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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 19:54

Prendre son cœur à pleine main,

L’extirper d’un geste violent,

Se l’arracher d’un tournemain,

Et qu’enfin cesse son tourment.

 

Empêcher ses soubresauts,

Le serrer plus encore,

Jusqu’à son dernier sursaut,

Le tenir loin du corps.

 

Le vider de son sens,

En exprimer le sang, la sève,

En sa déliquescence,

L’étreindre, jusqu’à ce qu’il crève.

 

Ne plus le sentir battre, cogner,

Ni pulsation ni chamade,

Frémir en son sein rencogné,

Pour ses amours nomades.

 

Faire en sorte de plus aimer,

Qu’il cesse et cesse de battre,

Et que taise cette chair à jamais,

Son désir de s’ébattre.

 

L’écraser le broyer,

Que gicle son poison,

Sans même s’apitoyer,

Qu’il rende sa raison.

 

Le laisser se dessécher, se durcir,

Devenir silence et puis poussière,

Puis que s’en viennent s’obscurcir,

Les vaines délices meurtrières.

 

S’épargner le vide des attentes,

Martel qui frappe et résonne,

Sa lente complainte assonante,

Qui vous happe et vous arraisonne.

 

Vivre sans toi, par l’oubli de lui,

En cette vacuité de son battement ;

Ainsi se convaincre qu’en la nuit,

Le jour tisse muet son vêtement.

 

Se vider à plein, s’écœurer,

Freiner, finir sa cavalcade,

Pour ainsi vidé, décœuré,

Ne jamais plus être nomade.

 

Prendre son cœur entre ses doigts,

Et l’y sentir palpiter,

Encore un peu, une dernière fois,

Avant de le précipiter.

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Published by Etsivousosiez - dans Poèmes
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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 11:18

violoncelle-crop.JPGJe te regarde, de dos, immobile et nue, t’enlaçant toi-même, et je cherche la facture de ce violoncelle vivant, si sensuel, si délicat. Quel luthier a donc dessiné ces formes de désir, l’ampleur des courbes, l’arrondi des ombres de ta cambrure, et le mystère callipyge de ton cul ?

 

Tes reins, tendus, nerveux, en attente de l’archet, tes fesses généreuses, fermes dans le vernis de ta peau si souple, si lisse. Je te regarde et je sens monter le frisson de cette musique intérieure qui s’en vient. De ces notes obscures d’un oratorio païen.

Quelle est la vibration de ton âme ? Quelles cordes faut-il frotter pour l’entendre en moi résonner ? Je regarde ton corps sans savoir comment faire pour pouvoir en jouer…en jouir. Mes mains tremblent et mon ventre se serre, j’ai le trac d’avant le concert, et la peur du couac, mais l’envie est plus forte que l’idée de renoncer ou de faillir.

 

Approcher mes doigts, doucement, de la table, pour en sentir l’harmonie, le vernis de ta peau, et la tension de tes muscles surpris. Les promener délicatement et suivre les courbes, comme l’on caresse pour trouver l’émotion, de peur de trop appuyer et même de frôler. Suivre les bords, effleurer à peine, ressentir les filets comme pour les deviner plus que de les toucher.

Partir de cette vallée basse, sifflet de ton instrument, et remonter lentement, le pouce à la traîne, cherchant cette barre d’harmonie dissimulée sous ton épiderme. Suivre les voûtes, à pleine paume, et se laisser aller aux échancrures, se retenir de vouloir empoigner les éclisses au sortir de tes hanches, et continuer doucement de savourer le galbe sans jamais s’arrêter.

Chercher du regard les plis nés du sillon de tes muscles tendus, ouies imaginaires d’où jaillira la musique de ton plaisir, lorsque mes doigts courront sur la touche, à l’instant du renversement, lorsque par ta bouche s’en viendront les murmures, et la plainte discrète de tes gémissements.

Je te regarde et m’apprête à jouer, je te frôle et déjà je sens les cordes  frissonner sur le chevalet de ton désir. Peu à peu, sans même toucher les chevilles pour en chercher l’accord, elles vibrent, du cordier à la tête, et entament ce lamento déchirant qui nous emmène, toi et moi, ailleurs sur une portée que nous seuls sauront lire.

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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 17:59

 

 

 

 

Sur son visage ce pinceau

Il va, il va et vient,

Déposant dessus la peau

Déjà ce qui advient.

 

Il oblitère l’instant,

Les caresses les baisers,

Passant et repassant

Dans un geste léger.

 

Lui, la regarde faire,

Emu, plein de stupeur,

La voyant là défaire,

Les traces d'un bonheur.

 

Couleurs du quotidien

Que ce pinceau dépose,

Traçant le méridien,

Qui termine la pause.

 

Si belle si altière,

A peine rhabillée,

Posant sur ses paupières,

Les contours oubliés.

 

Présente mais partie,

Si proche si lointaine,

La voilà départie,

Devenir incertaine.

 

Crayons et Mascarat,

Petite boite cassée,

Des lèvres l’incarnat,

Pulpeuses exhaussées.

 

Penchée vers ce miroir,

Reflétant son visage,

Elle trace sur la moire

Son ancien paysage.

