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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 21:32

 

Sous l’encrier du crépuscule,

Le jour noirci sa page,

Au plus intime tout se bouscule

En un feutré tapage.

 

Il n’est plus que vos mains madame,

Si belles caressantes,

Sur moi posées vos mains de femme,

Chalandes indécentes.

 

De l’autre côté du vitrage,

Par-dessus ce ciel qui s’éteint,

Les nues et leurs ombrages

Déroulent leur satin.

 

Elles glissent lentement sur moi,

Vos yeux me regardant,

Prémices, promesses d’un émoi,

Vous là me l’accordant.

 

Bien lente, la nuit s’en vient aux cieux,

Toute entière y accède,

Au crépuscule révérencieux

Sa fille lui succède.

 

Elle cogne, galope la chamade,

Pulsant son sang brûlant,

Tandis que là vos doigts nomades

S’avancent turbulents.

 

Là-haut, lointaines spectatrices,

Prunelles nitescentes,

Ténues  lueurs ambassadrices

Sont les étoiles naissantes.

 

En moi je sens monter une lave,

Cautère dedans ma chair,

Fureur, qui de vos mains esclave

Réclame son enchère.

 

Au plus intime de la pénombre,

En l’instant le plus fort,

Vos mains telles des ombres,

      Ont consumé mon corps.

(30/11/2013)

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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 19:23

(Photo copiée sur http://bloncourt.over-blog.net)44-1284--Ecole-communale-pri.jpg 

 Peu de temps après leur installation, les premières grandes vacances passées, ouvrit l’école de la cité, les écoles plutôt, connexes, filles et garçons. L’ultime pierre de l’édifice, un monde à part mi ville mi champs, en autarcie complète et identité naissante !

L’école cocon de laquelle un nouveau monde devait naître, en attente d’exuvie, entre passé et présent avec ces jeunes maîtres porteurs de la tradition séculaire des hussards noirs, messager de l’idéal, missi dominici de la république convalescente et ambitieuse. L’école comme un cœur à part avec son rythme bien à lui, au fil des saisons de la nature et du calendrier, mais aussi des siennes propres, transmises par les habitudes et les rituels enfantins. Le temps des billes, de la maison au travail par le chemin des caniveaux, le temps des tournois improvisés à la craie dans la cour de récréation, des gouttes d’eau et porcelaines qui avaient une si grande côte à la bourse du désir. Billes en terre pour les pauvres sans aucune valeur que celle de l’humiliation. Les sacs cousus par les mères dans ces tissus oubliés, remplis et puis vite maigrelets après les défaites douloureuses et humiliantes infligées par ces as de la tiquette, gavroches débrouillards de la cité.

Le temps des osselets, des mains râpées sur le macadam par des fascinantes et intrépides balayettes au « trois sans bouge » ! Le temps des avions en papier planeurs infatigables qui ravissaient Jean lorsqu’il les regardait flotter dans ce ciel circonscrit des alentours, aéronefs fragiles, qui débordant les frontières invisibles de l’espace aérien de la cour, s’évadaient parfois et s’en allaient continuer leur périple ailleurs, accompagnés de la gloriole de leur ingénieur en culottes courtes ! Le temps des parties de morpions, tracées au calcaire des champs sur l’ardoise rugueuse de la cour, croix et ronds placés avec minutie puis vite oblitérés par la défaite et la mode d’un nouveau jeu ! Touche-touche, guerre inventées, bousculades d’une virilité naissante et à confirmer.

Le temps des saisons, le temps des rituels et des classements, le temps impérieux de l’école aussi avec sa rentrée et ses odeurs de plastique neuf des protège cahiers, une couleur pour chacun des travaux forcés : du jour, de composition, de brouillon… La distribution des fournitures qui rendait plus acceptable cet enfermement à venir. La répétition des semaines conséquentes et conformes, le poste de radio que le maître sortait chaque mardi de sa secrète cachette pour la séance de chant médiatique de France musique ! La classe qui se chauffait la voix synchro par des iiii, des aaaa, des oooo et uuuu sous la direction de ces ordres venus d’ailleurs le haut parleur.

La corvée privilège de plantes, de tableau, d’encrier, et les crayons à tailler avec cet appareil magique fixé au bureau ! Chacun son tour, sa semaine, l’impétrant arrivant plus tôt, sacrifiant la récréation du matin (celle où tout se disait, secrets et racontars de la veille) pour accomplir cette mission avec orgueil et parfois suffisance.

