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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 19:35

Pas après pas, dans la ville,

Éclats, reflets de vitrines,

Ondes foules ainsi viles,

Coups de cœur et de poitrines.

 

Ombres qui s’échappent

Qui se dressent et qui s’étalent,

Impalpable chape

D’un invisible étal.

 

C’est la rue qui défile,

En des milliers de pas,

De chemins qui s’enfilent,

Mais ne se croisent pas.

 

Coups de pinceaux,

Sur des murs assombris,

Vétustes rinceaux,

Par-dessous les lambris.

 

Précipitations et bruits

De ceux qui piétinent,

D’un monde déconstruit,

De sombres latrines.

 

Silhouettes qui s’interpellent,

Langage des sémaphores,

Ramassage des poubelles,

Calicots et anaphores.

 

Portes vitrées et ascenseurs,

Abri de bus, publicité,

Humeur vitrée libre penseur,

Cris de rébus dans la cité.

 

Agitations et bousculades,

Files d’attente,

Dans le refrain et la ballade,

De pluies battantes.

 

Stationnement horodateurs,

Trottoirs achalandés,

Propos insanes laudateurs,

D’une ville enguirlandée.

 

Étrons canins mille enseignes,

Façades étonnées,

Badauds perdus que l’on renseigne,

Maussades bétonnés.

 

Jour de marché indifférence,

Parcmètres et timbre amende,

Passage piéton incohérence,

Colères et réprimandes.

 

Terrasses et marche pied,

Priorité, sens interdit,

Persiennes et vieux papiers,

Par un soleil bien étourdis.

 

Pas après pas, s’enfuit la ville,

Éclats des choses signifiées,

Dans l’apparence du Code civil,

D'à-coups de cœurs là magnifiés

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Published by Etsivousosiez - dans Poèmes
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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 18:07
( Lire à partir de 1min17 de musique)

 

Dans la nuit, il y a le vent,

Du crachin sur les blés,

Des nuages grasseyants,

Au levant dans l’emblée.

 

Des mirages dans la tête

L’insomnie qui câline,

Ecrivant son entête

Telle une onde saline.

 

Au plain milieu des lins,

Des géantes le tournis,

Eoliennes moulins,

Ombres étranges ternies.

 

Vos paroles nocturnes

Si lointaine invisible,

Sous la lune taciturne

Aux soupirs inaudibles.

 

Des mots, dans la pénombre,

Des silences éloquents,

De la gêne l’encombre,

Ce délice provocant.

 

En le sommeil des choses

Des autres alentour,

Dans la brune se déposent

Nos murmures tour à tour.

 

Chamade pulsation,

La pluie sur les fenêtres,

La sorgue, l’hésitation,

L’impossible peut-être.

 

Des questions, des pourquoi,

En le temps qui s’arrête,

Ne sachant plus dire quoi,

Quand les âmes s’inquiètent.

 

L’attente, sa vanité,

Vos propos qui résonnent,

Emplissant la nuitée,

Où l’esprit déraisonne.

 

Des mots puis des images,

Des yeux, une silhouette,

Dehors s’ébat l’orage,

La nuit n’est plus muette.

 

Il y avait vous et moi,

L’obscurité secrète,

Il n’était que nos voix,

Que nos voix si discrètes.

(15/07/2011)

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Published by Etsivousosiez - dans Poèmes
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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 17:52

S... rentrait à pied, il était dix sept heures, un peu plus même, le soleil campait déjà vers l'ouest et la chaleur du jour s'étalait sur la ville. C'était l'été. Bon j'explique franchement, sans ambages: S... c'est le personnage principal de l’histoire et s'il rentre à pied c'est que c'est important sinon je ne me serais pas cassé la tête pour cette introduction. En fait, j'aimerais montrer qu'une vie peut parfois, souvent, changer, être changée du tout au tout à partir d'un évènement, qui, au départ, n'en est pas un. En résumé, S... est un type banal, du commun, petit cadre, travailleur, heureux de son sort, surfait dans la matérialité de son confort, disons une pièce de l'échiquier social, pas le roi, un pion somme toute.

 

Ayant (là, je reviens à la nouvelle) du temps, S... opta pour un chemin des écoliers plutôt que de rentrer de suite, et se mit à flâner sur les rives du fleuve. Quel fleuve? Objecterez-vous. Peu importe, en périphérie de ville, au centre, c'est pour le décor de la scène, pour faire ressentir la quiétude estivale qui se dégage du lieu, la banalité de laquelle tout va s'ensuivre. C'est de l'artifice d'écriture, du complément circonstanciel de lieu. On y va ?

 

L'air fleurait bon, un léger vent coulis promenait les effluves du jour, et la fraîcheur de l'eau (puisque c'est près d'un fleuve) adoucissait cette moite fin d'après-midi. Des bruits divers de l'été, discrets, venaient en touche finale achever ce tableau: cris d'enfants, ramures bruissantes, clapotis, crissements de graviers, souffles de la circulation, maints sons de maintes sources, un climat en quelque sorte. S..., la veste à l'épaule, séduit par l'environnement, eut envie de s'asseoir sur l'herbe d'une pelouse fraîchement coupée. Si, si, il y a Souvent des pelouses auprès des cours d'eau. L'odeur du gazon s'imposait à lui et rendait encore plus désirable ce besoin de nonchalance.

 

Il posa donc sa veste ( celle qu’il avait à l’épaule) sur le sol et s'y assit. Description: une jambe allongée, l'autre pliée, un coude sur l’herbe, la main jouant avec le gazon ras, l'oeil curieux qui va et vient çà et là. Une scène de début du siècle, une sérénité issue de l'impressionnisme, rien que d'anodin en cette saison de vacances et de bon temps.

 

Sur le chemin de halage, des sportifs en herbe trottaient hardiment au rythme d'une allitération intérieure qui scandait: "souffler pour ne pas boursouffler, c'est ça la recette du succès". Foulée preste, pieds qui se traînaient, petits pas et grandes enjambées, torses droits, cassés, amples ou frêles, sueur, rougeur, pâleur, souffle court, pantelant, bras en branle, épaules rigides, membres ballants, corps projetés en avant, on courait de mille façons, on courait peu importait comment. Mais pourquoi, ces gens couraient-ils? Pensa notre flâneur; pourquoi tant d'effort et de fatigue sous un tel soleil alors qu'il est tellement mieux de ne rien faire? Alors qu'il réfléchissait à cela, l'un des athlètes s'arrêta non loin de lui. Il dégoulinait d'une épaisse et brillante transpiration qui scintillait au soleil .renforçant la couleur brune de la peau (c'est pour l'image, c'est de la littérature estivale !). Un homme dégarni, frisant la quarantaine, le bedon naissant, le mollet sec mais plein, plein de vigueur. Il portait le costume de l'effort: culotte courte ou short, maillot de débardeur et chaussures adaptées d'un prix bien au-dessus de la moyenne. Un habitué de la torture pédestre.

