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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 21:31

Tout est sale, sali, souillé, l’âme, les sentiments, les chemins...mais aussi les ruelles, le ciel et l’herbe des prairies... chaque endroit, chaque lieu, chaque mot prononcé, écrit ou murmuré... tout est sale, sali, souillé...tout.

Les paroles, les silences, les regards, les caresses, les baisers, tout est sale, sali... les rimes et les vers, la musique, les prosodies, les larmes versées, retenues, étouffées, tout est sale, sali... souillé

Les grains de sel, les grains de sable, les dunes et l’écume des vagues, la couleur de l’horizon, les reflets sur la mer, les reflets sur l’étang,  les fleurs de printemps, la neige et le gris du ciel...tout est sale, sali... souillé

L’attente, les chamades, les instants éternels, les promesses, les soupirs, les souffles et les cris...tout est sale, sali... souillé.

Les rêves, le passé, l’espoir, les lendemains  qui traînent, se traînent, la vérité, les serments, les aveux... tout est sale, sali...souillé... alors je ferme les yeux, me refusant à voir, au dehors comme au dedans, ou je regarde ailleurs, à tout le moins je fais semblant... je contrefais... me refusant à regarder vraiment...car tout est sale, sali... souillé... à jamais; ce goût de...dégoût, ce goût de rien, cet amer du vide, amertume du néant...dans les yeux, l’âme et le cœur.

Tout est sale, sali, souillé...

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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 20:50

On a volé le soleil, et le ciel tout autant,

Dérobé les étoiles, et l’horizon loin devant.

Il ne reste que le vide, et l’écho dissonant,

Des angoisses et peurs, qui résonnent au-dedans.

 

On a assassiné la lune, sous les yeux de Terre,

Bafoué sa dépouille, dans les couloirs de l’enfer,

Souillé son cadavre sans disperser ses cendres,

Pour que le rideau du jour, ne puisse plus descendre.

 

On a allumé le bûcher des derniers jours, de l’ultime nuit,

Feux de la colère, du sang qui coule, rouge et qui luit.

Il ne reste que la guerre, et le son, éternel, du combat

Qui se propage, infini, dans le désert, tout autour, et là bas.

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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 14:05

Au rendez-vous des amants

Tu n’es pas venue

Moi non plus

Chacun avait le sien, évidemment !

Tu avais beau être là

J’avais beau l’être aussi

Au vrai, tu étais là-bas

Et moi, j’étais ici.

 

Au rendez-vous des amants

Nos mots se sont croisés,

Les miens s’en allant

Les tiens d’un autre côté.

Tu avais beau me dire,

J’avais beau ouïr

Nous ne nous entendions pas

Chacun n’écoutant que soi.

 

Au rendez-vous des amants

Nos cœurs ont palpité,

Dans un singulier battement

Dans un désordre duel,

Chacun de leur côté,

Sans passion mutuelle.

Au vrai tu m’attendais

Et moi, je t’espérais.

 

Au rendez-vous des amants

Toi et moi, sans le savoir

Nous nous sommes ratés,

Croyant être pourtant.

Chacun avait son miroir

De l’amour, et de l’autre son idée

Au vrai, tu m’attendais, différent,

Et moi je te voyais, autrement.

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17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 23:56

Je t’emmènerai dans le pays de nous-mêmes, là, où toi et moi, sommes autrement. Nous ouvrirons les portes dérobées, celles que d’aucuns disent ne pas exister, mais que nous saurons trouver, pour les ouvrir doucement.

Nous irons, ensemble, plus avant, là où tout est possible, dans ce pays de l’ailleurs, où le ciel a la profondeur des attentes, et le vent la fragrance des soupirs.

Toujours plus loin je t’emmènerai, dans le crachin du désir, à la recherche de la source, par les vallées, leur brume, et les collines de ton intime à nouveau découvertes.

Par tes yeux je chercherai la route, en cet azur par tes larmes exhaussé, le tracé vers ce monde que nul avant nous n’a encore foulé. Guidé, guidé par le fredon de tes murmures, de tes mots retenus puis lâchés sans pudeur.

Plus rien ne pourra nous effrayer, même pas nous-mêmes, emportés par l’animalité de nos envies, de nos actes et de nos pulsions… mus par cet appel de la chair, dans la confusion des mots, des cris, des caresses, des regards et des morsures.

Avec toi et par toi, je remonterai le cours de tes humeurs, cette rivière aux rives secrètes et si molles, à l’écume de désir et de spasmes, dont la source de toi seule est connue, et que ta féminité abrite dans les tourbillons intérieurs.

Je boirai tes baisers goulûment  de salive et d'ambroisie, comme l’on se baffre de fruits trop mûrs et se saoule d'hydromel, dans la vulgarité de ma gourmandise, et la frénésie de cette bestialité dont tu auras ouvert la porte afin qu’elle soit enfin sans retenue.

Je fermerai les yeux pour être avec toi plus encore, mêlant nos souvenirs à l’instant, les parfums d’hier et les senteurs du moment, n’écoutant que ton souffle comme j’écoutais le vent, quand nous étions couchés, toi et moi, dans les blés de juillet. J’attendrais sa caresse tiède, prémices d’un baiser, d’un enlacement, d’une étreinte, d’une indistinction de nos corps... de nos âmes.

Plus rien n’aura de sens, plus d’hier, de demain, ni même d’aujourd’hui dans son écoulement… nous serons comme des enfants de ce monde, adolescents de cet ailleurs, sans calendrier ni éphéméride… mais aussi des adultes, par le désir et l’audace de nos corps, amants nouveaux par-dessus nos histoires anciennes, sans repère aucun, sans mémoire non plus, ni même comparaison.