 

Traits et poudre de riz,

Estompes et couleurs,

Extraits poudre d’oubli,

Déguisent sa pâleur.

 

Sublime de l’instant,

De sa Geste légère,

L’amante s’effaçant,

Devenant étrangère.

 

Elle retrace son épure,

Silhouette de femme,

L’esquisse de l’impur,

Cachée dedans son âme.

 

Entre les pleurs, l’émoi,

La voyant disparaitre,

Il hésite le choix,

Ne laissant rien paraitre.

 

Sa main danse, ballerine,

Si leste découplée,

Effaçant assassine,

Les traces accouplées.

 

Il la regarde faire,

Elle-même redevenir,

De l’instant se défaire,

De lui se désunir.

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Published by Etsivousosiez - dans Poèmes
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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 19:14

   

 

Je te regarde, face au miroir, si toi, si femme et si belle... de ton pinceau tu effaces l’instant, notre instant... te repoudrant le visage, y déposant les teintes de l’après, l’ombre de ce quotidien qui nous sépare et qui déjà semble t’appeler.

Si légère dans le geste, là, penchée à peine, douce cambrure devinée, sur la pointe des pieds... concentrée, sous tes yeux tu traces la ligne d’un nouvel horizon... déjà tu disparais, lente et douloureuse métamorphose, si discrète exuviation, mais d’évidence pourtant... mon amour...ô mon amour.

Déjà peu avant, remettant tes vêtements, déjà, tu me quittais,tu t'éloignais, un peu, à peine, beaucoup cependant, tout en me souriant, encore parfumée de moi, de toi, de nous....de mon désir.

Poudre de riz, traits de crayon, le tain d’un miroir, poudre d’oubli, glose sous les yeux fermant la parenthèse,... comme tu es belle, malgré cela, dans tes gestes, insouciante, femme qui s’en repart... et me quitte bien avant de partir

Nue il y a si peu, le regard si brillant, de soupirs et d’abandon, blanche et si altière... te voici, habillée de nouveau, gracieuse dans cette buée qui se dépose alentour sur les parois de la petite douche... appliquée à redessiner ce visage de tout à l’heure. Silhouette d’un passé si présent...si proche...mais déjà oblitéré.

Je te regarde disparaitre sous ce maquillage ténu que tu déposes, ému de ce spectacle si intime, si bellement offert, donné à mes yeux... toi mon amante, toi ma putain si admirable et gourmande...toi ma femme, ma femme d’un instant, d’un instant de paradis...d’un instant dérobé au quotidien...toi ma femme qui s’en repart, toi si belle... si impossible pourtant.

Il est des notes intérieures qui chantent, qui jouent, silencieuses, mais si langoureuses au-dedans, ce refrain, ce fredon d’il y a peu... cette musique de nos murmures et de nos cris, de tes larmes impossibles à retenir... ce lamento de nos râles, de nos paroles insanes et merveilleuses. Danseuse dans tes gestes, ballerine d’un moment, tu traces et caresses l’épure, l’esquisse de ce portrait d’un toi-même acceptable, ce chemin vers cet avenir qu’il te faut rejoindre... seule, dans cette autre lumière, en cette autre chorégraphie... figurante du temps, de l’ombre commune, qui passe et se répète... qui passe et se répète auprès de lui.

Entre les larmes et l’émotion j’hésite, tant ce que tu me donnes à voir est sublime... là, avec ce pinceau qui s’agite doucement, déposant, sur ton visage détendu, le pigment d’une autre saison... bientôt tu as fini, et aérienne tu me rejoins, avec dans les yeux un azur si profond, si serein... et je ne peux que t’enlacer, pour une dernière fois, et sentir, ressentir, les fragrances de ta peau, et de ton corps ce linéament qui s’inscrit si bien contre le mien. Bientôt il nous faudra nous quitter... repartir dans la vie, l’autre... sans rien se dire, ou peut-être... que nous nous aimons, ici, et ailleurs.

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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 16:30
 

 

Je te salue Marie,

Paroles de Céleste,

Jean qui pleure, Jean qui rit,

Rimes délicates et lestes.

 

Te remercie Valdy,

Caresse des propos,

Et toi, Dan, si enhardi,

Frissons dessous la peau.

 

Je te sais gré Fathia,

Par delà l’océan,

Du doux galimatias,

Venu d’un orient.

 

Et ce poussé petit,

Qui cherche mon chemin,

Ces autres tilk à l’appétit,

Des mots du lendemain.

 

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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 13:19

 

 

Chut, ne parle pas, ne dis rien,

Laisse venir en toi toutes ces choses,

Oublie tout, tout ce qui est tien,

Pour qu’au-dedans autre se compose.

 

Fais le vide, désemplis-toi de tout,

Que rien ne reste, rien d’avant,

Ni pensée, ni remord et ni remous,

Par devers ton intime paravent.

 

Laisse ici venir les mots d’ailleurs,

Qu’ils entrent sans que tu ne résistes,

S’épandent en toi, en cet intérieur,

S’y installent, et enfin y existent.

 

Écoute les dire, redire et médire,

Vibrer, frissonner, se répéter,

Se déposer en toi et contredire,

Murmurer, hurler, et t’entêter.