 

S... se prit à l'analyser, du coin de l'œil, étudiant chaque partie de cette bruyante machine à courir sous le soleil. L'autre, l'observé, l'éphèbe des bords de fleuve reprenait tant bien que mal son souffle qu'il avait égaillé dans un effort évidemment surfait pour lui. Il était blanc, émacié, un vrai linge élavé qu'agitaient des soubresauts, des tressauts, des quintes et des trémulations spasmodiques... on eût dit un barbon valétudinaire en proie à une phtisie, un cacochyme tubard victime d'un vicieux crachat obstinément accroché au détour d'une bronche mal dilatée. S... s'amusait de tant de souffrance voulûment provoquée, masochiste, et continua à détailler le quinteux.

 

Ce dernier, après le prodrome d'une asphyxie par abus, récupéra son bien. Valide, dès lors il entreprit un curieux manège: portant une main sur le poignet de l'autre, il se mit à consulter sa montre, sans ciller. Le curieux des plates-bandes publiques  (c’est pour éviter une répétition, en primaire l’instit nous avait bien averti de cela, éviter les répétitions !) se redressa afin de mieux contempler la scène. Que faisait donc ce miraculé de la tuberculose épisodique? Après quelques instants qui parurent un morceau d'éternité, un fragment dirons-nous (tant l'attitude du coureur était originale) l'autre, l’homme aux mollets nerveux, lâcha la prise et se mit, semblait-il, à réfléchir pour d'un coup, tout à trac, repartir dans une gestuelle insolite. Il sautillait en gigotant, membres inférieurs, supérieurs, mains, tête, épaules, bref tout ce qui pouvait être secoué, le fut. Après cela, l’impétrant en muscles entreprit un rituel gymnique, il alla sur la pelouse et exécuta moult exercices aussi compliqués et douloureux, à en voir les grimaces qui fardaient son visage, les uns que les autres. Ce faisant, il prenait un air sérieux, concentré, plein d'application qu'il était, réalisant chaque abstrus mouvement avec soin et détermination.

S... étonné crut voir en ce chaland agité un de ces nouveaux adeptes d'une religion venue du fin fond de l'Asie, une chinoiserie de là-bas, de derrière l’horizon de l'ignorance. Le spectacle dura ce qu'il dura et, bien que très attentif, notre intrigué héros n'y comprit que goutte. Après analyse, il avait face à lui soit un malade, pour si savamment se torturer, soit un grand prêtre d'une asiate philosophie. L'homme caoutchouc d'un coup décida que cela suffisait et stoppa ses exercices douloureux pour aussitôt reprendre la pose contemplative, montre à l'appui. L'épisode sportivo-mystique achevé, le quidam s'octroya un instant de détente auprès du témoin. Je sais témoin ça ne fait pas joli, mais sachez qu'un écrivain a des impératifs de syntaxe, donc afin de ne pas me répéter (là je me répète), je remplace S... par témoin. Reprenons. Ils étaient côte à côte, l'un curieux de l'autre, l'autre béat, content de ce qu'il venait de faire, seul d'ailleurs à savoir pourquoi. Pourquoi au juste?

 

S... n'acceptant pas le doute interpella son voisin:

 

- Pardon!

 

Belle entrée en matière, éculée, mais efficace. L'individu au repos tourna la tête et de son étonnement fit savoir qu'il attendait plus ample explication.

 

- Excusez cette intervention quelque peu incongrue, poursuivit S..., mais pourriez-vous, s'il vous plait, m'expliquer ce que vous venez de faire?

 

- Bien sûr! répondit l’homme à la tenue de sport.

 

Et il partit dans un interminable et volubile discours, explication dont les maîtres mots étaient: santé, sport, hygiène, souffle et cœur, jeunesse et le toutim.

 

Cela fit brouillon dans la tête de S... cependant le plus bizarre résidait dans les deux scènes contemplatives, à quoi rimaient-elles? Il fit part de son interrogation et l'homme de Praxitèle s'ouvrit gentiment à lui. La discussion s'alimenta de confessions et de rires, s'étala et bien sûr déboucha sur un silence, dès lors ils n'avaient plus qu'à se quitter, sur des promesses de se revoir, ce qui se fait rarement, mais bon ça mange pas de pain, sur le coup ça fait plaisir, c'est ce qu'on appelle: communiquer. Chemin rentrant S... récapitula le peu qu'il avait retenu de la leçon et se promit d'en avoir le cœur net. Pour éclaircir le problème il irait voir un orfèvre en la matière, un spécialiste de la question: un cardiologue.

 

Faisons ici une pose à dessein de préciser le caractère, le profil intime du héros car celui-ci conditionne la réaction citée précédemment, donc l'histoire. S... est un homme têtu, minutieux voire maniaque, qui va au bout des choses parce qu'il faut y aller, par défi. Mais il est aussi inquiet, pétri d'angoisse pour des vétilles. C'est un homme qui, lorsqu'il s'implique, le fait jusqu'au terme de l'aventure, le plus extrême par orgueil, attitude obsessionnelle. Il aime savoir pour savoir et souvent il se lance dans des recherches sans que l'on puisse comprendre pourquoi, s'entichant de nouveautés que d'aucuns ne verraient que comme des futilités. En gros voici l'homme: tout à chacun avec ses fadeurs et ses surprises.

 

Rendez-vous fut donc pris. Vint le jour, attente, lecture, croisements et décroisements de jambes, relecture, jeu de mains, regards, soupirs, lecture, bref je passe car ce n'est pas important. La porte s'ouvrit, à lui, c'était son tour. Il entra (je laisse un blanc, c'est pour l'entretien entre les deux hommes que je n'ai pas envie de décrire) Le cardiologue le pria alors de se déshabiller puis l'ausculta. J'élude les détails. L’homme de science le passa alors au crible de l'instrumentation classique et moderne, décryptant les secrets messages de la vie intérieure. A chaque mesure il prenait des notes pour aussitôt les étudier doctement avec gravité. Les gens à responsabilités sont très terre à terre, question de gravité!

 

L'auscultation close, il fit signe au patient de se revêtir et l'invita à s'asseoir face à lui. Dois-je décrire le cabinet ? Non évidemment. En substance il lui tint ce langage:

 

- Et bien, Monsieur, vous êtes on ne peut plus normal, je ne vois dans ces résultats rien qui soit .en mesure de vous alarmer! Rien en tous cas susceptible d'outrer nos investigations. Vous êtes en parfaite santé, en résumé le cœur est bon! Soixante douze pulsations minute, douze sept pour la tension et un électrocardiogramme classique... voilà qui est pour vous rassurer.

 

Rassuré, mais S... n'était pas venu pour être rassuré, cette visite n'était pas conjuratoire, le rassurer sur quoi au juste? Non, non, il venait pour comprendre, pour s'entendre répondre congrûment, pour savoir. Il répondit ainsi:

 

- Docteur, ces nombres, ces paramètres sur lesquels vous établissez votre diagnostic, quels sont-ils? Racontez-les moi! Dites-moi leur cause, leur origine, les conséquences qu'ils entraînent! Dites-moi le cœur par le menu!

 

Le praticien le regarda d'abord avec étonnement puis après l'instant de stupeur se dit qu'il était bien de vouloir comprendre, ce n'était pas pour lui déplaire de donner la leçon au profane. Comment allait-il s 'y prendre car complexe est la science du myocarde?

