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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 17:14

J’ai vu le temps voleur s’enfuir avec sous le bras mes sourires d’enfant. Je l’ai vu me dérober la fraîcheur de ma vie, mes amis, la jeunesse de mes parents et l’attente sans fin des lendemains. Je n‘ai pu le rattraper, le saisir et lui reprendre mes biens, il s’en est allé sans même se retourner, vigoureux et moqueur. Il m’a laissé là, seul, dépouillé, les bras ballants, les mains serrées dans le vide, me demandant pourquoi, pourquoi moi ? J’ai vu le temps cynique, aller de ville en ville, de vie en vie, chaparder des enfances, des jeunesses, saccager des instants, et rire, rire dans le vent des années courant d’air. J’ai crié seul dans l’obscurité des détresses, hurlant dans la nuit des angoisses : au voleur, au voleur ! Mais personne n’a réagi, ne s’est arrêté ! Ils allaient tous le front bas et le regard au loin, comme s’ils voulaient ne rien savoir, comme si c’était bien fait pour moi, et qu’il n’y avait rien à faire que de le laisser s’enfuir. Chacun redoutant que n’arrive son tour et ne devienne victime.

J’ai regardé le temps s’éloigner avec dans sa besace tout ce que la vie m’avait offert, ne m’en laissant que les souvenirs, les traces incertaines de leur mémoire floue, ces parfums, ces images, ces troubles qui semblaient n’avoir jamais été. Il s’est gobergé de mes amours anciennes, des mes désirs d’antan, s’est goinfré des mes frissons de jadis, jetant çà et là mes émois, mes chagrins et mes regards, épars dans la vie sans y attacher une quelconque valeur, pour ne garder que le plaisir qu’il m’avait dérobé. J’ai vu le vent des jours emporter les papiers des douceurs de mon âme dont ce larron s’était repu, me disant que ces saveurs devaient être miennes.

J’ai vu s’éloigner le temps à grands pas des jours solitaires, goguenard, sans pouvoir le suivre, perdu dans cette ville sans âmes des souvenirs, silhouettes grises des années passées, des amis disparus et des proches envieillis, des amours chiffonnées et des baisers oubliés. Aux carrefours des décisions anciennes, j’ai cherché sa trace et son enjambée, son ombre incertaine, et n’ai trouvé que des rues vides et des arbres sans feuilles, des trottoirs déserts, des portes closes, et derrière les croisées aux rideaux grisâtres, des visages ridés, qui, subreptices, à mon passage, s’effaçaient.

J’ai pris au hasard, des chemins pas très sûrs, des sentiers boueux et des routes improbables, dans l’espoir de le retrouver et lui faire rendre gorge, pour reprendre son larcin, mais je me suis épuisé à vouloir le débusquer là où il n’était, tandis qu’il savourait ma jeunesse insouciante, et gaspillait ma vie, que je n’avais su goûter, dans une frénétique ripaille. J’ai erré sur les traces du temps, demandant çà et là son adresse, qui l’avait vu passer, entendu rire, espérant que d’aucuns me diraient où il avait sa tanière, dans l’espoir de fouiller ses poubelles, et d’y trouver les restes de ce qui m’était dévolu.

J’ai perdu mon temps à la recherche du temps, j’ai perdu ma jeunesse à vouloir la retrouver, alors que sur l’instant je ne savais pas que déjà elle m’échappait, séduite par la course folle du temps et ses vaines promesses. J’ai perdu ma vie à chercher demain, alors que c’est aujourd’hui qui était, j’ai fouillé les poches d’hier et les ai retournées, mais il n’y avait que poussière, car le temps chapardeur, à mon insu, m’avait tout volé.

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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 17:09

Un soleil qui se couche,

Par delà les collines,

Ciel et terre qui se touchent,

Au lointain se câlinent.

 

Aux heures convalescentes
Des passions amoureuses,
Nos chamades incessantes
A jamais douloureuses.

 

Les vicinales traverses
Des chemins de l'amour,
Quand la lumière s'inverse,
A la tombée du jour.

