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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 18:11

Le jour, par sa réalité,

S’interpose et sépare,

Le crépuscule délité,

De l’aube qui s’égare.

 

Quand l’aurore recherche la nuit,

Le petit jour se traîne,

Par-delà les terres d’ennui,

Qui lentes l’y entraînent.

 

Le temps me dérobe les heures,

Tandis qu’il te les offre,

Quand ses mains fortes d’étireur,

S’en viennent forcer le coffre.

 

Car il n’est point d’autre chemin,

Que celui qui s’avance,

D’aujourd’hui vers demain,

Par l’unique mouvance.

 

Quand le jour embrasse les ombres,

C’est la nuit qu’il endeuille,

Effeuillant pour lors la pénombre,

Comme un arbre s’effeuille.

 

Si la brune désire le matin,

Ses attentes seront vaines,

Telle l’inanité des chagrins,

S’écoulant en nos veines.

 

En la nuit la brume indispose,

L’oeil clair des réverbères,

Mais fine, la rosée se dépose,

Sur nos matins pubères.

 

La lune ne sera le témoin,

Au mariage du soleil,

Et lui, sans rancune néanmoins,

Lui rendra la pareille.

 

Jamais à rebours ne s’écoulent,

Les torrents, les rivières,

Ces eaux vives, fortes et maboules,

Où s’ennoient les gravières.

 

Sur l’horizon se lève le jour,

Mais s’y couche la nuit,

Lorsque se baisse l’abat-jour,

Des journées qui s’enfuient.

 

Amours, petits chevaux de bois,

Qui tournent, tournent en rond,

Quand les désirs sont aux abois,

En quête d’un giron.

 

En les heures qui s’alternent,

Les vêpres attendent les matines,

Au chemin des lanternes,

Loin des bosquets, près des gâtines,

 

A l’aube, la brune fatiguée,

Danse le lendemain,

Sous les yeux d’un jour intrigué,

Son tango incertain.

 

Grisées, interdites amours,

Des ombres et lumières,

Matin et soir en désamour,

Des mœurs coutumières.

 

Aux heures fraîches et matinales,

Les jeunesses s’accouchent,

Mais en l’attente vespérale,

Nos vieillesses se couchent.

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Published by Etsivousosiez - dans Poèmes
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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 18:09

Il est des tas de possibilités pour dire l’émotion, le trouble, le désir et les sentiments, la langue est riche de cela, des métaphores, des anaphores, des oxymores, des ellipses et autres litotes. Il suffit de marier les mots, de les enlacer, de les entrechoquer, et alors l’on s’approche de ce qui au-dedans se bouscule, sans pour autant le partager en entier, sans pour cela l’offrir dépouillé des approximations et de l’incertitude. Pourtant, il est un mot qui contient tous les autres, riche de tout, empli comme un trou noir de tout ce qu’il a absorbé et n’a voulu laisser ressortir, s’échapper. Un vocable unique, plein du tout, plein des troubles, des larmes, des frissons, garde-mots des greniers intimes, garde-meubles des discrets appartements des nos âmes sensibles. Il vaut tous les autres, il est le monde dans son signifiant, il est une clé qui ouvre tout au-dedans et libère les flots des ivresses folles, des passions secrètes et si humaines. Rien ne l’égale, et pourtant depuis Babel on a essayé de lui faire des enfants, des copies, des rivaux ! Il est un mot, qui, lorsqu’on le prononce, fait oublier le temps, l’insignifiance des choses et des instants, qui fait disparaître le tout pour réaliser le néant. Inégalable, irremplaçable, il est un mot qui surpasse les autres et dit tout sans ne rien définir pour autant, qui ouvre au-dedans des milliers de livres, des milliers d’instants, et met aussitôt à son service ses semblables, pour dire et faire ressentir. Il est un mot qui n’a pas besoin de sémantique et de syntaxe, car à lui seul il est la vie, la mort, le sens et la sémiotique, le temps, le silence, la phrase, le paragraphe, et la somme des chapitres qui sommeillent sur les étagères intérieures !

Il est un mot qui appartient à tous et qu’il suffit de prononcer sans adjectif ni artifices, de conjuguer petitement avec son pronom pour tout dire. Un mot qui contient toutes les périphrases, se nourrit des digressions, et aspire toutes les circonlocutions.

Pour connaître sa force, sa richesse et son incroyable pouvoir, pour libérer de lui tout ce qu’il a enfermé depuis que la parole est, regardez l’autre dans les yeux lorsque vous lui dites : je t’aime. Et alors vous saurez, comme il est bon de le conjuguer.

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 21:31

Ce soir je ne suis pas bien, du tout, alors pas de mots de moi, mais ceux de Cécilia qui par un commentaire, un jour, m'a donné beaucoup, comme Valdy, céleste,Fathia...qui en me lisant ont ressenti cette émotion vraie, sincère, qui m'habite et que je traduis...

Un jour vous avez écrit cela Céciliabulle bulle....

 

Ne pensons pas nous tous "cruel(le)s" lorsque nous évoquons l'amour.

Pour aller peut-être encore plus loin que ce que vous souhaitez dire Vlady, il n'y a rien de mysogine. L'amour peut se révéler cruel...par projection, l'autre. Quand je lis ces poésies, je me dis que j'aurai aimé les écrire à un homme ou qu'un homme les écrive en pensant à moi. Quel hommage. Je serais muse. Que d'amour...

