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22 novembre 2011 2 22 /11 /novembre /2011 18:52
Merci "lointaine cousine" cette musique illsutrera la prochaine partie de ma nouvelle, l'avant dernière je crois...
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21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 17:32

Lorsque l’on aborde les probabilités, il est dit qu’il serait possible qu’un singe tapant çà et là sur un clavier d’ordinateur pourrait, à force de temps et de frappes, écrire hasardement la bible...la probabilité reste à calculer ! Il en était à penser à cela tandis que devant lui l’écran de l’ordinateur scintillait. Il flottait une étrange atmosphère dans la cabine, atmosphère qui avait contaminé son âme et sa raison, et le laissait ainsi, à regarder cet écran digital, se demandant ce qu’il se passait, dans quoi il s’était engagé, et pourquoi était-ce lui qui avait été choisi ! Diogène ne réapparaissait toujours pas, avait-il fuit comme suite à une panique? Ou alors avait-il fait en sorte qu’il se réveillât pour découvrir cela ? Pour la première fois l’événement avait le dessus sur son impassibilité, il flottait en lui comme une sorte d’émotion presque trop grande, paralysante même, de celles qu’il avait toujours évitées car dangereuses pensait-il, vous laissant sans réaction en proie aux forces adverses. Il ne s’était pas trompé, sinon juste un peu, et ce qu’affichait l’écran ne faisait que de conforter ses pressentiments, cette impulsion continuelle qui le propulsait chaque jour plus avant dans cette quête apparemment absurde, mais au vrai essentielle. Il était au milieu d’un destin, d’une combinaison de destinées, de laquelle devait émerger une autre vérité, une croisée de chemins, qui normalement n’aurait pas dû, pas pu être, mais qui était advenue, et ça il ne pouvait plus l'éluder , ni refuser cette part du travail qui lui incombait. Le Labbe était parti, et ne reviendrait pas, à tout le moins ne l’accompagnerait pas dans son odyssée, là était la seule erreur qu’il avait commise, celle de croire qu’ensemble ils iraient assister à ce concert des éléments. Diogène avait joué son rôle jusqu’au bout, c’en était fini de sa participation, et par ce qu’il avait laissé sur l’ordinateur plus aucun doute n’était possible, plus aucune interrogation non plus, sinon de savoir comment cela avait été possible ? Mais cette question n’avait plus d’intérêt ni de sens maintenant, car ce que l‘oiseau avait... écrit, l’avait surtout touché plutôt que de le questionner.

 

Bien sûr il aurait pu refuser cette chose, penser que ce n’était qu’une question de hasard, même si la longueur et la richesse du texte ne plaidaient pas pour cette hypothèse, d’un hasard survenu dans un contexte assez spécial, propice au affabulations, aux interprétations, au délire même... Mais non, le Labbe lui avait laissé un message, fait de citations, explicite ô combien, fort, riche, beau...suivi d’un lien plus beau, plus fort, plus explicite encore. L’heure était venue, voilà des mois qu’il s’y était préparé, l’avait pensée, imaginée, anticipée même... les dés étaient jetés, sa mission allait bientôt prendre fin, peut-être reverrait-il alors le goéland... ou plus jamais. Avait-il été d'ailleurs?. Une espèce de transe avait envahi sa chair et son esprit, peu à peu, il s'était senti plus fort, triste aussi, mais fort, invincible, avec la Valéria il allait partir à la découverte d’un monde inconnu, d’un monde oublié peut-être, plénipotentiaire de l’humanité auprès des éléments, dans leur invitation à la béatitude. En lui son sang était une lave, ses muscles saillaient de nouveau, ses mains exprimaient en chaque geste une nouvelle puissance, son regard avait recouvré l’acuité de ses jeunes années, et son cœur battait, cognait d’impétuosité une chamade violente et rythmée.