 

- Monsieur, il faut avant tout savoir que cet organe est une pompe, une merveilleuse pompe de laquelle dépend notre fragile existence. Le moteur de cette pompe (excusez le Docteur pour cette double répétition), vous me suivez? (il suivait, ne le lâchant pas d'une parole) est constitué par l'ensemble du tissu cardiaque qui est fait de fibres musculaires. En un mot comme en mille, le myocarde est un muscle!

 

Voilà qui devenait intéressant.

 

- Ce muscle, contractile, à l'encontre des autres, possède une propriété quasi magique (là il se tut, ménageant un effet de surprise, de rhétorique, nous pouvons l'utiliser pour nous étirer ou autre).

 

Le morticole se prenait au jeu. In petto S... s'attendait à une révélation des plus grandes, surprenante qui certainement changerait sa vie. Qu'avait-il ce cœur comme extraordinaire propriété?

 

- Et bien, mon enfant, ce muscle est doué d'AU-TO-MA-TISME... il se contracte indépendamment de la volonté. N'est-ce point là une chose magnifique? Certes, acquiesça S..., voyant aussitôt les possibilités qu'offrait une telle prophétie.

 

- Le cœur se contracte donc sans cesse, jour et nuit, permettant au sang de se répartir dans les moindres recoins de l'organisme et y véhiculer nutriments et déchets. Nous pouvons agir sur lui mais il reste un organe autonome qui participe à la régulation interne. Voilà, cher Ami, voilà.

 

Cela eût suffi pour beaucoup mais pour le personnage de cette nouvelle ce n'était qu'un hors d'œuvre, un prélude, une introduction, un préliminaire, une entrée en matière, un avant-propos, un exorde, un préambule, un liminaire, un prologue, bref! Pas assez.

 

- Je vois bien, Docteur, fit-il, mais comment faire pour savoir si tout va bien, si ça fonctionne quoi!

 

- J'entends bien votre propos, mon frère! Là est le détail de ma pratique. Le cœur battant, il appert (j’aime bien ce verbe oublié, changez le s’il vous dérange) forcément qu'il émet quelque son ou autre témoignage d'activité... c'est là que j'interviens. Afin de savoir, de connaître le travail que fournit ce muscle nous procédons de diverses manières. Le plus simplement du monde nous pouvons appréhender l'activité cardiaque par une manipulation des plus simples, j'ai cité: la prise du pouls. Et le toubib de prendre son poignet entre les doigts.

 

S... ne se tint plus, le savant venait de prendre la mystique posture. Il s'ajusta encore plus sur le siège afin de ne rien rater.

 

- Par ce geste, j'entre indirectement en rapport avec l'objet d'étude, il me suffit ensuite de compter les pulsations entre un intervalle de temps défini. J'ai alors ce que l'on nomme la fréquence cardiaque. C'est un paramètre très instructif qui certes n'indique que grossièrement l'état du myocarde. Mais il est fiable. En complément vient ensuite la prise de tension artérielle et si des doutes s'avéraient alors l'on poursuit, comme nous l'avons fait, en affinant l'exploration au moyen de l'étude de l'activité électrique du cœur: l'électrocardiogramme. Il est possible de pousser outre et de façon plus lourde les analyses mais cela est un autre propos. S... était aux anges mais il voulait plus encore... des données exhaustives. Il relança l'interrogation.

 

- Si j'ai bien compris, il suffit de compter les battements. Mais comment sait-on que cela va bien?

 

- Camarade, depuis longtemps l'on étudie l’homme et l'on a pu établir par expérience des données-types desquelles on tire enseignement sur l'état de fonctionnement de la pompe! Des classes d'individus ont pu être définies en fonction de leur activité cardiaque: aux alentours de soixante douze pour l'individu dit normal, soixante et moins pour le sportif, et au-delà de quatre vingts pour les gens à problème. Cela en réalité n'est pas si simple mais en gros c'est ainsi. Ménager le cœur c'est aménager sa vie, c'est prolonger sa vie.

 

- Donc nous n'avons pas tous la même fréquence cardiaque?

 

- Non, bien sûr que non! Elle dépend de beaucoup de facteurs, ce n'est pas un état stable, établi. La fréquence est une moyenne, elle est fonction de l'état durant lequel on la mesure. L'activité physique, le stress, l'alimentation, l'altitude, la fatigue et des milliers d'autres situations peuvent influer dessus. En réalité, la prise de pouls est un instantané de l'activité du myocarde.

 

- J'ai compris mais la mesure de base, celle à laquelle on se réfère, est variable selon l'individu, comment se fait-elle?

 

- Mec, le passé de chacun entre ici en jeu. L'hérédité, le mode de vie, le milieu environnant et maints autres facteurs, divers soient-ils, peuvent modifier le rythme basal, en plus comme en moins, il dépend de vous.

 

- Ah bon! Et qu'est-ce qui est le mieux?

 

- Le mieux ? Le mieux est d'avoir un rythme lent ce qui préserve la machine humaine; économie, efficience sont les maîtres mots de la santé!

 

- Plus c'est lent mieux on est donc?

 

- Voilà, c'est cela!

 

- Et comment peut-on faire pour gagner?

 

- ...il faut jouer sur tous les tableaux: sport, de l'endurance pour ralentir le rythme effréné du cœur, saine alimentation, pas d'excès, une vie calme, évitons le stress, du repos, pas d'excitants intempestifs, bref de la mesure.

 

- Bien, bien...

 

S... aurait bien voulu approfondir la question mais le médecin se lassait, le temps de la consultation n'avait que trop duré... rendement! Il se leva signifiant par là que c'était terminé. Le client fut raccompagné avec civilités, échanges laconiques et une phrase de conclusion:

 

- De toutes façons, ce sujet est à la mode, il vous suffira de consulter la presse qui, chaque semaine, ne manque pas d'en parler.

 

La porte se referma laissant S... à son excitation intérieure. Il jubilait, le défi était lancé, il allait comprendre, savoir, et surtout il allait vaincre son état, il serait un compétiteur du myocarde, à lui le record des pulsations.

 

Il se prit donc au jeu de la santé, entama une carrière de sportif assidu, acheta de nombreux livres, revues, traitant de l'activité physique en général et en particulier, se documenta sur les effets, les causes, devenant un physiologiste averti et maniaque. Il fit l'acquisition d'un vélo, de chaussures idoines à la pratique sportive, d'un maillot de bain, d'un short, d'une raquette de tennis et d'un tas d'accessoires... Nourriture, boissons, sommeil, relaxation, souplesse, activité, tout fut pesé, compté à l'aune de la diététique et de la précaution. Il se mit à jongler avec les calories et les joules, avec les kilomètres et les grammes, glucides lipides protides, lucide. Il ne parlait plus qu'en termes de rythme, de pulsations, de fréquence et de cadence.

 

- Sais-tu qu'une enquête réalisée Outre atlantique semble montrer que la prise quotidienne d'aspirine diminue le risque d'atteinte cardiovasculaire ? Et chaque jour il prit son cachet matinal et prophylactique.

