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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 21:48

Tandis qu’il écoutait « le générique d’ascenseur pour l’échafaud », improvisation de Miles Davis, Diogène ne cessait de hausser et baisser la tête, comme la rentrant dans son cou, cela ne laissait pas de l’ intriguer, de l’interroger même. Suivait-il le rythme de la musique que jouait la chaîne, ou alors un rythme sien, propre, on encore était-ce une manifestation de sa contrariété, car il était malcontent cela se sentait à sa façon d’être, comportement bizarre qu’il avait adopté depuis que l’éditeur était arrivé. Car non seulement il avait déféqué sur le pont, chose inhabituelle, mais en plus était descendu lors du repas bien qu’il y avait un étranger à bord, attitude qu’il s’était toujours refusée à avoir depuis l’amarrage au port de la Valéria ! Monsieur Labbe s’était même permis de se mêler à la conversation des deux hommes, l’interrompant régulièrement par ses rauquements de crécelle, ou encore en venant se percher sur la table et en traversant celle-ci comme si de rien était, se servant même dans l’assiette de l’invité ! Il avait agi en maître de maison, comme le pacha d’un navire, sûr et arrogant, sans aucun respect de préséance ou de la politesse, s’imposant, râlant, battant des ailes, volant ce qui lui semblait bon de chaparder. Cette attitude il ne l’avait pas comprise, et mise sur le compte d’une sorte de réflexe de territorialité, comme si l’oiseau avait voulu marquer son territoire, or le marquage territorial des oiseaux passait par le chant normalement ! Avec le recul, l’attitude de Diogène lors de la visite ressemblait à s’y méprendre à un comportement humain, conduite de quelqu’un qui n’apprécie pas la présence d’une personne et lui signifie sans ambages.

Les effets du vin commençaient à s’estomper, Miles sonnait si étrangement de sa trompette, et Le grand Labbe continuait son manège insolite. Il décida de prendre l’air sur le pont et y monta. La nuit était belle, fraîche, le ciel était dégagé, un ciel de hautes pression, de calme plat. Les étoiles, indicateurs nocturnes des routes à suivre, scintillaient bellement, et la lune pleine, de sa pâle lueur froide, éclairait la ville et ses alentours, le port et la mer qui allait se perdre dans le lointain obscur et profond. La musique sortait à peine du bateau, amoindrie, étouffée, juste audible, telle un murmure qui ne réussissait pas à marquer vraiment le silence du soir. Diogène vint le rejoindre, et fait rare s’installa près de lui en se perchant sur la rambarde de bois. Les aigus du cornet bouché, la démarche lente et syncopée du piano, les battements paternes de la contrebasse, leurs ombres sur le pont dans la nuit claire et fraîche, des étoiles comme luminaires, seuls tous les deux, entourés du silence, le Labbe le regardant, tandis qu’il était perdu dans ses pensées.

Ecrire un livre lui avait-il répondu, deux même ! Un livre narrant son aventure, illustré par des photos et pourquoi pas un roman ! Un roman racontant cette sorte de retraite mystique en mer, à la recherche d’un absolu, en y ajoutant peut-être une histoire d’amour ou de famille, ce serait pas mal avait-il ajouté ! Il lui suffirait de broder, d’en rajouter, de mettre un peu d’actualité, de révélations, de changer des mots, des dates, en quelque sorte une biographie romancée, il avait même suggéré un titre : les murmures du monde !.... ensuite il lui faudrait aller en faire la promotion dans les principales émissions, en prime time bien sûr, mais aussi à celles en seconde partie de soirée, plus intellos, plus branchées, et le tour serait joué ! Et pourquoi pas une série de DVD ? Une suite montrant son chemin, les océans, les terres rencontrées, les animaux, tout cela avec une voix off, la sienne s’il le désirait, qui commenterait, apportant des informations et des anecdotes de marin, et aussi, on y arrivait enfin, aborderait succinctement, sans trop en faire, par quelques petites phrases lâchées çà et là, quelques interrogations, le problème de cette musique, comment dire...première comme il aimait à le répéter depuis le début de l’entretien. Mais surtout pas, oh non ! Surtout pas de conférences, d’invitations aux journaux télévisés pour parler tout à trac de cette hypothèse, car ce n’était qu’une hypothèse dont il n’avait encore aucune preuve, mais seulement l’intuition ! Il ne devait pas risquer sa réputation là-dessus, risquer de se rendre ridicule, et surtout, surtout, passer à côté de la manne envisagée. D’abord, séduire les journalistes puis le public, se les mettre dans la poche, et ça, il savait le faire, pas d’inquiétude la dessus ; donc revenir tout doucement dans l’actualité sans brusquer les choses, bousculer les habitudes... vendre son truc selon les codes du marché et du système, faire saliver, créer l’envie, le besoin, et ensuite, rameuter, créer une fondation, pourquoi pas ! Pour faire bien, sérieux, mais aussi pour que les gens bien en vue, ceux du sérail, proposent leur aide, ils n’ont rien d’autre à faire, que de se faire mousser, et puis récupérer s’ils peuvent au passage récupérer un peu de sa gloriole pour pas cher...lever des fonds, voilà lever des fonds, comme pour l’institut Pasteur, les pièces jaunes, les myopathes, se la jouer plus sérieux, plus mystère et tralala, et hop dans la poche ! Le tour serait joué ! Il pourrait raconter après ça ce qu’il voulait quand il le voudrait, et tout le monde sans exception, applaudirait des deux mains, puis tendre les siennes pour récupérer l’argent ou encore obtenir les moyens dont il aurait besoin ! Qu’il trouve ou pas cette fichue musique première ! Ce qui comptait, c’était de faire parler de soi, et surtout, donner aux gens l’illusion qu’ils participaient à une grande œuvre, peu importait le reste, ce ne serait qu’un plus... évidemment.

Avait-il fait tout cela pour ça ? Pour une fois de plus faire un coup médiatique, mendier de l’argent, participer à ce cinéma quotidien qui était devenu le principal gagne pain des média. Etait-ce cela qui avait irrité Diogène au point qu’il se soit agité autant ? Saurait-il être ce colporteur, ce bateleur au service du lucre et de la vénalité ? Bien sûr qu’il savait faire, que l’on appréciait sa façon... sa façon de rester en dehors du système tout en y étant quand besoin était ! Oui, il était capable de jouer ce rôle de composition, mais pouvoir le faire ne signifiait pas le vouloir, ni être d’accord avec le principe, la méthode, de donner quitus à toute cette merde médiatique et marchande pour arriver à ses fins !

Le grand Labbe battit des ailes sans pour autant s’envoler, sauta sur le pont, et s’en fut cahin-caha jusqu’à l’écoutille où d’un bond il disparut à l’intérieur du navire. Il attendit un peu, seul, regardant une dernière fois le ciel, et au loin l’océan, mais en lui aussi, profondément en lui, avant de rejoindre l’oiseau, alors que la plainte de Miles Davis se terminait.