Le temps des plumes Sergent Major que Jean foulait et celui des stylos à bille formellement magiques mais bannis séant, de cette encre violette dans des encriers sitôt remplis par des morceaux de craies afin qu’elle fût changée au plus vite. Des doigts maculés de copiste débutant, langue dehors et coude sur la table commune, le buvard en garde fou de gestes malhabiles. Ce temps du respect et de la crainte aussi, du sifflet qui figeait la cour de récréation en une immense sculpture vivante, forêt d’enfants immobiles où deux ou trois ahuris, cependant le diktat sonore, continuaient leur courses échevelées et se voyaient tancer publiquement puis punis, publique opprobre devant toutes ces statues intérieurement rassérénées de ne pas en être ce jour !

Celui des filles en face, lointaines et interdites, en silhouette qui jouaient à la corde, à la marelle, avec leurs jeux secrets et copiés parfois, en douce pour savoir ! « Ce palais royal qui est un beau palais où les toutes jeunes filles sont à marier », ritournelle qu’elles répétaient à l’envi tout en sautillant par dessus la corde folle qui tourbillonnait ! Comme beaucoup eussent aimé être le préféré de «  mademoiselle unetelle qui veut l’épouser », oui non ? Oui non ? Et cette corde qui tournait et tournait comme un destin inexorable pour des amours à venir ou pas ! Ces jeux de l’autre côté de cette frontière virtuelle mais infranchissable, à tout le moins là, si féminines activités mais que les garçons regardaient à la dérobée comme curieux de les comprendre, pour essayer ensuite dans la cité avec les sœurs et voisines !

Le verre de lait ministériel pour une dose de calcium à la récréation, frais ou chaud dans de grandes marmites d’aluminium, avec cette peau si peu ragoûtante qui flottait et lui faisait choisir immanquablement le breuvage froid.

Le temps des rangs, alignés sur une tête ! Le temps des places au mérite, classement humiliant dans l’espace de la classe, des bulletins de satisfaction, une image pour dix bons points comme un trésor sans prix, des sorties en chenille humaine jusqu’au portail pour un égaillement général après un bonsoir monsieur ! Liberté conditionnelle jusqu’au lendemain et retour au bercail par le chemin le plus…long !

Ce temps des visites en sous vêtements, tous en slip blanc et docte regard d’un toubib sur des roubignolles immatures. Celui de l’orange de noël et de la brioche, des pieds mouillés dans des chaussettes reprisées, de Laurel et Hardy en noir et blanc nés d’un bruyant projecteur dont le faisceau traversait toute la salle de cantine, où les enfants ensemble et bruyamment faisaient le décompte qui s’égrenait sur le mur dans le cliquetis de la machine des frères Lumière. Des cassures de la pellicule, frustrant et prétexte à se laisser aller enfin sans risque dans la pénombre et la joie des fêtes à venir ! Le gros et le niais dans leur avion chaque année s’évadant de la légion, mais qu’importait la répétition puisque les âmes chantaient et frissonnaient de ce bonheur commun !

Celui aussi des timbres à vendre pour lutter contre l’infâme tuberculose millénaire, porte à porte dans les cages d’escalier à dessein de complaire au maître, cette époque aussi des vaccins et cutis ritualisés !

Le temps des odeurs de cire et de javel à la fin de l’année, lorsque chacun effaçait les traces de sa présence sur la table de labeur, pupitre sacré, pour ensuite le faire briller au mieux ! Oui Jean, le temps des interminables récréations de juin où l’étude du soir avait un goût d’enfin, saveur des grandes vacances à venir ; celui où il jouait en classe avec les jeux apportés, ce temps d’adieu pour le passage à niveau supérieur, se demandant ce que serait ce nouvel instituteur côtoyé l’année durant dont il ne savait mesurer le caractère, et que les plus grands bien sûr se régalaient cruellement à décrire comme terrible et implacable. Ces instants de fin d’année et de remise des prix dans la salle de sport surchauffée, des édiles barbonnants sur l’estrade, des spectacles en costumes et des dictions en public, de la pêche à la truite, des conserves à caramboler, des ballons gonflés à l’hélium pour un merveilleux voyage dans l’espace emportant un nom, une adresse, un espoir.

Le temps du petit train dans la cour, des sourires aux maîtres et de la visite des classes où s’étalaient et s’exposaient les œuvres du travail manuel. Le temps des vacances qui s’en venaient et d’une rentrée si lointaine dans une école qui peu à peu prenait les couleurs d’une autre époque pas encore entraperçue !

Cette école où personne n’osait entrer hors des périodes scolaires, lieu conventuel et sacré qui cachait c’est certain un passage secret seul connu d’un bossu que nul n’avait jamais vu, mais qui enlevait les petits enfants bien qu’aucun ne manquât jamais à l’appel lors des rentrées !