 

Ressens alors leur sens nouveau,

Ce ton, hier impossible à entendre,

Aller en toi par monts et par vaux,

En ta tête, en ton âme se répandre.

 

Paroles vierges, semailles nouvelles,

Terre sans sillons, mots en labours,

Le sens sans racines se renouvelle,

Et sa sève son s’écoule à rebours.

 

Fauche et moissonne ta rengaine,

Que sur le brûlis des éteules,

Feux de joies, cendres de peines,

Soit la paille diverse des meules.

 

Regain de surprenantes boutures,

En un sol défriché de soi,

Couleurs et corolles, autre nature,

Pétales dans l’altérité de soie.

 

Chut, ne dis rien, laisse faire,

Ne parle plus, oublie-toi ;

Que tes maux sachent se taire,

Et t’accueillent sous leur toit.

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Published by Etsivousosiez - dans Poèmes
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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 13:09

Nous sommes en mil neuf cent soixante cinq, le siècle dernier déjà…C’est l’été et nous allons partir en vacances…en Italie. Ma mère a tout préparé, tout, comme d’habitude, elle a tout prévu, tout pesé, rien ne manque, rien sauf….sauf mon père que l’on attend ! On l’attendra toujours mon père, toute notre vie, aujourd’hui encore je l’attends, il est là mais dans son univers… ailleurs ! Il a du un jour, dans cet anéantissement du monde laisser un peu de lui-même, entre l’Italie et la Yougoslavie, lorsque l’Europe s’entre déchirait, dans sa chemise trop large, trop sale… trop noire !

 

On l’attend donc le rital, on a prévu de partir, pour nous c’est aujourd’hui, pour lui ?

 

La journée a passé, longue, pleine d’enthousiasme, de fébrilité, ma mère accumulant les vêtements, les tassant dans les valises et les sacs et dans…une malle ! De tout, pour toutes les saisons, on dirait que l’on s’en retourne au pays, que l’on emporte la maison, que rien ne pourra nous arriver car ma mère a tout prévu…anticipé. Pluie, neige, vent, tempête, tsunami, tremblement de terre…nous avons tout pour y faire face…rien ne manque mais…mais que de bagages pour un voyage d’été en Italie !

Rien ne manque donc et s’entasse dans le couloir de l’appartement, nous allons partir en Italie ce pays inconnu dans lequel nos racines ont puisé leur eau, leurs sucs essentiels ! Nous partons en Italie nous les gosses d’ouvrier, en Italie tandis que les autres restent, ils restent pour des vacances dans la cité, aux jours répétitifs et semblables…nous partons en Italie !

On l’attend le paternel, on ne sait plus tant la journée a été longue, on l’attend dans notre propreté du soir, baignés et coiffés, la chamade au cœur et le cerveau qui virevolte…on attend mon père et ma mère elle, s’énerve car elle sait, elle sait que rien n’est jamais sûr avec lui, que le monde peut s’écrouler il ne le verra qu’après sans s’en étonner.

Le voilà de retour comme ci de rien n’était, le travailleur, l’émigré qui se vautre dans le labeur, qui se donne à lui en amant consciencieux et fidèle, le voilà…. On part ! En Italie !

Ma mère comme avant et toujours, aujourd’hui encore, ma mère lui rentre dedans, forte de cette colère qu’elle a nourrie tout au long de cette attente éternelle d’une après midi…Lui la regarde se demandant ce qu’il se passe, comme toujours, quel est le problème ? Ah bon nous partons en Italie ! Il s’en étonne, ce qui relance, soutient et avive l’ire de cette femme qui se demande pourquoi elle a épousé cet hurluberlu qui semble sans cesse débarquer de ce monde calme, si calme que tout peut attendre…même les voyages en Italie.

C’est alors la dispute, cette musique sempiternelle dont nos oreilles sont coutumières, les cris et les tons, les mots qui font peur dans le silence de nos cœurs d’enfants, deux mondes qui se heurtent sans se comprendre, deux êtres qui ne peuvent et ne savent s’aimer car seul le hasard les a réuni…loin de la chamade et de ce que les histoires d’enfants appelle l’amour. Nous allons partir en Italie dans cette atmosphère de violence, dans ces mots qui vont trop loin, nous allons partir en Italie dans l’énervement et la joie enfouie…oui nous allons partir, partir vers ce monde inconnu, mystérieux qu’aujourd’hui encore je découvre et je cherche…celui duquel par le sang je viens !

Elle a de la gueule notre voiture, ce break vert bouteille chargé jusqu’à la garde des suspensions, pleine à raz bord, avec…avec cette malle d’acier sur le toit. Il a consenti le dabe, il a consenti à la prendre, à prendre toutes ces choses inutiles qui rassurent ma mère, après bien des paroles blessantes et outrées, mais elle est là, trônant sur le toit, comme ajoutant à la solennité du voyage…on part au bout du monde, à l’aventure, on part en Italie

C’est mieux que toutes ces histoires vécues dans les bois et terrains vagues, c’est mieux que ces souterrains explorés à la lueur des bougies, c’est mieux que ces fuites éperdues des maraudes avortées…c’est une bagnole aménagée, chacun son coin et des bagages qui dégueulent de partout ! Lui en chef de convoi, elle qui enfin s’apaise car l’on part, et nous, nous les quatre mouflets coincés derrière, heureux de se partager l’exiguïté.