 

Je vous en remercie car cela me réchauffe le coeur...et il en a besoin..car me s mots souvent se perdent ...merci de les avoir recueillis

 

Moi aussi j'aurais aimé recevoir de tels mots,   les offrir et qu'ils soient reçus...putain de vie!

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 20:33

N’aimer que toi et rien d’autre,

Dans la solitude des attentes,

Comme un messie sans apôtres,

En le reniement qui le tente.

 

Faire le tour de soi et du monde,

En une quête sempiternelle,

Mais ne rien trouver à la ronde,

Que la nuit en robe nouvelle.

 

Contenir l’emballement des chamades,

Ne plus être qu’un enfant perdu,

Seul capable de fuites et dérobades,

En les instants de ta survenue.

 

Perdre les mots au moindre de tes regards,

Le ventre broyé en l’étau intime,

Figé en la demeure, stupide et hagard,

Par cette peur intérieure sublime.

 

Et ton sourire, comme un ralenti,

Éclat d’un soleil nouveau,

Me pénétrant petit à petit,

Lame douce d’un renouveau.

 

Avide de tes poses, de ton profil,

De ces instants hors de tout,

Où le temps se déroule tel un fil,

En l’ouvrage qu’il recoud.

 

Pantin du ridicule,

À l’aube de ta présence,

Mes désirs se bousculent,

Et paralysent mon aisance.

 

Attendre ces moments ténus,

De toi ces minutes enrobées,

Secondes à peine advenues.

Déjà par les autres dérobées.

 

N’aimer que toi et rien d’autre,

Dans l’incertitude des attentes,

Comme un messie sans apôtres,

Immolé en sa lente tourmente.

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 20:05

Je t’emmènerai dans le pays de nous-mêmes, là, où toi et moi, sommes autrement. Nous ouvrirons les portes inconnues, celles que d’aucuns disent ne pas exister, mais que nous saurons trouver, pour les ouvrir doucement.

Nous irons, ensemble, plus avant, là où tout est possible, dans ce pays de l’ailleurs, dont le ciel a la profondeur des attentes, et le vent le parfum des soupirs.

Toujours plus loin je t’emmènerai, dans le crachin du désir, à la recherche de la source, par les vallées et les collines de ton intime, à nouveau découvertes.

Par tes yeux je chercherai la route, dans cet azur par tes larmes exhaussé, le tracé vers ce monde que nul avant nous n’a encore foulé. Guidé, guidé par le fredon des tes murmures, de tes mots retenus puis lâchés sans pudeur.

Plus rien ne pourra nous effrayer, même pas nous-mêmes emportés par l’animalité de nos envies, de nos actes et de nos pulsions… mus  par cet appel de la chair, dans la confusion des mots, des cris, des caresses, des regards et des morsures.

Avec toi et par toi, je remonterai le cours de tes humeurs, cette rivière aux rives secrètes et si molles, à l’écume de désir et de spasmes, dont la source toi seule connais, et que ta féminité abrite dans les tourbillons intérieurs.

Je boirai tes baisers comme l’on avale un crachat, dans la vulgarité de ma gourmandise, et la frénésie de cette animalité dont tu auras ouvert la porte afin qu’elle soit sans retenue.

Je fermerai les yeux pour être avec toi plus encore, mêlant nos souvenirs à l’instant, les parfums d’hier et les senteurs du moment, n’écoutant que ton souffle comme j’écoutais le vent, quand nous étions couchés, toi et moi, dans les blés de juillet. J’attendrais sa caresse tiède, prémices d’un baiser, d’un enlacement, d’une étreinte, d’une indistinction de nos corps.

Plus rien n’aura de sens, plus d’hier, de demain, ni même d’aujourd’hui dans son écoulement… nous serons comme des enfants de ce monde, adolescents de cet ailleurs, sans calendrier ni temps… mais aussi des adultes par le désir et l’audace de nos corps, amants nouveaux par-dessus nos histoires anciennes, sans repère aucun, sans mémoire, sans comparaison.

Évadés de nous-mêmes, loin de la geôle quotidienne, fugitifs emportés par la complicité d’un partage, d’une envie sans vergogne, nous saurons ne plus nous retourner, ne plus chercher l’heure et l’égrènement des secondes, pour ne saisir que l’instant, le figer afin qu’il ne s’écoule plus et nous laisse réunis dans cet intervalle inventé.

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 19:57

Tu y seras peut être,

Au rendez-vous manqué,

Sans n’y jamais paraître,

De l’absence flanquée.

 

Là où je te devine,

Pour toi je ne suis pas,

Par devers cette bruine,

Qui efface tes pas.

 

Mémoire silhouette,

Je t’y distingue floue,

Indistincte alouette,

Dans ma nuit qui s’affloue.

 

Ombre des miennes pensées,

Qui lente s’y déplace,

Chinoise élancée,

En mon trouble surplace.

 

Musique qui me berce,

Mais que tu n’entends pas,

Quand mes lèvres se gercent,

Et ne murmurent pas.

 

Parallèles nos mondes,

Côte à côte nos traces,

Ribambelle sans ronde,

Impossible rosace.

 

Mots, porte dérobée,

Te montrer le chemin,

En paroles enrobées,

De rimes et de jasmin

 

Te dire là, t’avouer,

Sans rien qu’il n’y paraisse,

En paroles échouées,

Une infinie tendresse.