 

- Il paraît que l'alcool en petite quantité est bénéfique pour la circulation! Et chaque jour il ajouta un verre de vin à son rituel hypocondriaque.

 

Ce qu'il avait vu faire par le sportif, prendre son pouls, devint son tic. A chaque occasion, après ou avant chaque effort, quel qu'il soit, il prenait sa fréquence cardiaque et la notait sur un calepin. A ceux qui s'inquiétaient d'une telle manie, il répondait:

 

- Je m'occupe de mon cœur, savez-vous qu'il bat à soixante! Et de suite après il partait en explications doctes et confuses, mêlant alimentation et données savantes, on-dit et théories scientifiques.

 

Un jour qu'il s'apprêtait à gravir un escalier, un ami, le voyant gesticuler sur place, lui demanda le but d'une telle manœuvre. Il répondit:

 

- J'ai banni toute locomotion mécanique inutile! J'entraîne mon cœur, je le prépare à l'effort, l’habitue progressivement, je l'échauffe. Voyons... il est à quatre vingts, nous pouvons y aller.

 

Et lors de la montée S... expliqua le but qu'il poursuivait, imbu de l'aisance avec laquelle il produisait un effort tout en devisant.

 

- Très intéressant ton défi! Sais-tu, mon vieux, que certains grands champions descendent sous les quarante battements/minute?

 

Et il le quitta. Une telle affirmation abîma notre héros dans la désespérance. Tant de travail pour n'être qu'à soixante, bien loin de cette performance. Après quelques instants de déconvenue, il reprit le dessus et entrevit l'espoir: il allait redoubler d'efforts. Des mesures draconiennes furent arrêtées, il serait le seul, l'unique, celui dont le cœur battrait le plus lentement, le métronome, le cœur le plus solide, le mieux fait de la terre! Il conjugua désormais effort et réconfort par tous les temps, nourriture et prévention. Chaque détail était noté, décortiqué, étudié, pesé et soupesé. A tout moment, il s'enquérait de la fréquence à laquelle battait son cœur, la relevant systématiquement.

 

Les murs de son logis devinrent des tableaux sur lesquels se déplièrent courbes et graphes, données et histogrammes. Il cédait à chaque nouveauté, à l'affût de la moindre information portant sur le sujet. Il ordonnait ses jours et ses loisirs en fonction de l’horloge cardiaque, chaque pulsation qui s'évaporait de la minute officielle était célébrée comme une grandiose victoire gagnée au prix de la surveillance et de la pugnacité.

 

- Il paraît que lorsque l'on prend son pouls il faut compter: zéro, un, deux... et non un, deux... En pratiquant ainsi on s'aperçoit que le rythme est d'une pulsation moindre!

 

- Je suis donc à quarante, s'exclama-t-il !

 

Et il fêta cette victoire en une course longue, aérienne, interminable.

 

Cela prenait d'incroyables proportions. Afin de ne plus perdre de temps en attentes quotidiennes chez le médecin, il fit l'acquisition d'une montre qui, en plus de l'heure, indiquait continûment la fréquence cardiaque. Dorénavant il était informé seconde après .seconde de la bonne et saine marche du muscle autonome. Ses amis se gaussèrent d’abord d'une si singulière fantaisie, la foucade n'était pas méchante et de plus était de mode. Mais S... à force fatigua son monde à toujours vouloir que les sorties fussent respectueuses de sa santé, éludant toute démesure, toute improvisation. Il était ennuyeux et insupportable, oublieux de son passé. On se dauba, on le laissa à son extravagance.

 

A cela, il répondit en substance: Peu me chaut! (Du verbe chaloir,je sais on ne dit plus ça, mais c’est moi qui écrit, et j’aime bien cette expression) Ce qui compte c'est la santé, trente huit qui dit mieux! Onc ne répondit.

 

Tout était bon pour diminuer cette fréquence, il était à la recherche de la moindre nouveauté, fouillant librairies, revues, articles, ragot... Il est vrai que sa santé était merveilleuse si ce n'était ses articulations qui, à force de courses, de pédalages, de sauts et autres, étaient victimes de tendinites et cousines inflammations. Quand il n'était pas occupé à faire du sport, ou à lire, ou encore à peser ses aliments, il contemplait l'écran gris de sa montre sur lequel s'affichait un nombre qui d'ailleurs fluctuait sans -cesse. S'il avait tendance à croître alors S... saisissait son téléphone et demandait conseil à son cardiologue. Celui-ci, amusé au départ, ne cherchait plus à raisonner ce patient délirant et il essayait de conseiller le maniaque. S... bien qu'avançant connut peu à peu l'angoisse car aux limites de la progression, chaque période difficile, chaque variation de température, chaque émotion ne pouvait que faire augmenter cette bradycardie. A cela succéda la peur de la vieillesse, de la maladie quoique l'âge soit favorable à la diminution du rythme cardiaque. C'est d'ailleurs ce qu'il retint en priorité.

 

Je pourrais disserter à l'envi sur cette vie folle que mena S... à la quête du record absolu. Mais c'est lassant et demande du travail, et moi je n’aime pas travailler !

 

Il fut, un moment, tenté par la chimie, le médicament mais abandonna l'idée pour des tisanes. A force de ténacité et de patience, il franchit la barrière des trente. La nuit il se réveillait pour vérifier la fréquence ayant appris que durant le sommeil celle-ci diminuait.

 

- Lors de leur plongée les mammifères marins voient leur cœur se ralentir dans son activité.

 

Il fit de la plongée.

 

La vie allait ainsi au rythme de l'aléatoire variation d'un nombre sur un cadran. Il était à son travail et pour la nième fois il consultait sa montre espérant que le nombre qu'il y verrait serait nouveau et à la baisse. Il entrecoupait ces consultations de périodes de relaxation propices à l'abaissement du pouls. Il battait, son cœur, len-te-ment. Mais cette fois-ci il ne vit rien, du moins, rien d'habituel, sinon un écran gris où clignotaient des chiffres. Il y avait un problème. Aussitôt S... porta la main au cœur (j’aurais pu dire à la poitrine pour éviter une répétition), ce dernier s'affolait, il cognait rapidement, bruyamment, rapidement. Il regarda une nouvelle fois son poignet, c'était l'alerte, la panique des cristaux liquides, le décompte à rebours. Maintenant les chiffres s'affichaient à peine. Il fallait garder son calme, se détendre, ce n'était pas grave. L'affolement tend à emballer le cœur. Il fouilla le tiroir de son bureau, y cherchant quelque médicament idoine, mais hormis les vitamines et autres panacées, pas de pilules magiques. Le téléphone lui échappa des doigts et d'ailleurs il ne retrouvait plus aucun numéro. C'était la panique. Dire qu'on l'attendait à l’hôpital afin d'ausculter ce cœur si merveilleux, la science s'intéressait à son cas 1

 

Cela allait mal, il commença à avoir chaud, froid, à transpirer, à étouffer, à ... à tout avoir. L'angoisse vint ajouter à la chamade... il avait mal, partout, nulle part. Il porta la montre à son visage: l'écran était vide, on avait volé les chiffres ! Le cœur ne battait donc plus ! Sa première réaction, fugace mais première: j'ai le record absolu, imbattable: zéro !!! Mais la peur mêlée de souffrance lui rappela une vérité, cœur qui ne bat plus = mort.. "Je suis mort" cria-t-il et il s'effondra les yeux exorbités.

