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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 21:02

Jeux, mots, regards, paroles et mensonges,

Dis-moi, que faut-il faire, qui faut-il croire ?

Quand le réel, oxymore, contrefait le songe,

Et que le jour, hésitant, se fait accroire.

 

Gestes, coups, caresses, baisers et morsures,

Dis-moi, que faut-il attendre redouter ?

Quand la main, paradoxe, touche et torture,

Et que la peau frisonne, ou se couvre de plaies.

 

Danse, fuite, hésitations, courses et tournis,

Dis-moi, que faut-il faire, qui faut-il attendre ?

Quand l’autre, hiatus, te donne ou t’ôte la vie,

Et qu’en la demeure, tu cesses de le comprendre.

 

Pensées, faits, gestes, idées et renoncements,

Dis-moi, que faut-il taire, que faut-il dire ?

Quand la parole, anaphore, se fait tourments,

Et que le silence, parfois, te pousse à médire.

 

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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 20:03

Voici un autre extrait...tout à l'opposé du précédent, mais qui vous aidera à comprendre l'histoire...si elle vous plait mon histoire commandez ce roman non publié aux éditeurs... :-) Qui sait à force de recevoir des appels leur esprit de lucre les poussera à l'éditer mon juju!

Promis j'arrête de mettre des textes longs :-)

 

 

 

- Qu’est ce que vous voulez monsieur le policier ? Si vous nous surveillez vous n’êtes pas doué pour ce travail ! Votre compère n’est pas avec vous ? A moins qu’il ne fourbisse son arme prêt à intervenir ! Vous pensez une si petite femme cela peut être dangereux, et juive de surcroît !

 

Il ne sait que répondre, bien qu’elle soit acerbe et qu’il se sente idiot, il aime cet instant, il l’a retrouve telle qu’en elle même, intrépide, sans peur, courageuse, prête au combat quel qu’il soit.

 

- Vous vous méprenez madame, je ne suis pas de la police et je suis venu seul. Je ne vous veux pas de mal croyez moi.

 

- Vous voulez quoi alors ? Vous croyez que je n’ai pas remarqué votre cirque depuis une heure ! Vous connaissez beaucoup de gens vous qui passent leur temps à arpenter une rue pour le plaisir ? Des gens qui en plus sont venus chez moi insulter ma famille et me molester ! A part ces salopards de la gestapo et leurs nervis de la préfecture, vous en connaissez beaucoup des types de cet acabit ?

 

René aimerait répondre, mais il sent qu’il va bredouiller des explications qui ne tiendront pas la route, qu’elle n’est pas prête à écouter ce qu’il voudrait lui dire, que ce n’est pas ici sur le trottoir qu’il pourra trouver le calme nécessaire pour s’épancher. L’esclandre risque d’ameuter du monde et d’attirer vraiment la police.

 

- Taisez vous et allons chez vous !

 

Il lui a dit cela en sortant une carte barrée qu’il a dérobée à la préfecture, il ne pensait pas s’en servir, il l’avait subtilisée comme cela, mais c’est le seul moyen de sortir de cette imbroglio, même s’il contredit ce qu’il vient d’expliquer tant bien que mal à l’instant. Et il l’empoigne par le bras pour l’entraîner chez elle.

 

- Si vous croyez me faire peur avec vos méthodes de soudard vous vous trompez monsieur l’inspecteur. Lâchez moi je suis capable de marcher seule !

 

D’un geste brusque elle s’arrache de l’emprise de René et continue de marcher à son côté en le regardant fièrement tout en avançant. Ils franchissent le seuil de la grande porte cochère et s’engouffrent dans l’escalier qui mène à l’étage. Franca le précède, déterminée, prête à l’affrontement, ses pas tapent sur les marches en bois et raisonnent fortement dans la montée. Arrivée sur le palier elle engage sa clé dans la serrure qu’elle fait jouer et ouvre en grand la porte qu’avait martelée Henri.

 

- Si monsieur l’inspecteur aux questions juives veut bien se donner la peine d’entrer, il est le bien venu en ma modeste demeure !

 

Et elle accompagne son invite ironique d’un ample mouvement de bras, laissant passer René qui hausse les épaules en pénétrant dans l’appartement. La porte claque et la jeune femme le dépasse pour aussitôt s’installer sur le divan qui fait face à la cheminée du salon attenant à l’entrée. Les mains jointes entre les cuisses elle le fusille de son regard noir si expressif.

 

- Alors que fait on maintenant monsieur le curieux ? Une petite inspection des lieux ? Vous voulez que je vous dise où l’on cache notre or ou je vous laisse fouiner ? Vous pouvez déjà saisir les chandeliers que voilà sur le buffet ! Désolée pour vous ils n’ont que trois branches ça ne fait pas très juif n’est ce pas ! Ou youpin devrais je dire ! Il y a aussi ce bronze, mais c’est une copie !

 

René la regarde le provoquer, et il l’admire d’autant plus qu’elle croit vraiment qu’il est de la police. Son arrogance est phénoménale, c’est même de la folie pure, mais comme elle est belle dans cette attitude de défi !

 

- Vous allez continuer longtemps ce jeu de femme effrontée qui n’écoute qu’elle-même et se complait dans la provocation ? Acceptez vous de vous taire un instant et me laisser m’expliquer, ensuite je partirais si vous le souhaitez.

 

Ne s’attendant pas à une telle répartie, Franca se relâche, son visage se radoucit, la foudre de son regard se calme, et elle se laisse aller sur le dossier du divan étendant un bras sur l’encadrement de bois.

 

- Je vous écoute.

 

Il s’avance dans la pièce et s’assied sur le bord  du fauteuil qui jouxte le canapé. Il ne sait comment débuter s’étonnant de ne pas voir apparaître les personnes âgées de l’autre jour, ni la petit e fille qui pleurait.

 

- Vous êtes seule ?