Une école en blouse et tableau noir, en craie et encre violette, entre sourire et crainte, une école souvenir entre deux époques comme couloir de lumière !

 

( A monsieur Dourdain ce Maître merveilleux de CE1 que je n'oublierai jamais...jamais)

 

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 14:03

La somme des impasses ne fait pas un chemin

 

 

Le temps a passé avec sa cohorte d’événements et ses habitudes certaines, le temps a passé et les vies se sont écrites. Lentement comme des lueurs d’automne les nuits ont effacé les jours et les rides ont marqué les peaux juvéniles. Jean a regardé les aubes s’ensuivre en feignant de ne pas voir les jours s’égrener, s’accrochant à ces idées sans fond, pour se convaincre qu’il n’avait pas peur ! Les amis ont enchaîné les étapes logiques de la vie laissant peu à peu leur jeunesse s’éteindre pour porter le costume de l’âge et les colifichets de la maturité, et puis un jour s’en sont allés…partis vivre leur vie gardant en eux les souvenirs frais d’un navire amarré à jamais. Ils sont partis sur ces chemins que l’on trace tous sur les cartes des histoires intimes, passant les frontières des âges, ajoutant en couches les expériences qui font la vie.

D’autres sont venus à bout de destin ou de destinée, échouant plus qu’ayant choisi, remplissant les cases vides d’un puzzle sans mode d’emploi, et le décor lui changea, imperceptiblement, mais il changea, comme changent les vies seconde après seconde. Certes d’aucuns restaient, et y sont encore d’ailleurs, voués à la fatalité des époques, naufragés dans leur passé, pièces d’un décor immuable pour eux, mais Jean n’était pas de ceux là et pourtant il s’accrocha, il s’accrocha à ce taudis intérieur.

Routine voulue, matins qui défilent, journées fades et répétitives, dans un quotidien apostolat pour une vaine prière, Jean allait au travail comme on va à la selle, pour se vider ! Se vider la tête, se vider la viande de ces forces qui tiennent en éveil et laissent l’esprit tout à l’analyse. Jean se commettait, se sacrifiait à une idée d’adolescent, pour un monde fictif, il menait un combat perdu, sans but réel comme un vieux révolutionnaire obstiné qui n’a plus de révolution et débite sa litanie abstruse en salmigondis d’explosions assassines!

Un boulot insulte, un servage honteux qu’il mythifiait à l’envi pour tenir et exister parmi ces fades, ces autres si peu communs de sa réalité intérieure. Il riait aux plaisanteries graveleuses, parlait de tout et surtout de rien, et terminait sa journée au café comme un missionnaire, prêtre ouvrier d’une religion secrète. Jean était seul, si seul, dans une solitude requise et obstinée en attente d’un grand jour improbable, caché de lui-même, orgueilleux nourri d’une suffisance destructrice, d’une peur tenace et inavouée.

Il errait dans cette cité devenue poubelle, vide ordure d’un monde qui avance, il passait dans les odeurs de pisse et les débris oiseaux, entre deux courants d’air. Il appartenait au tableau des misères d’un monde moderne, d’une humanité en déshérence qui croit qu’elle a rejoint les dieux d’un OLYMPE parce qu’elle consomme et crée, crée les denrées dont elle se gave, et qui bientôt l’étoufferont !

Il se casait dans son appartement, comme une fourmi dans sa cellule, son alvéole, il répétait les jours comme une éphéméride détache ses feuilles au vent du temps, se laissant porter par ce dégoût de lui et des autres sans y pouvoir mais. Jean n’était plus qu’un nom sur une boite aux lettres défoncée, sur une porte rayée, un type d’escalier B d’un bâtiment H ! Il aimait des filles de papier glacé dans des spasmes solitaires, sur des sourires aguicheurs et figés. Toute honte bue il versait son sperme dans des serviettes en papier. Parfois il goûtait les caresses vénales dans le froid des samedi soirs de parkings mal éclairés, des caresses de latex pour une éjaculation achetée au prix de son dégoût !

De temps à autre il croisait son passé, dans une boulangerie, au marché, et le temps d’un dialogue revivait ces moments fous de la cité naissante, mais bien vite l’ami, le compagnon d’enfance reprenait son chemin, oubliant aussitôt cet aparté d’un autre âge ! C’était comme des ivresses passagères, trêve du temps et de sa misère, des instants magiques qu’il voulait faire perdurer, comme pour figer ce retour et l’imposer au présent, mais seul lui en avait l’envie, le besoin. A chaque fois c’était comme une gueule de bois à l’âme, un mauvais réveil et le retour à la réalité n’en avait que plus mauvais goût !