 

L'enterrement fut discret. On y chuchota beaucoup, d'aucuns même pouffèrent lors de la messe lorsque malencontreusement le curé dans son oraison parla d'homme de grand cœur (je sais elle est facile, mais suis en fin de nouvelle, plus rien en stock !). Ce dernier d'ailleurs traînait à l’hôpital, dans un bocal. Il faisait beau, l'on ne s'attarda pas au cimetière.

 

Le notaire avait lu le testament et l’homme en face de lui, un lointain cousin, ne disait rien, il écoutait.

 

- Monsieur, après lecture des dernières volontés de Monsieur votre cousin, il apparaît (j’ai failli remettre appert) que ce dernier laisse tous ses biens à la recherche médicale, secteur cardiologie. Pour vous rien, si ce n'est peut-être cette montre qu'il portait le jour de sa mort. Mais la pile est à changer.

 

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Published by Etsivousosiez - dans Nouvelle
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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 17:46

 

 

Poison doux éprouvé,

Qui lentement s’instille,

En nos âmes accouvé

Se répand, se distille.

 

Malicieuse ciguë,

Qui s’écoule au-dedans,

En ces douleurs aigues,

Pour un mal trop ardent.

 

De nos sangs la liqueur,

Le venin assassin,

Répandu en nos cœurs,

Au profond de nos seins.

 

Cette intime brûlure

D’une lave discrète,

De sa lente coulure

En des failles secrètes.

 

Le frisson de nos lèvres

En des rêves éveillés,

De sueur et de fièvres

Aux instants de veillée.

 

Parasite des âmes,

Malaria de nos sangs,

Punition de l’infâme,

Pour des cœurs innocents.

 

Flagellants silencieux,

Lanières cicatrices,

Morbides délicieux,

Altières incitatrices.

 

De l’âme le cyanure,

Ce venin similaire,

De la pleine morsure,

Le baiser corollaire.

 

Les amours venimeuses

Leurs sèves de poison,

Riantes et charmeuses,

Délices déraison.

 

Ces lentes agonies

Si longues prolongées,

De douleur agoni,

Par les heures allongées.

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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 12:42

 

 

J’ai confié au vent, dans un bref murmure, un soir de lune rose et de noire mélancolie, un pesant secret, sans grand espoir de le partager vraiment. Il tenait en un soupir, en un souffle tiède, en quelques mots susurrés, expirés, comme cela, impromptus dans la fraîcheur de la nuit, sans grande prosodie, pris dans l’élan de cette grammaire d’une  émotion, et l’éloquence d’un frisson.

Je lui ai dit en quelques vibrations, à peine audibles, si vite survenues, si vite emportées, ce mystère mien, cette vérité jamais avouée, comme pour m’en départir, m’en libérer, espérant desserrer l’étreinte intérieure, et retrouver un instant le souffle de la vie. J’ai parlé seul un soir d’éclipse, dans ce vide sombre d’un ciel obscur au lointain constellé.

J’ai laissé partir, sans éclat, sans hausser le ton et la voix, dans une haleine confidente, les mots tus jusque là, ceux de mon âme, afin qu’ils s’égaillent, sans grand espoir que d’aucuns ne les retrouvent et ne leur offrent le gîte, à dessein qu’ils se répètent. J’ai hurlé, petitement, dans un bref soupir, ce que nul n’avait encore entendu.

Au spectacle de l’ombre qui se glissait lentement là haut, telle une étale et infinie caresse, atténuant la fière présence de cette lune pleine... j’ai confié au vent, un secret indicible, qu’il s’est empressé de disperser sur les champs plains endormis, dans la matité de cette brune froide au lointain pailleté.

Ces mots, à peine balbutiés, sont désormais épars, accrochés, çà et là, dans les brindilles des herbes mauvaises, esseulés, prisonniers de la rosée, dépourvus de leur signification, égards en les champs et le regain des saisons qui se répètent. La mélodie de cet aveu, allégée de ce secret émietté, aussitôt égarée dans les rafales et entortillée par la bourrasque, est désormais mystérieuse à jamais, confondue, emmêlée en les refrains du vent qui s’en revient.

J’ai confié au vent nocturne, un soir de cache-cache avec la lune, la vérité de ce que je suis, dans l’étonnement de me savoir ainsi, sans que nul ne le sache et ne s’en rende compte apparemment. Dans le mystère de l’ombre et du firmament, à l’instant de la disparition de l’astre noctambule, quand il se revêtit de rose, je me suis avoué, ressenti tel qu’en moi-même…et le vent m’a écouté sans rien dire, puis s’en est allé, tandis que de la pénombre la lune s’évadait.

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2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 19:57

Je ne sais plus si je l'ai déjà mis

 

Un quai, l’horizon en face,

La houle, ses ondulations,

L’écume, sillons d’une trace,

Remous, lentes rotations.

 

Un navire est sur le départ,

Le vent agite ses drapeaux,

En le ciel une mouette s’égare,

Dans un cri que mime l’appeau.

 

L’ombrage, d’une cargaison,

Des noeuds, complexes amarres,

Façades, terne des maisons,

Des grues, dans leur tintamarre.

 

D’aucuns s’en vont vers un ailleurs,

Mais se pressent contre le bastingage,

Si inquiets faussement rieurs,

Dans l’azur, que le vent dégage.

 

Au loin, des terres promises,

Au près, de longues attentes,

L’aurore, du jour la remise,

Là-bas, terres irrédentes.

 

La proue se cogne dans les vagues,

Elle ouvre le chemin,

Tranchante lame d’une dague,

Vers d’autres lendemains.

 

L’écume, frissons de la mer,

Éclat, d’un soleil couchant,

Roulis, d’une coque de fer,

Rêves, d’espoirs accouchants.

 

Dans sa course lointaine,

Vers un horizon bientôt,

Sur une onde incertaine,

Vogue, glisse ce bateau.

 

Chanson, une brise de mer,

Balade, dans les entreponts,

Regrets, souvenirs amers,

Regards, au-delà du pont.

 

Sur les replis gris et sombres

D’une toile fluide détendue,

Vont et chaloupent des ombres,

Sous le voile d’un ciel étendu.

 

Partance, moire de l’océan,

Tangage, caresses du vent,

Songes, naissance céans,

Couleurs, ocres du levant.

 

Les cœurs battent leurs chamades,

Les bielles tournent dans les cales,

Et les peurs se font nomades,

En l’intervalle des escales.

 

Les mauves, d’un crépuscule,

Reflets, d’une pleine lune,

Étoiles, claires particules,

Obscure, mante des lagunes.

 

Certains partent, d’autres restent,

A chacun son voyage,

Dans la tête ou vers l’ouest,

Se peignent des images.

