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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 12:32

  Pour à peu près la douze mille sept cent quatre vingt dixième fois de sa vie S... s’était levé. Il avait copieusement mangé et s’en était allé au sein d’une nouvelle journée de travail.

 

Voilà qui est fait !!!

 

Une introduction brève et concise, un tant soit peu originale, contenant entre autres : des verbes, des sujets, des déterminants, des circonstanciels et un tas d’outils subtils de la langue française qui vous posent une phrase.

 

Pour ne pas changer nous allons pénétrer une existence en impartiaux et inactifs témoins, pour la suivre dans son cours, espérant un incident qui la sortira de son lit. La vie n’est ressentie que par les conséquences que certains détails induisent, bouleversant ainsi la routine qui s’impose à nous et nous endort. Nous bâtissons notre prose sur une prosodie lancinante que le hasard seul transforme en poème lorsqu’il trempe sa plume dans l’encre de nos pleurs, de nos peines, des larmes de nos rires, notre souffrance ou notre sang. Et parfois dans le tourbillon de l’amour ! En fait, la mélodie de nos jours n’est point écrite par nous-mêmes, c’est le destin et ses caprices qui tracent les pleins et les déliés de notre biographie.

 

Suffit du babla! Soyons compendieux et entrons dans la vie de S... sans tarder, en silence.

 

S... était à son bureau et s’accordait une pause, profitant d’un temps mort pour deviser avec Ghislaine, sa collègue. Ils échangeaient des avis sur des choses et autres comme nous sommes tous habitués de le faire en de similaires occasions. Mais à cet instant juste il était rêveur, goûtant béatement à la saveur complexe d’une cigarette américaine. L’endroit était calme, l’autre personne (quel lourd truchement pour éviter une répétition) feuilletait lentement les pages d’un magazine féminin. Une mouche volait.

 

- Ma Rosalie... et succéda un silence réfléchi.

 

- Comment ? reprit Ghislaine - Que dis-tu ?

 

-Oh rien,, je chantonnais, comme ça, machinal - répliqua S... pour aussitôt se replonger dans sa réflexion.

 

A peine avait-il réinvesti sa rêverie que se fit entendre de nouveau, par sa bouche :

 

- Ma Rosalie titi pompon elle est malade... et de s’interrompre derechef à la recherche d’une suite.

 

- Que dis-tu ? répondit la femme en regardant par dessus se revue.

 

- Je ne sais pas ! A vrai dire j’ai dans la tête un morceau dont je n’arrive pas à chanter la totalité. De plus je ne sais même pas ce qu’il est au juste ni pourquoi je le fredonne maintenant.

 

- Ca arrive... on fredonne et ça vous tient toute la journée, comme ça, va-t-en savoir d’où ça vient. Souvent c’est un morceau entendu ici ou là, sans qu’on lui ait prêté une réelle attention. Ca s’est inscrit et puis ça ressort.. (j’allais compléter par adventice mais vu le registre du personnage, hein! je garde.)

 

- Oui... c’est vrai.

 

S... restait, nonobstant l’explication, dubitatif, pris en grande partie par l’errance de sa pensée. Il soliloquait lentement, d’un ton interrogatif, emporté par d’impressives et indiscernables souvenances.

 

- Ce n’est pas une chanson d’actualité, ni de variétés ! c’est comme une ritournelle... une comptine. Un vieux truc, écoute !

 

Et il entonna ainsi :

 

- Ma Rosalie titi pompon elle est malade... et puis plus rien, je ne retrouve pas la suite, pourtant elle est là (il sortit la langue et la montra du doigt) mais elle m’échappe, se joue de moi . J’ai beau faire...

 

- Attends ! je connais... laisse moi le temps ça va venir !

 

Et elle se mit à réfléchir, posant une main sur les yeux et appuyant le coude sur son bureau.

 

- Voilà, je savais bien !

 

et elle chanta, guillerette :

 

- Ma Rosalie titi pompon elle est malade, elle est malade titi pompon du mal d’amour, pour le guérir titi pompon faut d’la salade titi pompon trois fois par jour.

 

Et ensemble sans s’être consultés, haussant la voix, gesticulant, ils conclurent :

 

- C’est pas moi ! c’est ma soeur ! qui a cassé la machine à vapeur !!!

 

L’éclat à peine fini, ils partirent d’un rire commun et sans retenue qui emplit le calme de la pièce enguirlandant l’aspect de rigueur dont le mobilier de bureau et la paperasse l’avaient revêtue.

 

Ils étaient encore secoués par les restes du rire, larmes aux yeux, têtes dodelinantes, larges et insouciants sourires, alors que l’esclandre était déjà du passé.

 

- Quels gosses nous faisons parfois. Lorsque j’était petite, je connaissais des tas de chansonnettes comme celle-ci. C’est loin tout ça...

 

Et la nostalgie les enveloppa pour les emporter là-bas auprès de leurs enfances. Ils passèrent en revue les jeux communs de leurs jeunesses, reprenant en choeur ces rondes de jadis. Et ce que l’un avait fait de plus, l’autre s’étonnait de ne l’avoir connu et pratiqué. Ils devisèrent ainsi un temps assez long, se retrempant dans l’eau vive de leur passé. Mais des passages de couloir les rappelèrent à l’ordre et ils reprirent le travail non sans, de temps en temps, l’entrecouper des propos relatifs à cette puérilité.

 

S... étudiait donc son dossier après dossier mais cependant dans le recoin de son esprit un petit quelque chose en fermentation, l’empêchait d’être totalement à ce qu’il faisait. Des images brèves et floues, des sons presque inaudibles, du moins difficilement interprétables, s’en venaient distraire sa raison. En fait, c’était une sensation de malaise, l’impossibilité d’être tout à son ouvrage. Il posa donc sa plume et se mit à la recherche du trublion de sa pensée. A force d’insistance des images vinrent à lui : un lieu, une scène, des personnages, avec l’impression des bruits qui les environnaient. Suzanne le voyant ainsi plongé dans l’indolence l’interpella (je sais elle s’appelle Ghislaine !). Il releva la tête et lui dit tout de go :

 

- J’ai trouvé, je sais ! c’est la chanson d’un rêve que j’ai fait cette nuit. Ca me revient de plus en plus net. J’étais dans un parc public, où ? ça je ne sais pas. Il y avait des gosses qui jouaient sur l’herbe chantant cette comptine. Et puis... et puis une femme je crois, c’est pas net... oui il devait y avoir une femme. C’est drôle, c’est là (il se toucha la tête) et pourtant je n’arrive pas à le dire, à trouver les mots pour le dire.