 

- Oui depuis hier, mes beaux parents sont partis avec ma fille Sarah, petite conséquence de votre dernière visite. Cela a fini par les convaincre qu’il ne faisait pas bon en la demeure. Comme quoi le cinéma de votre collègue n’aura pas été vain !

 

- Mais vous ! Pourquoi êtes vous encore là ?

 

- Disons que je garde la maison afin d’éviter le pillage de certaines personnes mal intentionnées ! Même s’il ne reste plus grand-chose à voler, puisque nous avons pratiquement tout échangé au marché noir pour subsister, attendu que tout nous est interdit, hormis de vivre…pour l’instant. Je ne suis pas du genre, vous l’avez compris, à quitter le navire à la première houle. Vous ne me faites pas peur, vous et vos acolytes, qu’ils soient pure race française ou teutonne !

 

- Est il possible de parler sans agressivité, sans vouloir à tous prix en découdre, comme deux personnes intelligentes qui font connaissance ? Votre famille a fui c’est ce que vous essayez de me faire comprendre ? N’ayez aucune crainte je vous le répète je ne suis pas de la police, ni là pour une quelconque entourloupe ! Je suis venu à titre disons… privé.

 

- A titre privé, évidemment, et je vais gober cela croyez vous ?

 

- Bon, il vaut mieux que je parte nous n’arriverons à rien ainsi, je n’aurais d’ailleurs jamais dû venir, ni vous forcer à rentrer, veuillez m’en excuser je vous prie.

 

René se lève et quitte la pièce sans même regarder la jeune femme qui n’en revient pas de cette réaction.

 

- Restez ! Je vous crois, parlons puisque vous êtes venu pour ça, je vous écouterai, comprenez tout de même ma méfiance après la visite de l’autre soir.

 

- Je vous comprends et je ne suis pas fier de ce qui s’est passé, croyez moi ! Je ne m’attendez pas à cela, à ce comportement de mon ami, je ne sais toujours pas pourquoi je l’ai suivi, je retiens simplement qu’il m’a permis de vous rencontrer. Les conditions de cette rencontre ont été assez spéciales je vous l’accorde, mais je ne vois pratiquement plus ce monsieur depuis. Je ne suis pas d’accord avec tout ce qui se passe en ce moment, ni avec ce qui s’est passé avant. Bien sûr je n’ai pas toujours pensé ainsi, et j’ai même contribué tacitement à tout ce qui arrive. Mais j’ai changé, en une nuit, et j’ai réfléchi beaucoup depuis cet incident, je suis plus lucide, même si cela arrive un peu tard et que vous allez me rétorquer que c’est un peu facile au vu de ce qui se passe sur le front. Je ne me cherche aucune excuse madame. Si je suis là c’est parce que je devais venir. Je ne pouvais pas faire autrement.

 

René lui a parlé avec la douceur d’un enfant contrit, qui cherche à se faire pardonner une faute grave. Le ton sincère sur lequel il s’est exprimé a adouci le regard de Franca sur lui, elle est plus relax, moins sur ses gardes. Sa beauté s’est enrichie de cette aménité légère, de cette sensualité que la colère masquait.

 

- Vos parents ont bien fait de partir et vous devriez faire de même, il se trame des choses pas très saines, madame, j’en sais quelque chose, je travaille à la préfecture, et certains services sont sur les dents en ce moment !

 

- C’est pour m’avertir que vous êtes venu ? Je vous remercie mais vous savez nous étions au courant qu’il ne fait pas bon être enfant de David en ce moment ! Malgré la confiance de mon beau père, ce brave homme, indéfectible patriote, qui avait oublié qu’il était juif tant il se voulait Français !

 

- Non madame….

 

- Appelez moi Franca cela fait moins convenu que madame qui me vieillit ne trouvez vous pas ?

 

Elle a très bien compris pourquoi René est venu, son explication a si bien laissé transparaître son émotion, son…désir. Il n’y a que lui qui n’a pas encore compris pourquoi il est là.

 

- Franca, ne vous obstinez pas dans cette attitude de bravoure inutile et stupide. Je sais et vous aussi que votre courage est admirable, vous n’avez plus rien à prouver, vous devriez suivre votre famille et déguerpir au plus vite ! Rester n’ajouterait rien à votre hardiesse. Que cherchez vous à prouver par cet entêtement ?

 

- Si vous n’êtes pas venu pour me convaincre de fuir, qu’êtes vous donc venu faire ici monsieur sans prénom ?

 

- René !

 

Elle s’amuse malgré le dramatique de la situation, la timidité de cet homme est séduisante, elle aime son trouble. Cette instabilité qui l’habite et le perturbe le rendant délicieusement fragile. Déjà l’autre fois elle l’avait remarqué dans son attitude de retrait embarrassé. Il est jeune, bien plus jeune qu’elle.

 

- René, je ne partirai pas, vous m’entendez, je…ne…partirai pas. Je suis ici chez moi. Ils ont arrêté mes parents sous prétexte qu’ils étaient des juifs étrangers, dire qu’ils avaient fui le fascisme et comptaient sur le pays des droits de l’homme pour les protéger ! Mon mari, officier de réserve, s’est battu pour la France et doit être prisonnier quelque part en Allemagne, je vais attendre tranquillement son retour. Je n’ai pas peur, ni de la police, ni des gendarmes, ni des boches ou de la gestapo ! Venez donc vous asseoir auprès de moi René.

 

Elle tapote le siège de la main pour renforcer sa proposition. René se lève et s’installe à côté d’elle, gardant une certaine distance. Tout va si vite, à l’instar des événements, il n’est même plus étonné de ce qui se passe actuellement, il se laisse aller sans augurer de rien.