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2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 13:24

C’est l’automne, c’est dimanche, c’est les années soixante dix …on va en Belgique…pour courir !

Je n’ai jamais su pourquoi je m’étais inscrit à l’athlétisme, j’aimais pas courir, mais j’ai toujours cru qu’à la fin on ferait autre chose que du cross sans cesse dans les bois, dans la boue, autour du stade ! J’ai couru en attendant cela, des années, sans aimer, pour me convaincre que j’en étais capable, qu’au fond de moi surgirait un jour l’envie, la force, le don… la reconnaissance des autres. Et si je me souviens j’y suis allé aussi pour cette tasse de chocolat chaud que l’on avait en fin de séance après la queue dans le froid ; une tasse d’un gruau bouillant, avec de la peau qui flotte ! C’est compliqué un individu, mais souvent on aime ailleurs ce que chez soi l’on ignore ! Ce chocolat je ne l’aurais jamais bu à la maison, question d’environnement, de circonstances, allez comprendre ! Et peut être courais je pour la paire de pointes, comme les champions, qui ne sert pas vraiment mais que l’on montre aux copains…des pompes aux trois bandes bleues et blanches, des chaussures magiques que l’on regarde plus que l’on ne chausse et qui vous transforment…dans la tête évidemment car en fait …ce sont les jambes qui font avancer ! Et les miennes de giboles, si grêles, étaient inféodées à ma tête, caboche trop fragile, qu’elles n’avançaient pas beaucoup. Alors chaque mercredi j’allais au club pour courir et courir en attente des activités estivales qui n’étaient que la portion congrue d’un désir en croissance … je me brûlais les bronches et les sucres musculaires dans d’interminables foulées répétitives pour ensuite prendre une douche dans ce vestiaire si froid, de ciment et sans âme… dans l’anonymat d’une atmosphère d’automne interminable et glacée. Les frissons et la vapeur de l’eau qui coule, la boue sur le sol, les affaires éparses, les gosses nus et blafards qui s’habillent debout sur les bancs de bois, la course pour la file d’attente, le chocolat fumant, la pluie et la vacuité du stade ; et Jacky, dans son survêtement sponsorisé et usé, déjà vieux à l’époque pour nous, et qui ne semble pas avoir changé, puisque je le revois parfois…vieux.

Jacky cet apôtre de l’effort, ce missi dominici de l’éducation du corps en croissance, ce pédagogue, moine de la transmission d’une passion, qui est encore tous les mercredi sur le stade et que l’on enterrera un jour  là bas derrière les buts ou sous la tribune afin que son âme vienne de temps en temps vérifier le placement d’un bassin juvénile ! Maillon de la chaîne éternelle des hommes qui grandissent. Et je suis sûr qu’il aura toujours, même mort, cette goutte au nez !!!

Donc je fais du cross, cahin caha, me traînant chaque mercredi dans les sous bois, la main sur les côtes à la recherche d’un souffle qui s’est coincé dans ce point de côté, ce fichu point que j’ai trimbalé des années durant sans comprendre pourquoi il restait avec moi et n’allait pas avec les autres qui couraient devant. J’ai usé de tous les produits miracles accessibles pour avancer plus vite et longtemps : sucre avant, pendant et après, vaseline fée sur mes gambettes glabres, crème chauffante, huile puante…mais nibe ! Mes jambes restaient rétives à tous ces onguents magiques, et je traînassais dans la boue avec ces pointes au pouvoir magique endormi ! Je faisais les compet !!! Oui oui ! Je les faisais espérant trouver plus chétif et maudit que moi, mais dès le départ j’avais déjà perdu, je crois que j’avais perdu bien avant, mais j’espérais qu’un jour la fatalité resterait au lit, et que la devançant au réveil, j’aurais enfin cette place qui m’était due : avant dernier, antépénultième et qui sait dans le ventre secret du  peloton !

On va donc en Belgique pour un championnat, tout le club, les grands, les moyens et les petits, on a un champion au Racing et il est avec nous…Ca parle de la course, des distances, de stratégies, ça rigole et moi je me demande si j’irais au bout ! J’ai déjà des crampes, mes jambes flageolent, je voudrais partir, rentrer chez moi et pourtant je suis là avec une envie de vomir !

Mes compagnons d’âge dramatisent le truc en sentant ma peur, en Belgique les catégories sont pas les mêmes me disent ils, c’est plus long. Plus long ! Mais je n’en reviendrai pas, ils vont devoir m’attendre, allumer les lampadaires ! Je vais mourir, me perdre…marcher. J’ai dans mon sac le vieux pot de vaseline trouvé dans la pharmacie familiale, mais elle ne sait pas la vaseline que les distances sont plus longues en Belgique ! J’ai aussi mes pompes de champion, avec toutes les pointes possible, car j’avais convaincu mes parents qu’il me fallait tout l’éventail de longueur afin de m’adapter selon les terrains ! Des courtes pour le tartan, des longues pour les lancers, des pour le sec, la pluie, la boue ! Mais pour la boue Française ! J’ai tout sauf les jambes et la confiance, ils ne les donnaient pas avec la licence ça le jour de l’inscription !

C’est la fête, odeurs, musique, plein de gosses, des athlètes qui vont en découdre dans la boue…Ouais c’est kermesse ! Pour tout le monde…moins un ! Moi je me demande ce qui va m’arriver, je suis en terre étrangère alors ça va être encore plus long, plus dur, et puis si j’arrête je ne saurai pas où je suis ! Je ne cesse de demander la distance à mes compagnons de calvaire afin de me rassurer…ils me paraissent tous surdimensionnés, des géants de dix ans, super équipés qui n’ont pas peur ! Je vais encore souffrir, corps et âme, m’humilier, fondre dans la fange et le froid. Le point est déjà là, il m’a de suite repéré, même en terre Wallonne ! J’ai plus de forces, l’échauffement m’a détruit, ça me brûle dans la gorge, les poumons, la bouche, mais si ! Ce goût acide qui fait que l’on crache sans cesse.

En ligne pour le départ, on est le centre du monde, tous aux aguets, prêts à bondir, comme les grands, pour s’élancer en premier ! Moi je me demande si je ne vais pas me perdre, et même si je vais en revenir, et… pan ! Ils sont tous partis comme des malades, moi non, économies, pas me griller, stratégie de course ! Au premier virage dans cette campagne d’outre Quiévrain je suis déjà seul en petites foulées, rythmant ma respiration et me tenant le côté…vivement la fin ! Je suis les traces à la craie sur le sol, les rubans colorés, encouragé par la commisération de ces Belges anonymes qui sécurisent le parcours… je suis perdu sur ce parcours fléchés, je voudrais m’arrêter, c’est un cross et si je marche... c’est la honte, et si je m’arrête en plus ce sera plus long ! Ils sont vachement plus grands les kilomètres belges, interminablement plats humides et boueux. Je ne demande ce que je fais là et j’avance en soufflant de façon caricaturale avec ce point qui ne veux pas me lâcher, parasite de mon diaphragme qui n’en peut mais. Je vais encore arriver dans l’anonymat, parmi la foule inattentive, dans les flon flon, me perdre dans la multitude enjouée et retrouver les vestiaires où les autres seront en train de narrer leurs exploits, choyés par les parents et autres pseudos entraîneurs…oui je vais passer en douce me faufiler, toute honte bue, entre les sourires apitoyés ou moqueurs, compassion d’adultes sincères ou de géniteurs rassurés sur les talents de leur progéniture.