 

- Les rêves, c’est toujours comme ça ! ça vous revient dans la journée, par un détail mais ça reste toujours obscur, énigmatique... comme exprès. Il paraît, d’après FREUD, que c’est un moyen d’évacuer les problèmes et qu’en fait c’est à n’y pas comprendre.

 

S... n’écoutait pas vraiment Jeanine, il était prisonnier de cette révélation dont il cherchait à éclaircir les détails sans y parvenir d’ailleurs ; cela fuyait. Les rêves sont ainsi, ils se montrent mais jamais totalement en substance, ils tergiversent, restant obscurcis ainsi qu’un dessous d’escalier qui ne livre jamais pleinement ses mystères. On entrevoit sans plus, par bribes, et c’est toujours à l’improviste, dans la désinvolture, qu’un songe se manifeste, jouant avec notre curiosité ; comme un vice rétif et accrocheur. Le ferment était là.

 

Mais le travail et ses contraintes reprirent le dessus et la journée se déroula telle qu’en elle-même.

 

Le lendemain advint avec son même rituel. S... était au bureau et lentement se mettait à l’oeuvre en compagnie de Corinne. Le cliquetis de la machine à écrire emplissait la pièce réduisant les bruits à sa présence. Les dossiers et les feuillets défilaient sur le sous-main, les écritures maculaient la blancheur des feuilles, tampons et poubelles occasionnellement étaient utilisées. Le travail battait son plein, la vie dans toute sa banalité enfantait un jour de bureau semblable à ses pairs. De temps à autre la sonnerie du téléphone prenait le dessus imposant son actualité, le temps s’effilait vers les jours suivants.

 

S... donc étudiait une affaire comme toujours, cependant son esprit était distrait, il s’abstrayait sans cesse de la route du sérieux pour flâner dans des contrées indicibles, aux couleurs évanescentes, de la pensée. Le ferment. Impromptue, une image vint effacer sa torpeur, brève, instantanée, le forçant à la poursuivre. Il en avait eu la teneur mais ne pouvait la réaliser. Provocation. Il s’efforça aussitôt de la retrouver, de l’analyser, de la fixer en son esprit afin d’y promener sa curiosité. Et à force de ténacité et de contention, il réussit à reconstruire le décor fugace. C’était le jardin avec les enfants qui donnaient de la voix en une cavatine, un banc public vert et commun, un doux parfum de rêve, point d’éclat. Une lumière, qui descendait d’entre les feuillages, treillissait l’espace, estompée et pure à la fois. Et puis une forme comme une ombre détachée de la lueur. S... redoubla d’effort intellectuel pour immobiliser le souvenir dans son esprit.

 

Il tenta de s’y introduire, pour mieux revoir. L’effort était d’importance, une transe, une induction spirituelle, une quête à rebours de l’éveil à la nuit.

 

Annie ( Je sais...et vous aussi, alors ne cherchez pas à comprendre c'est moi l'auteur je fais ce que bon me semble, et c'est pas fini!) l’observait car le silence incongru venant de l’autre partie de la pièce avait attiré son attention tandis qu’elle travaillait. Ne comprenant pas l’objet d’une telle attitude, elle intervint. L’interpellation sortit S... de son recueillement.

 

- Et bien, on se tourne les pouces ?!

 

- ...Non, c’est quelque chose qui me chiffonne, ce rêve d’hier, je crois que je l’ai refait cette nuit. C’est flou en fait, je n’arrive pas à le dépeindre totalement. Ca m’intrigue... c’est énervant à force.

 

- Moi aussi, je fais souvent le même rêve.

 

Et elle se mit à le décrire. Un rêve idiot, sans importance, comme elle d’ailleurs. Il l’écouta distraitement cherchant à recaler le sien. Le reste de le journée fut affecté par cette survenue, rien n’alla pour lui dans la simplicité, la confusion s’était installée et ne voulait le lâcher ;

il fit avec, troublé néanmoins. Le ferment.

 

Le soir, après le repas, il ne fit point fonctionner la télé, le rêve l’inquiétait, plus encore la difficulté de le décrire. Au moment où il lui avait fallu l’exposer le langage avait failli, n’étant que le simulacre de sa pensée. Un à peu près de ce qui était en lui. Cela s’était refusé à devenir parole. C’est par la peau qu’il aurait fallu qu’il sortît, l’esprit aurait dû surgir par chaque ouverture de sa chair afin de signifier. Parler c’est émettre des sons alors que la pensée veut faire grand bruit. Il repensa à cela au cours de la soirée et, vaincu par la fatigue, alla se coucher. Demain il verrait bien.

 

A peine arrivé, Solange le questionna :

 

- Alors ce rêve, toujours aussi tenace ?

 

C’était dit sans moquerie, pour savoir. S... avait un autre visage, plus fatigué, plus terne, les cernes de fatigue s’étaient imprimés maintenant sous l’effet du tracas. Le tourment prenait forme en lui et hors de lui. La ténuité du rêve, sa réserve, muait l’originalité en obsession.

 

- Toujours là, je crois, j’y vais chaque nuit, plus avant, du moins c’est ce que je crois car pour l’instant je suis au stade des impressions.

 

Disant cela la révélation se fit à lui et les images nocturnes laissèrent échapper un peu de leur contenu.

 

- A chaque fois le décor est le même : le jardin; les gosses, la comptine, et cette sensation de présence dans un coin du songe, au-delà la luminosité. Je ne sais pas pourquoi je fais ce rêve, il y a bien une raison... mais laquelle ?