 

- Vous ne reverrez jamais votre mari si vous persistez dans votre décision, il sera veuf à son retour si jamais il revient. Des bruits courent comme quoi on ne fait pas qu’enfermer les juifs là bas dans l’est, certains journaux clandestins rapportent des horreurs sur ce qui s’y tramerait. A quoi bon vous entêter, partez avant que les nazis ne viennent vous chercher.

 

- Ils peuvent venir me prendre et tous les juifs qui vivent dans le reste du monde ! Cela ne changera rien aux choses, car nous ne sommes qu’un prétexte, après nous il y en aura d’autres. Hitler nous a promis un empire qui allait durer mille ans, et quand bien même cela serait, ils ne s’arrêteront jamais de persécuter car c’est ce qui donne sens à leur existence, qui leur permet de supporter leur peur, car ils ont peur croyez moi. Ils peuvent venir, me battre, me torturer, me couper en morceaux, me proscrire et m’envoyer je ne sais où, je ne les crains pas ! Voilà pourquoi ils ne peuvent rien contre moi…je suis une femme libre et ça nul ne peut l’aliéner ! Je n’appartiens à personne… même pas à mon mari !

 

Que lui répondre, sinon qu’elle a raison, mais que ce ne sont que des mots et que la puissance cruelle des hommes en cette époque n’a que faire des mots et broie ceux qui cherchent à les prononcer. Il a très bien compris que c’est la peur qui les pousse, cette trouille impalpable et tenace qui grouille dans l’intimité de Henri depuis toujours, et qu’il a vomi l’autre jour ici. Cette déliquescence intérieure qui emporte son ami chaque jour plus loin dans l’avanie parce qu’il ne peut pas, plus, faire autrement. Mais vaut il la peine de s’immoler au nom de la peur des autres ?

 

- Mais….

 

- Cessez de parler des autres et venez contre moi. Vous en avez tellement envie et moi aussi, alors pourquoi rester distant ? Pourquoi ce regard ? Je vous choque ?

 

- Non mais je ne m’attendais pas à ça, surtout dans de telles circonstances.

 

- Laissez les circonstances où elles sont et venez contre moi que je sente votre odeur.

 

Franca se colle à lui et ouvre son manteau qu’il a gardé fermé. Sa main glisse sous son pull, explorant son torse, alors qu’elle love son visage dans son cou et le renifle délicatement comme un animal. Ses yeux si bleus sont clos.

 

- J’aime votre odeur René, j’aime sentir votre cœur qui s’emballe, vous découvrir avec les mains et au travers du parfum de votre épiderme, sans vous regarder. C’est délicieux et troublant, ne dites rien, laisser moi m’imprégner de vous.

 

Il ne bouge plus, obéissant et paralysé par ce plaisir étrange qui l’envahit, subjugué par cette soumission qu’elle lui impose avec tant de sensualité. Le contact de ce nez qui le respire, de ses lèvres qui effleurent à peine sa peau, de cette main qui glisse sur l’étoffe de sa chemise et cherche à s’immiscer, tout cela fait naître un émoi inconnu et inespéré. Il n’ose la regarder ni même la toucher, fixant devant lui le buffet sur lequel trône le bronze. C’est une sculpture étrange, une sorte de torsion, un élan brut partant du socle pour se définir peu à peu en une embrassade lisse, épurée, délicate. Un homme et une femme, nés d’un amalgame, qui se séparent et prennent forme pour aussitôt se réunir dans un enlacement raffiné, une étreinte suggérée.

 

- Embrassez moi mais pas comme vous avez déjà certainement embrassé d’autres femmes. Embrassez moi à la mesure de ce que nous vivons maintenant, sans précipitation, sans gourmandise. Embrassez moi comme il l’embrasse, à peine mais intensément, comme Camille a pétri.

 

Du regard elle lui montre la copie du Bronze de Claudel.

 

René baisse la tête et approche ses lèvres de celles de Franca, les entrouvre, se met à respirer cet air qu’elle exhale. Leurs bouches sont à peine accolées, leurs souffles se mêlent, mélangent leur tiédeur humide, leurs mouvements sont ralentis, lentement ils fusionnent. D’une main il fait tomber le fichu qui retenait les cheveux de la jeune femme, et ceux-ci détachés se mettent à couler sur sa nuque et ses épaules. Le temps s’est arrêté, leurs langues n’osent encore sceller le baiser par leur étreinte, seules leurs mains ont franchi les limites de la retenue.

 

- Venez en moi René, là de suite sans bouger.

 

Il ne cherche pas à comprendre car il n’y a rien à comprendre et la laisse déboutonner son pantalon qu’elle fait glisser sur ses chevilles. Le désir qu’il ressent n’a pas de pareil dans sa mémoire, ni dans celle de sa chair, c’est inouï, plus rien n’existe que cette émotion qui abaisse tous les interdits, faire taire tous les jugements…toutes les peurs. Il s’abandonne.

 

Franca relève sa jupe, ôte sa culotte et vient le chevaucher sans la moindre gêne. Il sent sa main douce qui saisit son sexe durci et le guider dans le sien déjà mouillé de désir, puis elle le laisse s’enfoncer lentement en elle tandis que ses lèvres viennent s’aboucher aux siennes. Sa langue ferme et souple s’enroule autour de la sienne, le fuit puis s‘en revient dans un jeu continuel de préciosité. Ils restent ainsi liés sans aucun mouvement, conformant leurs intimités, essayant de sentir la force de leur désir, et de retenir l’envie de l’assouvir. Tout en lui se tort, la contorsion brute du bronze semble jaillir en son ventre pour se calmer ensuite et s’écouler tendrement.