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 22:18

Je n'arrive pas à tenir le rythme que je m'étai sfixé, j'ai arrêté 10 jours pensant récupérer, mais sauf à prendre plus de saloperies pour dire de tenir, il m'est dificile d'avancer au plu svite, et cela me frustre car je perds l efil de l'histoire, le rythme devant attendre le w.e pour écrire. D'ailleurs c'est pareil pour le boulot , je ne fiche rien chez moi assommé par morphine et autre machins qui relèvent seuil de douleur, mais à quel prix... bon en plus il faut aussi l'avouer je n'ai plus de trop de goût à rien, c'est assez bizarre , j etraîne, sans désespoir, mais je traîne laissant passer le temps, et quand je ne supporte plus j evais dans"mon " café là je m'y sens bien car les serveurs et serveuses me sourient et montrent leur affection et il me comprennent, savent que ce n'est pas comédie mais un changement radical dans ma personne. Parfois au lycée je me demande coment j efais por tenir car j edors environ 2 heures par nuit et reste du temps j'attends dans mon lit... je sais que les médicaments estompent  les conséquences de l'insomnie et que mon corps déguste sans que je le sache vraiment et qu'un jour il va me lâcher... je sais que je suis désormais drogué, dépendant, et au vrai je m'en fiche! Il y a quelque chose de brisé en moi, j'ai perdu l'essentiel...la confiance...la confiance en l'autre... mais aussi sentiment d'humilaition, d'avoir été grugé, berné, manipulé, et c'est vraiment une sensation bizarre, je n'imaginais pas qu'un jour je deviendrais ainsi, une sorte de marionnette qui joue un rôle!  une marionnette qui n ecroi splus  à ce qui faisait qu'il croyait encore un peu à la vie :-) Je n'imaginais pas que l'on pouvait avoir un tel dégoût en soi de l'autre, une aversion profonde qui donne envie de vomir... Bon assez pleuriché!

Je dosi finir cette nouvelle, d'abord pour  achever ce qui est commencé, pui soffrir enfin ce cadeau, et aussi parce que j'aime écrire. Et surtout parce que les mots, le sphrases viennent et  je les perds, et souvent sont belles, fortes, mais sitôt pensés sitôt perdus!

J'ai repris untruc là et vais essayer d'écrire sinon j'irai lire et regarder les heures passer :-)J'ai encore 2 chapitres en réserve déjà écrits...poire pour votre soif, si tant est que certain(e)s aient envie de le suite :-)

 

 

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 20:27

Comme chaque soir depuis son accostage il était allé près du phare à l’entrée du port afin de voir partir les bateaux et se coucher le soleil, accompagné bien sûr de son fidèle Diogène. Puis s’en était revenu tranquillement au port, sans forcer l’allure, dans cette nonchalance coutumière dont il ne se répartissait plus maintenant. Remonté à bord il c’était installé sur le pont puis après un temps de réflexion était descendu pour travailler un peu sur son projet. Voilà deux semaines qu’il était de retour, et il ne s’était toujours pas décidé à quitter la Valéria. Les prétextes et excuses étaient nombreuses pour justifier cette décision paradoxale. Tout d’abord il n’avait personne à voir expressément, et celui qui voulait le voir n’aurait aucun mal à le trouver ici. Ensuite il ne voulait pas laisser Diogène seul, ne sachant comment réagirait l’oiseau à cette solitude nouvelle. Enfin il avait ce travail, cette recherche qui l’occupait à plein temps et rien d’autre d’urgent à faire, et la goélette était le meilleur endroit pour ceci. L’argent il n’en manquait pas, les autres ne lui manquaient pas non plus, et puis s’il voulait croiser des gens il lui suffisait d’aller dans un bar du port. On le connaissait, on savait sa taciturnité e ses habitudes, rares étaient ceux qui venaient le déranger sans une bonne raison. Non ce port était vraiment l’endroit le plus propice pour ce travail auquel il consacrait désormais l’essentiel de son temps.

Tout en écoutant « Duduk of the north » de Lisa Gerrard, il dégustait un Valtepulciano des Abruzzes, vin rouge aimable et anguleux, intense et épicé, dans sa robe rubis lumineuse, limpide et long en bouche, laissant aussitôt l’avoir gouté une espèce de voile sec sur les muqueuses, une sorte de rugosité agréable et étrange saturée de ses parfums délicats. Le grand Labbe le regardait toujours lors de cette cérémonie païenne, comme se demandant ce qui pouvait ainsi passionner ce type lorsqu’il élevait ce breuvage coloré pour le regarder, puis lentement se mettait à le boire, le gardant longuement en bouche, fermant les yeux, et le déglutissant par petites goulées. Ce mystérieux breuvage à l’odeur si marquée, qui semblait le laisser perplexe ensuite, comme ailleurs. Comme égaré dans une pensée, ou une émotion peut-être. Mais que savent les oiseaux des émotions !

Il était assis dans son fauteuil, le verre à la main, les yeux mi-clos, repensant à la journée. Diogène le regardait avec ses petits yeux brillants du haut de l’endroit où il c’était perché, allant d’une patte sur l’autre régulièrement. Il s’était laissé aller au plaisir de ce vin assez alcoolique, et en ressentait maintenant les effets. C’était agréable, un léger début d’ivresse, lorsque le corps semble échapper aux contraintes de la pesanteur, que les idées paraissent claires et faciles, et qu’on fond de l’être une espèce de béatitude rend l’instant singulier et merveilleux sans que l’on sache dire pourquoi. Il regretta presque de ne pouvoir partager cela avec le Labbe, cette sorte de communion que l’alcool ou d’autres drogues procurent au début, ce sentiment si plein d’appartenir à la vie, au monde, départi du moindre souci, dans une actualité évidente et légère. Mais il savait aussi que cela allait vite disparaitre, qu’il ne fallait surtout essayer de le prolonger en continuant de boire, mais au contraire accepter le retour au réel et s’occuper. Il était important de toujours rester celui qui décide et ne pas dépendre, céder au piège de la facilité, car il perdrait alors pour toujours l’agréabilité de ces moments impromptus et délicieux.

Il repensait à cette journée, à ce repas prit en compagnie de son éditeur, à la façon dont Diogène avait réagi à cette visite, au propos et idées échangés, à leurs diver-gences. Il lui semblait s’être quelque peu réveillé, d’être sorti d’une sorte de douce léthargie, d’une félicité innocente, naïve même, de laquelle les arguments de l’éditeur l’avaient sorti. C’était maintenant qu’il en prenait conscience, doucement, par le travers ce petit dérangement qui avait quelque peu perturbé ce rituel quotidien de leur eucharistie... par cette envie de prendre quelques verres au lieu que d’un. Il n’était pas le seul à ressentir ce changement d’atmosphère, Le grand Labbe aussi n’était pas... dans son assiette ! D’ailleurs dès l’arrivée du type il avait manifesté une espèce de contrariété, de colère en ne cessant de survoler le pont en criaillant, et même en lâchant quelques fientes sur le bordage chose qui n’avait jamais faite jusqu’alors ! Oui il était contrarié, aux tréfonds de lui-même quelque chose le démangeait, avait rompu ce charme qui le transportait depuis son départ. Ce n’était pas une évidence, un fait bien défini, une parole, quelque chose d’argumenté, c’était un petit malaise, un de ces trucs qui vous perturbe mais dont vous n’arrivez à dire la réelle teneur...implicite, intrinsèque à l’instant et sa mésaise.