Ils sourient mes potes, ça fait un bout qu’ils sont là, crottés et narquois ; ils sourient tout en récupérant, tandis que moi, avili, je cherche mes affaires dans ce fatras de sacs et vêtements épars. Je dois la faire sobre, ne rien dire car je suis le dernier, c’est animal, c’est le destin des mâles en périphérie, ceux qui prennent des tannés par alpha le dominant…je me fais petit et regroupe mes choses sur cet espace que je trouve à peine, discret, fatigué, outragé, mais soulagé.

Le reste de la journée on a regardé les courses des autres, c’était long, moi j’avais fait le plus dur, et m’intéresser au talent des autres ! Peut être que si un des gars du club avait réussi un exploit j’aurais fait le fier, celui qui se réclame de la famille pour grappiller un peu de gloriole faute de se l’octroyer seul…on veut souvent être le frère de, le copain du cousin du concierge du voisin de machin…c’est con un homme quand ça joui par procuration, c’est de la petite branlette, du plaisir d’occasion en douce et bon marché ! L’après midi a donc passé dans l’odeur de frites et la bousculade, laissant venir la brune, celle d’automne, humide et fraîche, épaisse. Nous nous sommes tous retrouvés le soir dans un bistrot pour la remise des prix !

Que vous dire de cet instant ? La remise des prix, c’est un truc d’être humain, c’est la société en réduction, selon que l’on est devant ou derrière c’est le bonheur ou l’humiliation. C’est bizarre cette façon que nous avons-nous les Hommes de s’émouvoir de la réussite des autres qui souvent sont ceux qui nous écrasent… ce besoin de retourner le couteau dans la plaie lors de cérémonies animées et outrées. Donc, j’allais à Canossa, applaudir mes vainqueurs et rendre patente ma nullité en public, et avec le sourire ! Un café de village qui sent bon l’ancien temps avec ses habitués et son décors neutre. Une table avec plein de lots, de tout, armoire à pharmacie, seau plastique, couverts à salade, poste radio, bref de tout, étalé sur cette table immense. La taverne d’Ali baba et les quarante coureurs ! Fallait les voir nos yeux d’enfants briller du désir d’appropriation, chacun l’avait en ligne de mire son trésor, plein les mirettes !

Moi j’avais oublié que j’étais le dernier, quelle capacité d’oubli et d’abstraction, et je regardais ces lots jetant mon dévolu si fatigué sur les plus beaux. Les plus beaux ? Eh oui je me disais que moi seul avait repéré ces lots et que les autres n’y voyaient que goutte, qu’ils ne s’intéressaient qu’aux babioles en plastiques et par bonté sportive me laisseraient l’un de ces trésors invisibles à leur gourmandise !

Et le supplice de commencer, par ordre croissant, les plus forts prenant la part du lion, se nourrissant de la bête au fur et à mesure, la carcasse diminuant au fil du classement ! Adieu radio ! Adieu armoire ! Adieu toutes ces belles choses qui m’étaient dévolues ! Ma prétention de barbare pilleur de table en terre ennemie diminuait au rythme des places égrenées, et à chaque fois je me convainquais de l’exceptionnelle beauté des seaux et autres bassines en plastiques qui semblaient devoir rester en fin de compte ! Qui semblaient devoir… Elles ne restèrent point ces bricoles de quatre sous, ces merveilleuses horreurs belges…d’aucuns antépénultièmes les trouvèrent à leur goût. Le relent spécial et amer de l’humiliation chaussée des escarpins de la déception s’en vint lentement dans ma bouche, et s’en fut ensuite là, en mon ventre, afin de le nouer et me faire défaillir. La table serait vide lorsque mon nom serait énoncé par ce Hérault à l’accent frustre et rocailleux ! Plus rien pour moi, même pas une timbale, un seau, une fourchette en plastique…rien, rien à ramener de ce plat pays ! Que ma défaite !

J’avais mal, si mal, et le pire arriva par l’échanson du mastroquet, le patron bonhomme bien de chez lui ! Ce type simple, paterne gouailleur lançant de sa voix de stentor (avec accent) un : « qui c’est le dernier ! » Mais pourquoi fallait-il me désigner à nouveau à tous ? Pourquoi me redire cette insulte ? Pourquoi me mettre à ce pilori ? N’avais je pas assez souffert aujourd’hui ? Tous cherchèrent donc ce dernier et je levai la main en signe de crucifixion ultime, me désignant à la foule. Ce bourreau enjoué m’appela auprès du bar et traversant le peuple d’athlètes comme un condamné je le rejoignis. Il leva les bras vers la dernière étagère, au dessus des verres et se saisit d’un coupe qu’il me tendit en disant : »tiens tchio (pti) tu l’as méritée ! » Une coupe !!! Une coupe pour moi, le dernier ! Une magnifique coupe de fer blanc avec socle en plastique merveilleux ! Une coupe inestimable pleine de poussière ! La gueule des champions, des traîne la langue sur la gadoue ! Qu’elle revanche, quel baume sur mon cœur si griffé par les pointes des autres.

J’ai été le héros du retour, fallait les voir ceux du club avec leur lots merdiques en plastique (vous savez ces seaux magnifiques que j’avais tant désirés), flagorneurs baveurs et jaloux, m’expliquer qu’ils étaient les mieux classés du bus et que par là donc ils méritaient la coupe…et que moi ils voulaient bien m’échanger ces cadeaux sublimes en dérivés pétroliers, gagnés à la sueur de leur vanité. Que dalle les champions ! Cette coupe c’était la coupe d’un dernier, une extraordinaire coupe de dernier inéchangeable…qu’un ange divin avait descellé du décor de son bistrot pour un dernier devenu par son cœur généreux premier le temps d’un retour en bus !

Cette coupe ma mère l’a balancée un jour, mais elle est là dans mon âme grâce à un type, qui un jour en Belgique, a senti passer ce souffle biblique sans le savoir, et c’est fait l’apôtre de ma douleur….il doit être vieux ou mort mais ce qu’il a fait ce jour là lui a ouvert en grand la porte du paradis…j’en suis convaincu !

 

*: si vous avez une bible vous pourrez comprendre le titre de cette nouvelle

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 23:35

A l’enterrement d’une feuille morte

Ne sont pas venus les balayeurs

Aucun forestier

Ni même charançon.

 

A l’enterrement d’une feuille morte

Il n’y avait pas de cortège

Aucun corbillard

Ni même d’oraison.

 

A l’enterrement d’une feuille morte

Nul n’a déposé de couronne

Aucune fleur

Ni même de saison

 

A l’enterrement d’une feuille morte

Personne n’est venu

Aucun bourgeon

Ni même feuillaison.

 

A l’enterrement d’une feuille morte

Personne n’a versé de larmes

Aucun crachin

Ni même de frisson

 

A l’enterrement d’une feuille morte, seul était là, réjoui… un composteur.