 

- Voyez vous René les braves gens s’ils nous surprenaient là, nous voueraient aux gémonies, et nous traîneraient sur le bûché de la rumeur, cela les conforterait dans l’idée que je ne suis qu’une sale juive vicieuse, une dégénérée, une putain lubrique. Mais ils ne peuvent comprendre, ni vous d’ailleurs, pas encore, voire jamais, que je suis une femme libre, libre de son désir, de son plaisir, de ses pensées. Voilà ma liberté, non pas de tromper mon mari éloigné, non pas de faire l’amour avec le premier venu, mais de vivre, de faire abstraction des autres et de leur jugement, d’assumer cela sans provocation ni ostentation. J’aime mon mari René, vous ne pouvez savoir à quel point je l’admire, mais si j’ai envie d’un homme, et bien je lui dis et je me donne à lui si cela me chante, sans rien ne lui promettre que de m’abandonner sur l’instant. Je suis libre m’entendez vous, libre de vous avoir en moi et de refuser que vous jouissiez, libre de sentir votre queue aller et venir et de vous dire d’arrêter, libre de la prendre en bouche et de vous regardez vous pâmer ! Je n‘appartiens à personne et n’appartiendrai jamais à quelqu’un sinon qu’à moi même ! Je ne connais pas la peur, celle des braves gens, même quand mon père venait la nuit je n’ai jamais eu peur.

 

Elle l’a regardé droit dans les yeux tout en lui parlant, faisant de petits mouvements de hanches pour entretenir ce contact intime. René a compris qu’ils n’iraient pas au bout de cette étreinte, et d’ailleurs il ne le souhaite plus, rien ne peut surpasser ce qu’il vient de ressentir, et jouir en elle viendrait corrompre ce désir insensé. Franca recule son bassin expulsant par ce mouvement le sexe de René. Puis elle se glisse sur le côté et vient se lover contre lui nichant sa tête dans son cou comme précédemment. Elle sourit, elle doit avoir trente ans.

 

- Restons encore un peu ainsi que je vous respire avant que vous ne partiez. Vous comprenez qu’il est inutile de revenir demain ni jamais. Je nous imagine mal dans une relation adultère, vous venant la nuit me retrouver en catimini pour repartir au petit matin, moi vous attendant avec impatience en colorant mes cuisses à la chicorée. Ce serait pitoyable et de mauvais goût au regard de ce que nous venons de vivre. Et n’oubliez pas je suis juive, regardez j’ai l’étoile sur mon gilet et c’est écrit en rouge sur ma carte d’identité ! Laissez moi savourez encore votre odeur et m’enrichir de vous, ensuite vous partirez sans rien dire.

 

Et elle se tait et l’enlace, fermant les yeux pour mieux s’emplir des parfums de cet homme qui n’ose plus répondre.

 

Ils restent ainsi sans parler ni bouger, chacun emmagasinant les émotions de chaque sens, jusqu’à ce que la réalité lentement vienne naturellement les séparer.

 

Franca le libère de son embrassade, se lève, rajuste sa jupe, noue rapidement ses longs cheveux noirs et s’en va devant le buffet pour des doigts suivre le mouvement du bronze. Pendant ce temps René a remonté son pantalon, boutonné sa braguette et sa chemise, il récupère sa casquette et ferme son manteau puis quitte le salon jetant un dernier regard à cette femme magnifique qui caresse une statue. Sans se retourner il quitte l’appartement puis la maison sachant qu’il n’y reviendra jamais.

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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 17:31

Bon voici un extrait d'un autre roman (A la demande générale de...Dame Céleste)... pour Cécilia bulle bulle... je vais situer le truc sans trop en dire, car sinon s'il est publié un jour ce machin le peu de lecteur possibles (vous) ne l'acheterait pas :-)

Cet extrait est assez dur mais le contexte du roman l'est...la deuxième guerre mondiale et les camps...C'est une histoire d'amour, d'amour absolu, je sais comme toujours, mais je suis ainsi...j'écris les histoires que j'aimerais lire ou vivre peut être...j'ai toujours vu (peut être à tort) l'amour comme une absoluité...

En gros un type désabusé après défaite de juin 40 va voir sa vie totalement bouleversée par une rencontre...et reprendre sens...au point de s'oublier et supporter le pire de l'horreur...par amour.

Attention ne lisez pas si cette période de la guerre vous dérange, je n'ai rien inventé...j'ai eu beaucoup de scrupules à oser situer mon histoire dans les camps...à utiliser l'horreur... mais depuis toujours suis intrigué par cela, par ce pourquoi et comment les êtres pevent aller aussi loin dans l'abomination... et me suis toujours demandé ce que j'aurais fait moi! Indifférence? Salaud? Résistant? Lâche?

Je ne sais pas...  je comprendrai que cela vous choque et m'en excuse à l'avance.

 

René pose sa main sur l’épaule de la kapo pour qu’elle cesse d’importuner ce petit corps qui arrive à peine à se mouvoir.

 

- Das ist gutt ! Danke schonn[1].

 

Pour la calmer et l’inciter à partir il sort tous les présents de ses poches et les déposent sur la couche voisine. Aussitôt fait l’inventaire rapide de son salaire, s’étant attardée sur les dents en or, elle disparaît dans sa chambre à l’entrée du block.

 

René regarde cette forme recroquevillée, si menue qu’elle ne parait plus être un être humain. Au pied du grabat sont posés deux seaux, l’un empli de déjections et l’autre d’eau, il les déplace tous les deux et s’assied sur la paillasse, évitant de se cogner à celle du dessus. Franca remue à peine, elle semble sangloter, c’est comme un petit couinement d’enfant, d’enfant qui se plaint, qui souffre sans pouvoir l’exprimer tant il est épuisé par la douleur. Il n’ose la toucher ni parler, il ne sait même pas si c’est elle. Que peut il lui dire ? Sa seule présence est un doux réconfort, justifiant tout ce chemin de douleur, ce chemin d’ignominie qu’il suit sans halte depuis ce trouble du baiser de Camille. Elle est là auprès de lui luttant pour survivre, comme elle le fait depuis toujours, combattante de cette insigne liberté qu’elle a faite sienne. Son corps se soulève petitement et régulièrement, halètement rapide d’un petit animal qui se meurt, qui tient de toute la force de sa volonté, mais qui n’en peut plus, qui s’accroche, qui s’accroche au-delà du possible.