Évadés de nous-mêmes, loin de la geôle quotidienne, fugitifs emportés par la complicité d’un partage, d’une envie sans vergogne, nous saurons ne plus nous retourner, ne plus chercher l’heure et l’égrènement des secondes, pour ne saisir que l’instant, le figer afin qu’il ne s’écoule plus et nous laisse réunis dans cet intervalle inventé.

En nous la poussière des âges ne saura se déposer, le soleil ne se couchera plus, ou alors s’étirera jusqu’à s’unir à des crépuscules incroyables, dans l’embrassement du ciel en des couleurs sublimes et confondues, où les mauves et les pourpres s’enlaceront dans l’azur tel un voile d’orient dont les plis sont des reflets.

En ton ventre, en le mien, seront des frissons, des spasmes, des ondes intérieures… vague scélérate qui impromptue gonfle et bouscule l’âme et les viscères, et que l’on ne contrôle pas ; cet emportement qui mène aux frontières de la vie, aux portes de l’ivresse folle et suprême, au bord de cette falaise éclaboussée par les embruns de la tempête, où le ciel semble s’être approché si près qu’il se confond avec le tout… Emportés, emportés auprès d’elle, à la côtoyer sans céder à son appel… à s’en approcher en souriant, en souriant à la mort, pour lui dérober cette part de la vie méconnue, inconnue, dissimulée en son giron, dans la brièveté et l’intense des émotions, ce ressenti magnifique, si fugace, si flou et insaisissable... si terrifiant.

Aller plus avant encore et sans crainte, dans la précipitation des chamades, sentir nos cœurs battre au travers de la peau, toujours plus amplement, s’agiter dans le désordre, échappant aux contrôles intérieurs, pour se cogner au-dedans si sourdement, au point de vouloir exploser et jaillir par-delà nos poitrines, dans un geyser de désir fluant pourpre et chaud. Sentir ces palpitations remonter jusque dans nos gorges, sourdre en nos intimités, se répandre dans nos oreilles par derrière les tympans, en une pulsation violente et spasmodique, puis de s’écouler, ailleurs, dans ces humeurs suaves, collantes, acides et impudiques.

 

Il est ce monde, cet ailleurs, cet univers aux couleurs différentes, où le vent à la tiédeur des soupirs, la pluie la moiteur des appels, et les nuées le contraste des mauves et des pourpres enlacés. Chacun le sait, le sent, le cherche, l’appréhende, et rarement le trouve. Il faut être deux pour en défricher l’entrée, pour s’y glisser doucement, ou violemment encore, dans une frénésie et un désir partagés, construit, ensemble, par les attentes et les provocations, les regards et la fuite des yeux. Petit à petit dans l’abandon des conventions, nourri par les amours et les déceptions d’auparavant, enrichi du frisson des mots, des vibrations internes, des images de l’instant et de celles que l’on se refusait juste avant. Ce monde où l’on devient spectateur de nous, acteur de soi et de l’autre, où chaque geste en entraîne un nouveau à sa suite, comme un complément qui le renforce, le fait perdurer, construisant cet amalgame du plaisir, du désir, ce mélange inédit de paroles, de peau, d’humeurs, de regards, de gêne et de caresses, d’outrance et de douceur. C‘est un tout fait de l’addition des détails, magnifique dans son ensemble, unique dans son accomplissement, mais où chaque partie devient aussi un tout, par le biais de l’acuité nouvelle qui s’est faite jour en cet ailleurs… un tout riche de l’infinité des choses que l’on ose y mettre et y trouver.

 

Un jour tu m’emmèneras là-bas, car sans toi jamais je ne trouverai la porte de ce monde enfoui en chacun, mais qui n’est accessible qu’à ceux qui savent s’unir pour le faire exister.

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 19:52

J'avais lu sur un blog  un poème d'une inconnue qui contait un instant avec son amant, j'ai eu envie de reprendre son idée et de l'écrire à ma façon... la fin étant de moi.

 

J’offrais à sa langue curieuse mon impudeur nue,

A la fois acide et sucrée sous sa gangue,

De mon corps libérant le plaisir sans retenue,

Tel le parfumé nectar d’une mangue.

 

Mes reins, mes lombes cambrées réclamaient,

Que mon amant enfin éteigne la flamme,

Et par mes soupirs s’en vienne la souffler,

En un instrument qui susurre ses gammes.

 

Il allait et venait, doucement, en mon antre,

Comme un sésame cherchant la serrure secrète,

L’huis caché bien au chaud de mon ventre,

Dans le dessein, d’y libérer son explosion muette.

 

Quand son désir fut assoupi, et mon feu contenu,

Cette envie d’amour mollement s’éteignit.

Il n’était que lui pour l’assouvir sans retenue,

Lui mon amant, mon bel aimant de la vie.

 

Me quittant sa main glissa sur la mienne,

Et ce fut comme un instant d’éternité.

Il partait, mais son âme n’était plus sienne,

Pour toujours à sa jumelle venait de se lier.

 

Dans la solitude des draps je cherchais l’instant,

Par mes doigts sur ma peau, la trace des souvenirs,

Sentant s’écouler en moi l’absence d’un amant,

Qui m’avait quitté, pour ne plus jamais me revenir.

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 19:35

Pas après pas, dans la ville,

Éclats, reflets de vitrines,

Ondes foules ainsi viles,

Coups de cœur et de poitrines.