Ca y est on démarre lentement, chacun ayant au cœur et dans la tête son image, son désir et sa peur, on quitte la cité, sa douceur d’alors. Les enfants en pyjama qui jouent à la clarté de la brune qui se traîne, la chaleur de l’été qui embaume l’air et la quiétude des vacances qui s’annoncent pour tous au pied des bâtiments.

Nous partons comme en quarante sur les routes de la débâcle, dans cette voiture surchargée comme ci nous fuyions, estivale évacuation, migration d’une famille de drôles d’oiseaux… avec une malle sur le toit.

Le voyage, j’en ai qu’un vague souvenir, ce que j’en retiens c’est que le plaisir s’est peu à peu transformé en calvaire tant ce fut long et que mes frères prenaient de la place parmi les baluchons et les valises. Au début je fus content d’être le premier à apercevoir la tour Eiffel si vite si belle et de le signaler d’un cri enjoué, mais on me répondit en se moquant que ce n’était qu’un pylône électrique et j’en fus déçu. Il est vrai qu’il y en avait beaucoup de tours Eiffel tout au long du chemin. Soit ! Mon père nous avait donné son estimation du trajet, mais les petits enfants la notion du temps ce n’est pas leur fort et porte d’Italie je ne pus m’empêcher de demander avec un certain soulagement si nous étions déjà arrivés, ce qui ne laissait pas de m’étonner sur ce pays si lointain que l’on rejoignait aussi rapidement ! Comme pour la tour Eiffel on mit vitement fin à mon illusion et je sus qu’il valait mieux que je dorme sous cette couverture verte et rouge prêtée par des amis afin que passe le temps…d’ailleurs, ensuite j’ai souvent dormi pour éviter ce temps et les tourments qu’il nous impose lorsque l’on attend en compagnie de la peur et du doute. Il y eut le Mont Blanc et son tunnel où mon père nous montra une fois encore son innocence insensée en déclenchant les panneaux avertisseurs du non respect des distances, pour nous montrer simplement, pour nous montrer ! D’ailleurs mon père il ouvrirait la porte de l’enfer rien que pour le montrer quitte à foutre le feu à l’humanité, ce n’est pas son problème à mon père !

Ce fut magique cette traversée de la montagne, interminable et grise, sans intérêt, mais quoi nous étions sous le Mont Blanc ! Auparavant nous eûmes droit aux virages serrés et étroits de routes alpestres, où le break surchargé peinait de tous ses chevaux surchauffés, derrière ces camions poussifs que notre chauffeur entreprenait de dépasser. Mon père il conduit comme il vit, selon les règles de son monde, qui ne sont pas forcément jumelles de celles du notre…le vrai. Donc il s’engageait dans des surpassements au cordeau, entre précipice et essieux menaçants, avec en face des véhicules qui s’en venaient irrésistiblement à notre encontre ! Tout cela au rythme des hurlements de ma mère et des envies de vomir de la fratrie. On a bien dégueulé et acidifié les bas côtés des Alpes, et pour l’ambiance ce fut comme à la maison, mais là il ne pouvait pas tout casser pour se calmer, alors il doublait mon père, des dépassement de champion, au millimètre, se rabattant au poil…parfois je me demande s’il n’avait pas un peu …peur ? Ça dure pas car quand je le vois conduire aujourd’hui mon doute s’estompe presque aussi vite qu’il est venu…il est Fangio mon père, dans sa tête, dans son monde.

Il y eut aussi ces autoroutes italiennes celles de Duce bien plus belles et modernes que les nôtres d’alors, avec leurs ponts commerces aux baies vitrées où l’on pouvait tout acheter…tout ce superficiel qui rend si beaux les voyages interminables…Mon pater il nous parlait du soleil qui devait être là puis ici demain et là bas ensuite…il suivait la route mais à l’entendre on aurait dit et je le croyais, qu’il se guidait comme les pionniers, complice du secret des astres directeurs. Il savait plein de choses ce type infatigable qui roulait des heures sur ces routes étrangères parlant l’idiome comme pas un, se faisant comprendre de ces inconnus dans les guérites autoroutières et les stations connexes. Un père c’est souvent un champion dans le regard de ses enfants même si en grandissant parfois il laisse dépasser un peu de lâcheté, un bout de faiblesse, et parfois de la bêtise. A cette époque c’était le chef, chef de tout, et puis il nous menait à grand train vers cette contrée inconnue d’où parait-il nous venions par ses chromosomes interposés.

Il nous avait parlé un peu de son enfance, des souvenances magiques, dans une vie d’antan aux couleurs des vieilles photos bordurées de blanc…des histoires embellies par la mémoire, des coups pendables et merveilleux d’avant guerre, de ce grand père, père mort trop tôt, placide et débonnaire à la guitare infatigable. De sa moto rouge vrombissante d’après guerre sur des routes blanches et de cailloux…des bals et des bêtises, de cette vie où le temps et le travail ne semblaient pas être. Oui, il nous l’avait brodée sa jeunesse, en fils d’or et d’argent tissée à la lumière d’une époque sans Histoire que celle de ses souvenirs. Alors on les imaginait ces chemins de poussière, la route des cow boys qu’il disait pour nous faire rêver, on attendait de les voir ces panaches de fumée derrière notre chariot mécanique surchargé…on allait lentement vers ce pays de cocagne où mon père avait laissé sa mère et son enfance…nous on en avait que cette photo de ses récits, rien d’autre.