L’autre avait joué son rôle comme toujours, comme quoi il était heureux, flatté etc etc... Bien qu’il fût sincère au demeurant. C’était emballé bien avant qu’il n’ait le temps d’expliquer ce sur quoi il était en train de travailler, et qui l’avait poussé à partir un an durant. Il avait fallu attendre l afin du repas et les paroles de conve-nances, les exclamations de politesse et de flagornerie presque, bref laisser passer le superfétatoire, pour enfin aborder l’essentiel... à se yeux à lui. Les effets de la digestion ajoutés à ceux de l’alcool avaient quelque peu fait taire l’éditeur et il avait pu alors lui expliquer, sans trop en dire dans un premier temps, ce vers quoi il voulait aboutir et comment il ferait et avait commencé de le faire. L’autre avait acquiescé et l’avait laissé parler, il l’avait écoué dans son demi-sommeil, agitant de temps à autre la tête pour montrer qu’il comprenait, ou alors agrandissant les yeux ou faisant un geste de la main pour signifier son étonnement. Sur le moment il avait pensé que c’était gagné, que l’éditeur le soutiendrait sans restriction dans sa démarche, sa façon d’aborder et de délivrer la chose. Mais l’autre était avant tout un homme d’affaires, et même dans les vapeurs de l’alcool, son esprit mercantile, quand il s’agissait d’argent, du sien surtout, savait garder la tête sur ses épaules !

Il n’avait rien refusé ni critiqué de prime abord, rien remis en cause formellement, comme tout bon vendeur qu’il était. Non il avait parlait de temps, de surprise, de coût, d’exclusivité, du marché de l’édition et de ses obligations, que tout cela était magnifique et l’intéressait au plus au point, mais qu’il ne fallait pas vouloir se préci-piter, tout donner d’un coup, mais bien au contraire, prendre son temps, réfléchir, trouver une bonne attaque marketing, qu’il fallait créer un besoin chez les gens, titiller leur curiosité, et tout cela suivant un plan bien établi, et dans l’air du temps ! Sinon ce ne serait qu’un succès d’estime, un truc certes original mais que l’on oublierait bien vite dans un monde où chaque jour il y avait des nouveautés à ne savoir que faire, bien sûr la plupart du temps elles n’étaient que des buzz comme on disait, mais malheureusement c’était ainsi que fonctionnaient les affaires. En gros même si sa découverte était géniale, il fallait quelle répondent à des critères d’actualité et marchands !

Le grand Labbe poussa un cri comme pour le sortir de sa torpeur et vint se poser sur la table, d'où il se mit à le fixer.

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 20:04

Ce matin il c’était levé de bonne heure afin d’aller à la criée de s’acheter du poisson frais, pour lui évidemment, mais aussi pour Diogène. Comme à chaque repas dé-sormais il ferait semblant de jeter les abats par dessus bord, et bien sûr raterait son geste afin que le Labbe puisse récupérer sa pitance tout continuant d’exercer son travers de chapardeur. Il aimait cette sorte de jeu de dupes, où chacun feignait de ne pas faire exprès, de ne pas comprendre, lorsqu’il offrait à l’autre, alors que leur entendement s’ajustait de plus en plus dans les habits de la connivence On l’on aurait dit que chacun voulait donner à l’autre un peu de son altérité, sans pour autant en faire trop montre. Diogène lui maintenant passait les soirées en sa compagnie, le regardant travailler, et comme pour le remercier de cette présence amicale il faisait jouer régulièrement, par la mini chaîne, les morceaux préférés de l’oiseau, à tout le moins ceux qu’il pensait être ses morceaux de prédilection. Le volatil avait ses goûts particuliers, notamment en musique classique : Vivaldi et les mandolines, Haendel et sa Sarabande, la grande évidemment, Pergolèse et son Stabat Mater, mais semblait apprécier aussi la musique contemporaine, en substance King Crimson dans Epitaph et Genesis dans nombre de ses productions, et tant d’autres encore, mais surtout il ne dédaignait pas réécouter Erik Satie et ses Gymnopédies. Ils passaient donc leurs soirées dans cette atmosphère empreinte de convivialité, instants studieux et musi-caux, chacun restant bien sûr à sa place.

Avant de se rendre à la criée, il était allé attendre le retour des chalutiers à l’entrée du chenal afin de les regarder rentrer au port dans le petit matin, après une nuit éreintante de pêche. La vue était magnifique avec ce chenal se terminant par les deux petits phares de part et d’autre, comme si cette extrémité était une porte, porte s’ouvrant sur l’infini de l’océan, sur cette immensité mouvante et plissée, un univoque paysage s’inscrivant en cette petite ouverture, mais pour lui, c’était bien autre chose, et dans cette informité d’apparence il savait que mille décors se cachaient, capables de surgir les uns après les autres selon l’envie du climat et de la saison, du vent et de la lune. Au lointain, invisibles aux yeux, aux imaginations profanes, il y avait des albatros et des goélands, des calmes plats et ondes formées, des grains tempétueux et des baleines, des dauphins et des ours blancs, des iceberg et des phoques gris, des vagues lisses et d’autres scélérates, des terres inhospitalières et d’aucunes habitées, des ciels épais, gris et noirs, et d’autres d’émeraude ou cobalt, des eaux translucides et certaines céruléennes... et tout ceci, ce pluriel, cette richesse, il les savait, les voyait si bien inscrits et définis en son trouble, en sa mémoire et ses attentes. Au-delà de cette rade, il y avait la vie, un univers monocorde de prime abord mais si divers et multiple en ses possibilités d’être et de se parer. Et rien que de le regarder, l’appel se faisait à nouveau, car il restait tant de lieux et de contrées en ce monde qu’il n’avait encore visitées, qui ne l’avaient encore accueilli... La Baltique, l’Arctique, les eaux de Terre neuve, Le pacifique nord, la Méditerranée, les eaux froides de Behring...et tant d’autres encore... il devrait y retourner autrement, comme autrement il était allé durant un an, en visiteur humble et modeste, respectueux des volontés, des humeurs de ces hôtes, et non plus en vainqueur, empli d’orgueil et de fierté... tel était son destin, telle serait la suite...quelque chose avait changé en lui, il ne pouvait encore le définir, l’expliquer, le formuler, mais il n’avait plus le même regard, le même désir de la mer, la même émotion. La musique intérieure avait changé, et chaque bruit maintenant paraissait être une note en espoir d’une partition.

Il ne pouvait plus faire sans la musique, sans qu’elle n’accompagne les instants, leurs instants, à lui et au Grand Labbe. Il le regardait faire de plus en plus, l’observait, étudiant à la dérobée sa façon de s’intégrer dans ce nouveau monde, sans essayer d’interpréter ses comportements animaux. Mais il lui était difficile de se défaire totalement de ce naturel anthropomorphique, de cette habitude de vouloir in fine appliquer des raisonnements, des finalités humaines, aux agissements des bêtes. Diogène avait de plus en plus tendance, lorsqu’il était sur le pont, ou alors perché sur les haubans ou encore sur une bôme, à pousser des cris éraillés et disgracieux, des sortes de rires bizarres, narquoiseries aviaires, comme pour signifier à la cantonade qu’il était là, et bien là ! Cela ne laissait pas d’intriguer les mouettes et autres goélands natifs du lieu. Etait-ce un langage ? Un vrai ? Ou alors une communication animale sans réelle réflexion ? Une suite programmée génétiquement de signaux bien évidents sans grammaire ni syntaxe ? Une espèce de sabir établi et sans évolution ? Le chant des oiseaux était-il une mélodie ou une prosodie ? Ou peut être qu’une simple projection de notre ressenti à son écoute ? N’est-ce pas l’homme qui parlait de chant quand les oiseaux s’interpellaient ! Quand pouvait-on parler de musique ? Baptiser une suite de sons musique ? Quels étaient les critères et paramètres qui permettaient de définir, de circonscrire cela ? Tout ce questionnement avait tourné en son esprit tandis qu’il avait attendu le retour des bateaux de pêche, le regard perdu dans ce lointain étale, pour voir et revoir encore une fois, ce lever d’un autre soleil, identique à tous les autres en son déroulé, mais si singulier dans ses couleurs et reflets sur l’onde grisée.