 

Le balcon reste vide,

Car Vérone est ailleurs,

Loin du monde livide,

De ce monde d’ailleurs.

 

Mon cri n’est que silence,

Long sourire contrefait,

Qu’impose l’évidence,

Dans ces jours sans effet.

 

Tu passes, je te regarde,

Comme si de rien n’était,

Dans la fausse mégarde,

D’une banalité.

 

Des mots jetés, perdus,

Dans le vent de nulle part,

D’un désir éperdu,

Et perdu quelque part.

 

Je frappe sur les touches,

Dans le secret d’un code,

Une langue qui fourche,

Des paroles qui encodent.

 

Trouveras-tu pour comprendre,

La machine à traduire ?

Puis ne pas t’en déprendre,

Et non plus m’éconduire ?

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Published by Etsivousosiez - dans Poèmes
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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 10:58

 

Le coup de sonnette qui vient de retentir semble entrer en lui et suivre le chemin des angoisses, celles qui montent du ventre jusqu’à la gorge propulsées par les palpitations d’une brusque chamade. Il marque un temps d’arrêt comme hésitant. Normalement lorsque l’on sonne à la porte tout un chacun s’empresse d’ouvrir, c’est comme une interpellation, une invite au dialogue, ou encore une question qui s’en vient... on sonne quoi !

Pour lui c’est le début d’un malaise : que lui veut-on ? Quelle mauvaise nouvelle va-t-on lui annoncer ? Mais c’est surtout une brisure dans l’instant qui coule et qu’il a parfaitement isolé ... un glas.

Va-t-il ouvrir ? Il a arrêté son geste tiraillé par l’alternative : événement opportun, événement inopportun. La sonnette l’appelle de nouveau et renforce ce malaise, S... a l’impression qu’on le sait présent et que ce tintement est une moquerie, une provocation à l’encontre de sa veulerie. Il se sent coupable de ne pouvoir agir car enfin ce n’est peut-être qu’une banale visite ! Au choix :

 

- courrier

- démarcheur

- erreur

- renseignement.

 

Mais aussi : mauvaise nouvelle, obligation, un fâcheux ... pire encore ! Non, non il est bien chez lui ce matin, pourquoi irait-il prendre le risque de gâcher cette journée ? Au diable la sonnerie !

 

On sonne !!!

 

Mais pourquoi toujours voir la chose sous son angle le plus étroit ? Pourquoi fuir ? Ce n’est qu’un coup de sonnette ! Oui mais ce n’est pas la sonnerie qui l’effraie, c’est ce qui la cause, ce qu’elle préfigure, ce qu’elle annonce, c’est le doigt qui appuie et tout ce qui s’y rattache. C’est ... c’est peut être le prodrome d’un néfaste et douloureux instant ! Le début de la ... fin.

 

Tout en pensant cela il se laissait envahir par un idiot et prégnant malaise, ridicule malaise. On sonne !!! Il avait peur, et, alla ouvrir. C’est con la vie parfois.

 

Le geste fut outré de sûreté, comme pour conjurer la peur qu’il avait bêtement conçue, et l’huis s’ouvrit sur un personnage qu’il n’eut vraiment pas le temps de cerner. Ce fut rapide, inattendu et efficace car à peine avait-il répondu par l’affirmative à cette question relative à son identité qu’il ressentit une vive explosion de phosphènes multicolores résultat d’un violent coup de poing bien ajusté.

 

Mi-assis, mi allongé dans l’entrée il cherchait à rassembler les fragments de sa lucidité afin de comprendre l’exact scénario de cette situation ... virulente. Face à lui dans la position d’agresseur, un type peu amène, pire : en colère. Comme quoi les angoisses filles des sonneries matinales trouvent une justification à posteriori. La trouille par anticipation.

 

A ce type de surprise correspondent deux attitudes :

 

- la première idoine et proportionnelle : bourre pif du genre rendu pour prêté

 

- la seconde plutôt interrogative, style étonné qui permet d’arrêter le combat quelques instant : temps mort monsieur l’arbitre !!!

 

En fait il en existe une troisième (donc il fallait dire précédemment : deuxième et non seconde) qui a fait son chemin depuis la nuit des temps, celle inscrite dans l’hélice, transmise de génération en génération, que la nature a éprouvé et certifié à l’usage lui donnant le juste label : la fuite ! la débandade, l’échappée, la belle, la panique, le sauve qui peut, la retraite, la débine, fissa mon frère, taïaut, taïaut !!! Mais S... ne détala ni ne décampa, car déguerpir c’est bâcler l’histoire, c’est oeuvrer à son encontre. C’est pas du boulot !

 

Etant donné la personnalité du héros l’attitude du genre :“je me relève et je l’étends d’un maître coup” n’était pas envisageable. De plus sa position et les effets du direct ne plaidaient pas pour cette solution. Il se composa donc un étonnement des plus vrais, l’exprimant par une mimique de bon aloi. L’agresseur de son côté semblait lui temporairement soulagé ayant ex-primé sa colère en un bloc. Ce dernier répéta la question qui avait ouvert le feu d’artifice rétinien.

 

“Vous êtes bien S... ?”

 

Le challenger ayant déjà posé genou à terre lors du premier round hésita à répondre de nouveau. L’autre de réitérer. Il acquiesça donc d’un discret hochement de tête.

