchi beaucoup depuis cet incident, je suis plus lucide, même si cela arrive un peu tard et que vous allez me rétorquer que c’est un peu facile au vu de ce qui se passe sur le front. Je ne me cherche aucune excuse madame. Si je suis là c’est parce que je devais venir. Je ne pouvais pas faire autrement.

 

René lui a parlé avec la douceur d’un enfant contrit, qui cherche à se faire pardonner une faute grave. Le ton sincère sur lequel il s’est exprimé a adouci le regard de Franca sur lui, elle est plus relax, moins sur ses gardes. Sa beauté s’est enrichie de cette aménité légère, de cette sensualité que la colère masquait.

 

- Vos parents ont bien fait de partir et vous devriez faire de même, il se trame des choses pas très saines, madame, j’en sais quelque chose, je travaille à la préfecture, et certains services sont sur les dents en ce moment !

 

- C’est pour m’avertir que vous êtes venu ? Je vous remercie mais vous savez nous étions au courant qu’il ne fait pas bon être enfant de David en ce moment ! Malgré la confiance de mon beau père, ce brave homme, indéfectible patriote, qui avait oublié qu’il était juif tant il se voulait Français !

 

- Non madame….

 

- Appelez moi Franca cela fait moins convenu que madame qui me vieillit ne trouvez vous pas ?

 

Elle a très bien compris pourquoi René est venu, son explication a si bien laissé transparaître son émotion, son…désir. Il n’y a que lui qui n’a pas encore compris pourquoi il est là.

 

- Franca, ne vous obstinez pas dans cette attitude de bravoure inutile et stupide. Je sais et vous aussi que votre courage est admirable, vous n’avez plus rien à prouver, vous devriez suivre votre famille et déguerpir au plus vite ! Rester n’ajouterait rien à votre hardiesse. Que cherchez vous à prouver par cet entêtement ?

 

- Si vous n’êtes pas venu pour me convaincre de fuir, qu’êtes vous donc venu faire ici monsieur sans prénom ?

 

- René !

 

Elle s’amuse malgré le dramatique de la situation, la timidité de cet homme est séduisante, elle aime son trouble. Cette instabilité qui l’habite et le perturbe le rendant délicieusement fragile. Déjà l’autre fois elle l’avait remarqué dans son attitude de retrait embarrassé. Il est jeune, bien plus jeune qu’elle.

 

- René, je ne partirai pas, vous m’entendez, je…ne…partirai pas. Je suis ici chez moi. Ils ont arrêté mes parents sous prétexte qu’ils étaient des juifs étrangers, dire qu’ils avaient fui le fascisme et comptaient sur le pays des droits de l’homme pour les protéger ! Mon mari, officier de réserve, s’est battu pour la France et doit être prisonnier quelque part en Allemagne, je vais attendre tranquillement son retour. Je n’ai pas peur, ni de la police, ni des gendarmes, ni des boches ou de la gestapo ! Venez donc vous asseoir auprès de moi René.

 

Elle tapote le siège de la main pour renforcer sa proposition. René se lève et s’installe à côté d’elle, gardant une certaine distance. Tout va si vite, à l’instar des événements, il n’est même plus étonné de ce qui se passe actuellement, il se laisse aller sans augurer de rien.

 

- Vous ne reverrez jamais votre mari si vous persistez dans votre décision, il sera veuf à son retour si jamais il revient. Des bruits courent comme quoi on ne fait pas qu’enfermer les juifs là bas dans l’est, certains journaux clandestins rapportent des horreurs sur ce qui s’y tramerait. A quoi bon vous entêter, partez avant que les nazis ne viennent vous chercher.

 

- Ils peuvent venir me prendre et tous les juifs qui vivent dans le reste du monde ! Cela ne changera rien aux choses, car nous ne sommes qu’un prétexte, après nous il y en aura d’autres. Hitler nous a promis un empire qui allait durer mille ans, et quand bien même cela serait, ils ne s’arrêteront jamais de persécuter car c’est ce qui donne sens à leur existence, qui leur permet de supporter leur peur, car ils ont peur croyez moi. Ils peuvent venir, me battre, me torturer, me couper en morceaux, me proscrire et m’envoyer je ne sais où, je ne les crains pas ! Voilà pourquoi ils ne peuvent rien contre moi…je suis une femme libre et ça nul ne peut l’aliéner ! Je n’appartiens à personne… même pas à mon mari !