 

Epis d'orge mélangés
En les champs emblavés,
Sous un ciel orangé,
Leurs couleurs élavées.

Mauves, gris et mordorés,
Les reliefs et leurs ombres,
Sur les bois, à l'orée,
Se déploie la pénombre.

C'est la nuit qui s'en vient,
Qui lentement s'appose,
Crépuscule qui advient,
Qui devient et se pose.

C'est l'heure des souvenirs,
Des chagrins, des frissons,
Où les notes viennent s'unir,
En un triste unisson.

Requiem de la nuit,
Pour le deuil des hiers,
Car le jour s'est enfui,
Nonobstant les prières.

Rien n'y fait, n'y fera,
Tel un fleuve en son lit,
Notre temps s'enfuira
Commettant son délit.

Espérés, attendus,
Ces instants partagés,
Dans la brune éperdus,
D'un présent viager.

C'était demain, hier,
Les attentes délicieuses,
Ces journées pleines entières,
Du réel, séditieuses.

Un été, son soleil,
Coquelicots, mirabelles,
Ses senteurs, ses abeilles,
La chaleur, les ombelles.

Mais tout s'en est allé,
Les baisers, les regards,
Disparus, envolés,
En ce temps qui égare.

Dans la nuit si profonde,
En les âmes, les collines,
Ciel et terre se confondent,
Quand le jour se termine.

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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 12:21

Prendre son cœur à pleine main,

L’extirper d’un geste violent,

Pour l’arracher d’un tournemain,

Et qu’enfin cesse son tourment.

 

Empêcher ses soubresauts,

Le serrer plus encore,

Jusqu’à son dernier sursaut,

En un extrême accord.

 

Le vider de son sens,

En exprimer le sang, la sève,

En la déliquescence,

L’étreindre, jusqu’à ce qu’il crève.

 

Ne plus le sentir battre, cogner,

Ni pulsation ni chamade,

En son sein frémir rencogné,

Pour ses amours nomades.

 

Faire en sorte de ne plus aimer,

Qu’il cesse, cesse de battre,

Et que cette chair taise à jamais,

Son désir de s’ébattre.

 

Le laisser se dessécher, se durcir,

Devenir silence et puis poussière,

Puis que s’en viennent s’obscurcir,

Les vaines délices meurtrières.

 

S’épargner le vide des attentes,

Martel qui frappe et résonne,

Sa lente complainte assonante,

Qui vous happe et déraisonne.

 

Vivre sans toi, par l’oubli de lui,

En cette vacuité de son battement ;

Ainsi se convaincre qu’en la nuit,

Le jour tisse muet son vêtement.

 

Prendre son cœur entre ses doigts,

Et l’y sentir palpiter,

Encore un peu, une dernière fois,

Avant de le précipiter.

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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 11:35

 

 

 

Tapie par devers l’ombre,
L’aurore, instant nubile,
Naissante en son décombre
Pubère et infantile.

 

Du sacrifice, de l’hécatombe,
Autel lointain de l’horizon,
Quand le soleil embrase sa tombe,
Dans sa nouvelle paraison.

 

Cheveux d’or et de sang,
Cinabres effilés,
Mêlés et nitescents,
Entre les nues leur défilé. 

 

Là-bas, à peine le temps franchi,
Lent, il s’exhausse dans l’azur,
Astre léger et affranchi,

Rouge, entier de démesure.

 

S’écoule dans le ciel,
Sa lave de lumière,
Emporte l’arc en ciel,
Elave les hier.

 

Bâtard, orphelin de la nuit,
Les cieux, en leur ventre l’accueillent,
Montante, sa course le conduit,
Là-haut, où les heures le recueillent.

 

Garance dans le vent,
S’écoule sa lueur,
La rosée s’élevant,
Déroule sa chaleur.

 

La brise emporte les mâtines,
Antienne, prière originale,
Complies, jumelles et mutines,
Sœurs siamoises matinales.

 

Chante, sonne le bourdon,
Musique d’un renouveau,
Nuances céladon,
D’un empyrée nouveau.