 

“J’suis Jacques Dumas ! Dit l’autre comme cela allait de soi.

 

Voilà donc un pugiliste se nommant Jacques Dumas qui s’entraîne à neuf heures du matin, prenant comme sparing partner le premier venu avec pour mise en route une question relative à l’identité ! Afin de ne pas contrarier cet adepte du pancrace somme toute brutal S... se mit à réfléchir, car au vrai ce nom ne lui était pas tout à fait étranger, bien que cette physionomie guerrière ne lui disait rien. Entre temps l’autre était entré. Il fixa méchamment S... et d’un ton qui ne laissait augurer rien de bon dit :

 

“ J’suis Jacques Dumas comprenez-vous ? ”

 

Comprenez-vous, comprenez-vous ! Comme il y va celui là, je voudrais bien le voir lui avec le pif en chou fleur et la lèvre lippue se remémorer tout à trac une identité ! Paf ! Bonjour je me présente, je m’appelle machin vous me remettez ? On a vu mieux comme introduction non ?

Un ami ? Non certainement pas les amis ça ne cognent pas où alors ça vous tapent sur l’épaule auparavant. Et puis de toute façon il n’a pas d’amis et quand bien même, il n’aime pas les femmes des autres, alors ?

Donc ce n’est pas un copain cocu, un créancier peut-être ? Mise en demeure trop frappante ! Un voisin acrimonieux ? Non voisinage à la retraite et bien poli. Qui alors ? ... un fou ! Voilà un fou, un fou qui frappe, un fou en fuite, un fou follet, un fou de battant, et les fous ... faut pas les contrarier! Jamais !

 

“Enchanté” répondit-il.

 

“ Vous me remettez maintenant ?”

 

Vous me remettez ! Le remettre où ? A sa place, dans un bel asile, bien capitonné ! Pas ici !

 

“Qu’est ce qui vous a pris ? ” Continua le forcené.

Pourquoi me dit-il cela ? C’est plutôt moi qui devrais lui poser la question ! Mais c’est un fou et dans sa tête de fou et bien cette question elle est bonne !

 

“ Pourquoi qu’tu m’as fait ça ? Qu’est ce que ch’t’es fais ? Hein ?

 

La violence s’estompant S... commençait à y voir plus clair, s’entrouvrait en lui la lourde porte de la compréhension, non pas celle qui l’éclairerait sur l’événement proprement dit mais plutôt celle qui menait à l’identité de ce ... fou. Dumas, Jacques Dumas répétait-il in petto. Cette phonétique trouvait un certain écho en lui, une résonance particulière, presque familière ! Le fou ne lui était pas si obscurément étranger. Mais question de le reconnaître ! Nibe !!! Certes les écrivains fréquentent tous les milieux, pour le travail, mais lui ne fréquente pas  : ni milieux, ni cercles, ni diamètre, rien, discret l’écrivain, scribe pleutre et casé, rangé, à sa place , chez lui, derrière sa porte. Un angoissé qui s’acagnarde, qui tremble au moindre coup de sonnette. Alors pensez donc connaître un fou ! Que nenni !

 

“ Il faut que ça change ! Cà peut plus durer ! Moi j’veux ma vie ! Celle-là c’est pas une vie ! M’entendez pas une vie !!! j’veux rentrer chez moi !

 

Rentre mon vieux, retourne d’où tu viens ! Qu’y puis-je ? C’est pas une vie non plus de se faire aplatir la face le matin à peine levé. Une vie de fou c’est certainement pas simple, mais bon !

Il a peut-être perdu son chemin de fou et il me le fait payer à moi, le normal, le bouc émissaire des fous!

 

“ C’est pas une vie ?

 

S... lui avait dit cela sur un ton badin. C’est toujours ainsi que l’on parle à un enfant ou un étranger on adopte un ton un peu gaga pour se faire comprendre.

 

“ Te fous pas d’ma gueule espèce de gratte papier de mes deux ! J’t’ai rien d’mandé ! Qu’est que ch’té fais moi ? ”

 

“ Vous m’avez sûrement cassé le nez. ”

 

“ Te fous pas d’moi ! Ton nez c’est rien , ça se répare, ma vie elle elle est cassée, foutue ! ”

 

Et alors mon nez n’a rien à voir là dedans je ne l’ai pas fourré dans sa vie de fou.

 

“ Voudriez vous enfin m’expliquer monsieur... ”

 

“ Dumas ! Jacques Dumas qui n’a rien à t’expliquer ducon, et puis fais pas l’malin, sui qui sait pas sinon ...”

 

Ce disant il arma un gros poing d’ouvrier taillé dans la masse, formé par des années de travail et fruit d’un atavisme de la nuit des temps. S.. cherchait à se relever et voyant cela se rallongea aussitôt se faisant plus petit encore dans l’espoir d’arrêter la fougueuse colère.

 

“ Vous n’allez pas recommencer voyons, nous sommes entre gentlemen, j’aimerais comprendre enfin ! ”

 

Les fous faut pas les contrarier il parait, mais après un tel petit déjeuner on s’étonne d’en reprendre !

 

“ Donc, si j’ai bien compris, nous nous connaissons, n’est ce pas ? ” Se défendit-il.