Ce matin là, Diogène l’avait rejoint sur la jetée, au bout des estacades, et s’était posé sur le phare, restant immobile, ses petits yeux regardant au loin, comme pour imiter ce type avec qui il trainait maintenant depuis plusieurs semaines. Lui, en revanche, pour célébrer ce nouveau sacre de l’astre céleste, avait fait jouer par son Iphone « l’adagio en sol mineur pour cordes et orgue » de Georges Friedrich Haendel... Et bizarrement, quand la musique s’était tue dans les écouteurs du casque, alors que le bruit de moteurs diésel commençait à se faire entendre, le grand Labbre se dressa sur ses pattes palmées, et, battant des ailes, se mit à pousser ce cri rauque et cassant qu’il avait l’habitude d’émettre. Ceci fait, le jabot gonflé d’une sorte d’orgueil, il s’envola, décrivant une large et haute courbe dans le ciel du matin qui se levait, pour ensuite s’en aller rejoindre la goélette amarrée dans l’arrière port.

Messiaen pensait que les oiseaux étaient les authentiques premiers créateurs de la musique... mais ces deniers savaient-ils qu’ils chantaient ? Qu’ils créaient une mu-sique ? Ou tous ces bruits, ces notes, ces vocables... n’étaient-ils que communica-tion territoriale, ou codage de parades amoureuses à dessein de se perpétuer, et aussi vivre ensemble en bonne entente ? Diogène avait-il une émotion ? Naissait-elle lorsqu’il écoutait d’autres oiseaux chanter ? Ou lorsque lui-même poussait la mélodie ?

Les chalutiers rentrés à l’abri du port, il avait reprit à rebours le chemin du chenal pour se rendre directement à la criée et y acheter du poisson frais... pour lui, et le grand Labbe, comme prévu. Dans les jours à venir, il avait rendez-vous avec son éditeur... sur la Valéria.

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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 22:53

Comme chaque soir depuis son accostage il était allé près du phare à l’entrée du port afin de voir partir les bateaux et se coucher le soleil, accompagné bien sûr de son fidèle Diogène. Puis s’en était revenu tranquillement au port, sans forcer l’allure, dans cette nonchalance coutumière dont il ne se répartissait plus maintenant. Remonté à bord il c’était installé sur le pont puis après un temps de réflexion était descendu pour travailler un peu sur son projet. Voilà deux semaines qu’il était de retour, et il ne s’était toujours pas décidé à quitter la Valéria. Les prétextes et excuses étaient nombreuses pour justifier cette décision paradoxale. Tout d’abord il n’avait personne à voir expressément, et celui qui voulait le voir n’aurait aucun mal à le trouver ici. Ensuite il ne voulait pas laisser Diogène seul, ne sachant comment réagirait l’oiseau à cette solitude nouvelle. Enfin il avait ce travail, cette recherche qui l’occupait à plein temps et rien d’autre d’urgent à faire, et la goélette était le meilleur endroit pour ceci. L’argent il n’en manquait pas, les autres ne lui manquaient pas non plus, et puis s’il voulait croiser des gens il lui suffisait d’aller dans un bar du port. On le connaissait, on savait sa taciturnité e ses habitudes, rares étaient ceux qui venaient le déranger sans une bonne raison. Non ce port était vraiment l’endroit le plus propice pour ce travail auquel il consacrait désormais l’essentiel de son temps.

Tout en écoutant « Duduk of the north » de Lisa Gerrard, il dégustait un Valtepulciano des Abruzzes, vin rouge aimable et anguleux, intense et épicé, dans sa robe rubis lumineuse, limpide et long en bouche, laissant aussitôt l’avoir gouté une espèce de voile sec sur les muqueuses, une sorte de rugosité agréable et étrange saturée de ses parfums délicats. Le grand Labbe le regardait toujours lors de cette cérémonie païenne, comme se demandant ce qui pouvait ainsi passionner ce type lorsqu’il élevait ce breuvage coloré pour le regarder, puis lentement se mettait à le boire, le gardant longuement en bouche, fermant les yeux, et le déglutissant par petites goulées. Ce mystérieux breuvage à l’odeur si marquée, qui semblait le laisser perplexe ensuite, comme ailleurs. Comme égaré dans une pensée, ou une émotion peut-être. Mais que savent les oiseaux des émotions !

Il était assis dans son fauteuil, le verre à la main, les yeux mi-clos, repensant à la journée. Diogène le regardait avec ses petits yeux brillants du haut de l’endroit où il c’était perché, allant d’une patte sur l’autre régulièrement. Il s’était laissé aller au plaisir de ce vin assez alcoolique, et en ressentait maintenant les effets. C’était agréable, un léger début d’ivresse, lorsque le corps semble échapper aux contraintes de la pesanteur, que les idées paraissent claires et faciles, et qu’on fond de l’être une espèce de béatitude rend l’instant singulier et merveilleux sans que l’on sache dire pourquoi. Il regretta presque de ne pouvoir partager cela avec le Labbe, cette sorte de communion que l’alcool ou d’autres drogues procurent au début, ce sentiment si plein d’appartenir à la vie, au monde, départi du moindre souci, dans une actualité évidente et légère. Mais il savait aussi que cela allait vite disparaitre, qu’il ne fallait surtout essayer de le prolonger en continuant de boire, mais au contraire accepter le retour au réel et s’occuper. Il était important de toujours rester celui qui décide et ne pas dépendre, céder au piège de la facilité, car il perdrait alors pour toujours l’agréabilité de ces moments impromptus et délicieux.

Il repensait à cette journée, à ce repas prit en compagnie de son éditeur, à la façon dont Diogène avait réagi à cette visite, au propos et idées échangés, à leurs diver-gences. Il lui semblait s’être quelque peu réveillé, d’être sorti d’une sorte de douce léthargie, d’une félicité innocente, naïve même, de laquelle les arguments de l’éditeur l’avaient sorti. C’était maintenant qu’il en prenait conscience, doucement, par le travers ce petit dérangement qui avait quelque peu perturbé ce rituel quotidien de leur eucharistie... par cette envie de prendre quelques verres au lieu que d’un. Il n’était pas le seul à ressentir ce changement d’atmosphère, Le grand Labbe aussi n’était pas... dans son assiette ! D’ailleurs dès l’arrivée du type il avait manifesté une espèce de contrariété, de colère en ne cessant de survoler le pont en criaillant, et même en lâchant quelques fientes sur le bordage chose qui n’avait jamais faite jusqu’alors ! Oui il était contrarié, aux tréfonds de lui-même quelque chose le démangeait, avait rompu ce charme qui le transportait depuis son départ. Ce n’était pas une évidence, un fait bien défini, une parole, quelque chose d’argumenté, c’était un petit malaise, un de ces trucs qui vous perturbe mais dont vous n’arrivez à dire la réelle teneur...implicite, intrinsèque à l’instant et sa mésaise.