Jean traînait sa vie avec ceux qui ne pouvaient bouger, il partageait sa foi et ses souvenirs avec les matelots ivres dans un port désaffecté, rêvant d’un navire nouveau alors que le sien pourrissait doucement sous la rouille de l’injustice et des contingences.

Soirées télé, soirées café, soirée pour rien, casse tête et brûle pensées, Jean côtoyait les amputés de la vie, les chômeurs de l’espoir, il partageait un monde autre que le sien, s’entêtant, se payant de mots et de certitudes. Il arpentait les impasses des autres afin de ne pas étouffer dans la sienne, il faisait la promenade des détenus qui parcourent des kilomètres la tête dans leurs rêves…en rond, petits ronds des cours de prison !

De nouveaux amis, des connaissances apostoliques pour des instants frustres et obligés, Jean contenait sa peur de penser, il vivait un combat intérieur perdu depuis longtemps, il rampait sans le voir mais la cité changeait, devenant plus dure, plus froide, plus destructrice, et sa fuite intérieure bientôt ne pourrait plus l’en prévenir ! Il errait dans un monde d’impasses, un labyrinthe de couloirs accolés, voulu et dessiné par son orgueil et ses peurs cachées. Jean remodelait son monde pour qu’il tienne debout au prix d’un sacrifice immense….sa vie, pour un passé revisité ! Il était témoin d’un avant dans le retour de barbares, il voyait s’installer la nuit sur son monde à peine endormi, le rêve faisant allégeance aux cauchemars.

Jean glissait lentement comme pour voir si l’enfer avait un fond !

 

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 14:36

Façade d’aujourd’hui pour des fondations d’hier

 

 

Dans l’épaisseur de sa nuit intérieure il attend depuis si longtemps un rayon improbable, une lueur à suivre, une étoile guide pour échapper à ce crépuscule sans fin. Sans cesse Jean repousse tant bien que mal ces démons du dedans, dans un combat éternel commencé il ne sait quand mais qui ajoute chaque jour cicatrices sur cicatrices. Il attend, il attend il ne sait qui, il ne sait quoi, répétant cet espoir comme une antienne, une mélopée de survie qui l’enivre et atténue la douleur… Il attend ce souffle tiède au creux de l’oreille, ce regard qui instille silencieux le besoin de vivre ! Il attend, oui il attend un incertain réveil, une aube nouvelle signifiant qu’enfin la nuit s’en retournera ailleurs ! Il attend ces mots qui bouleversent et tailladent la chair, ces mots de jamais qui savent faire frémir les viscères de l’âme, ces mots qui versent les larmes, ces mots inouïs qui savent dire et réveiller l’indicible ! Oui ! Il attend, et toujours attend, comme un enfant perdu dans la pénombre et se cache en lui, comme un petit qui pleure en silence pour ne pas attirer les ogres ! Comme une âme fragile qui se terre et se meurt du dedans parce que dehors il fait nuit, brune épaisse et terrible, sorgue de forêt, de moyen âge, où le mal a fieffé la campagne et les bois pour dépecer et engloutir ceux qui s’y perdent. Alors il attend cette main chaude qui prendra la sienne pour s’en retourner dans la lueur reposante d’un demain sans ombres maléfiques et au sommeil sans démons !

Chaque soir allongé sur son lit il écoute ces musiques d’autrefois, ces notes qui font danser l’âme dans une ivresse souvenir, chez lui, à l’abri du monde d’aujourd’hui, en lui, caché des regards frustes d’un quotidien qui se répète comme une photocopie inlassable. Jean se terre pour être, Jean s’enfouit dans ce terrier de béton, se dépiautant chaque soir pour redevenir lui-même, avatar quotidien d’un printemps qui recommence inlassablement à l’abri du soleil et dont les rayons imaginaires.

Ces musiques de jeunesse, ces livres, ces rêves, ces idées qu’il range à peine dehors dans ses rayons intérieurs pour n’en sortir que le banal, l’acceptable dans cette existence de parade et de compromission. Jean l’ouvrier, Jean de la cité, fossile d’un âge oublié, Jean que fais tu dans cette grisaille alors que le soleil de demain devait éclairer les jours à venir ? Jean, oh Jean, que fais tu sur ce toit dans la nuit qui s’étale ? Pieds dans le vide et l’esprit torturé, qu’as tu fais de ta vie, ex voto d’un miracle impossible ?