 

“ Pas qu’un peu mon n’veu ! J’te dois tout et j’suis v’nu te rembourser! ”

 

Tient il me tutoie pensa S ... que l’échéance d’un tel prêt ne réjouissait guère, surtout après avoir goûté à la première traite. Mais qui donc est ce Dumas, Jacques Dumas si follement familier ? Dumas, Dumas ... Père ? Fils ? Esprit sain ? Non, Jacques Dumas comme, comme ...

 

“ Alors mon gars va falloir payer ! On r’vient au début, on m’rend ma vie ! Ma vraie vie ! Sinon ...”

 

Sinon quoi ? Sinon il me rembourse tout d’un coup ! Mais qui c’est ce Dumas, Jacques Dumas, fou en l’espèce et à crédit.

 

Les choses, les mots à force de se les répéter on les perd, ils se sauvent et ne laissent plus que la trace de leur ridicule prosodie. Quand on cherche c’est pareil à force de répéter ça se reforme petit à petit et puis ça jaillit. Ce nom aux tréfonds de S... avait sa place dans un obscur tiroir de la mémoire, mais il avait beau faire le tour de ses intimes et de leurs évanescentes connaissances il n’y voyait aucun Dumas, Jacques Dumas. Perdu dans sa réflexion il n’eut pas le temps de réagir lorsque le fou  putatif se baissa pour le saisir par le col.

 

“ Assez rigolé, faut m’rende ma vie , comme avant !”

 

Vrai, il ne rigolait pas, ses yeux et le regard qui leur donnait vie l’attestaient, d’ailleurs vu l’état de son tarin il ne pouvait pas rigoler, et puis sa lèvre lui faisait mal, alors pour ce qui était de rire...

 

“ Calmons nous, ne vous énervez pas mon vieux ! ”-Voilà que je deviens familier pensa-t-il- Laissez moi le temps, ça va me revenir, pour sûr. Jacques Dumas dites vous ? ”

 

“ Te fous pas d’moi, ça va partir !”

 

Ca y est le fou fait sa crise et une crise d’aliéné faut pas la prendre de face ... Logiquement il devrait avoir peur, très peur même, lui le couard, mais la surprise, l’irréalité de la situation mêlée au doute qui circule en lui l’empêchent de redouter cette violence qui croît.

 

“ Donc nous nous connaissons monsieur Dumas, Jacques Dumas ?

 

“ Joue pas au con S..! ”

 

“ Et si nous allions nous asseoir au salon pour parler plus confortablement de cela monsieur le fff ... Dumas , Jacques Dumas”. Il répétait volontairement ce nom comme pour se l’imposer, faisant exercice de mémoire.

 

“ Ouais mais cherche pas à m’embobiner, tu te défileras pas avec tes paroles de baratineur de mes deux, moi j’te lis pas , tu m’impressionnes pas avec tes romans à la noix !”

 

Romans à la noix, romans à la noix, deux cent mille de moyenne au tirage, la plupart déjà en poche, bientôt la collection reliée cuir et ors, alors à la noix ...”

 

Ils passèrent donc dans le salon, l’un guidant l’autre avec l’obséquiosité de celui qui se protège et l’autre poussant avec l’intempérance de celui qui veut en finir. Ils prirent place face à face, le premier au fond du fauteuil, le second à peine sur le bord prêt à bondir. Il fallait gagner du temps afin de remettre de l’ordre dans ce crâne douloureusement surpris et chamboulé.

 

“ Pour résumer vous êtes Jacques Dumas et .... et d’après les présentations vous avez quelques griefs à mon encontre ?”

 

“ A ton encontre j’sais pas ! Mais j’t’en veux et pas qu’un peu ! T’as cassé ma vie, donc j’vais casser la tienne ! C’est simple non ? ”

 

“ Bon ce fou ne semble guère m’apprécier, j’irais même jusqu’à penser qu’il ne m’aime pas ! Mais qu’ai-je donc fait à ce Dumas ? Jacques Dumas. Dumas, Jacques Dumas pourtant cela me dit quelque chose... Dumas comme... comme ... comme dans l’affaire Dumas, oui l’affaire Dumas !!! Voilà j’y suis c’est le même nom ! ”

 

“ Bon t’y est ! Qu’est-ce tu comptes faire mon gars ?

 

Un rébus ce fou, une énigme, un cauchemar en plein jour. Une devinette qui frappe, un jeu en relief et sensations garanties. Mais bon je sais pourquoi son nom me torturait l’esprit.

 

“ Vous allez rire mon cher mais savez-vous que vous portez le même patronyme que le héros de l’un de mes romans ? ” Drôle non ? ”

 

“  Et ben non çà m’fait pas rire ducon parce que ton patronyme là de l’histoire et ben c’est moi, c’est ma vie qu’est pas marrante ! ”

 

“ Qu’est ce à dire ? ”

 

“ Caisse ! Y a pas de caisse qui tienne, té v’nu j’sais pas comment, et j’m’en balance, t’as bouffé ma vie peinarde, j’avais rien d’mandé, tu m’entends rien d’mandé ! ”

 

“ Voyons, mais je n’y comprend rien , mais rien du tout ! ”

 

“ P’tête bien mais moi j’comprends qu’t’es un salaud, une salope de faignasse qu’a joué avec son crayon et qui a esquinté ma vie ! Jacques Dumas c’est moi tu m’entends ??? ”

 

Il avait dit cela tout en bondissant et maintenant il lui enserrait le bras de sa poigne virile de prolétaire, et le secouait avec violence.