 

René se penche sur elle, et lentement, d’un mouvement délicat des bras, l’a fait pivoter afin que son visage soit éclairé par la lumière diffuse venant de l’entrée. Elle se contracte et geint à peine commence t il à la mouvoir, se refermant plus encore. Il sent qu’elle n’est plus que peau et os, que son organisme a fondu au-delà du supportable, que chaque contact est souffrance pour elle, que plus rien de son être n’est humain hormis ce souffle agité. Elle lutte dans cet immobilisme contraint, dans cet abandon de sa chair, concentrant son reste d’énergie pour maintenir sur ce lien ténu qui la rattache à la vie, refusant la soumission dégradante de mourir ainsi, ici. René ne sait plus s’il doit continuer ou partir. Il n’a pas peur de ce qu’il risque de découvrir, Franca continue d’être belle même dans cette totale déchéance, il sent dans ces petites oscillations de sa poitrine la force qui l’anime, cette force résiduelle si belle, si fascinante, cette force qui vainc toutes les répressions, et résiste aux outrages.

 

René la regarde sans plus la toucher, son visage est hâve et décharné, sa peau jaunie, constellée de taches violettes d’hémorragies sous cutanées, adhère aux os du crâne, elle n’a plus de cheveux ni de sourcils, ses lèvres sont à vif, ses orbites noires violacées s’enfoncent dans sa face, il ne reste rien de la femme qu’elle fut, rien qu’un cadavre qui respire. D’un mouvement lent, plissant les yeux pour éviter la brûlure du jour, Franca tourne la tête vers lui et dessille les paupières pour comprendre pourquoi on la déplace. Ses prunelles sont encore brillantes, empreintes de cette vie qui lui manque ailleurs, comme si tout y était concentré. Deux globes humides, disproportionnés, paraissant lui sortir de la tête, animés d’un reste de vie  l’interrogent en le fixant sans même ciller. Elle cherche l’affrontement, à s’opposer avec la seule arme qu’elle possède encore, faire front jusqu’au bout, montrant qu’elle n’a pas peur, même pas de la mort qui rode.

 

- Franca n’ayez pas peur ce n’est que moi, rien que moi, ne perdez pas le peu de force que vous avez à me répondre. Je suis venu pour… Vous êtes belle Franca, personne ne pourra jamais vous ôter cette beauté magnifique, personne, et c’est pour cela que je vous…

 

Franca maugrée et se replie d’un coup sous la douleur d’une convulsion qui lui déchire le ventre, son souffle s’accélère, elle gémit à peine tant elle est faible, la paillasse semble immense tellement son corps se referme. René ne sait si elle l’entend, si ce qu’il dit l’aide ou au contraire provoque ces douleurs viscérales. Il est désemparé, Franca se meurt, se vide devant lui, nouée par les déchirures de son abdomen, usée par l’anémie et les fièvres, arrivée au bout, au bord de l’épuisement physique. Voulant bien faire il essaie de lui donner à boire avec une gamelle qu’il a remplie dans le seau. Au contact du métal elle entrouvre les lèvres et lape avidement le liquide pour aussitôt dégluti le régurgiter dans des violents spasmes mêlés d’accès de toux, éclaboussant la literie et René. Cette réaction violente, contraire à son attente, le paralyse et il ne sait plus que faire tant la jeune femme semble souffrir. Puis épuisé elle se referme, les convulsions se calment, elle n’a plus rien à vomir.

 

Franca ferme lentement les yeux, incapable de maintenir l’effort pour garder ouvertes ses paupières. René est souillé des ses vomissures mais n’en ressent aucun dégoût, il a vu bien pire. Il repense à leur étreinte, à cet instant magique, à ce regard fier et provoquant qu’elle avait en le chevauchant, à sa façon de le renifler tel un animal curieux qui cherche à savoir qui est l’autre avant de se donner. Il revit ce baiser interminable et l’attente sensuelle de leurs langues. Tout est intact, aussi fort qu’en l’instant d’alors, rien ne peut altérer ce souvenir, même pas les boches et leur usine d’attrition des corps. Il met sa main dans la poche de sa blouse et en sort une fine chaîne d’or ornée d’un petit pendentif serti d’une pierre précieuse. C’est Jórzu qui lui a donnée hier soir en lui recommandant de bien la cacher. Il n’avait rien demandé. Avec précautions, sans trop la bouger, il passe ce collier autour du cou de Franca, relevant ensuite le col de son uniforme afin de cacher le bijou. Il sait très bien que la kapo ou une autre détenue le subtilisera à la première occasion, mais qu’importe, seul compte l’instant de ce geste. La jeune femme continue de respirer petitement, émettant parfois un gémissement suivi d’une convulsion légère, puis le retour au calme revenu seuls les faibles mouvements de se épaules trahissent sa respiration et disent qu’elle vit encore.