L’autre avait joué son rôle comme toujours, comme quoi il était heureux, flatté etc etc... Bien qu’il fût sincère au demeurant. C’était emballé bien avant qu’il n’ait le temps d’expliquer ce sur quoi il était en train de travailler, et qui l’avait poussé à partir un an durant. Il avait fallu attendre l afin du repas et les paroles de conve-nances, les exclamations de politesse et de flagornerie presque, bref laisser passer le superfétatoire, pour enfin aborder l’essentiel... à se yeux à lui. Les effets de la digestion ajoutés à ceux de l’alcool avaient quelque peu fait taire l’éditeur et il avait pu alors lui expliquer, sans trop en dire dans un premier temps, ce vers quoi il voulait aboutir et comment il ferait et avait commencé de le faire. L’autre avait acquiescé et l’avait laissé parler, il l’avait écoué dans son demi-sommeil, agitant de temps à autre la tête pour montrer qu’il comprenait, ou alors agrandissant les yeux ou faisant un geste de la main pour signifier son étonnement. Sur le moment il avait pensé que c’était gagné, que l’éditeur le soutiendrait sans restriction dans sa démarche, sa façon d’aborder et de délivrer la chose. Mais l’autre était avant tout un homme d’affaires, et même dans les vapeurs de l’alcool, son esprit mercantile, quand il s’agissait d’argent, du sien surtout, savait garder la tête sur ses épaules !

Il n’avait rien refusé ni critiqué de prime abord, rien remis en cause formellement, comme tout bon vendeur qu’il était. Non il avait parlait de temps, de surprise, de coût, d’exclusivité, du marché de l’édition et de ses obligations, que tout cela était magnifique et l’intéressait au plus au point, mais qu’il ne fallait pas vouloir se préci-piter, tout donner d’un coup, mais bien au contraire, prendre son temps, réfléchir, trouver une bonne attaque marketing, qu’il fallait créer un besoin chez les gens, titiller leur curiosité, et tout cela suivant un plan bien établi, et dans l’air du temps ! Sinon ce ne serait qu’un succès d’estime, un truc certes original mais que l’on oublierait bien vite dans un monde où chaque jour il y avait des nouveautés à ne savoir que faire, bien sûr la plupart du temps elles n’étaient que des buzz comme on disait, mais malheureusement c’était ainsi que fonctionnaient les affaires. En gros même si sa découverte était géniale, il fallait quelle répondent à des critères d’actualité et marchands !

Le grand Labbe poussa un cri comme pour le sortir de sa torpeur et vint se poser sur la table et se mit à le fixer.

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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 22:51

Ce matin il c’était levé tôt afin d’aller à la criée de s’acheter du poisson frais, pour lui évidemment mais aussi pour Diogène. Comme à chaque repas désormais il ferait semblant de jeter les abats par dessus bord, et bien sûr raterait son geste afin que le Labbe puisse récupérer sa pitance tout continuant d’exercer son travers de chapardeur. Il aimait cette sorte de jeu de dupes, où chacun feignait de ne pas faire exprès, de ne pas comprendre, lorsqu’il offrait à l’autre, alors que leur entendement s’ajustait de plus en plus dans les habits de la connivence On l’on aurait dit que chacun voulait donner à l’autre un peu de son altérité, sans pour autant en faire trop montre. Diogène lui maintenant passait les soirées en sa compagnie, le regardant travailler, et comme pour le remercier de cette présence amicale il faisait jouer régulièrement, par la mini chaîne, les morceaux préférés de l’oiseau, à tout le moins ceux qu’il pensait être ses morceaux de prédilection. Le volatil avait ses goûts particuliers, notamment en musique classique : Vivaldi et les mandolines, Haendel et sa Sarabande, la grande évidemment, Pergolèse et son Stabat Mater, mais semblait apprécier aussi la musique contemporaine, en substance King Crimson dans Epitaph et Genesis dans nombre de ses productions, et tant d’autres encore, mais surtout il ne dédaignait pas réécouter Erik Satie et ses Gymnopédies. Ils passaient donc leurs soirées dans cette atmosphère empreinte de convivialité, instants studieux et musi-caux, chacun restant bien sûr à sa place.

Avant de se rendre à la criée, il était allé attendre le retour des chalutiers à l’entrée du chenal afin de les regarder rentrer au port dans le petit matin, après une nuit éreintante de pêche. La vue était magnifique avec ce chenal se terminant par les deux petits phares de part et d’autre, comme si cette extrémité était une porte, porte s’ouvrant sur l’infini de l’océan, sur cette immensité mouvante et plissée, un univoque paysage s’inscrivant en cette petite ouverture, mais pour lui, c’était bien autre chose, et dans cette informité d’apparence il savait que mille décors se cachaient, capables de surgir les uns après les autres selon l’envie du climat et de la saison, du vent et de la lune. Au lointain, invisibles aux yeux, aux imaginations profanes, il y avait des albatros et des goélands, des calmes plats et ondes formées, des grains tempétueux et des baleines, des dauphins et des ours blancs, des iceberg et des phoques gris, des vagues lisses et d’autres scélérates, des terres inhospitalières et d’aucunes habitées, des ciels épais, gris et noirs, et d’autres d’émeraude ou cobalt, des eaux translucides et certaines céruléennes... et tout ceci, ce pluriel, cette richesse, il les savait, les voyait si bien inscrits et définis en son trouble, en sa mémoire et ses attentes. Au-delà de cette rade, il y avait la vie, un univers monocorde de prime abord mais si divers et multiple en ses possibilités d’être et de se parer. Et rien que de le regarder, l’appel se faisait à nouveau, car il restait tant de lieux et de contrées en ce monde qu’il n’avait encore visitées, qui ne l’avaient encore accueilli... La Baltique, l’Arctique, les eaux de Terre neuve, Le pacifique nord, la Méditerranée, les eaux froides de Behring...et tant d’autres encore... il devrait y retourner autrement, comme autrement il était allé durant un an, en visiteur humble et modeste, respectueux des volontés, des humeurs de ces hôtes, et non plus en vainqueur, empli d’orgueil et de fierté... tel était son destin, telle serait la suite...quelque chose avait changé en lui, il ne pouvait encore le définir, l’expliquer, le formuler, mais il n’avait plus le même regard, le même désir de la mer, la même émotion. La musique intérieure avait changé, et chaque bruit maintenant paraissait être une note en espoir d’une partition.

Il ne pouvait plus faire sans la musique, sans qu’elle n’accompagne les instants, leurs instants, à lui et au Grand Labbe. Il le regardait faire de plus en plus, l’observait, étudiant à la dérobée sa façon de s’intégrer dans ce nouveau monde, sans essayer d’interpréter ses comportements animaux. Mais il lui était difficile de se défaire totalement de ce naturel anthropomorphique, de cette habitude de vouloir in fine appliquer des raisonnements, des finalités humaines, aux agissements des bêtes. Diogène avait de plus en plus tendance, lorsqu’il était sur le pont, ou alors perché sur les haubans ou encore sur une bôme, à pousser des cris éraillés et disgracieux, des sortes de rires bizarres, narquoiseries aviaires, comme pour signifier à la cantonade qu’il était là, et bien là ! Cela ne laissait pas d’intriguer les mouettes et autres goélands natifs du lieu. Etait-ce un langage ? Un vrai ? Ou alors une communication animale sans réelle réflexion ? Une suite programmée génétiquement de signaux bien évidents sans grammaire ni syntaxe ? Une espèce de sabir établi et sans évolution ? Le chant des oiseaux était-il une mélodie ou une prosodie ? Ou peut être qu’une simple projection de notre ressenti à son écoute ? N’est-ce pas l’homme qui parlait de chant quand les oiseaux s’interpellaient ! Quand pouvait-on parler de musique ? Baptiser une suite de sons musique ? Quels étaient les critères et paramètres qui permettaient de définir, de circonscrire cela ? Tout ce questionnement avait tourné en son esprit tandis qu’il avait attendu le retour des bateaux de pêche, le regard perdu dans ce lointain étale, pour voir et revoir encore une fois, ce lever d’un autre soleil, identique à tous les autres en son déroulé, mais si singulier dans ses couleurs et reflets sur l’onde grisée.