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 20:38

Je sais pas  marrant de lire cela  au premier jour des vacances :-), Promis je vais  faire un effort cet été, bien que je vais être pris par les travaux de ma SDB à finir!

 

 

E

coutez ! L’entendez-vous ? Non, j’en doute, pourtant il ronge et ronge, cela depuis toujours dans les recoins intérieurs, à l’abri des autres, et moi seul le sens, l’entends… il gratte.

Petit lorsque la nuit s’en venait et que le silence des sens apposait son voile obscur, alors je le sentais s’éveiller. Un grignotement ténu, inexplicable, loin au profond de la chair, difficile à situer, qui croissait dans l’attente du sommeil, attisant l’attention de ma juvénile inquiétude. Je ne savais ce que c’était, les yeux dans le vide sombre je restais ainsi à attendre sa signification, terrorisé par cette douleur inconnue mais si prégnante. A mes côtés, dans ce lit au matelas de laine bosselé, mon frère dormait à poings fermés tandis que les miens cherchaient à frapper cet ennemi intérieur qui se baladait en moi. Je me rapprochais doucement de mon aîné espérant une quelconque protection par ce seul contact effleuré, son souffle régulier me rassurant un peu. Mon pied froid touchait alors les siens, et j’imaginais une transfusion de force et de courage à son insu, afin d’affronter plus assurément ces ennemis ubiquitaires du jour et de la nuit.

En moi quelque chose remuait, inconnu, inquiétant, un envahisseur malin, insaisissable, immatériel mais si tangible pourtant. Mon esprit agacé par cet indicible malaise laissait défiler des images aux couleurs tourmentées, m’entraînant dans un scénario bien trop torturé pour une âme si fragile, si vulnérable. Je n’osais appeler, terrorisé par cette chose inexplicable, essayant, immobile, de la dissuader de sortir. Je priais, ex voto balbutiant à ce Dieu trop sévèrement dépeint et raconté.

Le jour dans l’effervescence de ma jeunesse et de la vie en croissance, il semblait ne plus être, mais parfois, entre deux secondes, quand mon esprit s’abstrayait de l’instant, alors je l’entendais remuer perceptiblement. Je retournais aussitôt à mon existence, mais ce n’était plus comme auparavant, car le doute s’était de nouveau installé, et déjà je redoutais la venue de la nuit et la survenue ostensible de son comparse cynique. J’abritais un compagnon de mauvaise augure, un passager clandestin de mon âme, et je ne pouvais le dire à personne car peut être était ce un démon que je nourrissais, alors à qui aurais je pu le confesser ? Dans le cœur des enfants il est des secrets honteux, des malédictions inavouables qu’ils traînent tout au long de leur vie ! Un péché sans explications qu’ils ne savent avouer, parce que souvent ils se sentent coupables d’un crime qu’ils n’ont jamais commis, ni même observé, mais qu’ils ressentent cependant. La honte originelle que des mots des silences ou des regards peuvent installer à jamais.

Il a grandi l’animal du dedans, cancer sans tumeur, sortant chaque nuit de sa tanière enfouie en moi pour se nourrir de mon âme apeurée, par petits lambeaux dépecés, tandis que je me tournais et retournais en quête du sommeil salvateur. Il me dévore de l’intérieur par petits bouts d’angoisse, vivant, sans que je le puisse arrêter. Il prolonge le supplice dans le silence interminable de la brune, me laissant épuisé au petit jour. Je repars alors dans ma vie avec l’âme sanguinolente et amoindrie, contrefaisant celui qui va bien pour donner le change à ceux qui disent n’abriter personne. Il fait bombance dans ces intervalles de temps lorsque l’esprit se coupe du quotidien, l’espace d’une pensée, entre deux mots, ou quand l’autre vous ignore, et que le regard cherche au lointain un appui, mais aussi lorsque la vie vous renvoie un écho dissonant de ce que vous avez cru être. C’est un prédateur affûté qui s’éveille au moindre doute et mord à pleines dents dans votre âme victime... victime expiatoire.

L’entendez vous déchiqueter au sein de mes entrailles ce qui fait ma raison ? Ressentez vous cette intime douleur qui se propage et me fait hurler  au-dedans ? Le rat de mon âme se repaît, parasite intelligent qui fait en sorte de ne point me détruire d’un coup, me laissant survivre pour pouvoir grossir un peu plus à mes dépens. Il ne sort plus que la nuit l’arrogant, n’a plus peur des bruits du quotidien et de la lumière des autres, il va et vient selon son bon vouloir, se promenant en moi, donnant çà et là ses coups de canines. Ne serais-je qu’une proie destinée à repaître un parasite déposé un jour par une génitrice en quête d’une nourrice pour des œufs à éclore? Est-ce lui qui est destiné à vivre et non moi ? Ne serais-je qu’un garde manger, à l’instar de ces insectes choisis pour devenir réceptacle et couveuse vivante pour des larves gourmandes ?

J’abrite un rat, un rat qui grossit plus chaque nuit, chaque jour, chaque instant. Un rat qui mastique mon âme et s’en nourrit, qui laisse glisser sa longue queue en ma chair les soirs de doute ! Un rat dont les petites pattes griffent et dépiautent mes viscères, entretenant un mal secret, imperceptible par autrui ! J’abrite depuis toujours un animal carnivore, que j’entends gratter au plus profond de mon intimité lorsque la nuit atténue puis estompe les bruits de la vie !

Une bête par la déception des autres nourrit...

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 18:43

Après lecture d'un poème sur un blog où j'allais parfois...un poème, fort, douloureux, parlant de souffrance intérieure, ... j'ai eu envie d'écrire et de partager, d'offrir...voilà ce qui est sorti...

 

Ma douleur est la tienne,

Et la tienne me ressemble,

Langoureuse et ancienne,

Eloignées mais ensembles.

 

En jumelles si distantes,

Siamoises séparées,

Duelles inconstantes

Chinoises déparées.

 

De nos âmes les vagues

Des marées intérieures,

Ces navires qui divaguent,

Et chavirent ailleurs.

 

Orages de l’espoir,

Nuages engrossés,

Tempêtes désespoir,

Rivages enfoncés.

 

Tes maux et tes paroles,

Douloureuse lointaine,

Dolente farandole,

Si fragile, si humaine.

 

Je te sais, je te sens,

Etrangère pourtant,

Comme la plaie sait le sang,

C’est le sans important.

 

Telle une ombre fugace,

Une ombre que l’on devine,

Présence qui agace,

Présence si divine.

 

Tu es là je le sais,

Sans te voir ni t’entendre,

Me sentant caressé,

Sans pouvoir me déprendre.

 

J’écoute ta confesse,

Ta plainte et ton murmure,

En cette intime messe,

Au-delà de nos murs.

 

Miroir et son reflet,

Reflet et son miroir,

Des âmes éraflées,

Les larmes les mouchoirs.

 

Ta douleur est la mienne,

Et la mienne te ressemble,

Lancinante et ancienne,

Séparées, mais ensembles.

 

 

 

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