Jean qui se lève, Jean qui pointe, Jean qui fait semblant sans cesse et se démasque chez lui, qui ouvre une boite festin de raviolis et regarde un film en noir et blanc parmi les canettes vides et la fumée bleutée de mégots ! Un plafond spectacle scène des souvenirs en couleurs pour des nuits qui se traînent et des insomnies putains ! Des songes éveillés, la vie qui se débobine, des sanglots oubliées qui sourdent en silence, des petits matins fripés et des gestes lents, des nausées de fausse cuite, une vie en fardeau, une vie comme un trait que l’on trace à la règle sur la feuille du temps, bien droit sans bavures ni méandres, sans détours, sans hésitation dans la géométrie de l’habitude.

Jean qui rit, Jean qui pleure, des éclats insignes de la banalité des jours d’autrui, des sourires en réponse aux sourires, des mots qui contrefont les mots, des gestes pour des gestes, un dialogue répétitif comme un texte d’ambiance, dans cette pièce d’un théâtre de rue. Des larmes, en silence, des larmes retenues, un chagrin interdit qui ne cadre pas parce qu’il ment aux autres pour survivre, car il se ment pour exister !

Et ceux là qui se tiennent ici en décor, qui attendent ce qui jamais ne viendra, comme les zombies d’un univers immobile, fades prêts à tout pour un rien, pour une miette d’avoir en espoir d’être, pour ce qu’ils ont et non plus pour ce qu’ils sont, car ils ne sont rien, ils ne sont plus ! Ils errent charognards de leurs pulsions, avides de ces frissons fugaces qui font bander les chairs affamées, jouisseurs cursifs des secondes, additionnant plaisirs et envies au mépris d’eux-mêmes, de ce qu’ils devraient être : des êtres humains. C’est comme une mauvaise odeur dont il ne peut se départir, comme ce relent de mort qui s’accroche à la peau... ils sont là les odieux, partout dans la cité qui résiste dans ses murs. Jean les contourne, les évite, mais chaque jour ils s’approchent, se rapprochent, dévorant à grandes dents abruties l’espoir, le possible…la vie ! Ils se baffrent, postillonnent et réclament dans leur bousculade incessante, oublieux des chemins parcourus avant eux ! Ils se battent dans la foire à l’encan de la possession des choses, grattant ce ticket à quatre sous d’une loterie sans véritable gros lot…chiens en bave dans ce combat sans vainqueur qu’est leur destin ! Moi ! Moi ! Entendez leur message, cette revendication première, oui moi ! Moi ! Ils conjuguent la vie à la première personne, si singuliers et si peu pluriels, de l’indicatif ils n’écrivent que le présent n’usant que d’une seule désinence, la ritournelle infinie du je pour un jeu sans musique ni règle, longue partie de solitaire. Jean gladiateur pitoyable que fais tu dans cette arène en costume de combat ? Jean pourquoi vouloir à tous prix devenir martyr d’une religion de façade sans temple ni église ni même fondations ?

La nuit sent la mort et le vent caresse son visage, ses pieds balancent dans le vide. Les odieux plus chaque jour s’installent sans mesure ni respect, ils pépient puis réclament et enfin ils prennent, tout, tout ce qu’ils peuvent prendre dans ce monde d’abondance comme si demain était le dernier, et que jamais plus le soleil sur l’horizon de l’orient serait une aurore.

Jean regarde la ville qui scintille au loin tandis qu’en bas les zombies se réveillent et sortent de l’enfer. Ils ont faim, une faim insatiable, cannibale et sans limites

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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 21:21

Si jamais je suivais ce parfum qui mène à vous, si je franchissais la distance qui me tient à l’abri de vous…alors plus rien ne tiendrait, et le monde s’effondrerait, me montrant alors qu’il n’y a plus rien à attendre des jours !

Si l’ivresse de l’instant se distillait sans cesse, et qu’aujourd’hui serait comme demain, et hier leur pareil ; si vous et moi devenions nous, et que les désinences s’ennuyaient au soleil de notre indifférence, prolongeant la conjugaison dans l’itération de ce pronom personnel, alors, la vie apparaîtrait sans fards, et fade oh combien, à l’ombre de ces jours là !

Une senteur peut elle réécrire le temps ? Raviver les instants et faire renaître le trouble en madeleine sensuelle et perfide ? Ouvre t elle les grilles des jardins intérieurs où poussent les émois souvenirs ? Ces fleurs qui se flétrissent si vite, si tôt, à peine respirées, qu’elles ne connaissent qu’une aube, une seule, et jamais de crépuscule, sinon celui du néant qui les englouties bien trop vitement ! Votre parfum madame, semble errer sur moi et me dire que cela ne fut point un rêve, mais un instant d’éternité ! Fragrances en preuve de vie et de culpabilité qu’il me faut estomper pour pouvoir continuer à exister dans la convention des jours et des heures qui s’y égrènent... senteur folie, ivresse, qui me ramène à vous, toujours à vous, et à toutes ces caresses impossibles à retenir que nous osâmes...que nous osâmes si brièvement et follement..