 

Ils parlèrent et le temps tissa son ouvrage avec la lenteur d’un artiste appliqué, rendant plus lourd, plus pesant sa présence, oeuvrant à l’aune de la hantise. S... se lança à corps perdu dans la quête de l’irréel, victime de la nuit et de ses leurres. Grand fut le tribut, l’écot de la chair, il ne vécut plus que dans l’attente du crépuscule afin d’entrer en communion avec ce monde captivant et mystérieux où vivait l’énigme de ses jours.

 

Il désirait tant dormir que naturellement le sommeil bientôt se refusa à lui, lui fermant le rêve. Pourtant, chaque jour, une étrange sensation lui disait qu’il s’était rendu au parc ; d’infinis détails surgissant à l’improviste, flashs criards et multicolores, étayaient son doute. Il s’investissait alors en lui-même, fouillant sa mémoire avec fougue et désordre; pour ne retrouver que des souvenirs et rien d’autre.

 

Annette s’apercevait bien du tracas qui rongeait son ami et elle ne comprenait pas que l’on pût ainsi se morfondre pour une vétille pareille.

 

- Tu as une sale tête, tu sais ! Tu devrais te ressaisir, c’est un rêve merde ! Tiens il suffirait, je suis sûre, que tu dises c’est marre et puis hop ! il te laisserait en paix.

 

- Tu crois ?...il est là (il se frappe violemment le front avec la paume de la main) ! Ce qui me bouffe, ce n’est pas de toujours le refaire, mais de ne pas m’en souvenir. Il m’emmène toutes les nuits et, le matin, plus de trace, rien, buissons creux ! Il y a quelqu’un là-bas, quelqu’un que je dois voir, qui me dit quelque chose, mais j’oublie, et ça me ronge.

 

- Je comprends mais tu t’y prend mal. Si tu procédais autrement, si, plutôt que de chercher effectivement, tu y allais par recoupement, par analyse. Mais si, comme font les psy, j’ai lu des trucs là-dessus. Il faut se laisser aller et puis dire ce qui te passe par l’esprit, au hasard, sans réfléchir. Après on étudie, on fait des rapprochements en décortiquant les mots, les sons, les sens... tu dois pouvoir y arriver ? De toute façon, t’as intérêt à en sortir parce que, vu ta tête, t’es mal parti, mon pote !

 

S... ne sut que répondre. La conversation s’étala et ils y mirent fin pour reprendre leur travail respectif. Ce qu’avait suggéré Patricia ne laissa pas de l’interroger et, tout en travaillant, il se mit à réfléchir à ce sujet. C’était ça, il fallait qu’au lieu de se précipiter dès qu’apparaissait une image, se relâcher, faire le vide, ne pas concentrer obstinément sur ce qui venait de s’inscrire, au contraire, laisser faire. Cette découverte le rassura, l’apaisa même et il put, pour la première fois depuis longtemps, être à ses dossiers. La journée passa sans rien de bien notable et il s’en fut naturellement le soir chez lui.

 

Le lendemain, S... arriva au bureau plus reposé que ces derniers temps, mais anxieux, et suivit le déroulement du jour en compagnie d’Aline. Alors qu’il réfléchissait à un problème inhérent à une affaire en cours, une image subreptice interféra d’avec sa pensée. Aussitôt il ferma les yeux et se mit à respirer calmement, amplement, relâchant ses muscles un par un. Sa collègue, le voyant agir ainsi, lâcha son travail afin de voir ce qui allait advenir.

 

Il faisait de son mieux sans pouvoir cependant réfréner totalement la fébrilité qui sourdait en lui en une folle agitation. Il réussit, malgré tout, à conserver un semblant de calme et, par-dessus le relâchement, le vide caressant, vinrent s’imprimer des couleurs et des formes, floues à la description mais nettes au ressenti. Peu à peu cela se précisa et S... se mit à parler afin d’inscrire dans la réalité ce qui appartenait à l’incréé, à l’invisible.

 

- C’est un parc, joli, plein d’une merveilleuse lumière d’une odeur de bien-être. Des enfants jouent... ils chantent et rient, ils sont beaux, frais. Je suis sur un banc, j’y suis bien. Hormis les enfants il me semble n’y avoir que moi, pourtant je sens une présence sans pouvoir néanmoins le distinguer. Il y a quelqu’un d’autre. Oui ! c’est une ombre, là sur le côté. Pas une ombre... une... une présence.

 

S... était entré en lui et le spectacle qu’il donnait, captivait Jacqueline mais l’apeurait aussi quelque peu. Pourtant elle ne fit rien, curieuse de savoir, elle aussi.

 

- Et après que vois-tu d’autre ? relança t-elle.

 

- Je me lève, les enfants s’interrompent et me montrent quelque chose du doigt. Il fait beau, je suis bien, si bien. La lumière semble venir de partout à la fois et il ne fait pas trop chaud pourtant. Tous les bruits, s’il y en a, musiquent, le fond est enivrant. Je ne ressens rien, ni mon corps, ni les tourments de mon âme. J’avance dans la direction que me désignent les enfants. Oui ! il y a une forme qui se meut... un corps qui bouge, qui se dessine dans la clarté, il passe non loin, aérien, léger, discret. Je m’approche, il s’inscrit, se réalise peu à peu là-bas, devient un être, un désir je crois.

 

- Et puis ? intervint Marguerite qui aussi était partie.

 

- C’est une femme, une femme qui marche sur un chemin. Un chemin qui croise avec le mien. Elle a de l’avance, elle est devant moi, pas trop loin mais pourtant j’ai l’impression qu’elle est inaccessible. Elle me devance, gracieuse. On dirait qu’elle ne m’a pas vu, elle suit sa route d’une démarche magnifique à petits pas de femme. Je la suis, bien qu’elle n’aille pas vite, il me faut faire un effort pour ne pas la perdre. Je suis envahi, un trouble géant me meurtrit, elle est si... si, je ne sais.

 

- Tu la connais ?