 

Ombres qui s’échappent

Qui se dressent et qui s’étalent,

Impalpable chape

D’un invisible étal.

 

C’est la rue qui défile,

En des milliers de pas,

De chemins qui s’enfilent,

Mais ne se croisent pas.

 

Coups de pinceaux,

Sur des murs assombris,

Vétustes rinceaux,

Par-dessous les lambris.

 

Précipitations et bruits

De ceux qui piétinent,

D’un monde déconstruit,

De sombres latrines.

 

Silhouettes qui s’interpellent,

Langage des sémaphores,

Ramassage des poubelles,

Calicots et anaphores.

 

Portes vitrées et ascenseurs,

Abri de bus, publicité,

Humeur vitrée libre penseur,

Cris de rébus dans la cité.

 

Agitations et bousculades,

Files d’attente,

Dans le refrain et la ballade,

De pluies battantes.

 

Stationnement horodateurs,

Trottoirs achalandés,

Propos insanes laudateurs,

D’une ville enguirlandée.

 

Étrons canins mille enseignes,

Façades étonnées,

Badauds perdus que l’on renseigne,

Maussades bétonnés.

 

Jour de marché indifférence,

Parcmètres et timbre amende,

Passage piéton incohérence,

Colères et réprimandes.

 

Terrasses et marche pied,

Priorité, sens interdit,

Persiennes et vieux papiers,

Par un soleil bien étourdis.

 

Pas après pas, s’enfuit la ville,

Éclats des choses signifiées,

Dans l’apparence du Code civil,

D'à-coups de cœurs là magnifiés

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 18:07
( Lire à partir de 1min17 de musique)

 

Dans la nuit, il y a le vent,

Du crachin sur les blés,

Des nuages grasseyants,

Au levant dans l’emblée.

 

Des mirages dans la tête

L’insomnie qui câline,

Ecrivant son entête

Telle une onde saline.

 

Au plain milieu des lins,

Des géantes le tournis,

Eoliennes moulins,

Ombres étranges ternies.

 

Vos paroles nocturnes

Si lointaine invisible,

Sous la lune taciturne

Aux soupirs inaudibles.

 

Des mots, dans la pénombre,

Des silences éloquents,

De la gêne l’encombre,

Ce délice provocant.

 

En le sommeil des choses

Des autres alentour,

Dans la brune se déposent

Nos murmures tour à tour.

 

Chamade pulsation,

La pluie sur les fenêtres,

La sorgue, l’hésitation,

L’impossible peut-être.

 

Des questions, des pourquoi,

En le temps qui s’arrête,

Ne sachant plus dire quoi,

Quand les âmes s’inquiètent.

 

L’attente, sa vanité,

Vos propos qui résonnent,

Emplissant la nuitée,

Où l’esprit déraisonne.

 

Des mots puis des images,

Des yeux, une silhouette,

Dehors s’ébat l’orage,

La nuit n’est plus muette.

 

Il y avait vous et moi,

L’obscurité secrète,

Il n’était que nos voix,

Que nos voix si discrètes.

(15/07/2011)

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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 17:52

S... rentrait à pied, il était dix sept heures, un peu plus même, le soleil campait déjà vers l'ouest et la chaleur du jour s'étalait sur la ville. C'était l'été. Bon j'explique franchement, sans ambages: S... c'est le personnage principal de l’histoire et s'il rentre à pied c'est que c'est important sinon je ne me serais pas cassé la tête pour cette introduction. En fait, j'aimerais montrer qu'une vie peut parfois, souvent, changer, être changée du tout au tout à partir d'un évènement, qui, au départ, n'en est pas un. En résumé, S... est un type banal, du commun, petit cadre, travailleur, heureux de son sort, surfait dans la matérialité de son confort, disons une pièce de l'échiquier social, pas le roi, un pion somme toute.

 

Ayant (là, je reviens à la nouvelle) du temps, S... opta pour un chemin des écoliers plutôt que de rentrer de suite, et se mit à flâner sur les rives du fleuve. Quel fleuve? Objecterez-vous. Peu importe, en périphérie de ville, au centre, c'est pour le décor de la scène, pour faire ressentir la quiétude estivale qui se dégage du lieu, la banalité de laquelle tout va s'ensuivre. C'est de l'artifice d'écriture, du complément circonstanciel de lieu. On y va ?

 

L'air fleurait bon, un léger vent coulis promenait les effluves du jour, et la fraîcheur de l'eau (puisque c'est près d'un fleuve) adoucissait cette moite fin d'après-midi. Des bruits divers de l'été, discrets, venaient en touche finale achever ce tableau: cris d'enfants, ramures bruissantes, clapotis, crissements de graviers, souffles de la circulation, maints sons de maintes sources, un climat en quelque sorte. S..., la veste à l'épaule, séduit par l'environnement, eut envie de s'asseoir sur l'herbe d'une pelouse fraîchement coupée. Si, si, il y a Souvent des pelouses auprès des cours d'eau. L'odeur du gazon s'imposait à lui et rendait encore plus désirable ce besoin de nonchalance.

 

Il posa donc sa veste ( celle qu’il avait à l’épaule) sur le sol et s'y assit. Description: une jambe allongée, l'autre pliée, un coude sur l’herbe, la main jouant avec le gazon ras, l'oeil curieux qui va et vient çà et là. Une scène de début du siècle, une sérénité issue de l'impressionnisme, rien que d'anodin en cette saison de vacances et de bon temps.