 

La brune, d’un aujourd’hui s’accouche,
Corail, carmine parturition,
Lasse, exsangue, ensuite elle se couche,
Quand se termine la partition.

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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 11:32

Nuit obscure, profonde intimité,
Par la ruelle étroite, je te rejoins,
Bien après la raison, par le désir guidé,
Avançant, osant encore plus loin.

 

Nuit humide, sauvage complicité,
Par la porte de l’autre côté, je viens,
Ignorant des évidentes pensées,
Attendant, désirant cet étrange regain.

 

Nuit moite, regards fous et enflammés,
Par toi, le sens interdit j’enfreins,
Au-delà la morale, à voix haute édictée,
Éprouvant, ressentant ce singulier entrain.

 

Nuit profonde, je vais et je viens,
Dans cette rue maintenant ouverte,
Et ta plainte heurtée me parvient,
Pâme, en cette traverse offerte.

 

Nuit intense, plus avant je m’engage,
En ces ténèbres réprouvées,
Roide, pris de folie, tout en nage,
Par ce mutuel plaisir éprouvé.

 

Nuit hurlement, douleur et folie mêlées,
De l’impasse je sors, d’ailleurs je reviens,
Lucide, mais aussi par l’audace étonné,
Promettant, peut-être, mais ne jurant de rien.

 

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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 16:17

johan2.jpg 

Sur la campagne, caresse de l’ombre,

Qui file en s’allongeant,

Des nuages, l’étrange pénombre,

L’élonge la forlongeant.

 

Raccourci d’un jour qui s’enfuit,

S’étend et se démène,

Accueille vitement la nuit,

Dans l’ombre qui l’amène.

 

Tout s’assombrit et disparait,

Sous l’onde qui enlinceule,

Les champs, les bois et les marais,

Se fondent en un seul.

 

Telle une vague, qui lente se meurt,

S’étale sur le sable,

Le crépuscule dans sa demeure,

S’avance impérissable.

 

La nuit renverse son encre noire,

En recouvre la ville,

Faisant des rues les entonnoirs,

D’impasses ainsi viles.

 

Alors, s’effacent les couleurs,

Dans l’ombre des reliefs,

Les gris étalent leurs pâleurs,

Sur la lande qu’ils fieffent.

 

Il n’est qu’un tout dans le contraste,

Ombreux et monocorde,

Dans le silence de ce désastre,

S’ombrage la discorde.

 

Sur l’horizon s’accouche le soir,

Naissance de la brune,

Que nul, personne ne peut surseoir,

Pas même la pleine lune.

 

Dans le ciel, mais aussi sur terre,

La nuit enlace le jour,

L’étreint, l’étouffe, le met en terre,

Dans l’ombre d’un contre-jour.

 

 

 

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 22:07

pageGrise, la mer au loin se retire,
Longue étale, la plage est déserte,
Opalines, les falaises s'étirent,
Incertaines, de brume couvertes.

Des pas dessinés sur le sable,
Par-dessus les vagues une écume,
Sur l'horizon indépassable,
La lumière, d'un soleil posthume.

Des mouettes, supportées par le vent,
Dansent en ballerines rieuses,
Légères, emportées par l'évent,
Baladines, s'élèvent crieuses.

Indistincts, dedans la brumaille,
Inquiets, s'appellent les navires,
Cornes plaintives d'accordailles,
D'aveugles, que la houle chavire.

Vagues de mer, ondes de terre,
Parfums, fragrances océanes,
La rive s'enfonce puis se déterre,
Dentelle laiteuse et fil d'Ariane.

Lande de sable, sentier de craie,
Troublant, le brouillard se dépose,
Sur la muraille y vient s'ancrer,
Ce flou linceul qui s'interpose.

Galets, coquillages, immondices,
Hétéroclites orphelins,
Abandonnés sur la silice,
Par la marée en son déclin.

Là-bas, sentinelle de calcaire,
Blanc Nez s'érige en le brouillard,
Géante en son armure précaire,
Dressée par-dessus le rempart.