La route des cow boy on ne la vue bien qu’après parce qu’on est arrivé de nuit par une campagne sans montagnes, ces montagnes de son enfance si bien racontées. Elles étaient là pourtant, en ombre sur l’horizon, même maintenant je les aperçois toujours au dernier moment, et j’ai encore cette peur qu’elles n’y soient pas…c’est idiot mais c’est comme ça.

Il était tard, une place éclairée faiblement par un lampion qui pend sur un fil qui la traverse. Le silence, un silence qui n’existe plus de nos jours, un beau et mystérieux silence plein de moucherons, de chauves souris et fourmis à ailes. Un silence emplit de ce parfum des campagnes, de cette odeur de calme et de nature coupée des senteurs de ferme. Elle est dans tous les pays cette odeur, légèrement différente, mais procurant la même quiétude. Chacun de nos mouvements s’en venait rompre ce calme nocturne nous sortant de la léthargie du voyage…nous étions arrivés, nous étions en Italie ! L’Italie de mon père, la vraie, celle de sa jeunesse, celle de ses racines, de nos racines…de mes racines. Une Italie endormie, silencieuse, tiède, déroutante et mystérieuse. Tout le village et cette grand-mère inconnue dormaient et nous les français venions d’arriver…dans l’indifférence. Mon père fut magistral comme d’accoutumée, égal à lui-même, merveilleux de délicatesse…il grimpa sur le balcon de la maison familiale (maison décrite comme la plus belle de toutes…dans son monde évidemment) et à grands coups dans le volet réveilla la vieille, sa mère, qui dormait et certainement aussi une bonne partie du village. On entendit comme une plainte de colère et d’étonnement après une longue série de coups et d’invectives proférées sans ménagement par ce fils heureux de venir présenter sa progéniture et si peu soucieux du sommeil de sa mère. Ce fut un éééh (son éééh caractéristique qu’elle prononça sa vie durant pour manifester son mécontentement) qui répondit enfin puis des bruits, et mon père descendit pour nous mener tous à la porte. J’étais un peu moins heureux de découvrir cette Italie ancestrale, cette façon de s’annoncer n’augurait rien de bon pour moi. Et puis une lumière se fit derrière la porte, petite lueur fade, sans force... qu’allait on voir apparaître ?

Que vous dire de ce qu’apparu dans l’entrebail ? Comment vous parler de cette femme, de cette vieille, car elle a toujours été vieille pour nous ! Ma grand-mère parce que on me l’a dit, ma grand-mère parce que mère de mon père…mais en fait une inconnue, une femme voûtée, aux cheveux blancs décoiffés, ridée et ronde, édentée…une houri encore endormie qui voit débarquer une famille, et sait sans comprendre que sa tranquillité est terminée…Pauvre nonna toute sa fin de vie durant elle nous verra débarquer, pire que les boches puis les ricains, envahir sa maison, fieffer sa vie et ses habitudes sans lui demander son avis ! Chaque année nous reviendrons envahisseurs souriants et impudents nous installer et décider de tout chez cette grand-mère qui fut au vrai …une étrangère jusqu’à la fin! Dois je parler des retrouvailles du fils prodige?…il est fort dans ces scènes mon père !

Ce fut un coup, le réveil et aussi une sorte de peur, de dégoût, une fade lueur dans une maison sale, une femme que l’on doit embrasser comme si on l’aimait de suite par atavisme évident…elle est moche cette Italie ! Et puis il y a des bêtes, un scorpion géant de quelques millimètres dans les toilettes que notre héros fatigué écrase dans un sourire emplit d’insouciance…un scorpion !!! Nous allons dormir dans la maison des scorpions, dans la maison d’une sorcière, dans cette odeur qui nous donne envie de faire le voyage à rebours et retourner jouer dans la cité…cette belle cité dans l’été indolent.

On avance et se déshabille dans une sorte de nuage de fatigue et de crainte, il va falloir dormir dans cette chambre si grande, avec la certitude que des milliers d’insectes inconnus et autres arachnidés vont venir nous mordre, piquer, déchiqueter, courant sur notre peau pour y introduire des venins mortels et irritants. La fatigue nous abrutit, c’est un malaise complexe, c’est le côté caché de l’Italie de mon père…c’est un voyage dans le temps…on a changé d’époque ! Au secours ! Personne ne l’a entendu cet appel, je l’ai murmuré dans mon âme d’enfant…et me suis endormi.

C’est magique et troublant le sommeil, ça efface la fatigue mais ça redresse aussi les regards biaisés…En sortant de ce lit si grand je quittais la nuit, celle intérieure qui écrasait mes rêves et découvris la lumière du jour, le soleil d’Italie. Certes le palais latin des comptes rendus paternels avait dû être pillé par quelque explorateur de passage car il n’en restait plus qu’une simple maison en bordure de place au confort des plus spartiate, avec en plus un occupant ! Un prestigieux occupant qui renforça encore plus le mystère et l’incongruité de cette maison de vacances. La moitié du rez de chaussée était dévolue au médecin du village qui chaque matin consultait et donc…nous pourrissait la vie à nous les gosses car il fallait être calmes ! Mais j’en parlerai une autre fois !