 

Sur le chemin de halage, des sportifs en herbe trottaient hardiment au rythme d'une allitération intérieure qui scandait: "souffler pour ne pas boursouffler, c'est ça la recette du succès". Foulée preste, pieds qui se traînaient, petits pas et grandes enjambées, torses droits, cassés, amples ou frêles, sueur, rougeur, pâleur, souffle court, pantelant, bras en branle, épaules rigides, membres ballants, corps projetés en avant, on courait de mille façons, on courait peu importait comment. Mais pourquoi, ces gens couraient-ils? Pensa notre flâneur; pourquoi tant d'effort et de fatigue sous un tel soleil alors qu'il est tellement mieux de ne rien faire? Alors qu'il réfléchissait à cela, l'un des athlètes s'arrêta non loin de lui. Il dégoulinait d'une épaisse et brillante transpiration qui scintillait au soleil .renforçant la couleur brune de la peau (c'est pour l'image, c'est de la littérature estivale !). Un homme dégarni, frisant la quarantaine, le bedon naissant, le mollet sec mais plein, plein de vigueur. Il portait le costume de l'effort: culotte courte ou short, maillot de débardeur et chaussures adaptées d'un prix bien au-dessus de la moyenne. Un habitué de la torture pédestre.

 

S... se prit à l'analyser, du coin de l'œil, étudiant chaque partie de cette bruyante machine à courir sous le soleil. L'autre, l'observé, l'éphèbe des bords de fleuve reprenait tant bien que mal son souffle qu'il avait égaillé dans un effort évidemment surfait pour lui. Il était blanc, émacié, un vrai linge élavé qu'agitaient des soubresauts, des tressauts, des quintes et des trémulations spasmodiques... on eût dit un barbon valétudinaire en proie à une phtisie, un cacochyme tubard victime d'un vicieux crachat obstinément accroché au détour d'une bronche mal dilatée. S... s'amusait de tant de souffrance voulûment provoquée, masochiste, et continua à détailler le quinteux.

 

Ce dernier, après le prodrome d'une asphyxie par abus, récupéra son bien. Valide, dès lors il entreprit un curieux manège: portant une main sur le poignet de l'autre, il se mit à consulter sa montre, sans ciller. Le curieux des plates-bandes publiques  (c’est pour éviter une répétition, en primaire l’instit nous avait bien averti de cela, éviter les répétitions !) se redressa afin de mieux contempler la scène. Que faisait donc ce miraculé de la tuberculose épisodique? Après quelques instants qui parurent un morceau d'éternité, un fragment dirons-nous (tant l'attitude du coureur était originale) l'autre, l’homme aux mollets nerveux, lâcha la prise et se mit, semblait-il, à réfléchir pour d'un coup, tout à trac, repartir dans une gestuelle insolite. Il sautillait en gigotant, membres inférieurs, supérieurs, mains, tête, épaules, bref tout ce qui pouvait être secoué, le fut. Après cela, l’impétrant en muscles entreprit un rituel gymnique, il alla sur la pelouse et exécuta moult exercices aussi compliqués et douloureux, à en voir les grimaces qui fardaient son visage, les uns que les autres. Ce faisant, il prenait un air sérieux, concentré, plein d'application qu'il était, réalisant chaque abstrus mouvement avec soin et détermination.

S... étonné crut voir en ce chaland agité un de ces nouveaux adeptes d'une religion venue du fin fond de l'Asie, une chinoiserie de là-bas, de derrière l’horizon de l'ignorance. Le spectacle dura ce qu'il dura et, bien que très attentif, notre intrigué héros n'y comprit que goutte. Après analyse, il avait face à lui soit un malade, pour si savamment se torturer, soit un grand prêtre d'une asiate philosophie. L'homme caoutchouc d'un coup décida que cela suffisait et stoppa ses exercices douloureux pour aussitôt reprendre la pose contemplative, montre à l'appui. L'épisode sportivo-mystique achevé, le quidam s'octroya un instant de détente auprès du témoin. Je sais témoin ça ne fait pas joli, mais sachez qu'un écrivain a des impératifs de syntaxe, donc afin de ne pas me répéter (là je me répète), je remplace S... par témoin. Reprenons. Ils étaient côte à côte, l'un curieux de l'autre, l'autre béat, content de ce qu'il venait de faire, seul d'ailleurs à savoir pourquoi. Pourquoi au juste?

 

S... n'acceptant pas le doute interpella son voisin:

 

- Pardon!

 

Belle entrée en matière, éculée, mais efficace. L'individu au repos tourna la tête et de son étonnement fit savoir qu'il attendait plus ample explication.

 

- Excusez cette intervention quelque peu incongrue, poursuivit S..., mais pourriez-vous, s'il vous plait, m'expliquer ce que vous venez de faire?

 

- Bien sûr! répondit l’homme à la tenue de sport.

 

Et il partit dans un interminable et volubile discours, explication dont les maîtres mots étaient: santé, sport, hygiène, souffle et cœur, jeunesse et le toutim.

 

Cela fit brouillon dans la tête de S... cependant le plus bizarre résidait dans les deux scènes contemplatives, à quoi rimaient-elles? Il fit part de son interrogation et l'homme de Praxitèle s'ouvrit gentiment à lui. La discussion s'alimenta de confessions et de rires, s'étala et bien sûr déboucha sur un silence, dès lors ils n'avaient plus qu'à se quitter, sur des promesses de se revoir, ce qui se fait rarement, mais bon ça mange pas de pain, sur le coup ça fait plaisir, c'est ce qu'on appelle: communiquer. Chemin rentrant S... récapitula le peu qu'il avait retenu de la leçon et se promit d'en avoir le cœur net. Pour éclaircir le problème il irait voir un orfèvre en la matière, un spécialiste de la question: un cardiologue.