 

René se lève, passe sa main au dessus de la tête de Franca, sans la toucher, mimant une douce et lente caresse puis se penche pour lui regarder l’avant bras, et sort de la pièce puis de la baraque. Il pleure, à la mesure de ce que la jeune femme aurait toléré, d’une larme discrète au coin de l’œil. Dehors la kapo attend mangeant un de ces délicieux biscuits hongrois qu’il lui a apportés. Elle lui sourit par politesse, pour le remercier de ces cadeaux, et donner l’illusion qu’elle compatit. Tout en le fixant avec ce sourire controuvé elle lui lance d’un ton fataliste accompagné d’un geste de la main :

 

- Es ist das Ende, sie ist kaput ![2]

 

René a compris mais ne répond pas, il fouille ses poches et lui tend un morceau de lard enveloppé dans du papier, afin qu’elle continue de s’occuper de Franca. Il craint qu’elle ne s’en débarrasse avant même qu’elle ne meure et ne finisse dans la benne d’un camion ou une brouette, moribonde, déversée devant le crématoire. Il lui fait comprendre qu’elle doit continuer à s’occuper d’elle, qu’il lui enverra de quoi la payer, que la jeune femme doit mourir au calme sur sa paillasse, et qu’il faudra, aussitôt son décès, le faire prévenir et ne la laisser partir pour la crémation qu’après. Il lui précise bien qu’il faudra s’arranger pour qu’elle aille au krématorium II et pas ailleurs. La Kapo augurant des profits qu’elle va tirer de cela lui promet qu’elle fera de son mieux en rajoutant dans les mimiques de compassion. René la quitte sachant très bien qu’elle ne fera que le strict minimum et va de suite voler la chaîne qu’il a passée autour du cou de Franca, mais qu’importe l’essentiel est ailleurs.

 

Il s’en retourne vers le crématorium II, mi triste mi pensif, il n’avait pas imaginé cette rencontre, il se doutait de ce qui l’attendait, il l’a revue et a senti qu’elle était toujours la même, au-delà du paraître, au-delà des circonstances, intègre, forte jusqu’au bout de la vie. Il sait maintenant ce qu’il doit faire et pourquoi il doit rester en vie. Sur le chemin du retour il croise des détenus qui nettoient les pourtours de bâtiments et aperçoit Jórzu qui discute avec Casimir. Il les rejoint.

 

- Déjà de retour  l’ami ! Alors tout c’est passé comme tu le souhaitais ?

 

- On peut dire cela… elle n’en plus pour longtemps, c’est pour cette nuit ou demain je crois.

 

- désolé ami, mais tu le savais en partant n’est ce pas ? C’est bien que tu aies pu la revoir. La mort est la normalité ici, c’est la vie qui est un accident. Pardonne mon cynisme René.

 

- Tu es pardonné car tu as raison, veux tu m’aider une dernière fois Joseph ?

 

- Oui bien sûr que veux tu que je fasse ?

 

- Note ce numéro et demande à tous les gars qui travailleront cette nuit et demain de conserver son corps si jamais il passait entre leurs mains. Explique leur qu’elle fera partie des morts ramassés dans les baraquements et qu’il ne faut pas la brûler, c’est impératif. Tu peux faire cela kapo ?

 

- Elle ne brûlera pas tant que tu ne le demanderas pas mon ami.

 

- Tu me le jures ?

 

- Je te le promets, je ne jure jamais !



[1] C’est bon, merci

[2] c’est la fin elle est foutue

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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 13:35

Allez encore un extrait de "petite femme" et je vous laisse tranquille avec ça....

 

- La vie môme, c’est pas un système, un truc cartésien, une boite, que tu peux mesurer et prévoir, calculer… la vie, c’est la boite et l’idée de la boite, le vide qu’elle contient et que tu pourrais remplir, ce que t’imagines y mettre, ce que tu n’y mettras jamais… ce qui la constitue, mais aussi ce qu’elle représente, ce que t’y projette, ce qu’elle renferme et que tu sais sans devoir l’ouvrir, ce que tu veux y oublier, sa réalisation, sa place, sa matière, et tout ce qui s’y rattache, son histoire… la vie c’est l’infini des possibilités et du probable, ce qui est, peut être, et n’est pas encore, ou ne sera jamais, mais dont t’as l’idée, ou son contraire, je sais plus…c’est comme une ville où tu déambules, structurée par ses rues, adresses, limites et panneaux… pourtant à chaque coin de rue, ton avenir peut bifurquer, même si tu connais le chemin et que t’as l’habitude de le faire… même si tu connais l’itinéraire sur le bout des doigts, tu peux pas prévoir qui tu vas croiser ! T’as beau avoir les grandes lignes de tes lendemains, t’es pas sûr d’y arriver, ni comment t’iras ! Ni vraiment si c’est ce que tu voulais. T‘es relié au monde par ton corps môme, par son pragmatisme, t’en fais partie intimement, par tes sensations, ta matière, son ressenti… mais t’as ta conscience qui t’emmène ailleurs, ta volonté qui plane au dessus, et ça te triture le ciboulot ce décalage…alors tu te poses des questions, t’y réponds tant bien que mal, et t’avances…ou pas, c’est selon le régime de ton moteur. Ton monde tu le fabriques autant dans ta tête que dans sa réalité, t’y mets ta patte, et tu la modifies cette putain de cuisine, au point de gamberger pour savoir ce qu’elle est au juste… mais quoique tu fasses, tu sauras jamais répondre à tes questions, t’es la chose sur laquelle tu t’interroges, t’es celui qui fait l’interrogatoire et celui qui doit lâcher le morceau, et comme tu peux pas sortir de toi-même, de ton expérience, de ta matière, de ta bidoche, t’arrives pas à isoler les paramètres, à décortiquer l’ensemble… la vie c’est pas une boite môme, un truc que tu peux démonter et réduire à ses composants ! T’as beau faire, assumer, choisir, prendre des résolutions en javanais ou en français… ta vie tu peux pas la contrôler, ni dire que c’est toi qui a totalement décidé, même en faisant le malin !

 

- Ca fait drôle de vous entendre parler comme ça ! C’est la première fois que vous  parlez en français normal…en plus c’est beau, même si j’ai pas tout pigé ! Vous avez le cafard on dirait.