 

- Ce n’est pas une femme, comment dirais-je, pas une femme d’ici. Ce qu’elle me montre d’elle, ce qu’elle dit à mon regard, déchire en mon émoi, peut se raconter avec les mots d’ici mais ce n’est pas ce que je vois, ressens. Elle porte une jupe d’été, en tissu de fleurs, aux couleurs de rêves grivelées. Une jupe avec un jupon de dentelle qui dépasse s’extravant vers le bas comme une corolle inversée. La taille est fine, délicate, ses hanches flottent sur sa démarche, elles sont un rythme. Et puis il y a ces jambes, ces jambes terrifiantes de beauté. Des jambes fermes dont on voit le mollet qui s’inscrit jusqu’au genou dans un galbe de soie brune, des chevilles graciles où se détaillent des attaches vigoureuses et solides qui roulent et se tendent. Un soulier au talon haut renforce la nervosité de la chair, un passant de cuir contourne l’articulation et un tressage léger maintient le pied dans sa cambrure altière. Des creux et des bosses comme un dessin de peau et de muscles, des jambes havanes qui se déploient avec grâce, contenant une force racée. Une épure séduisante qui reprend au creux du genou pour s’ouvrir sur des cuisses merveilleuses que la lumière brillante caresse et qu’happe le rebord en dentelle sans pour autant masquer ce qu’elles deviennent au dessous.

 

La jupe plisse, vole, retombe languissamment, elle flotte sur l’air aux parfums indescriptibles, fixée à la taille par une large ceinture de cuir rouge. Puis c’est un buste de femme, un buste équivoque, solide et alliciant à la fois, ancré sur des lombes courbes au cintre assuré, musclé mais subtil. Un buste de femme, de vraie femme, revêtu d’un tricot de laine fine, noire. Il n’a pas de manches, c’est un maillot d’été, une bretelle est tombée sur le bras, on voit toute l’épaule, bistre ronde, bien faite. Elle luit de sa force et de sa grâce, elle bouge accompagnant la marche chaloupée. Le bras danse dans l’air, il est un peu gras mais plus beau de ce fait. Il a la fermeté de l’âge mûr, le triceps replet mais fort, continuant le galbe de l’épaule. Au coude un pli, un pli d’âge qui charme qui envoûte. Elle n’est plus jeune, à tout le moins fille. Elle est femme... Et parfois lorsqu’elle avance trop le pas , son corps se vrille laissant paraître le profil de ses seins, alors je vois l’orbe de sa poitrine, belle, haute, ferme. Elle bouge au gré de l’enjambée, monte et descend d’un trait. Elle est d’autant plus belle que l’âge n’y a point mis la main. Belle parce qu’entrevue, fière de sa rondeur pulpeuse. Le dos me précède et s’accourcit sur un cou qui semble surgir des épaules sans pouvoir s’en détacher. Un cou altier, noble, musclé et féminin qui tend la rondeur alourdie du dos. Un port crâne, généreux. Sur lui coulent des cheveux d’ébène, de jais. C’est une femme, une femme pleine de désir que l’on a d’elle, pleine de promesses tendres que son allure laisse entrevoir, un charme, une envie... une possession. Elle avance nonchalamment, prise par la lumière qui semble émaner de sa chair, luisant de son ambre dans la lumière attiédie de l’air. Je la suis et m’en imprègne, elle entre en moi en sensations, en émois, brisant toutes les reliques de passion qui trônaient dans mon souvenir... elle m’investit. Elle... elle n’est plus !

 

Et brutalement S... sortit de son hébétude. En ses yeux, comme un feu, une braise de fascination, d’enchantement. Une grande fatigue, un doux abattement encimbrait son être. La salle s’était rallumée.

 

- Ca alors ! s’exclame Eléonore, ça alors :! tu parles d’un truc ! on se serait cru au ciné. Où vas-tu chercher des choses pareilles !

 

S... émit un faible sourire et pensivement se remit à l'ouvrage. Cette nuit certainement il irait à l'encontre d'elle, la rejoindrait, la verrait... lui parlerait.

 

- Peut-être que tu la connais? Car, mince, on ne peut pas inventer quelqu'un tout de même! Renchérit Colette (Je suis sympa vu le nombre de prénoms possibles non?).

 

Certes, ce n'était pas idiot, il l'avait croisée, qui sait? Dans l'agitation de la vie et son inconscient seul s'en était émerveillée... et puis non! L'inconscient n'agit pas ainsi, aussi explicitement, elle n'est pas l'objet du message, c'est un prétexte. Et pensant cela, il avala le reste de la journée, par à-coups.

 

Chaque jour devint identique au précédent dans son déroulement: la récapitulation de la nuit et la fuite du rêve muet.' Il devint esclave de sa recherche refaisant quotidiennement le parcours nocturne jusqu'à l'instant de la rencontre. Mais la livraison du message ne se faisait point, tout semblait appartenir à l'autre monde, celui de derrière les paupières fatiguées. Un monde transcrit partiellement le jour, en bribes, en dentelle d'impressions ténues et sibyllines; un monde étale, inaccessible au jour, refusant les mots et les descriptions. Cela il le comprit mais ne renonça pas pour autant à sa quête. Le ferment. Sa lucidité s'usa au fil des courses introspectives, se languissant d'une femme fuyante au sein d'une flavescence éthérée...femme brune à l'avance inexorable. Femme poison qui instillait la passion, plus à chaque fois. Mais cherche-t-on vraiment à atteindre l'objet d'une passion? N’est-il pas un artifice? L’amour n'est-il pas le seul objet de l'amour?

 

Sa raison fut ébranlée et se débanda en une folie incessante et obstinée. Il lui fallait absolument dormir, dormir maintenant et jamais, dormir à dessein de la rejoindre, de la vivre, de l'étreindre d'un regard fou. Partir derrière le sommeil pour terminer cette marche anonyme. Il aimait un songe, un songe enivrant et dément, un rêve alcoolique et brûlant. Il dormit donc se réfugiant dans le sommeil, s'y rencognant, pour consumer ensuite son éveil dans le décodage des succincts souvenirs qu'il réussissait à soutirer à la pénombre.