Que vous dire de cette Italie de la première fois…des ces aller et retour partout dans cet arbre généalogique, famille multiple qui resta toujours étrangère ? Que vous dire sur les amis des histoires merveilleuses qui étaient devenus des types quelconques entourés des leurs ? Des comme nous quoi ! Mais qui parlaient italien…La montagne ? La montagne somme toute…bref un pays de vieux en noir, d’ânes et de carrioles, aux cafés vétustes et sombres, sans commerces dignes de ce nom…un village du siècle dernier…enfin presque ! Bien plus tard, et aujourd’hui encore je découvre ses secrets et ses charmes, j’ai appris à l’aimer ce pays de mes ancêtres, mais là c’était une terre de radicelles ! Les racines je mis du temps à les voir pousser et se nourrir dans les anfractuosités de cette mémoire intime et reconquise. J’ai appris à entrer dans les souvenirs des autres à la recherche de ce que mon père a oublié de dire, j’ai refait les chemins initiatiques à flanc de montagne, j’ai nourri mes questions des histoires d’autrui, j’ai appris les lieux et les mots…je suis entré dans ce costume trop grand et usé de mon nom en espérant qu’un jour on ne me voit plus en …étranger dans ce village de ma mémoire.

Nous avons donc pissé notre statut de propriétaire sur chaque centimètre carré de cette maison réquisitionnée, autorisant cette vieille à y dormir sans plus. Pauvre nonna, elle l’a décapée sa baraque ma mère, elle l’a rangée à sa façon, et l’autre impassible, au rythme de sa vision du monde a continué à vivre dans son espace…occupé.

Un matin comme les autres…au réveil ! Je me levais dans la chaleur déjà pesante de l’été, dans ce silence aux touches des bruits de la place, bien après les mâtines titinnabulentes, et je descendis déjeuner dans cette cuisine austère et pas d’équerre. Il régnait une drôle d’atmosphère, il manquait quelque chose, indicible, mais que l ‘on ressentait sans pouvoir le définir. Un silence tiède, un calme inhabituel…il manquait les bruits des autres ! Ma grand-mère était là parlant toujours cette langue que je ne comprenais pas et puis personne d’autre…personne hormis mon petit frère. Où donc était le reste de cette famille avec qui j’étais venu de si loin. Les choses on les pressent, on les ressent sans vouloir les accepter au prime abord. On se paie de mots, d’excuses, on s’invente les raisons, les théories, les prétextes et les scénarii les plus tordus, sachant que ça ne tient pas, pour survivre, pour avoir le temps de respirer avant que la réalité…ne vous étouffe. Alors j’échafaudai les explications rassurantes, concluant que mes parents adorés et pleins d’attention s’en étaient allé faire un tour préservant mon sommeil sacré. Ils en firent un sacré de tour, putain ! Le tour de l’Europe qu’ils firent ces romanichels !

Ma grand-mère tentait placidement de m’expliquer une chose que je ne voulais savoir ni comprendre, et puis en italien vous pensez !

Le midi nous mangeâmes peu, d’ailleurs j’avais pleuré toute la matinée et Marco, mon petit frère, aussi mais sans comprendre où si peu. Ils étaient partis ! Mais ils allaient revenir je le savais j’en étais certain car…car en haut sur le palier il y avait la couverture verte et rouge ! Jamais ils n’oseraient retourner en France et faire face à ces gens sans cette couverture qu’ils devaient rendre ! Oui ils seraient obligés de revenir pour la récupérer et là comptez sur moi, le coup du sommeil, une fois, pas deux ! Ils allaient revenir, mon cœur, mon âme s’accrochaient à ce lamento intérieur aux larmes votives et incantatoires…ils allaient revenir…revenir pour la couverture.

Ils sont revenus….à la fin des vacances ! Moi j’ai peu à peu cherché les bouées de sauvetage, celles qui permettent aux enfants de flotter sur leurs peurs…j’ai regardé mon frère si petit et décidé d’être le grand, celui qui rassure donc qui affronte…J’ai appris à parler à cette vieille, à voir en elle ce qu’il y avait de nous…j’ai appris à découvrir ce monde si calme où l’on parlait une autre langue…oui j’ai appris à ne plus rien attendre des couvertures des autres que l’on emprunte et ne rapporte pas…elles ne sont pas un espoir mais un leurre…

J’ai appris à vivre sans eux…mes parents, comme un petit sauvage d’été au village merveilleux de cette Italie des mes ancêtres…envoyant presque chaque jour une carte postale où j’écrivais malhabilement : « au secours revenez me chercher !!! » L’affranchissant de vagues timbres fiscaux trouvés dans des tiroirs oubliés…bouteilles à la mer sans espoir réel mais qui voulaient leur dire: je vous aime et j’ai peur sans vous !!!

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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 20:54

L’onde douce s’éloigne là-bas,

Le vent caresse son visage,

Se traîne et se perd dans les oyats,

Puis s’égare dans le paysage.