 

“ Non, vous voulez dire que vous êtes le héros de mon roman ? ”

 

“ Ouais machin, le héros comme tu dis, un pauve type qui sais plus d’où qu’il est, où aller, parce que t’as fait d’lui une crevure, une pute d’assassin, un pourri que tout l’monde veut étriper, zigouiller ! ”

 

“ Soyons sérieux, voyons, ce n’est qu’une histoire, une fiction, tout est inventé ! Des mots, rien que des mots sortis de mon imagination ... Tout ressemblance avec .... et caetera. ” En parlant il cherchait par de douces et fragiles contorsions à échapper à la féroce étreinte qui lui broyait le bras.

 

“ Ton imagination j’l’emmerde tu m’entends ? J’l’emmerde !!! ”

 

Il ponctua son cri par un geste fulgurant et de dessous son blouson sortit un gigantesque couteau de cuisine, digne de ces lames terribles des films noirs, et se mit à l’agiter frénétiquement sous les yeux de notre scribe terrorisé.

 

“ t’es v’nu m’chercher dans ma vie peinarde pour faire d’moi une ordure dans c’te vie. T’as écrit et avec ta putain de tordue d’cervelle tu m’as fait faire des dégueulasseries, ouais, c’est pas la peine de me regarder avec ton air con, j’vais t’faire payer mon salaud ! ”

 

Un cau, che, mar, voilà un type nommé Dumas, Jacques Dumas qui prétend que j’ai modifié sa vie en écrivant une histoire ! Mais tu n’existes pas Dumas, Jacques Dumas ! Çà n’a pas de sens ! ”

 

“ Mais comment aurais-je pu ? C’est ... c’est une coïncidence, une occurrence voilà tout. ”

 

“ Coïncidence mon cul !!! ”

 

Rance pensa S...

 

“ Avec tes idées débiles t’as des pouvoirs, t’es v’nu dans ma vie et puis tu m’as apporté dans ton monde, voilà ! ”

 

“ Amener ”

 

“ Quoi ? ”

 

“ Non rien, on dit amener parce que apporter c’est pour un objet mais c’est pas grave.”

 

L’autre le regarda avec étonnement ne comprenant rien à ce cours de français incongru.

 

“ Donc d’après vous je serais, par le simple fait de l’écriture, venu vous prendre là où vous étiez pour vous am... apporter dans une histoire née de mon imagination, et vous donner le rôle de l’affreux, personnage magnifique d’ailleurs. ”

 

“ Voilà, t’avoues donc ! ”

 

“ Vous rendez-vous compte de ... de l’absurdité d’une telle explication ? ”

 

“ Ne m’pousse pas ! Tu vas payer parce que t’es coupable et pas qu’un peu, fumier !

Scribouillard de merde !!! ”

 

 Il recommençait à s’énerver et cette fois ci la colère semblait devoir l’emporter. S... n’arrivait, ne voulait, ne pouvait comprendre cette situation ubuesque. Comment en écrivant une histoire, une fiction, un truc  sans réalité, aurait-il pu changer la vie d’un Dumas, Jacques Dumas bien réel, même fou en l’occurrence. Certes les noms étaient les mêmes mais faut-il guillotiner tous les écrivains coupables d’homonymie ?

 

“ C’est grotesque !!! ”

 

“ Moi j’dirais c’est con pour toi, une vie pour une vie, çà c’est juste. ”

 

Le coutelas dansait dans l’air et cela ne laissait d’inquiéter S.. qui ne comprenait rien à rien, pris par le délire de cet événement. Au dehors une certaine agitation se faisait, des voitures semblaient s’être arrêtées devant la maison, des claquements répétitifs de portières se laissaient entendre et surtout des voix s’imposaient de plus en plus. Par les fenêtres du salon il pouvait apercevoir des gens en costumes et en uniformes courant en tous sens. Soudain l’un d’entre eux entra dans le jardin : il était armé !

 

Durant ce laps de temps et après avoir fini sa phrase du talion le Dumas, Jacques Dumas avait levé bien haut son bras qui se terminait par une lame brillante et ...longuement pointue. S... vit tout au ralenti, la lame, le policier qui venait de pénétrer dans l’entrée et surgissait dans l’entrebâille du salon, le bras qui ‘s’abaissa violemment, le sourire dément du bonhomme qui se rattachait à ce bras armé...

C’était comme dans un film, mais lui ne comprenait pas le scénario, ce n’était pas sa vie, à tout le moins celle que laissait augurer cette matinée commune ... normale au départ Il allait mourir d’un coup de grand couteau, parce qu’un fou, Dumas, Jacques Dumas, croyait que les écrivains ont le pouvoir de changer les vies en écrivant, comme si le monde était un réservoir dans lequel les êtres humains seraient à la disponibilité de l’inspiration des artistes. Un tel pouvoir ! Grotesque !

Le cri fut terrifiant.

 

“ Que se passe-t il ? ”

 

Il entrouvre les yeux et par réflexe se palpe le poitrail, le regard perdu, plein d’une peur d’outre tombe.

 

“ Mais que fais-tu par terre mon ami ? ”

 

“ Je ne suis pas mort ? Où est-il ? ”

 

“ Pourquoi serais-tu mort ? Et que fais-tu par terre ?” Lui rétorqua son épouse mi-inquiète mi-surprise.