Ce matin là, Diogène l’avait rejoint sur la jetée, au bout des estacades, et s’était posé sur le phare, restant immobile, ses petits yeux regardant au loin, comme pour imiter ce type avec qui il trainait maintenant depuis plusieurs semaines. Lui, en revanche, pour célébrer ce nouveau sacre de l’astre céleste, avait fait jouer par son Iphone « l’adagio en sol mineur pour cordes et orgue » de Georges Friedrich Haendel... Et bizarrement, quand la musique s’était tue dans les écouteurs du casque, alors que le bruit de moteurs diésel commençait à se faire entendre, le grand Labbre se dressa sur ses pattes palmées, et, battant des ailes, se mit à pousser ce cri rauque et cassant qu’il avait l’habitude d’émettre. Ceci fait, le jabot gonflé d’une sorte d’orgueil, il s’envola, décrivant une large et haute courbe dans le ciel du matin qui se levait, pour ensuite s’en aller rejoindre la goélette amarrée dans l’arrière port.

Messiaen pensait que les oiseaux étaient les authentiques premiers créateurs de la musique... mais ces deniers savaient-ils qu’ils chantaient ? Qu’ils créaient une mu-sique ? Ou tous ces bruits, ces notes, ces vocables... n’étaient-ils que communica-tion territoriale, ou codage de parades amoureuses à dessein de se perpétuer, et aussi vivre ensemble en bonne entente ? Diogène avait-il une émotion ? Naissait-elle lorsqu’il écoutait d’autres oiseaux chanter ? Ou lorsque lui-même poussait la mélodie ?

Les chalutiers rentrés à l’abri du port, il avait reprit à rebours le chemin du chenal pour se rendre directement à la criée et y acheter du poisson frais... pour lui, et le grand Labbe, comme prévu. Dans les jours à venir, il avait rendez-vous avec son éditeur... sur la Valéria.

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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 13:09

 

 

L’insondable profondeur de ces instants de mal être, ou encore d’euphorie des solitudes, de l'évasion, de la création, ne sont-ils pas les seuls moments, les insignes et privilégiés instants où l’on ressent vraiment notre propre, notre seule et assurée humanité, où l’on se sent vraiment soi-même, tout entier de nous, départi, délivré, du poids de l’image qui nous revient des autres, cette impression pesante et certaine qui nous dicte ce que nous devons être absolument, évidemment, dans une perpétuelle incertitude de savoir, d’appréhender, qui nous sommes au vrai ! Qui est cet être qui nous constitue et s’ébat en notre nom dans un monde de reflets et de relativité ? En cet Enfer? Car qui sommes nous... qui sommes-nous ?

On ne choisit pas d’être ce que l’on est, on le devient sous la pression et la nécessité d’autrui, mais aussi par le refus, la négation de vouloir être ou devenir cela, indissociables corollaires. La désespérance n’est-elle pas l’étonnement de nous savoir vraiment, la stupéfaction de cette rencontre d’avec nous-mêmes ? Une révélation terrible et insupportable, et à la fois la réalisation de l’impossible d’être in fine ce que nous sommes, pour n’être que ce que l’autre veut que nous soyons ! Alors le réel huis-clos, n’est-il cette rencontre in petto d’avec soi, cet insupportable rendez-vous, où le dialogue-monologue est insoutenable, douloureux, illusoire, écrasant, dans le tumulte d’un si pesant silence !

Vivre est-il un obligé, une obligation, lorsque l’on constate que ce nous ne signifie rien, et que la comédie nous échappe, par ce que le dialogue ne convient plus ? Ne nous convient plus ! L’échec, ce qui appert être une non-réussite, n’est-il pas au vrai l’affirmation, la contestation de cette inadéquation au monde, à ce réel imposé ? N’est-il pas la victoire du nous sur eux, sur cet autre nous que nous sommes malgré nous ? Faut-il absolument se relever pour être digne de soi ? La réussise comme parangon, comme victoire d’une humanité triomphante, comme certitude et vérité ! Cette aliénation au dogme, voulant que se redresser fera absolument de nous des êtres emplis de dignité et de beauté, de vertu et de force... des modèles, des héros de ce monde.

Ne pas déchoir, sans désir profond de revenir alors, seule excuse possible pour un pardon, un regard acceptant... Savoir conjuguer son être, verbe d’état, d’état de soi, qui s’accorde avec tout, sans condition, alors que pour avoir il faut être placé avant, devant... seule nécessité pour que le pluriel et le genre soient acceptés, acceptables !

Qui sommes nous au juste, sinon des modèles et des images, confondus et confondants... et plus personne n’ose alors dire ce qu’il est, ne le sachant vraiment, sinon que lorsqu’il s’esseule et se risque à la douleur du contraste et de l’égarement !

Etre fou, reconnu comme tel, pour enfin savoir qui l’on est, tout en acceptant qu’autrui nous dise que nous ne savons plus qui nous sommes ? S’obliger à vivre pour être supportable à son propre regard, ce regard par trop dirigé, par trop illusoire, par trop... étroit et conditionné !

Avoir absolument envie de vivre comme axiome et paradigme sans alternative aucune que la déviance ! Trahison et blasphème de l’individu à l’encontre de l’ensemble, et de sa rassurante certitude qu’être, c’est aller de l’avant, sans cesse, dans la conquête et l'adéquation au discours, dans l’ivresse et les truismes du lendemain... ce lendemain qui chante... à tue-tête!

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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 19:34

Ce jour j'ai fait ce qu'il ne fallait pas faire ce qui m'a empêché d'écrire: boire de l'alcool avec mon traitement!

J'ai voulu honorer les invités cher m'en a coûté et passé après midi au lit dans un drôle d'état.. les notices avaient raison!

Bon la rentrée s'approche je n'ai rien fichu, j'essaierai de finir la nouvelle dès que possible. Je vais laisser ce blog un peu en jachère car vraiment épuisé et gros problèmes d'insomnies qui fait que je redoute la reprise, d'autant que les analgesiques masquent les douleurs physiques du manque de sommeil mais mon organisme lui  en pâtit.

 

Je voudrais remercier La Bulle pour son aide sensée  tendre et continue à me délivrer d'une emprise nocive et qui m'a amené bien bas...

Remercier Dame Céleste pour son intérêt et son humour et sa fidélité

Fathia pour sa douceur du Sud et son accueil dans sa communauté

Et enfin Valdy pour son soutien et sa croyance en ce qu'elle nomme mon talent

 

Je ne sais quand je vais écrire à nouveau, il me faut idée, sensations, émotion, et santé

Là le moral est fatigué comme le coprs et l'âme... Drôle d'année

Je vous embrasse ainsi que les inconnu(e)s

Ce soir autres invités je vais être sage et faire bonne figure mais dieu que je suis fatigué

Que le dieu des blogs veille sur vous et vos productions.