 

Faisons ici une pose à dessein de préciser le caractère, le profil intime du héros car celui-ci conditionne la réaction citée précédemment, donc l'histoire. S... est un homme têtu, minutieux voire maniaque, qui va au bout des choses parce qu'il faut y aller, par défi. Mais il est aussi inquiet, pétri d'angoisse pour des vétilles. C'est un homme qui, lorsqu'il s'implique, le fait jusqu'au terme de l'aventure, le plus extrême par orgueil, attitude obsessionnelle. Il aime savoir pour savoir et souvent il se lance dans des recherches sans que l'on puisse comprendre pourquoi, s'entichant de nouveautés que d'aucuns ne verraient que comme des futilités. En gros voici l'homme: tout à chacun avec ses fadeurs et ses surprises.

 

Rendez-vous fut donc pris. Vint le jour, attente, lecture, croisements et décroisements de jambes, relecture, jeu de mains, regards, soupirs, lecture, bref je passe car ce n'est pas important. La porte s'ouvrit, à lui, c'était son tour. Il entra (je laisse un blanc, c'est pour l'entretien entre les deux hommes que je n'ai pas envie de décrire) Le cardiologue le pria alors de se déshabiller puis l'ausculta. J'élude les détails. L’homme de science le passa alors au crible de l'instrumentation classique et moderne, décryptant les secrets messages de la vie intérieure. A chaque mesure il prenait des notes pour aussitôt les étudier doctement avec gravité. Les gens à responsabilités sont très terre à terre, question de gravité!

 

L'auscultation close, il fit signe au patient de se revêtir et l'invita à s'asseoir face à lui. Dois-je décrire le cabinet ? Non évidemment. En substance il lui tint ce langage:

 

- Et bien, Monsieur, vous êtes on ne peut plus normal, je ne vois dans ces résultats rien qui soit .en mesure de vous alarmer! Rien en tous cas susceptible d'outrer nos investigations. Vous êtes en parfaite santé, en résumé le cœur est bon! Soixante douze pulsations minute, douze sept pour la tension et un électrocardiogramme classique... voilà qui est pour vous rassurer.

 

Rassuré, mais S... n'était pas venu pour être rassuré, cette visite n'était pas conjuratoire, le rassurer sur quoi au juste? Non, non, il venait pour comprendre, pour s'entendre répondre congrûment, pour savoir. Il répondit ainsi:

 

- Docteur, ces nombres, ces paramètres sur lesquels vous établissez votre diagnostic, quels sont-ils? Racontez-les moi! Dites-moi leur cause, leur origine, les conséquences qu'ils entraînent! Dites-moi le cœur par le menu!

 

Le praticien le regarda d'abord avec étonnement puis après l'instant de stupeur se dit qu'il était bien de vouloir comprendre, ce n'était pas pour lui déplaire de donner la leçon au profane. Comment allait-il s 'y prendre car complexe est la science du myocarde?

 

- Monsieur, il faut avant tout savoir que cet organe est une pompe, une merveilleuse pompe de laquelle dépend notre fragile existence. Le moteur de cette pompe (excusez le Docteur pour cette double répétition), vous me suivez? (il suivait, ne le lâchant pas d'une parole) est constitué par l'ensemble du tissu cardiaque qui est fait de fibres musculaires. En un mot comme en mille, le myocarde est un muscle!

 

Voilà qui devenait intéressant.

 

- Ce muscle, contractile, à l'encontre des autres, possède une propriété quasi magique (là il se tut, ménageant un effet de surprise, de rhétorique, nous pouvons l'utiliser pour nous étirer ou autre).

 

Le morticole se prenait au jeu. In petto S... s'attendait à une révélation des plus grandes, surprenante qui certainement changerait sa vie. Qu'avait-il ce cœur comme extraordinaire propriété?

 

- Et bien, mon enfant, ce muscle est doué d'AU-TO-MA-TISME... il se contracte indépendamment de la volonté. N'est-ce point là une chose magnifique? Certes, acquiesça S..., voyant aussitôt les possibilités qu'offrait une telle prophétie.

 

- Le cœur se contracte donc sans cesse, jour et nuit, permettant au sang de se répartir dans les moindres recoins de l'organisme et y véhiculer nutriments et déchets. Nous pouvons agir sur lui mais il reste un organe autonome qui participe à la régulation interne. Voilà, cher Ami, voilà.

 

Cela eût suffi pour beaucoup mais pour le personnage de cette nouvelle ce n'était qu'un hors d'œuvre, un prélude, une introduction, un préliminaire, une entrée en matière, un avant-propos, un exorde, un préambule, un liminaire, un prologue, bref! Pas assez.

 

- Je vois bien, Docteur, fit-il, mais comment faire pour savoir si tout va bien, si ça fonctionne quoi!

 

- J'entends bien votre propos, mon frère! Là est le détail de ma pratique. Le cœur battant, il appert (j’aime bien ce verbe oublié, changez le s’il vous dérange) forcément qu'il émet quelque son ou autre témoignage d'activité... c'est là que j'interviens. Afin de savoir, de connaître le travail que fournit ce muscle nous procédons de diverses manières. Le plus simplement du monde nous pouvons appréhender l'activité cardiaque par une manipulation des plus simples, j'ai cité: la prise du pouls. Et le toubib de prendre son poignet entre les doigts.

 

S... ne se tint plus, le savant venait de prendre la mystique posture. Il s'ajusta encore plus sur le siège afin de ne rien rater.