Je voudrais rembobiner les heures, ces fichues minutes qui s’écoulent inlassablement dans l’ennui du quotidien, et dérouler à nouveau leur fil... mais on ne revit jamais les heures à l’identique, moins encore à rebours, quant aux souffles qui les ont portées...

 J’ai sur moi, madame, un parfum qui m’enivre, qui m’entraîne sans qui j’y puisse résister vers cet instant de nous...et je dois continuer à vivre, sans cela, faire comme si les effluves, les odeurs, les senteurs, n’avaient point de passé, sinon qu’en les souvenances, sans possible retour... à jamais interdits.

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 12:24

Les fins d'années amènent souvent les bilans, alors je vais faire le bilan de 2011, année à part dans ma vie, ensuite j'attaquerai 2012 en espérant qu'elle ne ressemblera en rien à sa soeur précédente, ce sera mon dernier article ici  je crois, pour diverses raisons, la plus notable étant le peu de succès rencontré par les écrits de ce blog, quant aux autres j'essaierai de les définir... un jour. L'une d'entre elles, m'a bien été expliquée par Valdy, qui osa un jour me dire que mes écrits étaient bien trop lourds, abscons et compliqués pour être appréciés sur OB... mais je ne sais écrire autrement! Bref on verra bien si je retrouve une nouvelle inspiration ... 

 

En gros 2011 année à oublier! Donc je la supprime de mon passé!

 

Meilleurs voeux à ceux qui passent et surtout à la Bulle a qui je dois tant, à Marie Claude pour ses mots, et à vous...

 

En guise de cadeau de fin d'année (lisez avec la musique en fond, lecteur ci-dessous)

 

Sublime blasphème

 

Ames divines immortelles, du désir possédées,

Missa, l’indicible union en l’après de l’aître,

Qui, par cette eucharistie vient là concéder,

A l’adbitum mentis, les secrets de son être.

 

Tous deux, en ce chœur circonscrit par ses arcades,

Sur l’autel, ombres enlacées face à l’abside,

Sans autre témoin qu’Eli, l’invisible alcade,

Se donnant l’un à l’autre extasiés si lucides.

 

Corpus mysticum, gisants, cariatides de chaire,

Sous la lueur éthérée filtrée des meneaux,

Chœur à corps, corps à cœur, et corps à corps de chair,

L’accordée des plaisirs nus et libidinaux.

 

Le feu des enfers, braises de stupres et de flammes,

Sous le regard du Tout Autre, sans honte ni péché,

La jouissance des chairs, mais aussi celle des âmes,

Que nulle eau de baptême ne saurait empêcher.

 

Du cogito à l’éros, de l’insane la foi,

Sans leur confession de la luxure en l’amour,

Trempant dans le bénitier longuement les doigts,

Puis les lèvres, puis le cierge pareillement sans détour.

 

Que cette église suinte du transept à sa croisée,

En le plus intime de sa nef et de ses fonts,

Que son humeur s’écoule de ses jambes décroisées

Jusqu’au chevet du cœur des êtres qui la font.

 

Confiant, pénétrant ici par la sacristie,

A rebours du parvis et des collatéraux,

Dans la béatitude de l’offrande à l’hostie,

Il s’en fut au plus loin, en ces fonts baptismaux.

 

Agnus Dei, c’est au plus secret des annales,

De Gomorrhe à Sodome, ces cités agonies, 

Qu’interdites, s’en renaissent dès lors les bacchanales,

Ces callipyges ivresses des inverses réunis.

 

Quand le sens du caché s’en revient au vrai corps,

Lui délivre l’extase et sa nue jouissance,

Alors l’âme au mystère du sacré s’incorpore,

Faisant naître en la chère la divine renaissance.

 

Du trivial au profane, s'en faisant l’exégèse,

Par la débauche et l’orgasme, les multiples stations,

Ne se privant aucunement, sinon de l’ascèse,

De la concupiscence, viendra l’absolution.

 

 

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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 15:54

On a volé le soleil, et le ciel tout autant,

Dérobé les étoiles, puis l’horizon ci-devant;

Il ne reste que le vide, et l’écho dissonant,

Des angoisses et peurs, qui résonnent au-dedans.

 

On a assassiné la lune, sous les yeux de Terre,

Souillé son cadavre, sans disperser de cendres,

Bafoué sa dépouille, sans la mettre en terre,

Pour que le rideau de l’aube, ne puisse plus descendre.