 

“ Il est donc parti ?

 

“ Mais tu saignes ! ”

 

“ Où, où çà ” Frénétiquement S.. se toucha la poitrine et regarda ses mains alternativement.

 

“ Mais non, là ! Au front ! ”

 

“ Au front ? ”

 

“ Et bien oui au front ! ”

 

S... porta sa main au front et après l’avoir regardée et vu poisseuse et rouge partit d’un éclat de rire tout en agitant cette main ensanglantée.

 

“ Es-tu sûr que tout va bien ? ”

 

“ Si tu savais ma chère, si tu savais. J’ai du me cogner en allant ouvrir tout à l’heure et m’assommer. C’est simple, tout simple !”

 

S... riait et parlait en même temps, c’était un exorcisme de sa frayeur, une catharsis, il parlait et riait, s’agitait en de grands gestes outrés d’explication, car il comprenait mais n’arrivait à expliquer à sa femme cet instant d’irréalité morbide.

 

“ Tiens on sonne ! Va donc voir tandis que je vais me débarbouiller de ce sang dans la salle de bain, veux-tu ? ”

 

Il monta à l’étage. Le visage que lui présenta le miroir plutôt que de l’inquiéter le réjouit. Une magnifique bosse fendue sur son milieu, ornait son front. Tout en admirant cette plaie qu’il nettoyait il songeait au saugrenu de cette histoire. Le KO et son imagination fertile avait enfanté un sacré machin : un monde où les écrivains feraient les vies, agissant par procuration d’écriture, se nourrissant des autres, parasites d’une humanité soumise, proie de l’inspiration. Du délire ! Le destin à la merci de l’imagination, la dictature des mots, l’esclavage in folio !!! Des vies qui basculent au fil des gloses et des ratures, premier chapitre viens ici et dors je le veux !

 

“ C’est bien moi tiens ! ” Dit-il à vois haute.

 

Il jeta la compresse souillée se mit un pansement sur la bosse et prit la décision de sortir. Cette péripétie l’avait bouleversé et amusé, un tressaillement lui parcouru l’échine, il voulait se changer les idées. Un reste de peur de ce rêve ou peut-être de ce possible pouvoir.

 

“ Bouuu !!! Quelle journée ! Et elle ne fait que commencer. ”

 

Machinalement il regarda sa poitrine à l’endroit du coeur et émis un léger sourire. Il allait quitter la pièce lorsque sa femme parut dans l’embrasure de la porte.

 

“ Chéri c’est un certain monsieur Dumas qui te demande. Jacques Dumas. ”

 

 

 

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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 19:54

 

 

Comme une larme retenue,

Un sanglot impossible,

De paroles contenues,

De propos indicibles.

 

Une vague qui accourt

Se propage sans frein,

De ce lointain décours,

Le sinistre refrain.

 

Un tourment qui affouille

Qui excave le ventre,

Qui prolonge sa fouille

Lentement vous éventre.

 

Sa morsure silencieuse

Son baiser douloureux,

L’écorchure insidieuse

Des instants langoureux.

 

L’infini des attentes

Leurs abysses défunts,

Les douleurs attenantes

Des chamades sans fin.

 

Goutte à goutte des chagrins,

En la grange des soupirs,

Où fermentent les engrains,

Des souffrances à venir.

 

Un archet qui entaille

Qui caresse et lacère,

Dans le moindre détail

Vos entrailles vos viscères.

 

L’éternelle torture,

D’un intime serrement,

L’invisible bouture,

D’un infirme sarment.

 

Dans la traîne de l’infinitude

Qui, elle, jamais ne s’accourcit,

Loin nous entraînent les solitudes

Dessous leur ciel qui s’obscurcit.

 

En une secrète étreinte,

Si lent l’étau se serre,

L’âme se voyant contrainte

De mourir en la resserre.

 

Crépuscules immobiles

Et journées sans matins,

De couchers malhabiles

D’horizons palatins.

 

Comme une larme discrète,

Un sanglot qui s’échappe,

De nos peines secrètes,

Par-dessous notre chape.

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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 19:23

En une aube à peine levée,

Quand la brume s’accote au chemin,

S’élève, par la brise enlevée,

J’irais, vers l’azur lendemain.

 

Seul, habité par l’espoir,

Empli des images de nous,

Visages, sur l’intérieur miroir,

Mémoire, de nos fous rendez-vous.

 

En moi, tu m’accompagneras,

Fidèle pensée souvenir,

Soleil, indéfectible aura,

Floue lumière du jour à venir.

 

Compagne intérieure, invisible,

Présente prégnante pourtant,

Comme un fredon si peu audible,

Murmure d’un vent, d’un vent portant.

 

Avec moi, en moi, tu seras,

Compagne de mes jours, de mes nuits,

Quand mon cœur fol se serrera

Aux instants sombres de l’ennui.

 

A jamais, amoureux, toujours,

Dans le là-bas, dans les pensées,

En les heures s’écoulant le jour,

Et celles, par la brune dispensées.

 

Partie de moi, consubstantielle,

Si différente si confondue,

Comme les nuages écrivent le ciel

Et circonscrivent son étendue.

 

Au croisement des lendemains,

Me retournant vers nos hier,

Posant mes yeux sur ce chemin,

T’apercevrai sous mes paupières.