Dans cette ouate grise je vais,
Plein de fatigue et d'émotion,
Sentant mon âme s'élever,
En cette étrange dévotion.
 

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 22:04

File, file la lune entre les nuages,

Par une nuit de grand vent,

Dans l’impalpable métissage,

Des ombres grises du levant.

 

En sa lucarne c’est le train du temps,

Qui en son sein, déroule le voyage,

La course des choses, la fuite en avant,

Sur ce chemin ombré de paysages.

 

En le treillis des ramilles dénudées,

Elle se déchire en s’enfuyant,

Portée par l’onde gravide des nuées,

Sous le souffle impavide du vent.

 

Dans la pénombre qui s’étale alentour,

Les monstres se tapissent pour attendre,

Fantômes intimes de la tombée du jour,

Qui n’ont de cesse de nous surprendre.

 

File, file la lune en cette obscurité,

Dans les torsions inquiétantes du ciel,

Emportant du regard les années,

Les heures si ténues et circonstancielles.

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 22:00

Sur mes doigts, ton parfum

Le parfum de ton ventre,

Fragrances et refrain,

Ce refrain qui m’éventre.

 

Tes cris, mes mots insanes

Violence des corps,

Qui paressent et qui flânent

Puis s’élancent encore.

 

Désir fol et folie,

Car de toi, tout entier,

Dans l’orage qui nous lie

Cet Eole cimentier.

 

Te faire mal et atteindre,

Approcher l’inttingible,

Réussir à étreindre

Par les maux l’intangible.

 

La douleur, le plaisir,

Camaïeu sensuel,

Où s’en viennent gésir,

Les anciens rituels.

 

Te mordre et te baiser

De baisers amoureux,

Sans pouvoir apaiser

Cet élan vigoureux.

 

Etre en toi, être ailleurs

T’enlacer, te serrer,

Pour le pire, le meilleur,

L’un en l’autre inséré.

 

Hurler, gémir, pleurer

De râles et de soupirs,

En nos larmes demeurer,

En nos âmes s’assoupir.

 

Mes lèvres sur tes lèvres,

Leurs effluves sapides,

La douceur et la fièvre

De leurs sources acides.

 

Tout simplement, t’aimer,

Comme on aime une fois,

Mais vouloir essaimer

Cet amour toutefois.

 

Et puis, te regarder,

Sans rien dire, longuement,

Sur tes hanches m’attarder,

Y flâner lentement.

 

De mes yeux, de mes mains,

La douce promenade,

Sur ton corps, parchemin,

De mon âme nomade.

 

Toi, à n’en plus finir,

De regard et de peau,

De désir m’agonir,

Sans un moindre repos.

 

Sur mes doigts, ton parfum

Souvenir de ton ventre,

Sa flagrance son refrain,

Je suis seul et je rentre.

 

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 21:50

(Essayez de lire en écoutant la musique ci-dessous, car j'ai écrit à partir de celle-ci, en l'écoutant...)

 

 

 

C’était un grand navire, et il partit du levant, ou peut être du couchant, on ne sait plus, ce que l’on sait pourtant c’est qu’il partit par une nuit de grand vent, sur un grand océan, un océan de lait, de sang, ou de larmes, mais plus sûrement d’eau saline… nul ne s’en souvient vraiment. Est-ce bien important de savoir sur quel océan le navire s’engagea dites-moi ?


De quel port leva-t-il les amarres, ce grand navire ? Est-ce bien important de le savoir ? Il partit avec à son bord des hommes et des femmes, et bien sûr des enfants, des enfants de ceux-là…. là est la seule importance, n’est-ce pas ? Il paraît qu’il y avait un accordéoniste qui était du voyage, d’autres parlent d’un violoniste, et d’aucuns affirment qu’il y avait les deux. Mais qu’importe de savoir vraiment qui accompagnait ces gens, sur ce grand navire ?