Johan

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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 19:35

Ils étaient passés tôt le matin, arrondissant leur route au large du havre, évitant ainsi le trafic des navires de marchandises et de pêche débouquant et s’embouquant du grand port, pour ensuite se diriger vers Fécamp, arrivant avec la marée et les chalutiers, dans l’indifférence du petit jour et des gens. Pour accompagner se retour il avait fait jouer l’adagio de Barber sous sa version chantée « Agnus Dei », c’était l’un des chants religieux préféré de sa grand-mère, qui à l’écoute lui procurait une singulière émotion, bien différente des autres, et qui, dans l’aube naissante, prenait une autre acuité, une autre signification, charnelle et viscérale. Les voix, le chœur au lieu de cordes de violons, ce lent et long crescendo, comme s’ouvre lentement un ciel, une émotion, les portes d’une église, dans sa douce et émouvante gradation, puis se lentement se tait, sans que pour autant ne s’arrête le frisson, comme si la musique continuait en l’être, en son trouble et sa mémoire. Devant la côte se dessinait, long trait blanc de calcaire, irrégulier et découpé, et la haute falaise attenante à la ville ressemblait être un vieil iceberg sale, masse échouée sur laquelle, malgré tout, avec le temps, se serrait implantées des herbes sauvages.

Le ciel encore confus avait été une sorte de voûte, d’abside, par-dessus cette mer du Nord grise et peu formée, s’argentant de reflets au fur et à mesure de la naissance de l’aube, comme une eau forte que l’on polit. Semblant sortis de la pénombre, s’étaient dessinés de longs nuages grisâtres délinéés d’une frange d’un blanc moussu, qui paraissaient s’être posés juste au dessus de l’horizon d’où le soleil tardait à éclore, tandis que du lointain se traçait un trait jaune pâle entre ces deux segments impalpables et parallèles, alorst qu’en l’altitude, bien plus haut, les étoiles s’estompaient telles une guirlande qui s’éteignait progressivement dans le bleu d’un matin qui, petit à petit, les recouvrait. Aurore et crépuscule, instants similaires d’une métamorphose, où la nuit devient le jour et le jour se fond en elle ; ligne d’une lumière mélodique, qui se joue en contrepoint, à l’est et à l’ouest, sur des horizons opposés, frères et sœurs qui naissent et renaissent sans cesse, l’un de l’autre et l’une de l’un, sans jamais autrement se côtoyer, baptêmes et obsèques dans la confusion de la lueur, des couleurs, et des sacrements. Il était entré au port discrètement alors que le jour commençait à se faire, empruntant au moteur ce chenal gardé par deux sentinelles, petits phares qui se prolongent par des estacades, sortes de hauts et maigres échafaudages de bois par-dessus l’eau servant à la fois de passerelles et de brise lames, puis s’en était allé s’amarrer au plus loin dans l’arrière port, sortant les vieux pneus pour les apposer contre la coque, ce qui éviterait à la goélette de trop tosser lors du mauvais temps.

Durant toute l’approche sans les voiles, Diogène avait survolé le bateau d’assez haut, planant en larges cercles concentriques, tout en émettant un singulier piaulement, comme méfiant et intrigué de ce qui se passait, ne sachant trop que faire. De plus tous ces oiseaux qui virevoletaient et raillaient à la suite des chalutiers rentrant de l a pêche ne laissaient pas de l’intriguer. Il garda longtemps cette distance de sécurité, jusqu’à ce que la goélette se fût amarrée assez lion de toute cette agitation nouvelle pour lui. Aussitôt sur le pont il alla vérifier la présence de son trésor dans les cordages, puis après avoir poussé une sorte de râle étranglé de faussé, sans alla cahin-caha rejoindre la cambuse. Tous ce cinéma du grand Labbe l’avait fait sourire et tout à la fois rassuré, Diogène avait le choix d’un statut d’émigré et avait semblé vouloir faire montre de sa présence à ces congénères indigènes bien énervés. Comment allai-t-il s’adapter et se faire accepter ? Tout était possible l’avenir le dirait avait-il pensé, mais il valait mieux dans les premiers temps, pour sa sécurité, qu’il reste sur la goélette et n’aille pas trop s’aventurer au risque de se faire agresser par les goélands autochtones. Bien que tout cela l’inquiétait, il ne voulait pas s’en mêler, l’animal devait s’en sortir seul, c’était son choix de venir, à lui d’assumer celui-ci et de trouver les solutions idoines pour demeurer en paix.

Cela faisait maintenant deux jours qu’il était rentré, et il n’avait toujours pas quitté le bord, d’abord parce qu’il aurait eu du mal à dormir dans son lit, tant il était accou-tumée à vivre dans ce perpétuel balancement de la houle et des vagues, et ensuite parce qu’il ne voulait pas trop vite laisser seul Diogène. Il s’était dit après un tel dé-paysement cela aurait était la goutte de trop. De toutes manières, il n’avait pas envie de retourner si prestement à la vie terrestre après tant de temps passé sur l’eau, et comme personne ne l’attendait vraiment, ni ne savait qu’il était de retour, valait mieux cette sorte de quarantaine, ce biais de transition. Il avait donc passé son temps à relire et classer ses notes, nettoyer le bateau et faire de petites balades sur le port sans trop s’éloigner restant à vue d’œil du grand Labbe, qui sitôt qu’il quittait le navire, venait se percher haut sur les haubans afin de voir où ce compagnon sans ailes se rendait, poussant parfois son sorte de cri de guerre éraillé. Dès qu’il revenait à bord, l’animal redescendait et reprenait ses activités de chapardage et d’inspection des lieux, osant au crépuscule quelques vols brefs afin de se dégourdir les ailes plus qu’autre chose. Les temps des expéditions et reconnaissances ne semblaient pas encore de mise. Toute cette comédie l’amusait, et aussi lui réchauffait le cœur, mais il se demandait comment allait s’y prendre le volatil pour s’intégrer, et surtout s’il serait accepté par la faune locale, et qui sait, s’il n’irait pas jusqu’à convoler en justes noces avec une autochtone au plumage immaculé.

Lors des deux nuits passées à bord il avait été interpellé par le manque de mou-vement du bateau et donc de lui-même, bien qu’il ait été encore sur l’eau. Ce ber-cement du tangage conjugué au roulis lui manquait, manquait à son bien être, son équilibre, sa perception des choses et de l’espace... et il s’était demandé si cela ne participait pas justement de la musique des océans, si ce continuel et varié mou-vement n’était pas une composante importante de la gamme qu’il cherchait à dé-couvrir ! Il fut content de cette découverte et interrogation, et s’était dit que cela se-rait encore plus notable quand il irait dormir sur terre. Il nota cette découverte et se promit d’en explorer la voie, il ne fallait rien négliger. Là il avait mangé, l anuit était tombé, le port semblait assez calme et Diogène attendait qu’il aille faire son petit tour sur le port pour pouvoir chaparder ces restes de nourritures qui trainaient sur la table. Ensuite, ils écouteraient un peu de musique tandis que lui travaillerait, et enfin chacun irait se coucher, chacun aurait ses rêves... Les grands Labbe rêvaient-ils ? Il n’avait pas la réponse, mais pour Diogène il n’en pouvait être autrement.