 

- Tu sais môme, depuis toujours je vis avec mes certitudes, j’suis pas le genre à me prendre le bourrichon, j’ai vite pigé qu’il fallait pas me turlupiner avec les possibles et faire la mijaurée. Je me voyais pas faire l’âne de Buridan toute ma vie. Faut pas croire que tu seras plus riche si tu te décides pas… rêver c’est pas vivre, même si choisir ça crée des regrets, et te rétrécit l’espace. Vaut mieux être à l’étroit que de brasser du vent ! Ne pas choisir et croire que c’est conserver la possibilité du choix, donc l’infinité des possibles, c’est se berlurer môme, c’est s’engoncer dans l’angoisse et végéter ! C’est pas moi qui ai pondu ça, mais Kierkegaard ! Un danois du dix neuvième qui en avait plein le cigare des comme ça et que j’ai fréquenté en cabane ! Et crois moi il a dû se faire chier toute la vie à se demander ce qu’il fichait sur Terre le gonze !

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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 13:22

Pour remercier la bulle bulle préférée un autre extrait de petite femme (je situe: lui ancien taulard cinquantaine passée et elle fille de cité rencontrée lors d'un stage ANPE) Elle lui a dit: vous êtes trop vous!

 

- Pourquoi trop ? Parce que tu crois qu’avec votre façon de jacter tous pareils, de Marseille à Lille et de Strasbourg à Lorient, vous l’êtes pas, vous, trop zarbi ? On dirait qu’on vous a tous coulé dans le même moule à merdeux, les mecs et les gerces, que la tâte-minette vous a sortis à la file indienne, qu’il y avait qu’un seul cordon, et qu’après vous avez pris vos mesures ensemble chez la couturasse, rue de l’uniforme ! Tu t’entends parler des fois ? Vous êtes tous de la même farine, t’as qu’à ouvrir la téloche et d’écouter tes sosies des cités quand ils l’ouvrent ! Votre arguche c’est du kif, partout, on dirait des clébards qui jappent et ne pensent qu’à mordre. C’est pas un accent que vous avez, mais une lame ! Je les ai fréquentés tes frères de lait en prison, je la connais bien la coterie des petits coqs, des becquants toujours prêts à la ramener, sans respect de rien, des moi-je, toujours sur leurs ergots les plumes à l’air, s’échauffant la bile et se bigornant pour un oui ou pour un non, presque contents et fiers d’avoir un pedigree ! C’est des enfermés ces chtarbés, des reclus d’eux mêmes, alors vient pas me pomper l’oxygène en me disant que je suis trop … c’est vous qui n’êtes pas assez ! Vous parlez pas vous bafouillez ! Vous bégayez la violence. Je préfère être un vieux chnoque qu’une andouille mal ficelée qui avale de l’air et gesticule pour ne rien dire, à part j’vais niquer ta mère !

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6 mai 2011 5 06 /05 /mai /2011 23:03

Voilà en gros la théorie du chat de Schrodinger petit poussé :-)

 

 

Je suis là à poireauter dans la fourgonnette, sapé comme un milord dans mon beau costard tout neuf, qui me serre de partout, guettant la môme pour l’emmener à la mer… voir les piafs qui gambillent dans le vent au-dessus des vagues, gober des huîtres et biberonner du champ, en attendant les douze coups de minuit, pour se bécoter et se dire les augures. Je sais pas pourquoi, mais en attendant qu’elle se radine la Sadia, y me revient à l’esprit un truc que j’ai lu y a des longes, et qui sur le coup m’a fait turbiner le carafon à m’en coller une migraine… le gonze qui a pondu ce machin, c’était un Autrichien celui-là, aussi tordu que l’autre naze, le Danois, mais sorti de la fac de sciences lui. Schrödinger que c’était son blaze, Erwin pour les intimes, un artiste en son genre le gus, qui donnait dans la particule et la mécanique quantique, un mécano de la matière en quelque sorte… ce gonze, pour entuber ses collègues de Copenhague qui la ramenaient un peu trop avec leur caisse à outils, et dire de les faire chier au travail, leur a balancé une colle sur l’incertitude. En gros son affaire c’est une histoire de greffier qui est dans une boite, et qui poireaute en compagnie d’un atome. Ce truc, l’atome, il peut se désintégrer à n’importe quel moment, et si jamais ça arrive ce pataquès, le matou crève recta, parce que le binz est combiné pour. Là où il emmerde son monde, en plus de la SPA, l’Erwin, c’est que tu sais pas quand il cane le greffier, du fait que le déglinguage de la particule c’est pas du sûr sûr, du moins t’as personne sur le coup pour te rencarder sur quand ça se décide la décarrade quantique… donc pour ce qui est de savoir si minet il a rendu l’âme, et ben faut mater dans la boite ! Tant que tu jettes pas un coup d’œil, le chat tu sais pas s’il est cané ou non, et tu sauras jamais… le gars Erwin, gros malin qu’il était, il se mouillait pas, histoire de casser les burnes un peu plus à tout le monde… et comme les autres du cantique des quantiques ils tiquaient sur la solution de son rébus, il leur a bonni : la bestiole elle est entre deux étages, dans les limbes si on préfère… en fin de compte c’est tézigue, quand tu zieutes, qui décides de son statut au greffier : mort ou vif ! Tant qu’il est planqué dans le carton, il fifty fifty, mitan claqué, mitan vivant… et dès que t’ouvres pour reluquer, là tu lui tires son portrait au mistigri ! Ca devait être un parent éloigné de Pandore ce résidu d’Anschluss… pas possible autrement pour dire de conneries pareilles !

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6 mai 2011 5 06 /05 /mai /2011 20:37

Circonflexe vol dans le ciel,

Mer grise crêtes d’écume,

En les couleurs circonstancielles

S’étale l’amertume.

 

Un navire bien trop loin,

Bouge sans se déplacer,

Et la gifle des embruns,

Semble vouloir l’enlacer.

 

Vagues qui s’ensuivent,

Égale ribambelle,

D’âmes qui se suivent,

Se poursuivent rebelles.

 

Est-ce l’automne, est-ce l’hiver ?

Une mouette se fige dans le vent,

Planante immobile et légère,

Dans l’air qui l’emporte en la soulevant.