 

On a élevé le bûcher du dernier jour,

Prodrome du sabbat, d’une ultime nuit,

Incarnat de la colère, et du sang qui sourd,

Flammes des ravages, sur l’horizon qui luit.

 

De la vie, il ne reste rien d’autre qu’un combat,

Traces de la guerre, de la douleur, les sons éternels,

Ces cris de l’enfant abandonné, qui seul se débat,

Ses sanglots se propageant, infinis et sempiternels.

 

L’obscurité sans nom d’un nouvel enfer,

D’une voie sans issue, d’un chemin sans retour,

Ce noir purgatoire, dont on ne peut se défaire,

Le paradis perdu, d’une nuit sans détour.

 

C’est en ce jour que la dernière messe est dite,

Au chœur des nénies, le lamento de prières,

Ite missa est, la procession interdite,

La contrition des actes, d’une foi meurtrière.

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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 11:39

Comme ça pour dire de passer le temps en attendant le repas...

 

 

 

(A Julie La Folle...) 

 

Poussières dans le vent, le vent de l’histoire et celui de l’oubli, qui poussent loin, là-bas les choses des hier, des instants sombres et néfastes, afin que chacun puisse se croire vierge de ce qui fut, et jamais plus ne sera, jamais plus le croit-on. Mais pourtant, les amours s’oublient se trahissent et se mentent, les haines se réveillent se toisent et s’aheurtent, se nourrissent et se croisent, s’entrebattent se jaugent et se maudissent, à jamais, à jamais ennemies, à jamais emplies de vieilles et vaines colères, car il n’est nul baiser dont la trace ne sèche pas... Nul baiser dont le souvenir ne reste impérissable, nul regard qui ne se détourne pas, car la vie est un fleuve, si long, si tumultueux, dans lequel on ne se baigne jamais deux fois... deux fois à l’identique.

 

Parfois le baiser est un crachat, et l’embrassade fausse étreinte nous éreinte,  le sourire une cautèle, et la caresse cautère... qui peut-on croire, lorsque l’on sait que soi même parfois, l’on est mensonge, colère et violence? Qui pourrait dire?. Moi jamais ! Qu’à celui-là, alors, on lance l’ultime pierre !

 

Attendre, laisser passer le temps,  que sèchent les larmes et se taisent les sanglots, que les cordes des violons frottent et s'usent, et les chamades se contiennent et s'apprivoisent, que l'oubli  estompe les rancoeurs, sans vraiment les canceller, oblitérant leur fiel pour simplement contenir leurs enfants, les retenir, pour qu'ils aillent nul part ailleurs que de l'avant... vers d'autres lointains, d'autres contrées supposées,  que celles de leur parentes.

 

Poussières dans le vent qui se déposent, alentour et ailleurs, comme témoins du temps qui se lasse, se passe... tels les souvenirs incertains des jours qui furent et ne seront plus, sinon en pâles sosies, mal grimés, réinventés... quand est-il de l'éternel retour? Des douceurs qui perdurent et jamais ne s'atténuent? Qui se répètent inlassablement,  s'en revenant sans cesse,  farandoles énivrantes et colorées, ces rires inaltérables, ineffaçables sourires,  et les soifs étanchées?

 

Poussières dans le vent en témoins des colères, des misères et des tortures, ombres déposées sur le décor d'un renouveau... de façade, comme pour dire de supporter, de se supporter, et continuer de vivre... ensemble, par désir ou par dépit, parce qu'il est impossible de faire autrement...  parce qu'ainsi est la vie , quand bien même nous la voudrions, différente... 

 

Parfois le baiser est mensonge, et l'embrassade trahison, le sourire lui,  contentement du mal à venir, et la caresse, prémices des coups qui attendent que se ferment les portes...  portes des yeux, portes du coeur, et celles de l'âme... probablement.

 

Revenir de l'enfer sans se retourner, à dessein de ne rien perdre, ni regard ni baiser, amours défuntes inanimées, l'espoir d'un miracle, mais jamais, jamais elles ne reviennent, celles qui nous ont laissés, les joies comme les peines, pour toujours recluses, en notre passé, en notre mélancolie... la vie est un fleuve, un fleuve imépétueux et tourmenté, dans lequel jamais deux fois l'on se baigne...deux fois à l'identique, deux fois dans la même peine, deux fois dans la même joie .