 

Que lui répondre, sinon qu’elle a raison, mais que ce ne sont que des mots et que la puissance cruelle des hommes en cette époque n’a que faire des mots et broie ceux qui cherchent à les prononcer. Il a très bien compris que c’est la peur qui les pousse, cette trouille impalpable et tenace qui grouille dans l’intimité de Henri depuis toujours, et qu’il a vomi l’autre jour ici. Cette déliquescence intérieure qui emporte son ami chaque jour plus loin dans l’avanie parce qu’il ne peut pas, plus, faire autrement. Mais vaut il la peine de s’immoler au nom de la peur des autres ?

 

- Mais….

 

- Cessez de parler des autres et venez contre moi. Vous en avez tellement envie et moi aussi, alors pourquoi rester distant ? Pourquoi ce regard ? Je vous choque ?

 

- Non mais je ne m’attendais pas à ça, surtout dans de telles circonstances.

 

- Laissez les circonstances où elles sont et venez contre moi que je sente votre odeur.

 

Franca se colle à lui et ouvre son manteau qu’il a gardé fermé. Sa main glisse sous son pull, explorant son torse, alors qu’elle love son visage dans son cou et le renifle délicatement comme un animal. Ses yeux si bleus sont clos.

 

- J’aime votre odeur René, j’aime sentir votre cœur qui s’emballe, vous découvrir avec les mains et au travers du parfum de votre épiderme, sans vous regarder. C’est délicieux et troublant, ne dites rien, laisser moi m’imprégner de vous.

 

Il ne bouge plus, obéissant et paralysé par ce plaisir étrange qui l’envahit, subjugué par cette soumission qu’elle lui impose avec tant de sensualité. Le contact de ce nez qui le respire, de ses lèvres qui effleurent à peine sa peau, de cette main qui glisse sur l’étoffe de sa chemise et cherche à s’immiscer, tout cela fait naître un émoi inconnu et inespéré. Il n’ose la regarder ni même la toucher, fixant devant lui le buffet sur lequel trône le bronze. C’est une sculpture étrange, une sorte de torsion, un élan brut partant du socle pour se définir peu à peu en une embrassade lisse, épurée, délicate. Un homme et une femme, nés d’un amalgame, qui se séparent et prennent forme pour aussitôt se réunir dans un enlacement raffiné, une étreinte suggérée.

 

- Embrassez moi mais pas comme vous avez déjà certainement embrassé d’autres femmes. Embrassez moi à la mesure de ce que nous vivons maintenant, sans précipitation, sans gourmandise. Embrassez moi comme il l’embrasse, à peine mais intensément, comme Camille a pétri.

 

Du regard elle lui montre la copie du Bronze de Claudel.

 

René baisse la tête et approche ses lèvres de celles de Franca, les entrouvre, se met à respirer cet air qu’elle exhale. Leurs bouches sont à peine accolées, leurs souffles se mêlent, mélangent leur tiédeur humide, leurs mouvements sont ralentis, lentement ils fusionnent. D’une main il fait tomber le fichu qui retenait les cheveux de la jeune femme, et ceux-ci détachés se mettent à couler sur sa nuque et ses épaules. Le temps s’est arrêté, leurs langues n’osent encore sceller le baiser par leur étreinte, seules leurs mains ont franchi les limites de la retenue.

 

- Venez en moi René, là de suite sans bouger.

 

Il ne cherche pas à comprendre car il n’y a rien à comprendre et la laisse déboutonner son pantalon qu’elle fait glisser sur ses chevilles. Le désir qu’il ressent n’a pas de pareil dans sa mémoire, ni dans celle de sa chair, c’est inouï, plus rien n’existe que cette émotion qui abaisse tous les interdits, faire taire tous les jugements…toutes les peurs. Il s’abandonne.