 

La marée découvre la plage,

Tandis qu’elle regarde l’horizon,

Et se dénude le rivage,

Bien dessous la ligne des maisons.

 

Le ciel est bleu et la mer grise,

Ses yeux brillent d’un ailleurs,

Où les risées n’ont plus l’emprise,

Que celle du vent des jours meilleurs.

 

Le sable est doux et si fluant,

Et s’écoule dans sa main,

Les vagues vont en refluant,

Pour se perdre en le lointain.

 

Assis tous deux sur cette dune,

En ce jour vide du mois de mai,

Deux égarés de cette lune,

D’un pot de miel trop entamé.

 

Et son regard il cherche en vain,

Qui sans cesse au sien se dérobe,

En ce jour d’un printemps devin,

Qui la dessine sous sa robe.

 

Elle ne l’aime plus, sans le lui dire,

Il la désire, comme autrefois,

Leurs yeux ensembles se mettent à luire,

Dans la lueur d’un air trop froid.

 

Il n’est personne pour témoin,

De ce divorce silencieux,

Où les regards se perdent au loin,

Tout en étant si sentencieux.

 

Ils sont venus, en pèlerinage,

Sur ce chemin des souvenirs,

Au mois de mai sur cette plage,

Sans l’espérance de l’avenir.

 

Que reste-t-il de leurs hier,

De ces instants si merveilleux ?

Quand leur regards sous leurs paupières,

Ne savaient plus être orgueilleux.

 

Le temps se passe, silencieusement,

Chacun perdu en son attente,

Les mains s’effleurent tout doucement,

Tout en sachant qu’elles se mentent.

 

Sous les nuages parasol,

Le jour, peu à peu les délaisse,

Là, dans la mouvance du sol,

Leurs pas se glissent, puis disparaissent.

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13 mai 2011 5 13 /05 /mai /2011 20:31

C’est un jour de pluie,

D’un vaste océan,

Aux vagues de nuit,

Roulements céans.

 

Ondes grises et sombres,

En reflets de vent,

Mat miroir de l’ombre,

L’éternel mouvement.

 

La houle silencieuse,

Une averse tranchante,

Gouttes pernicieuses,

Clapotis qui chantent.

 

Au loin, là-bas, perdu dans la brume,

L’horizon incertain et confondu.

La marée éternue son écume,

Sur le chiffon d’une mer étendue.

 

Dans le battement des oyats agités,

Le sable fin s’écoule des dunes,

Larmes de sel, coquillages atigés,

En les nuages, se cache la lune.

 

C’est un soir de pluie,

Telle une vaste toile,

Sur la trame de nuit,

Ne sont plus les étoiles.

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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 19:37

Il est loin ce temps où faire la bise à une fille était un privilège, une émotion nouvelle, une mâle et douce espérance. J’avais 13 14 ans, j’étais transparent, un papier peint qui vivait mais qui se posait et ne bougeait plus dans le regard des autres, dans le mien, intérieur.

Les filles je les voyais, je les désirais pour certaines, de ce désir d’enfant qui grandit sans vraiment avoir à l’esprit ce que son corps demande…je les regardais, elles me troublaient sans, sans me voir…Elles aimaient ce confident, ce garçon sans danger, sans sensualité, sans élan… D’autres plus vieux, plus sûrs, plus matures dans leur chair qui les poussait, virevoltaient autour de ces filles du collège dont les charmes se dévoilaient au fil du temps et des hormones, sous les maquillages outrés de l’époque et les pantis aguicheurs. On inventait doucement cette sexualité de plus tard, par les regards, les mots et les gestes idiots, violence tactile qui contrefaisait les caresses impossibles…nous étions des jeunes mâles à peine éclos de l’enfance, maladroits et désireux de ce que nous ne comprenions pas…guidés inconsciemment par une chair avide de sensations que les mots n’osaient exprimer.

Elle se prénommait Marie France, n’était, avec le recul du temps, pas très jolie, pourtant je croyais l’aimer…Elle voulait « marcher » avec moi, sa copine me l’avait dit….j’avais une petite amie, enfin !!! Ce n’était pas elle dont je rêvais en silence dans ces troubles sans fin et sans réponse, mais bon je n’avais la force de me soumettre au refus, à l’échec…alors je m’imaginais, j’attendais et je m’étais convaincu que j’aimais Marie France. N’allez pas croire que c’était l’amour adolescente d’aujourd’hui emplit de baiser et de caresses, d’émois de la chair et des mains qui courent et découvrent ! Non c’était officiel ! C'est-à-dire que Johan et Marie France étaient ensembles, voilà tout. Je pouvais lui faire cette bise que seuls d’aucuns détenaient le privilège et s’en gobergeaient jusqu’à plus soif le matin à l’entrée du collège. J’étais maintenant de ceux-là, de ces presque hommes qui avaient franchi le fossé, l’épreuve initiatique, la tribu scolaire me reconnaissait en tant que mâle affirmé…j’avais une copine !!!Les conseils fusaient des copains et amies…car je n’avais pas encore donné le fameux baiser, le mystérieux baiser, celui qui se découvre, mais dont chacun croit détenir la technique, l’idoine technique ! Le très sérieux et indispensable sens de rotation de la langue !!!