Si l’on écoute bien ceux qui racontent, on leur entendra dire qu’il y avait aussi des mouettes dans le ciel, et des embruns de sels, des vagues aux hautes crêtes, et le bruit de l’étrave métallique, qui, à grands coups de bélier, fendait le mur ondoyant de la houle. Et pour ceux qui étaient à la poupe, ils pouvaient admirer les remous de hélices qui brassaient l’océan… des remous de lait, de sang, de larmes, ou d’eau saline plus sûrement. D’autres qui en rajouteront, vous parleront des fumées noires que crachaient les hautes cheminées du grand navire, de la pluie d’or et du crachin marin, du salut de la proue à la mer comme un pénitent que se dodeline, mais tout cela n’ajoutera rien à l’histoire n’est-il pas ?


Oui c’était un grand navire, par un soir de pluie d’or dit-on, qui partit de là-bas pour aller ailleurs, emportant en son sein des gens, des gens qui cherchaient un quelque part qui n’était plus ici ou là. Ceux qui s’en souviennent, et ils sont peu, ne savent plus dire si c’est la pluie qui était d’or, ou les larmes des passagers qui brillaient à la lueur de la pleine lune. Mais est-ce bien utile de le savoir ? De savoir s’il pleuvait ce soir là de l’or ou de l’argent ?


Et il vogua ce grand navire des hommes, jour après jour, et parfois, dans la profondeur de la nuit, l’on pouvait entendre, entre les à-coups de la houle sur la proue, le fredon des prières, comme venu du dedans du ventre de cet espoir flottant, le bourdon des angoisses de ce peuple en pèlerinage. D’aucuns affirment que c’était la plainte de l’accordéon qui se laissait entendre, tandis que d’autres, pas les plus nombreux, sont sûrs que c’était les sanglots du violon que l’on pouvait entendre. De là à dire que les deux instruments pleuraient ensemble, d’aucuns osent le penser. Mais est-ce bien important que de savoir cela ? Que de savoir si le violon  sanglotait en compagnie de l'accordéon?


Et chaque matin, bien avant l’aurore, et même l’aube, ce crépuscule de la nuit, avant que les enfants ne se réveillent, et que les femmes encore ensommeillées ne s’enviennent dénouer leurs cheveux dans le vent… sans bruit, sans paroles, dit-on, les hommes, tels des ombres silencieuses, remontaient à la queue leu leu sur le pont, les bras chargés des morts de la nuit, pour les offrir, enveloppés, au grand appétit des vagues. C’est ce que racontent, ceux qui se souviennent, de ce que ceux qui disaient l’avoir vu, ont raconté, quand ils vivaient encore assez, pour se souvenir de l’avoir vécu.


On ne sait pas où a accosté ce grand navire, parti une nuit de pluie d’or, sur un grand océan, une mer de lait, de sang ou de larmes, mais d’eau saline plus sûrement. A-t-il un jour touché terre, remonté une embouchure, découvert une île déserte, un continent oublié ou une terre inconnue ? Nul ne peut le dire au vrai. Personne ne sait si tous les hommes ont fini par jeter par-dessus bord, matin après matin, les vieillards,  puis les femmes, aux cheveux dénoués, et enfin les enfants trépassés…s’ils ont fini par s’entredévorer, dévorer par la faim, ou entretuer, poussés par les démons intimes qu’ils avaient malheureusement embarqués ? Au juste nul n’est vraiment sûr, et plus personne ne s’en souvient de ce qui s’est passé vraiment sur ce grand navire, parti un jour, plutôt une nuit du levant, ou du couchant… mais est-ce important de le savoir ?


Tendez l’oreille les soirs de grand vent, quand la houle cogne contre les étraves métalliques, et que les mouettes dansent immobiles dans le ciel obscur… peut être alors entendrez-vous un fredon, un murmure de la nuit,la voix d’un vieil homme vous raconter l’histoire du grand navire parti du levant, ou peut être du couchant, sur une mer de lait, de sang ou de larmes…mais d’eau saline plus sûrement. Vous narrer l’épopée de ces gens embarqués pour un ailleurs, parce qu’ici et là-bas il n’y avait plus ... de lendemains possibles et des aujourd’hui trop pesants.

 


 
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