 

- Par ce geste, j'entre indirectement en rapport avec l'objet d'étude, il me suffit ensuite de compter les pulsations entre un intervalle de temps défini. J'ai alors ce que l'on nomme la fréquence cardiaque. C'est un paramètre très instructif qui certes n'indique que grossièrement l'état du myocarde. Mais il est fiable. En complément vient ensuite la prise de tension artérielle et si des doutes s'avéraient alors l'on poursuit, comme nous l'avons fait, en affinant l'exploration au moyen de l'étude de l'activité électrique du cœur: l'électrocardiogramme. Il est possible de pousser outre et de façon plus lourde les analyses mais cela est un autre propos. S... était aux anges mais il voulait plus encore... des données exhaustives. Il relança l'interrogation.

 

- Si j'ai bien compris, il suffit de compter les battements. Mais comment sait-on que cela va bien?

 

- Camarade, depuis longtemps l'on étudie l’homme et l'on a pu établir par expérience des données-types desquelles on tire enseignement sur l'état de fonctionnement de la pompe! Des classes d'individus ont pu être définies en fonction de leur activité cardiaque: aux alentours de soixante douze pour l'individu dit normal, soixante et moins pour le sportif, et au-delà de quatre vingts pour les gens à problème. Cela en réalité n'est pas si simple mais en gros c'est ainsi. Ménager le cœur c'est aménager sa vie, c'est prolonger sa vie.

 

- Donc nous n'avons pas tous la même fréquence cardiaque?

 

- Non, bien sûr que non! Elle dépend de beaucoup de facteurs, ce n'est pas un état stable, établi. La fréquence est une moyenne, elle est fonction de l'état durant lequel on la mesure. L'activité physique, le stress, l'alimentation, l'altitude, la fatigue et des milliers d'autres situations peuvent influer dessus. En réalité, la prise de pouls est un instantané de l'activité du myocarde.

 

- J'ai compris mais la mesure de base, celle à laquelle on se réfère, est variable selon l'individu, comment se fait-elle?

 

- Mec, le passé de chacun entre ici en jeu. L'hérédité, le mode de vie, le milieu environnant et maints autres facteurs, divers soient-ils, peuvent modifier le rythme basal, en plus comme en moins, il dépend de vous.

 

- Ah bon! Et qu'est-ce qui est le mieux?

 

- Le mieux ? Le mieux est d'avoir un rythme lent ce qui préserve la machine humaine; économie, efficience sont les maîtres mots de la santé!

 

- Plus c'est lent mieux on est donc?

 

- Voilà, c'est cela!

 

- Et comment peut-on faire pour gagner?

 

- ...il faut jouer sur tous les tableaux: sport, de l'endurance pour ralentir le rythme effréné du cœur, saine alimentation, pas d'excès, une vie calme, évitons le stress, du repos, pas d'excitants intempestifs, bref de la mesure.

 

- Bien, bien...

 

S... aurait bien voulu approfondir la question mais le médecin se lassait, le temps de la consultation n'avait que trop duré... rendement! Il se leva signifiant par là que c'était terminé. Le client fut raccompagné avec civilités, échanges laconiques et une phrase de conclusion:

 

- De toutes façons, ce sujet est à la mode, il vous suffira de consulter la presse qui, chaque semaine, ne manque pas d'en parler.

 

La porte se referma laissant S... à son excitation intérieure. Il jubilait, le défi était lancé, il allait comprendre, savoir, et surtout il allait vaincre son état, il serait un compétiteur du myocarde, à lui le record des pulsations.

 

Il se prit donc au jeu de la santé, entama une carrière de sportif assidu, acheta de nombreux livres, revues, traitant de l'activité physique en général et en particulier, se documenta sur les effets, les causes, devenant un physiologiste averti et maniaque. Il fit l'acquisition d'un vélo, de chaussures idoines à la pratique sportive, d'un maillot de bain, d'un short, d'une raquette de tennis et d'un tas d'accessoires... Nourriture, boissons, sommeil, relaxation, souplesse, activité, tout fut pesé, compté à l'aune de la diététique et de la précaution. Il se mit à jongler avec les calories et les joules, avec les kilomètres et les grammes, glucides lipides protides, lucide. Il ne parlait plus qu'en termes de rythme, de pulsations, de fréquence et de cadence.

 

- Sais-tu qu'une enquête réalisée Outre atlantique semble montrer que la prise quotidienne d'aspirine diminue le risque d'atteinte cardiovasculaire ? Et chaque jour il prit son cachet matinal et prophylactique.

 

- Il paraît que l'alcool en petite quantité est bénéfique pour la circulation! Et chaque jour il ajouta un verre de vin à son rituel hypocondriaque.

 

Ce qu'il avait vu faire par le sportif, prendre son pouls, devint son tic. A chaque occasion, après ou avant chaque effort, quel qu'il soit, il prenait sa fréquence cardiaque et la notait sur un calepin. A ceux qui s'inquiétaient d'une telle manie, il répondait:

 

- Je m'occupe de mon cœur, savez-vous qu'il bat à soixante! Et de suite après il partait en explications doctes et confuses, mêlant alimentation et données savantes, on-dit et théories scientifiques.

 

Un jour qu'il s'apprêtait à gravir un escalier, un ami, le voyant gesticuler sur place, lui demanda le but d'une telle manœuvre. Il répondit:

 

- J'ai banni toute locomotion mécanique inutile! J'entraîne mon cœur, je le prépare à l'effort, l’habitue progressivement, je l'échauffe. Voyons... il est à quatre vingts, nous pouvons y aller.