 

Franca relève sa jupe, ôte sa culotte et vient le chevaucher sans la moindre gêne. Il sent sa main douce qui saisit son sexe durci et le guider dans le sien déjà mouillé de désir, puis elle le laisse s’enfoncer lentement en elle tandis que ses lèvres viennent s’aboucher aux siennes. Sa langue ferme et souple s’enroule autour de la sienne, le fuit puis s‘en revient dans un jeu continuel de préciosité. Ils restent ainsi liés sans aucun mouvement, conformant leurs intimités, essayant de sentir la force de leur désir, et de retenir l’envie de l’assouvir. Tout en lui se tort, la contorsion brute du bronze semble jaillir en son ventre pour se calmer ensuite et s’écouler tendrement.

 

- Voyez vous René les braves gens s’ils nous surprenaient là, nous voueraient aux gémonies, et nous traîneraient sur le bûché de la rumeur, cela les conforterait dans l’idée que je ne suis qu’une sale juive vicieuse, une dégénérée, une putain lubrique. Mais ils ne peuvent comprendre, ni vous d’ailleurs, pas encore, voire jamais, que je suis une femme libre, libre de son désir, de son plaisir, de ses pensées. Voilà ma liberté, non pas de tromper mon mari éloigné, non pas de faire l’amour avec le premier venu, mais de vivre, de faire abstraction des autres et de leur jugement, d’assumer cela sans provocation ni ostentation. J’aime mon mari René, vous ne pouvez savoir à quel point je l’admire, mais si j’ai envie d’un homme, et bien je lui dis et je me donne à lui si cela me chante, sans rien ne lui promettre que de m’abandonner sur l’instant. Je suis libre m’entendez vous, libre de vous avoir en moi et de refuser que vous jouissiez, libre de sentir votre queue aller et venir et de vous dire d’arrêter, libre de la prendre en bouche et de vous regardez vous pâmer ! Je n‘appartiens à personne et n’appartiendrai jamais à quelqu’un sinon qu’à moi même ! Je ne connais pas la peur, celle des braves gens, même quand mon père venait la nuit je n’ai jamais eu peur.

 

Elle l’a regardé droit dans les yeux tout en lui parlant, faisant de petits mouvements de hanches pour entretenir ce contact intime. René a compris qu’ils n’iraient pas au bout de cette étreinte, et d’ailleurs il ne le souhaite plus, rien ne peut surpasser ce qu’il vient de ressentir, et jouir en elle viendrait corrompre ce désir insensé. Franca recule son bassin expulsant par ce mouvement le sexe de René. Puis elle se glisse sur le côté et vient se lover contre lui nichant sa tête dans son cou comme précédemment. Elle sourit, elle doit avoir trente ans.

 

- Restons encore un peu ainsi que je vous respire avant que vous ne partiez. Vous comprenez qu’il est inutile de revenir demain ni jamais. Je nous imagine mal dans une relation adultère, vous venant la nuit me retrouver en catimini pour repartir au petit matin, moi vous attendant avec impatience en colorant mes cuisses à la chicorée. Ce serait pitoyable et de mauvais goût au regard de ce que nous venons de vivre. Et n’oubliez pas je suis juive, regardez j’ai l’étoile sur mon gilet et c’est écrit en rouge sur ma carte d’identité ! Laissez moi savourez encore votre odeur et m’enrichir de vous, ensuite vous partirez sans rien dire.

 

Et elle se tait et l’enlace, fermant les yeux pour mieux s’emplir des parfums de cet homme qui n’ose plus répondre.

 

Ils restent ainsi sans parler ni bouger, chacun emmagasinant les émotions de chaque sens, jusqu’à ce que la réalité lentement vienne naturellement les séparer.

 

Franca le libère de son embrassade, se lève, rajuste sa jupe, noue rapidement ses longs cheveux noirs et s’en va devant le buffet pour des doigts suivre le mouvement du bronze. Pendant ce temps René a remonté son pantalon, boutonné sa braguette et sa chemise, il récupère sa casquette et ferme son manteau puis quitte le salon jetant un dernier regard à cette femme magnifique qui caresse une statue. Sans se retourner il quitte l’appartement puis la maison sachant qu’il n’y reviendra jamais.

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