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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 18:41

Assez difficile d'écrire ce jour, j'ai pris beaucoup de retard de ce fait, je pensais finir cette nouvelle ce dimanche... j'essaierai d'écrire ce soir et demain afin mettre un terme rapidement à cette écriture, afin d'honorer l'idée magnifique de Valdy comme promis. C'est assez dur car compliqué de me concentrer avec tout ce que j'ingurgite comme médicaments, et la douleur qu'entretient la position assise (désolé vous raconter  mes petites affaires de santé) puis faire une longue pause, et chercher un site plus approprié à l'écriture longue, ou alors faire un roman. Bonne lecture  à ceux et/ou celles qui  se sont attaché(e)s à cette histoire qui traine en longueur :-)

 

La nuit, vent contraire, mer à peine agitée, vitesse réduite, journée à tirer des bords le long de la côte atlantique de cette chère France... là à tribord, devrait être le golfe de Gascogne, dans l’air Sting qui chantait, et Clapton qui l’accompagnait de la gratte, et sur la rambarde, le grand Labbe qui se demandait ce qui se passait, car non habitué à une telle musique alors que la nuit était tombée. Etant donné les risques de collision, du fait de l’abondance des bateaux de pêche dans les parages, il avait mis en fonction le radar,  voilà qui sentait le retour à la civilisation, cela en était les prémices.

 

Un tour du monde en solitaire, pas si simple de reprendre une vie à terre ! Ce n’était pas rien que de partir ainsi. Certes il avait participé en 89 au premier Vendée Globe, tour du monde en solitaire non stop, sans assistance ni escale. L’aventure ultime, le grand doute et les interrogations qui s’ensuivent, le grand frisson de l’inconnu sur un 60 pieds, monstre conçu pour l’épopée sauvage et maritime, mais là, ce qu’il avait vécu tenait d’autre chose, participait d’une autre émotion, et le retour n’avait de ce fait pas le même sens, ne posait pas les mêmes questions et problèmes. L’arrivée d’une transat c’est aussi passer du rien des autres, sinon la radio, au tout des autres, en plus des radios ! Mais c’est aussi valider la performance, la rendre tangible et reconnue, l’aventure devient alors un partage, une sorte de troc, d’échange, dans le sens ou l’on donne un peu d’elle et de soi, pour obtenir  en retour la notoriété, la reconnaissance, celle qui permettra de continuer, de faire perdurer le bonheur, ce besoin d’adrénaline et de plaisir. Donc le retour sur terre prend une autre signification, nonobstant l’angoisse et la déroute qu’il génère, ce brouhaha des foules et cette agitation autour, si différente de celle de la houle. Cette obligation subite d’entrer dans la mouvance et l’artificiel, de passer d’un univers à un autre sans transition, sans préparation... conditio sine qua none et paradoxale de celui qui doit accepter ce qu’il cherche à fuir pour pouvoir fuir ! « It’s probably me ».

 

Dans les jours à venir il n’aurait pas à affronter les foules, à rendre des comptes, à s’expliquer, à se montrer, mais forcément il devra se remettre au rythme de la vie d’un terrien, changer de praxis et de praxie, se compromettre aussi... se devra de retrouver des repères et surtout de s’adapter à ce nouvel horizon qui se présentera à ses yeux, ce monde restreint et fermé, aux limites concrètes et tangibles...  cet univers où les mouvements seront bien différents, et l’attention autre, un monde dans lequel sa vigilance ne sera plus dévolue à la seule guidance de sa route, et l’observation placide du décor, mais mobilisée par la relation à autrui, par les règles communes... où son corps n’éprouvera plus ce bercement continuel de la houle, mais la réalité de l’attraction terrestre, sa raideur, sa rigidité... sa pesanteur. Le ciel n’y sera plus une étendue mais une sorte de couvercle, le soleil deviendra synonyme de jour et de beau temps, et les étoiles marqueurs de la nuit. Combien même son espace de vie fut restreint aux dimensions d’une goélette, il se retrouvera à l’étroit durant un certain temps dans son existence de tous les jours.

Durant un an il avait pris le temps, loin de l’immédiat, sinon dans la manœuvre, tout entier de lui, tout à la contemplation et au ressenti des choses et des sons, sans réelles contingences sociales, sans devoir rendre compte, ni se préoccuper des regards et des avis, des circonstances et de l’obligeance. Durant ce voyage il avait pu échapper au fatidique constat de Sartre, et s’éviter la nausée, ce perpétuel barbouillis afférent au constat de n’être que partiellement et confusément soi, soi par l’inévitable et nécessaire prisme des regards exogènes. L’enfer des incertitudes.

 

Il regardait la mer, comme Diogène le faisait aussi perché à l’avant du navire. Bizarrement ce dernier n’était pas parti faire son petit tour habituel, comme s’il sentait que quelque chose se passait, se tramait et qu’il ne devait pas s’éloigner de la goélette. Qu’allait-il devenir dans ce monde si différent du sien ? Pensa-t-il en regardant le grand Labbe. N’aurait-il pas du le chasser, aller contre sa volonté d’animal libre ? Toutes ces questions lui rappelaient les énoncés de philo du bac, et le firent sourire... peut-on être libre ? La liberté est-ce le droit de tout faire ? Peut-on être libre en société.... etc etc. bref, pour permettre au grand Labbe de rester libre n’aurait-il pas dû agir en le contraignant, en agissant contre sa volonté ! Il verrait bien, et de toutes façon l’oiseau pouvait s’en sortir seul lui, il avait des ailes, saurait se trouver sa pitance, il ne dépendait pas de l’homme... il n’était pas un enfant... son enfant. Chacun avait accepté le choix de l’autre sans attente ni requête ! C’était à Diogène de se prendre en charge, il avait déjà assez de tracas comme cela pour se soucier de l’avenir proche d’un goéland exotique !

 

Au départ de cette aventure il n’avait pas pris en compte le retour, le choc que serait ce retour, ni même qu’un changement pouvait se produire en lui et modifier sa perception des choses, de la vie. Il était parti à la recherche de la musique des océans, cette musique entendue partiellement au cours de ses longues courses en mer, et qu’il pensait pouvoir écouter plus tranquillement, plus intensément, transcrire même. Au fil du temps il avait pris conscience qu’elle n’était pas si simple à découvrir, à percevoir, qu’il fallait des conditions, que son oreille absolue ne suffisait pas... au point qu’il douta même de son existence, que peut-être tout cela n’avait était que des mirages, des illusions auditives... Mais il ne s’était pas découragé, avait procédé autrement, su modifier son approche, la rendre plus scientifique, moins émotive, sans pour autant perdre ce fil conducteur qu’était la capacité de s’émouvoir, et ramenait là des milliers d’enregistrements, de notes, d’images et d’impressions, et qu’avec du temps, du travail, de l’aide, et du recul... il saurait mettre à jour cette musique des éléments, son solfège... Rendre perceptible cette mélopée que certainement les premiers hommes entendaient avant que n’apparaisse la leur, et tous ces bruits qui avaient peu à peu rendues nos oreilles insensibles à ses fréquences et harmonies.

Tout cela prendrait du temps, demanderait un investissement total et profond de soi, de retourner sûrement sur d’autres mers, d’autres lieux dans d’autres conditions, il restait tant à collecter, à éprouver. En pensant cela il  réalisa que ce retour était aussi un départ, un début et une fin tout autant, puisque le dernier challenge qu’il avait prévu de relever, il ne le relèverait pas, et que jamais il ne participerait à The Race, sur ce magnifique trimaran que son ami architecte marin avait dessin pour lui, cette incroyable course en équipage qui aurait été l’apothéose d’une incroyable carrière... Le plus bizarre en ce moment de rupture, c’était qu’il n’éprouvait aucune tristesse, ni même de mélancolie ou de regrets, mais plutôt une sorte de béatitude, d’agréable satisfaction. Tout en regardant Diogène qui le regardait il se demanda si ce dernier n’avait pas compris avant lui ce changement profond, radical, et que c’était pour cela qu’il n’était pas parti !

 

 

 

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