 

Et lors de la montée S... expliqua le but qu'il poursuivait, imbu de l'aisance avec laquelle il produisait un effort tout en devisant.

 

- Très intéressant ton défi! Sais-tu, mon vieux, que certains grands champions descendent sous les quarante battements/minute?

 

Et il le quitta. Une telle affirmation abîma notre héros dans la désespérance. Tant de travail pour n'être qu'à soixante, bien loin de cette performance. Après quelques instants de déconvenue, il reprit le dessus et entrevit l'espoir: il allait redoubler d'efforts. Des mesures draconiennes furent arrêtées, il serait le seul, l'unique, celui dont le cœur battrait le plus lentement, le métronome, le cœur le plus solide, le mieux fait de la terre! Il conjugua désormais effort et réconfort par tous les temps, nourriture et prévention. Chaque détail était noté, décortiqué, étudié, pesé et soupesé. A tout moment, il s'enquérait de la fréquence à laquelle battait son cœur, la relevant systématiquement.

 

Les murs de son logis devinrent des tableaux sur lesquels se déplièrent courbes et graphes, données et histogrammes. Il cédait à chaque nouveauté, à l'affût de la moindre information portant sur le sujet. Il ordonnait ses jours et ses loisirs en fonction de l’horloge cardiaque, chaque pulsation qui s'évaporait de la minute officielle était célébrée comme une grandiose victoire gagnée au prix de la surveillance et de la pugnacité.

 

- Il paraît que lorsque l'on prend son pouls il faut compter: zéro, un, deux... et non un, deux... En pratiquant ainsi on s'aperçoit que le rythme est d'une pulsation moindre!

 

- Je suis donc à quarante, s'exclama-t-il !

 

Et il fêta cette victoire en une course longue, aérienne, interminable.

 

Cela prenait d'incroyables proportions. Afin de ne plus perdre de temps en attentes quotidiennes chez le médecin, il fit l'acquisition d'une montre qui, en plus de l'heure, indiquait continûment la fréquence cardiaque. Dorénavant il était informé seconde après .seconde de la bonne et saine marche du muscle autonome. Ses amis se gaussèrent d’abord d'une si singulière fantaisie, la foucade n'était pas méchante et de plus était de mode. Mais S... à force fatigua son monde à toujours vouloir que les sorties fussent respectueuses de sa santé, éludant toute démesure, toute improvisation. Il était ennuyeux et insupportable, oublieux de son passé. On se dauba, on le laissa à son extravagance.

 

A cela, il répondit en substance: Peu me chaut! (Du verbe chaloir,je sais on ne dit plus ça, mais c’est moi qui écrit, et j’aime bien cette expression) Ce qui compte c'est la santé, trente huit qui dit mieux! Onc ne répondit.

 

Tout était bon pour diminuer cette fréquence, il était à la recherche de la moindre nouveauté, fouillant librairies, revues, articles, ragot... Il est vrai que sa santé était merveilleuse si ce n'était ses articulations qui, à force de courses, de pédalages, de sauts et autres, étaient victimes de tendinites et cousines inflammations. Quand il n'était pas occupé à faire du sport, ou à lire, ou encore à peser ses aliments, il contemplait l'écran gris de sa montre sur lequel s'affichait un nombre qui d'ailleurs fluctuait sans -cesse. S'il avait tendance à croître alors S... saisissait son téléphone et demandait conseil à son cardiologue. Celui-ci, amusé au départ, ne cherchait plus à raisonner ce patient délirant et il essayait de conseiller le maniaque. S... bien qu'avançant connut peu à peu l'angoisse car aux limites de la progression, chaque période difficile, chaque variation de température, chaque émotion ne pouvait que faire augmenter cette bradycardie. A cela succéda la peur de la vieillesse, de la maladie quoique l'âge soit favorable à la diminution du rythme cardiaque. C'est d'ailleurs ce qu'il retint en priorité.

 

Je pourrais disserter à l'envi sur cette vie folle que mena S... à la quête du record absolu. Mais c'est lassant et demande du travail, et moi je n’aime pas travailler !

 

Il fut, un moment, tenté par la chimie, le médicament mais abandonna l'idée pour des tisanes. A force de ténacité et de patience, il franchit la barrière des trente. La nuit il se réveillait pour vérifier la fréquence ayant appris que durant le sommeil celle-ci diminuait.

 

- Lors de leur plongée les mammifères marins voient leur cœur se ralentir dans son activité.

 

Il fit de la plongée.

 

La vie allait ainsi au rythme de l'aléatoire variation d'un nombre sur un cadran. Il était à son travail et pour la nième fois il consultait sa montre espérant que le nombre qu'il y verrait serait nouveau et à la baisse. Il entrecoupait ces consultations de périodes de relaxation propices à l'abaissement du pouls. Il battait, son cœur, len-te-ment. Mais cette fois-ci il ne vit rien, du moins, rien d'habituel, sinon un écran gris où clignotaient des chiffres. Il y avait un problème. Aussitôt S... porta la main au cœur (j’aurais pu dire à la poitrine pour éviter une répétition), ce dernier s'affolait, il cognait rapidement, bruyamment, rapidement. Il regarda une nouvelle fois son poignet, c'était l'alerte, la panique des cristaux liquides, le décompte à rebours. Maintenant les chiffres s'affichaient à peine. Il fallait garder son calme, se détendre, ce n'était pas grave. L'affolement tend à emballer le cœur. Il fouilla le tiroir de son bureau, y cherchant quelque médicament idoine, mais hormis les vitamines et autres panacées, pas de pilules magiques. Le téléphone lui échappa des doigts et d'ailleurs il ne retrouvait plus aucun numéro. C'était la panique. Dire qu'on l'attendait à l’hôpital afin d'ausculter ce cœur si merveilleux, la science s'intéressait à son cas 1