 

Et la marée façonne le rivage,

Répétitive et inlassable elle use,

Sur le sable les oubliés coquillages,

Avec lesquels plus aucun ne s’amuse.

 

Reflets et contrastes en lisière de l’eau,

La mer va, danse sur sa houle,

En l’absence des baigneurs et camelots,

Que la saison belle déroule.

 

L’océan complice du vent dessine,

En traces de sel et de sable,

Des ondes courbes jumelles et fines,

Liserés flous insaisissables.

 

Sur la grève les maisons sont endormies,

Les cieux et l’abîme se sont mêlés,

Les terres lointaines attendent les semis,

Dans les grains de leurs ocres emmêlés.

 

Murmures et silence se disputent,

En les bourrasques d’une mésalliance,

Pour de l’autre ne plus être la butte,

Rempart d'une ultime méfiance.

 

Les rues sont vides et la plage déserte,

Les nuages bas se fondent dans la mer ;

Si mouvantes en cet horizon inerte,

Les vagues se meurent, tristes éphémères.

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6 mai 2011 5 06 /05 /mai /2011 19:40

C’est un flot contenu, dans les yeux, dans la gorge,

On ne sait pourquoi, mais il est là à attendre,

On sent qu’au-dedans lentement il se rengorge,

Et jaillira bientôt sur nos joues pour s’y répandre.

 

C’est comme une étreinte intime, un étau,

Dans le ventre, dans la viande, qui serre,

Plus à chaque seconde un tour nouveau,

Qui noue, tord, y emmêle nos viscères.

 

C’est comme un bruit sourd, audible par nous seul,

Un rythme qui frappe, régulier et angoissant,

Lente chamade qui nous prend et nous esseule,

Puis nous emporte là-bas, en son vide assonant.

 

C’est comme un murmure qui revient sans cesse,

Une antienne tenace et secrète,

Dans la liturgie obscure d’une intime confesse,

Menace messianique discrète.

 

On ne sait pourquoi, c’est ainsi, ou que trop,

Nul n’y peut, cela vient d’un coup, par mégarde,

En ces instants pesants, ces instants fardeaux,

Où la vie nous semble sombre, étroite et si hagarde.

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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 20:25

Ce reflet, son image,

Là, sur ce vieux miroir,

Étalant son ramage

Comme s’étale sa moire.

 

Une femme si belle

En ce regard vieilli,

Qui danse ribambelle,

Sur ces yeux envieillis.

 

Les parfums de sa peau,

Fragrances alentour,

En subtils dépôts,

Brume et bruine tour à tour.

 

La laitance dans ses yeux,

Crépuscule des larmes,

Éphélides des cieux

En l’étrange du charme.

 

Son corps, vals et vallées,

De plaines et collines,

Par sa main survolées,

Par ses doigts qui câlinent.

 

Et le temps qui les fuit,

De quart d’heure en quart d’heure,

Qui faucarde et s’enfuit,

Implacable faucardeur.

 

Impatiente gourmande,

Enfiévrée de désir,

En ses yeux qui demandent,

Que s’épande le plaisir.

 

De stupre et de folie,

De caresses osées,

En le vaste d’un lit,

Sur les draps reposés.

 

La chamade d’un cœur,

Son angine sournoise,

En l’abside du chœur,

Qui fredonne et le toise.

 

Trahison de son corps,

Pamoison de son âme,

La faiblesse en décor,

En dépit de son pâme.

 

Magnifique sublime

En altesse d’ailleurs,

Pathétique, pantomime,

D’un vieil homme veilleur.

 

Ces yeux bleus ce visage,

Ce regard enfiévré,

Que des yeux dévisagent

De passion enivrés.

 

Jeune femme et princesse,

Dans les heures et l’attente,

D’une bête qui ne cesse

De vouloir pour amante.

 

Ce reflet, ce mirage,

En sa veille mémoire,

Qui referme ses pages

Comme se ferme un grimoire.

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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 19:10

Elle avance, ondoyante,

La rivière qui s’agite,

Dansante serpentante,

En l’éther et en son gîte.

 

Danse de l’amont,

Coule vers l’aval,

Borde l’artimon,

Vagues sur la cale.

 

Forçats de la nuit,

Papillons du jour,

Brise de l’ennui,

Ombres des ajours.

 

Pavillon de mer,

Valse de la houle,

Sur ses crêtes amères,

La saumure s’écoule.

 

Traces dans ciel,

Volent les oiseaux,

Dessous l’arc en ciel,

Par-dessus les eaux.

 

Mille et un sabords,

Bouche des canons,

S’éloigne le port,

Ligne d’horizon.

 

Voile de l’écume,

Chantent les risées,

Toile de la brume,

Soleil irisé.

 

Planent les goélands,

Glisse la marée,

Prennent leur élan,

Coques amarrées.

 

Vent sur la jetée,

Dunes de rosée,

Hunes agitées,

Ancres arrosées.

 

Tourbillons salés,

Tanguent les navires,

Péniches halées,

Barques qui chavirent.

 

Treuils et cabestans,

Larguent les amarres,

Parlent en pestant,

Rustres tintamarres.

 

Ondes et confluent,

Grouille le delta,

Sonde en l’affluent,

Rien n’en résulta.

 

Gris de l’estuaire,

Sédiments de sable,

Décante la mer

Les terres arables.

 

Ombre des falaises,

Mousse du tumulte,

Sombres côtes anglaises,

Brume qui occulte.

 

Ferries chalutiers,

Les bateaux se croisent,

Dockers et grutiers,

Décharge turquoise.

 

Cargos goélettes,

Rouille bastingage,

Felouques ailettes,

Câbles d’élingage.

 

Peinture azurée,

Ciel maritime,

Loin démesuré,

Sentiments intimes.

 

Elle avance, bruyante,

La rivière qui s’agite,

Vivante et haletante,

Hors les terres et en sa gîte.

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