 

Le temps et la passion firent leur ouvrage de destruction et S... ne fut bientôt plus qu'un être ahuri, prisonnier du délire. Nul n'avait pu le dissuader et chacun suivait la progression de sa déchéance sans y pouvoir mais. Dormir, antienne de son esprit, lamento de sa transe. Il savait que durant ses nuits, il la voyait, la touchait peut-être, mais le jour s'obstinait à ne pas lui dire. Alors, il voulut côtoyer de plus près le sommeil, plus souvent, espérant qu'un jour il lâcherait sa prise.

 

Mais le corps et la pensée ne consentent que congrûment à dormir, il s'abandonna donc à l'artificiel et se l'allia pour partir plus avant dans les méandres de nuits allongées.

 

Il avait vu son visage, il le pressentait dans l'abrutissement médicamenteux qui le tenait. Mais cette annonce appartenait à l'autre vie. D'ailleurs où vivait-il? Ici ?! Là-bas ? Ou dans un monde, chimère des deux? Il ne savait plus. Prisonnier de cette hantise, il n'agissait plus sensément et augmentait à l'envi la dose des somnifères sans pour cela obtenir gain de cause. Et le drame arriva... en pouvait-il être autrement? Un jour, un matin, on ne sait, il alla trop loin dans ce paysage étranger, elle le mena hors du parc afin de lui parler et l'emmena hors d'ici, dans la nuit. Peut-être? C'est Ghislaine qui le trouva. Venue s'inquiéter de sa santé, elle trouva porte ouverte, son ami gisant dans son lit. Les secours d'urgence ne purent rien, tout fut tenté pour le ramener au jour. Son coeur seul battait, machinal, l'esprit lui n'était plus là. On le garda 'en réanimation mais on se résigna. Coma dépassé! Diagnostic laconique. On le mit au rebut de la vie parmi les tubes et les machines. De temps à autre on venait voir, remplir les fioles et les flacons... routine.

 

L'infirmière de garde avait fini sa tournée et fumait tranquillement sa cigarette, regardant la nuit par la fenêtre, près de la relique assistée de S... Les machines soufflaient répétitivement leurs bruits, la porte s'ouvrit. C'était la veilleuse de nuit qui effectuait sa ronde.

 

- Tout va bien? demanda-t-elle.

 

- Oui, mais entre, répondit l'infirmière.

 

- Bon, mais pas longtemps.

 

Et toutes les deux discutèrent dans cette chambre de sommeil éternel. La garde, comme elle l'avait dit, ne resta pas longtemps. A l'instant de sortir, jetant un oeil sur S..., elle dit à sa collègue:

 

- Dis, t'as vu le gars?

 

- Et ben quoi?

 

- Rien, mais regarde, il a comme un sourire, on dirait qu'il rêve.

 

 

 

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Published by Etsivousosiez - dans Nouvelle
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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 18:57

Sombres obscurs, il pleuvine dans la rue,

 Des larmes froides, et des flocons de peine,

De la souffrance, voici donc les enrues,

Et du vent qui souffle, la mauvaise haleine.

 

Danse au-dedans sur les sinistres notes,

Berce ton âme, dans le roulis des angoisses,

Du funeste bal maudit, tu seras l’hôte,

Prélat, qui psalmodie en la paroisse.

 

Chants et murmures de la pénible antienne,

Le fredon du dedans, douleur des jours,

Rien, rien m’empêchera qu’elle ne reste tienne,

Ombre de l’âme, sous le vieil abat-jour.

 

La procession intérieure, marche l’amble,

Sur le pavé luisant des nuits prisonnière,

Crépuscule des pensées qui se rassemblent,

Se perdent, s’enlisent au-dedans les ornières.

 

Il dodeline, chenille, ce désir en deuil,

Procession allant le long de la rue,

Au loin là-bas, où nul ne se recueille,

Va des hiers, le corbillard perdu.

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Published by Etsivousosiez - dans Poèmes
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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 12:30

En des mots incertains, par des idées confuses, à la tombée de ce crépuscule intime, j’irai…j’irai. Nul besoin de chercher, de questionner alentour, la sente est évidente, il suffit de se laisser porter, le chemin chacun l’a en lui déjà tracé.

Il me faudra pourtant me départir de mes habits, de ces vêtements de civilité, de ces choses si absurdes dont on se pare pour laisser croire que l’on est ainsi, convaincre autrui qu’on lui ressemble, qu’on est pareil, évidemment pareil.

Laisser en tas ces habitudes et les masques, toutes ces bonnes manières et les sourires afférents. Rassembler les mimiques et les mots, ou alors les disperser, afin que nul ne puisse les récupérer et reprendre l’escroquerie.

Quand tout cela sera fait, que plus rien ne sera, sinon le corps et ses instincts, il me faudra m’agenouiller et me forcer à vomir, longuement, avec insistance. Les doigts plongés dans l’âme j’expulserai tout mon fiel, par petits jets, larmes aux yeux et acidité dans la gorge. Vider mon être, par spasmes douloureux, de sa morale, de son éthique, de son altérité, de ses salissures, de sa beauté, si tant est qu’il en reste des traces...dans une violence unique, assécher mon humanité, créer le néant par la force, et me dépouiller de moi même…enfin.

Peu à peu, au fil des soubresauts, la bave aux lèvres, je redeviendrai une bête, non pas celle qui existe en moi et s’emmêle dans mon humanité, aux nuits des pleines lunes de la raison, me rendant bestial à l’occasion des colères et des haines apeurées ! Non, peu à peu, lentement je retrouverai cette animalité, non pas immanité, bestialité, mais cet état de vie dépourvue d’intention, de préjugés, celle qui conjugue le présent sans savoir le conditionnel, ni n’a le souvenir des hier, sinon dans l’expérience des dangers. Celle qui ne se projette pas dans un futur ni ne l’appréhende, en tous les sens du verbe.