 

Une présence, un autre moi,

En habitante de mes larmes,

Sempiternelle, et seulement toi,

Impénitente dans ce carme.

 

Là, devant, un autre soleil,

Sur l’horizon, sur son lointain,

Un jour, un autre nonpareil,

Aurore nouvelle dans le matin.

 

Si douce étoile, seule dans mon ciel,

Guidant mes pas, guidant ma route,

Point virtuel d’un arc en ciel,

Loin du trépas, de la déroute.

 

Toi, rien que toi, simplement toi,

Telle un destin, telle un dessein,

Sur l’apogée d’un monde sans toit,

Où les étoiles sont un dessin.

 

Par dessus l’aube à main levée,

Sur cette brume déposée,

D’un geste leste et enlevé,

Te dessinerai, mon opposée.

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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 19:11

Chemisier vert pomme, jupe noire, jambes élancées, muscles fins, poitrine évidente, longs cheveux, visage indicible...femme brune. Femme qui part avec son charme, qui s'éloigne avec ce nez en détail désirable, en défaut admirable. Femme coquine qui s'en vient, jeune, souple... intelligente dans sa marche, elle passe et s'en va. Femme d'âge, au passé qui s'emmêle dans les chairs et les rides, femme d'antan, de jadis, bientôt de naguère, mais qui garde en relief l'épure de sa jeune beauté oblitérée maintenant.... elle passe et s'éloigne. Femme en friches, femme bâclée, femme qui traîne et se barbouille, qui se souille de provocation, qui se rate... femme pulsion, femme agressive et brutale d'effets... garce qui s'abîme, qui entre dans la viande et la fait frémir... elle passe, regarde et s'éloigne... doucement, vulgaire et capiteuse. Femme de nom, replète, mafflue, difforme ou ronde, petite et laide, femme perdue qui passe... et puis s'oublie.

Femme coquette, inabordable, femme mépris, intouchable, femme trop belle, non, femme trop caricaturale, femme excès, femme parfum...femme qui passe, fière, sûre, et qui s'éloigne.

 

Regard qui scrute, regard qui court, qui file. Regard avide, regard surpris. Femme qui va, œil qui glisse, interroge, appelle. Femme qui marche, regard qui quête... S... chemine, suit la ville qui s'allonge en trottoirs, suit les femmes qui vont... et qui s'éloignent. Chaussures plates, talons hauts, mollets gainés de brillance synthétique, peau ferme, blanche, bistre, grasse, grenue, marbrée, tendue, flasque, veinée, variqueuse... peau plurielle et jambes infinies. Seins moulés, seins discrets... seins orgueilleux, seins qui tombent, seins sans importance, seins qui s'offrent... seins multiples, seins informes, seins de femmes, femmes qui vont... et s'éloignent.

 

S... marche, suit la ville... suit les femmes; femmes qui se promènent, qui errent, femmes chalandes qui ignorent et s'éloignent. Regard suppliant, affolé, qui accroche, qui s'accroche et quémande, qui lâche prise et repart. Femmes suivies, femmes croisées, femmes épiées, femmes implorées, femmes désirées... femmes qui s'éloignent. Regard déçu, regard timide, regards seulement.

 

S... marche, suit la ville... suit les femmes qui rentrent... et s'éloignent.

 

Jours qui courent, nuits qui passent... regard qui court, femmes qui passent... et s'éloignent. Mois qui meurent, saisons qui se répètent... femmes d'été, chamarrées et fraîches; femmes d'automne, pastels et ocres, ors et mélancolie pourpre, nuits tombantes et jours fragiles. Femmes d'hiver emmitouflées, chaudes d'épaisseur, beautés gourdes et furtives, vent glacé... femmes masquées de laine; femmes de printemps, de couleurs naissantes et de beau qui revivent... femmes folie, femmes mouvements.

Regards quotidiens qui furètent, regards perdus qui s'affolent... regards pour femme, femmes qui s'éloignent.

 

Femmes qui vont et qui viennent... femmes de toujours, femmes de jamais, temps qui passe, vergogne qui retient... regard triste. S... suit la ville, suit des femmes qui s'éloignent.

 

Femmes que l'on suit, que l'on invente, que l'on espère... femmes qui intimident et que l'on laisse... qui s'éloignent.

 

Regard humide, cœur chamade; gorge serrée, vie tranquille... vie trop vide. Espoir ténu qui faiblit, timidité trop grande... qui envahit. Regard qui s'use, qui abandonne; regard voilé et femmes qui passent... qui s'éloignent. Temps qui passe, marche qui traîne, yeux clos, vieillesse qui passe... et qui s'arrête. Femmes toujours s'éloignent.

 

Nef sombre, cercueil fleuri, bougies qui coulent, messe discrète. S... dort du sommeil des justes sans que son regard n'ait pu accrocher ces femmes qui sans cesse s'éloignaient. Eglise fraîche, cérémonie intime, famille lointaine, S... est parti, le cortège s'éloigne.

 

Femme qui pleure! Femme qui pleure ? Petite femme vieille et triste qui suit un corbillard. Vieillarde qui suit une dernière fois celui qu'elle a toujours suivi sans pouvoir oser...; oser parler, dire son amour. Femme sur qui il ne s’est pas retournée et qui pleure, qui jette une fleur... et s'éloigne.

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