 

 

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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 09:16

Allez viens ! Entre, entre en moi, viens vivre ce qui me brûle, toucher cette flamme qui lèche langoureusement mon âme. Viens chevaucher la chamade et goûter à la peur sans fin, viens te voir au travers de mon regard. Viens ! Entre quelques instants pour t’enivrer de toi même, de ton omniprésence dans le flot d’un sang qui tape, cogne et s’échauffe. Entre et enfonce toi au plus profond de ma chair là où tout se noue, où l’angoisse enfante ses filles qu’elle nourrit au sein de mes doutes. Viens voir la peur qui s’habille du tissu des questions, oripeaux d’un silence dont tu détiens la clé. Viens au théâtre du profond, sur la scène du mal, là où les acteurs intérieurs répètent inlassablement leur texte. Frappe les trois coups et lève le rideau, tu verras ton spectre qui hante mes instants.

Viens, entre, entre et installe toi, savoure ce désir de toi, ce besoin insatiable, vibre au frisson qui passe, onde qui bouscule, chaloupe les viscères, et à chaque passage s’amplifie. Entends ce murmure qui grandit du matin au soir et du soir au matin, flux et reflux de ton image et de tes mots, le son se scande et puis s’enfuit pour sans cesse revenir et se cogner à la raison.

Viens en moi, viens en ce temple que l’on a bâti pour toi, au mortier de larmes et de poussière de désir, agrégats sur agrégats, miettes d’un espoir aux fondations d’argile. Viens et écoute le chant des fidèles qui entonnent le requiem du désespoir pour sa parente défunte : l’attente. Viens, entre et revêt l’habit de lumière que l’on a tissé pour toi en fils d’amour sur le métier des regrets, parcourt ton église et enivre toi de cette dévotion offerte, l’âme invite et le coeur s’arrête. En ces lieux secrets tu es maîtresse, chaque goutte de vie est tienne liqueur, que ta bouche s’abreuve de cette sève profuse, fontaine intérieure d’où s’écoule le temps, le temps de l’autre à ta discrétion offert.

Viens, entre une fois en moi, visite le sanctuaire, promène toi dans les jardins de ton attente, sur les chemins de l’inquiétude et des jours qui passent sans toi. Flâne sur les pelouses de l’incertitude et rencontre au détour d’une idée le début d’une larme de rosée que ton absence a enfantée. Allez viens, rien qu’une fois, viens voir ce qui vit derrière celui qui attend, tu t’y verras , si belle et si autre, dans le miroir qui te reflète sans que tu y sois.

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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 13:43

 

 

Dans le ciel intérieur brille une étoile que moi seul peux voir.Lueur lointaine et inaccessible qui scintille mais ne réchauffe pas. Est elle encore vive où n’est ce que la lumière de son éclat passé qui me parvient ? Sait elle qu’un regard la scrute et ne peut se détacher ? Sait elle que des yeux se brûlent à force de ne plus ciller ? Dans la nuit secrète des âmes brille une étoile, blanche d’un éclat impalpable, au confins de l’infini, guide d’un nord inconnu. Les astres clandestins comme leur comparses célestes savent ils que des yeux émus et curieux les contemplent ? Dans l’immensité de l’espoir et de l’univers que représente un regard attentif ?

Dans mon âme rembrunie, dans l’épaisseur des doutes et des peurs qui rabaissent leur ciel, brille une étoile blanche, elle éclaire le chemin qui mène aux souvenirs, d’une lueur faible qui cependant révèle les anciens sourires. Comme un enfant qui ne grandit pas je la scrute espérant qu’un jour sa brillance me touche et devienne sensible afin de rembobiner le fil de lumière et de l’amener à moi. Qui sait peut être tournerai je les mains éternellement sans voir mon étoile s’approcher, mime ridicule dans un univers controuvé ? Peut être comme un simple d’esprit je gesticulerai dans le vide d’un monde enfoui ! Je moulinerai mes gestes sans fatigue dans une danse enfantine, l’œil brillant et l’espoir gourmand, gourmand d’une impatience vive et d’un désir brûlant.

Dans le néant de mon âme brille une étoile blanche, lointaine et incertaine parfois, mais elle scintille des émois conservés et intacts, des chamades infatigables qui tressautent encore, mais aussi des désirs étouffant dont on ne se départit jamais. Elle m’attire et se refuse, si proche et si distante, infimité d’un espace sans limites, qui oscille entre la caresse et le vide éternel.

Plus jamais mes nuits ne seront sombres et d’un sommeil obscur car en moi brille une étoile blanche qui illumine mes pensées nocturnes et éclaire mes songes, faisant fuir les possibles acteurs de mes rêves. Chaque soir je recommence ma pantomime, enroulant le fil invisible de sa lumière en espérant la voir se rapprocher et me brûler enfin au contact de son éclat.

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