Dans cette douleur de l’expulsion, je perdrai sciemment l’horreur d’être un Homme pour devenir un animal, un vrai, sans calcul, sans préconçus, sans volonté, sinon que celle de vivre et de le ressentir pleinement, intimement, indépendamment d’autrui. A jamais j’oublierai, le mépris, la cruauté, la volonté, la soumission, le ressentiment, l’amour et la haine sa pareille, et surtout la consubstantielle hypocrisie, l’inhérent mensonge... des jours meilleurs.

Ce jour là, je ne serai plus ni pour moi, ni pour autrui, dans une quelconque représentation... libéré des pensées et des questions, des croyances, libre dans l’incertitude des lendemains, loin du mensonge, du mien et de celui des autres... sans la peur du temps qui passe, ni le souci des contradictions et des contingences. Ce jour là, les promesses n’auront pour moi plus de sens, et l’espoir n’aura plus de place. Je ne tricherai plus d’avec moi-même, ne me payerai plus de mots, je ne serai plus dans mes questions, mes doutes, et mes peurs ne seront que charnelles... et mes frissons chair de poule. Je ne penserai plus, et par là donc... ne serai plus... J’existerai tout simplement dans ce que je serai, et plus dans ce que je penserai être, ni redouterai d’être en moi ou en autrui. Ce jour là, je serai libre de tout, plus rien n’aura prise, la vie ne sera pas une obligation, une peur, mais un fait !

« No cogito ergo no sum »

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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 11:10

i-vitelloni.jpgLa rue est déserte livide,

Noir et blanc, la nuit s’y balade,

Long trajet d’un jour qui se vide,

D’un jour qui s’embouque malade.

 

Cinéma intérieur, pellicule sombre,

La plage, dans la brune s’étend,

Au loin, l’écume est grise dans la pénombre,

Il n’est personne qui ne s’attend.

 

Silence de la vie, silence de la rue,

Oisifs, ils errent en leur dedans,

Sur une bande son musique entendue,

Ils traînent, tout en se regardant.

 

Chacun espère son ailleurs

Ce clair endroit sans miroir,

Autre reflet bien meilleur

D’une acceptable mémoire.

 

Errance des uns, amours des autres,

Il pleut, sur les popelines,

L’orage gronde et au loin se vautre,

Sur ces âmes qui lambinent.

 

Flânes et langueur du soir

Dans l’insipide néant,

En l’étouffant désespoir

De leurs instants fainéants.

 

Lent ballet qui dessine l’errance,

Carnaval et traîne des jours,

Baisers volés aux lèvres garance,

Dans ces ruelles abat-jour.

 

Les larmes coulent, dans la plainte des cœurs,

L’on se cherche mais ne se trouve,

Dans l’imbroglio de ces feintes rancoeurs,

Lentes les peines s’accouvent.

 

L’hiver tisse et tend sa courtine,

Douce prison de mélancolie,

De l’heure des vêpres aux matines,

Souffle le murmure d’un vent coulis.

 

Chacun triche d’avec soi, long mensonge,

En l’attente du printemps,

Où s’en viendront éclorent leurs songes,

Et promesse de beau temps.

 

Amours volages, rêves insensés,

Jambes longues gainées de nylon,

Regards peu sages, filtre des pensées,

Leur désir s’avance à reculons.

 

Partir, changer l’ici pour un ailleurs,

Vain serment qu’ils se font,

Et qu’ils ne sauront tenir d’ailleurs,

Embouqués en ce fond.

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15 juin 2011 3 15 /06 /juin /2011 17:35

Encore un fond de tiroir!

 

Parfois, parmi les autres, aux instants de rumeurs, de foule, d'agitation, sortez de l'ambiance, soustrayez vous de l'atmosphère commune, et regardez les autres, ces semblables qui nous disent de façon si limpide lorsqu'ils nous dérangent. Cessez de parler, de faire partie du moment, et commencez à regarder, à entendre sans essayer d’écouter, abstrayez vous du décor et devenez observateur d'autrui! Simple voyageur, sentinelle impassible de ce temps qui défile sans vous y inclure. Passager des autres.

C'est incroyable ce brouhaha qui nous caractérise, ce besoin de parler, de débiter à toute vitesse des mots souvent pour ne rien vraiment dire. C’est comme un énervement, une cohue d’invectives qui s’interpellent, tout s’agite en tous sens. Prenez le temps d'éprouver ce surprenant sentiment que tout s'accélère, que les autres s'emballent, qu'ils deviennent incompréhensibles, étrangers à votre sensation d'être, comme d'un coup par le simple fait de les observer, en étant extérieur, ils vous apparaissent étranges! Ils semblent se précipiter et vous vous alentir !

Les mots deviennent inaudibles, semblent un salmigondis indéchiffrables, un charabia pitoyable et ridicule réduit aux seules vibrations qui le constituent. Les gens s'agitent, et vous vous demandez pourquoi? A quoi bon tout cela ? Toute cette énergie dépensée, ces mouvements désordonnés! Il vous semble assister à un spectacle auquel vous ne comprenez plus rien, une pantomime désordonnée qui n'a aucun sens! Comme si vous en aviez perdu le livret, vous étiez égarés dans cette salle de concert.

Pourtant tout est signifiant, signification... tout est humain, logique, normal, évident, pour ceux qui se débattent devant vous. Et de vous demander comment ils peuvent supporter ce bruit, cette frénésie, ces paroles qui s’entrechoquent et ne cessent de s’écouler bruyamment des ces bouches qui se déforment. Ce n’est plus qu’un amalgame de sons et de lumières, un insupportable environnement de stimulations que votre cerveau n'arrive plus à analyser, vous donnant la sensation de tournis, d'une mauvaise ivresse... d’un contre temps...d’un contre champ.