 

Cela allait mal, il commença à avoir chaud, froid, à transpirer, à étouffer, à ... à tout avoir. L'angoisse vint ajouter à la chamade... il avait mal, partout, nulle part. Il porta la montre à son visage: l'écran était vide, on avait volé les chiffres ! Le cœur ne battait donc plus ! Sa première réaction, fugace mais première: j'ai le record absolu, imbattable: zéro !!! Mais la peur mêlée de souffrance lui rappela une vérité, cœur qui ne bat plus = mort.. "Je suis mort" cria-t-il et il s'effondra les yeux exorbités.

 

L'enterrement fut discret. On y chuchota beaucoup, d'aucuns même pouffèrent lors de la messe lorsque malencontreusement le curé dans son oraison parla d'homme de grand cœur (je sais elle est facile, mais suis en fin de nouvelle, plus rien en stock !). Ce dernier d'ailleurs traînait à l’hôpital, dans un bocal. Il faisait beau, l'on ne s'attarda pas au cimetière.

 

Le notaire avait lu le testament et l’homme en face de lui, un lointain cousin, ne disait rien, il écoutait.

 

- Monsieur, après lecture des dernières volontés de Monsieur votre cousin, il apparaît (j’ai failli remettre appert) que ce dernier laisse tous ses biens à la recherche médicale, secteur cardiologie. Pour vous rien, si ce n'est peut-être cette montre qu'il portait le jour de sa mort. Mais la pile est à changer.

 

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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 17:46

 

 

Poison doux éprouvé,

Qui lentement s’instille,

En nos âmes accouvé

Se répand, se distille.

 

Malicieuse ciguë,

Qui s’écoule au-dedans,

En ces douleurs aigues,

Pour un mal trop ardent.

 

De nos sangs la liqueur,

Le venin assassin,

Répandu en nos cœurs,

Au profond de nos seins.

 

Cette intime brûlure

D’une lave discrète,

De sa lente coulure

En des failles secrètes.

 

Le frisson de nos lèvres

En des rêves éveillés,

De sueur et de fièvres

Aux instants de veillée.

 

Parasite des âmes,

Malaria de nos sangs,

Punition de l’infâme,

Pour des cœurs innocents.

 

Flagellants silencieux,

Lanières cicatrices,

Morbides délicieux,

Altières incitatrices.

 

De l’âme le cyanure,

Ce venin similaire,

De la pleine morsure,

Le baiser corollaire.

 

Les amours venimeuses

Leurs sèves de poison,

Riantes et charmeuses,

Délices déraison.

 

Ces lentes agonies

Si longues prolongées,

De douleur agoni,

Par les heures allongées.

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Published by Etsivousosiez - dans Poèmes
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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 12:42

 

 

J’ai confié au vent, dans un bref murmure, un soir de lune rose et de noire mélancolie, un pesant secret, sans grand espoir de le partager vraiment. Il tenait en un soupir, en un souffle tiède, en quelques mots susurrés, expirés, comme cela, impromptus dans la fraîcheur de la nuit, sans grande prosodie, pris dans l’élan de cette grammaire d’une  émotion, et l’éloquence d’un frisson.

Je lui ai dit en quelques vibrations, à peine audibles, si vite survenues, si vite emportées, ce mystère mien, cette vérité jamais avouée, comme pour m’en départir, m’en libérer, espérant desserrer l’étreinte intérieure, et retrouver un instant le souffle de la vie. J’ai parlé seul un soir d’éclipse, dans ce vide sombre d’un ciel obscur au lointain constellé.

J’ai laissé partir, sans éclat, sans hausser le ton et la voix, dans une haleine confidente, les mots tus jusque là, ceux de mon âme, afin qu’ils s’égaillent, sans grand espoir que d’aucuns ne les retrouvent et ne leur offrent le gîte, à dessein qu’ils se répètent. J’ai hurlé, petitement, dans un bref soupir, ce que nul n’avait encore entendu.

Au spectacle de l’ombre qui se glissait lentement là haut, telle une étale et infinie caresse, atténuant la fière présence de cette lune pleine... j’ai confié au vent, un secret indicible, qu’il s’est empressé de disperser sur les champs plains endormis, dans la matité de cette brune froide au lointain pailleté.

Ces mots, à peine balbutiés, sont désormais épars, accrochés, çà et là, dans les brindilles des herbes mauvaises, esseulés, prisonniers de la rosée, dépourvus de leur signification, égards en les champs et le regain des saisons qui se répètent. La mélodie de cet aveu, allégée de ce secret émietté, aussitôt égarée dans les rafales et entortillée par la bourrasque, est désormais mystérieuse à jamais, confondue, emmêlée en les refrains du vent qui s’en revient.

J’ai confié au vent nocturne, un soir de cache-cache avec la lune, la vérité de ce que je suis, dans l’étonnement de me savoir ainsi, sans que nul ne le sache et ne s’en rende compte apparemment. Dans le mystère de l’ombre et du firmament, à l’instant de la disparition de l’astre noctambule, quand il se revêtit de rose, je me suis avoué, ressenti tel qu’en moi-même…et le vent m’a écouté sans rien dire, puis s’en est allé, tandis que de la pénombre la lune s’évadait.

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