Chaque matin je pouvais donc m’afficher et donner ces bises nouvelles et de mode aux filles de cette tribu, aborigènes de la sexualité naissante… chaque matin était un bonheur, un renouveau…j’étais un homme ! Pourtant au-dedans les questions restaient les mêmes et sans réponses, et derrière la façade nouvelle, le papier peint était identique.

J’avais ce passeport, ce blanc seing pour entrer dans ce pays des nouveaux convertis, mais j’y pénétrais à petit pas mal assurés, discret comme celui qui croit que sa place est volée, et que quelqu’un va le voir et le crier alentour… J’étais du clan mais pas le chef, un invité sans plus, qui se contentait des bises et du statut d’amoureux, respectueux du code des bonnes manières, de la logique progression des petits gestes et des petits mots du protocole des amours enfantines. Mais dans le monde de ceux devenus grands, il en va autrement, et la viande, et l’esprit, gavés par ces hormones et la duplicité des êtres, poussent aux avanies et font grandir très vite, trop vite les petits garçons amoureux, à coup de blessures et de trahisons.

C’était l’époque des boums, de ces instants licites et travestis où les collégiens se prenaient pour des grands, des initiés ; où l’instinct se contrefichait sans pudeur de la morale et des idées préconçues, pour livrer les cœurs et les âmes aux émotions anciennes qui se cachaient depuis la nuit des temps en nous, aux tréfonds de cette mémoire humaine.

Il y avait ceux qui en étaient et les autres…ceux qui allaient à la découverte, dans la pénombre des garages devenus salle de boum, de ces choses merveilleuses qui faisaient l’admiration de ces autres qui n’en avaient que l’écho.

Un jour donc, on m’invita, on me donna le quitus magique, j’étais invité à la boum que donnait Marie France en son garage, dans sa cité, là bas dans ce lointain quartier des propriétaires. Moi, Johan le petit, Johan le timide avec les filles, le comique de classe, j’allais enfin découvrir ce monde interlope des boums ! Quel choc, quel événement !!!

Je fis donc part à ma mère de cet insigne honneur et de ce qu’il imposait : une dépense !

Chacun devait apporter de quoi, de quoi satisfaire les palais et désirs, libations et bombances qui accompagnaient la frénésie des corps et des sens dans ces pénombres musicales et ….On tomba d’accord sur une bouteille de limonade blanche et un paquet de gâteaux. Calculée dépense qui me permettrait d’entrer et d’en être, juste contribution à la fête.

Arriva enfin le jour et l’impétrant nanti de victuailles festives que j’étais partit donc à pied au travers de sa cité pour rejoindre le lieu magique et mystérieux. J’avais cette peur matinée de désir et d’émotion, mais aussi un goût de ridicule avec ce sac en papier duquel émergeait un goulot. Comme toujours je partais en avance, de peur d’être en retard, et surtout afin d’apaiser la torture de l’attente. La cité était calme et déserte, les gens finissaient de manger et j’allais la peur au ventre vers cette autre cité à la réputation si mal famée, redoutant d’être dépouillé au moindre coin par ces petites frappes notoires dont les noms faisaient frémir chacun d’entre nous.

Tout alla sans encombre, et je me retrouvais dans cette rue où ma bien aimée nous avait conviés. J’étais seul dans cette rue de maisons hiératiques alignées, seul avec mon trouble et ma gêne… seul comme un gamin ! Je compris très vite le ridicule de ma situation, et eus l’impression que l’on ne voyait que moi, que tous derrière leurs vitres se gaussaient de ce jeune homme qui allait et venait avec ce sac dans les bras.

Et si, et si je m’étais trompé !!! Et si, et si l’on ne voulait pas m’ouvrir !!! Et si….Et si !!! Je refaisais le monde, je m’en voulais de ma précipitation, de cette in assurance maladive, de ce manque de confiance, de certitude …j’étais mal, si mal, péripatéticien de ce trottoir désert en attente que le sésame me soit donné.

Le temps comme volontairement se traînait, j’allais et venais, calculant la valeur de mon sachet, de ma mise… me demandant si j’allais danser, si j’allais oser, oser être…et puis d’un coup le fond du sachet céda et ma bouteille échappa à ma prise. En un instant tout s effondra, ma vie se dissipa et la bouteille, elle, victime de l’attraction terrestre, alla exploser sur le macadam du trottoir. Que dire de ce qui se passa en moi ? Je regardais ces éclats de verre, cette mousse sucrée qui pétillait sur l’asphalte….je n’avais plus qu’un petit paquet de gâteaux, le trottoir était souillé, j’étais honteux, paralysé, ne sachant que faire et surtout je comprenais là que j’étais encore un enfant, et que ce monde je n’étais pas armé pour m’ y ébattre.

D’ailleurs cette boum, comme les autres, je la vécus en aparté, loin des autres, contre le mur ne sachant que faire.

Marie France, elle, grandit bien plus vite que moi, puisqu’elle goûta le plaisir de la bonne rotation linguale dans la bouche d’un autre durant ma période de fiancé officiel…ainsi va la vie des petits garçons qui rêvent…

 

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