Plus vous prenez du recul, plus tout cela parait vain, inutile, déroutant, comme un mauvais rêve inquiétant, mais si étonnamment explicite. Il vous semble que ces deux espaces se confrontent, le vôtre et le leur, s’aheurtent puis s'entremêlent, restant malgré tout si distincts dans ce mélange incongru, évoluant à des vitesses différentes mais connexes. De prime abord il appert que votre lucidité prévaut, tout en vous le confirme et vous rassérène, mais une sorte de doute se fait, vous interpelle cependant, subreptice: et si ce n'était pas vous qui deveniez anormal(e)? Et si... mais non !

Essayez cela, lorsque la foule se met à s’agiter dans la banalité du commun, tout en ayant à l’esprit que parfois d’aucuns le font en vous regardant, en sachant que vous êtes partie prenante du tout, ce tout, qui sur l'instant, vous apparaît saugrenu, bizarre, déroutant, angoissant même! C'est un peu comme quand on répète un mot et que d'un coup il perd toute signification, devenant dans sa prononciation, sans saveur, insensé, et de vous demander pourquoi donc l'a-t-on inventé, tant il semble qu’il est brouillon, heurté, laid et imprononçable!

Parfois, dans l'évidence, la banalité du quotidien, de notre pleine et caractéristique humanité, dans l'assurance de ce savoir qui nous habite et nous rassure, il est des instants farfelus qui nous ramènent à notre juste valeur, cette autre mesure de nous même, et surtout nous montrent combien est complexe et abstraite cette certitude de l'être! D’être parmi...les autres.

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15 juin 2011 3 15 /06 /juin /2011 16:46

J'ai beaucoup écrit sur la Femme, la sublimant, l'inspiration étant assez... rétive, en ce moment, je fouille les recoins de mon disque dur à la recherche d'anciens textes, j'ai retrouvé celui-ci qui date d'il y a 3 ans! Désolé dames fidèles, mais il n'est pas très gentil celui-ci :-) Promis dès que mon coeur et mon âme retrouvent l'envie de sublimation je me ferai pardonner de ce poème...  il n'est pas cependant une généralisation de la Femme n'ayez crainte :-)

 

Ombre du dépris, son regard si noir,

Mots tranchants, silence manigance,

Elle passe fière, semant le désespoir,

Guindée dans sa beauté d’arrogance.

 

Âme cruelle, avide d’elle-même,

Reflet dans le regard des autres miroir,

Curieuse de son image qu’elle aime,

Silhouette lascive d’une femme en noir.

 

Dans la gourmandise des désirs infligés,

Elle passe, se délecte, et afflige.

Enfant perdue dans ses amours figées,

Du passé se venge, et les espoirs attige.

 

Qu’est-il au fond de ses yeux fardés ?

Dans ce cœur de granit qui ne bat plus ?

Sa peau est tiède, son âme lézardée,

Des sentiments, n’ayant que le surplus.

 

Rien ne changera ce chemin de torture,

Cette route sienne qu’elle suit,

Déposant çà et là, sa cynique froidure,

Sur ces attentes qu’elle poursuit.

 

C’est une ombre magnifique et terrible,

Qui se glisse et recouvre son amant,

Puis, au plus profond pénètre sa cible,

L’étouffant ainsi, langoureusement.

 

Lame d’un regard emplit de dédain,

La voilà qui passe, méprisante et fière,

Qui s’éloigne vers son lendemain,

Sans soucis, de son meurtre d’hier.

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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 18:50

PhotoFunia-1058f1.jpgAssise sur le bastingage,

Silhouette par-dessus les voiles,

Esquisse, sur ce ciel sans nuage,

L’horizon dessinant son voile.

 

Vos lèvres, ce sourire si léger,

Se figent les choses et l’instant,

Les cieux, par le vent allégés,

Et vos yeux, arrêtant le temps.

 

On les sait, clairs comme l’océan,

Brillants, composés de l’azur,

Pleins de lumière délinéant,

Du charme, la pleine démesure.

 

Apaisée, calme et souriante,

Attendant, que parte le navire,

Les mèches au vent, ondoyantes,

Sirène, qu’un bandeau vient sertir.

 

Femme, si sensuelle rebelle,

Sereine, emportée par les ondes,

Insaisissable, femme si belle,

Sur les vagues, parcourir le monde.

 

Et la voile frissonne sous le vent,

Elle se gonfle, fasèye et s’étire,

D’un lent mouvement vous enlevant,

Au loin, le voilier se retire.

 

Je vous regarde vous éloignant,

Ombre secrète et si soyeuse,

Instant si fol et si poignant,

Qui vous emporte mystérieuse.

(13/06/2011)

 

 

 

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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 14:23

Le café est chaud, machinalement il souffle dessus tout en conversant. Cependant au fil de la discussion sa pensée fuit, va ailleurs et lentement lui dessine un décor, une histoire, autre, avec les mêmes protagonistes mais plus intime, plus osée.

Elle lui parle, il la rêve. Face à face ici et là-bas ; paroles ici, regards là, intimité, complicité et langueur. Devant, sans un mot dans un silence trouble qui envahit la tête et pénètre la chair. La viande frémit et se tord au-dedans. Un spasme qui court jusqu’aux entrailles et envahit les tissus. Il dégage sa main et doucement la porte vers son bassin.

Elle parle de choses d’autres et lui il répond, moitié présent et moitié dans son fantasme qui s’épanouit.

Sa main glisse sous sa ceinture tandis que le regard reste fixe en liaison avec elle. Elle observe sans ciller, sans parler. Cette attitude semble commander les gestes. Déjà les vêtements s’ouvrent et libèrent la tension d’une chair qui se gonfle, qui s’emplit d’une fureur organique et émotionnelle. C’est chaud et impudique et pourtant il continue, le regard rivé aux yeux qui l’encouragent.

Le café emplit sa bouche et la déglutition se mêle au trouble qui s’installe, derrière dans l’autre histoire. Elle parle et lui s’enivre sans pouvoir se retenir.

Sa main saisit son sexe, c’est chaud, dur, humide et délicieusement troublant. Elle, elle ne dit rien. Lentement ses jambes se détendent et s’entrouvrent les cuisses que la jupe peu à peu dévoile. Sa main effleure, caresse et se souille. Son corps se soûle et tremble, les forces l’abandonnent et au-dedans le noeud se noue et serre, étrangle, la pudeur incapable d’agir s’est enfuie.

Elle se lève et verse le café. Elle parle toujours sans ne rien voir, deviner. Il entre en son rêve, le ventre lui fait mal. Pourtant il répond.

Son sexe est libre, il gonfle sous la caresse et l’espoir, chaud, brûlant. La liqueur transparente s’écoule doucement renforçant l’envie des gestes et le plaisir qui en découle. Les cuisses sont ouvertes, le regard hypnotique ne se dérobe pas. Là-bas, dans la pénombre de l’entrejambe la chair désirée se laisse deviner. Un désir offert et lointain, un sexe glabre, fascinant

Pas de sucre, il se tourne et décroise les jambes. Il ne sait plus, ne contrôle plus son esprit vagabond. Le ventre tressaille jusque dans la profondeur des organes, dans les tréfonds des viscères. Elle parle, délicieusement aveugle de ce qu’elle crée, ailleurs.

Doucement il se laisse glisser sur le sol et s’avance sans vergogne l’oeil rivé sur cette intimité qui luit et s’offre dans le silence. Il est sur le dos et rampe doucement le sexe tendu dans sa main qui mine l’amour. Il s’approche voyant de mieux en mieux ces plis si sublimes qui l’envoûtent et l’appellent.

Il se lève et regarde à la fenêtre pour s’entendre parler du temps. Elle lui répond, lui se sent bien, mais il lutte contre ses élans violents qui grandissent en le sein de sa viande turgide.

Les jambes lentement entrouvertes se laissent glisser et doucement la chair luisante s’approche de son visage; chevilles de part et d’autre. Elle est accroupie au dessus de sa tête, et sur sa bouche se dépose un sexe de femme au parfum de désir, d’offrande. Il y goûte avec avidité et s’enivre de sa moiteur, de son toucher humide et lisse.

Un fond de café qu’il fait tourner dans la tasse. Elle est au bout de la pièce. Il la regarde faire mais n’y voit plus qu’un désir, un trouble sublime qui lui tourne les sens, l’envahit et le tient, d’une poigne serrée.

Elle parle, de dos.

Il mange, suce et lèche, des sons retenus s’échappent, il fouille l’intimité de sa langue et s’y enfouit. Plus rien n’existe, les senteurs, l’humidité et le goût d’aller plus loin l’emportent. Sa langue avide caresse, lape, se promène pleine d’outrecuidance et de vivacité. Elle n’obéit plus à la morale et déborde plus bas oublieuse des convenances, une rose salace, fleur de tabou. Elle, dessus lui, vivante, brûlante, se laisse envahir, les cuisses tendues par l’effort fatiguent et tremblent, mais elle tient et son corps accompagne la danse que joue son plaisir. La lumière baisse, une main lentement va convoiter ce qu’une autre main enserre.

Le temps passe, il va falloir partir. On s’embrasse. Il voudrait dire, mais ne sait comment, déjà il est dehors, fatigué et triste car au dedans se joue toujours l’instant, sans retenue.

Il roule et ne voit pas le chemin qui se déroule devant lui, dans son âme l’ébat se poursuit si puissant, si complice, interminablement fort, compendieusement solitaire...

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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 12:34
(Comme suite à l'article de la Bulle bulle et  lui offrir quelques battements  )

 

Dans le cœur des Hommes, il y a des voiliers et du vent, des embruns et des larmes... de folles chamades et des silences inquiétants... Il y est des instants de doute, des rires, des cris et des sanglots...des peurs attenantes, des fous rires irrépressibles et des frissons délicieux... dans le cœur des Hommes il y a du sang, de la peine, de la joie... ils y sont des pressentiments des colères et des hontes... de la douleur, de la souffrance, du bonheur, parfois... mais aussi du fiel.

Dans le cœur des Hommes il y a des secondes et des intervalles, de la précipitation et du calme, des emballements et de la circonspection,  des moments de stupeur... et certaines heures, aux minutes interminables.... ils y sont des rancunes, des espoirs,  des souvenirs et des projets, des images floues et des images claires... des musiques douces et des vacarmes terrifiants.

Dans le cœur des Hommes il y a du soleil et de l'ombre, des montagnes et des plaines, la vie et la mort tout autant, la haine et l’amour face à face, l’indifférence et l’indéfectibilité des attachements, dos à dos... il y a les vides et le trop, le tout et le rien... il y a toi, il y a vous, et tant d’autres encore, et plus aucune trace d’aucuns repoussés, expulsés... ils y sont des voleurs et des invités, des vandales et des âmes sacrées...

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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 12:12

Être sous le charme des belles attentes,

Dans ce couloir étroit des incertitudes,

Interminables secondes lentes,

Traîne du temps en sa flâne lassitude.

 

Chercher sur l’horizon lointain,

Dans le mauve d’un crépuscule,

L’esquisse d’un autre incertain,

En ces journées qui s’articulent.

 

Suivre du regard leur ligne serpentine,

Ondoiement des jours qui trépassent,

Infinie souplesse, douce et assassine,

Pour des âmes qui lentement se lassent.

 

Attendre et deviner leurs ombres,

Quand dans la survenue de la nuit,

Le jour s’abandonne et sombre,

En le gouffre morne de l’ennui.

 

Rester en la demeure ou s’échapper,

Fuir le défilé de ces élégantes,

Spectateur figé, au charme réchappé,

De l’ondulation de ces formes lentes.

 

En l’expectative des attentes belles,

Et l’espérance d’une aube claire,

La nuit s’étale, s’étire ribambelle,

Voile de lune, tulle mortuaire.

 

S’écoule le temps obscur, en sa langueur,

Dans le corridor des rencontres perdues,

Litanie des jours, irréfragable longueur,

D’un terne refrain, trop souvent entendu.

 

Aucune ne viendra au rendez-vous,

Au croisement des vaines attentes,

Nulle ne sera, ni toi, ni elle ni vous,

Fières silhouettes, molles indolentes.

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