 

Il n’arrivait à détacher ses yeux des mots qui s’inscrivaient sur l’écran, les lisant et relisant in petto, renouvelant à chaque lecture l’émotion de la première, comme si cet émoi était inépuisable, incapable d’habituation. Diogène ce chapardeur, ce râleur emplumé, ce guide, ce confident, cet ami pierre de Rosette, ce Scapin impudent et sauvage, cet animal libre et fidèle. Diogène, qui, dans la nuit, venait de conclure l’étude et y avait apposé sa signature. L’oiseau lui indiquait le chemin à suivre, ce chemin qu’il s’était évertué à chercher, à découvrir dans l’amalgame des choses et des situations, sans vraiment le trouver... il était là ! Sur l’écran, dans ces mots, ces phrases, ces lettres et ce lien...dans ces aberrations que nul, hormis lui, ne comprendrait, choses étranges qui feraient s’interroger le monde et la raison, qui ouvriraient à coup sûr les portes grinçantes des angoisses millénaires et de l’inquiétude vaine. Tout était là, simplement là, écrit, dans une syntaxe grossière, faite de copier-coller, mais tellement belle et signifiante, poétique et sibylline, complice et aimante. Comment avait-il pu savoir ? Le savait-il depuis le début, ayant attendu que leur complicité fût effective et sincère ? Ou alors avait-il attendu qu’il se livrât, confiât, avant de lui délivrer le secret, attendu de savoir s’il en était digne, digne  de recevoir.

 

Il aurait aimé qu’une musique jouât tandis qu’il découvrait les consignes et confidences du Labbe... Un Stabat Mater... Il se leva, il lui fallait vérifier une dernière fois la goélette et l’avitaillement, pour partir au plus vite là-bas, afin d’accomplir et terminer la mission qui lui avait été dévolue, et surtout, être digne de son ami des airs, de ce goéland magnifique qui l’avait choisi, lui, pour être l’unique invité d’un concert grandiose et inouï. Le temps était frais, le jour commençait à se lever sur une mer assez formée, le ciel lui passait lentement du noir au gris, un gris soutenu et épais se détachant à peine des flots  qui le contrefaisaient. Il sourit en regardant une dernière fois ce texte que l’oiseau lui avait laissé, et s’en émut à nouveau en murmurant la courte phrase  faisant office de signature : « Hodie mihi, cras tibi, ab imo pectore, Diogène, rara avis in terris*. »

 

 

 

* Aujourd’hui moi, demain toi, du fond du cœur, Diogène, oiseau rare sur la terre.

 

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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 21:27

Tout était prêt, la musique, les hauts parleurs spéciaux sur le pont, près de la barre, l’avitaillement, les cartes, les voiles et les haubans, le matériel d’enregistrement, il avait tout passé en revue pour le grand concert des vagues et du vent, carène, pont, mâts, drisses, écoutes et tutti quanti...il ne manquait que l’heure du rendez-vous et le lieu, et ça il ne savait comment ni qui lui apporterait il recevrait le faire-part ! En attendant le grand jour il continuait de travailler, de naviguer, de se confier et de faire de ses théories ses théories à Diogène. Le volatil l’accompagnait de jour dans toutes ses sorties, pour les courses, le petit tour au café, la balade sur la jetée et même les visites aux amis d’enfance. Il restait souvent en marge attendant discrètement qu’il ressorte et prenne son chemin pour après à grands et rapides coups d’ailes le rattraper et le devancer. La nuit il semblait le veiller s’endormant après lui et se levant avant, pour faire son petit tour, sorties bien plus brève que celles qu’il faisait auparavant. Le Labbe adorait les escapades en mer, car souvent il allait se mêler au chahut des goélands dans la traîne des chalutiers, faisant alors montre de sa puissance et de son autorité reconnue maintenant par ses occidentaux congénères. Puis, ayant suffisamment rappelé et assuré sa suprématie, il revenait sur la Valéria. Là, monomane, il allait inspecter son nid et ses rapines, puis se perchait sur la rambarde, un hauban ou encore près de la barre, selon l’humeur du jour et l’agitation du bateau.

 

Le grand Labbe était chez lui et se comportait en associé propriétaire, s’étant adapté sans aucune difficulté et paraissant savoir ce qui se préparait et l’importance que ce quête revêtait. Il n’était nullement considéré comme un animal domestique ou une quelconque mascotte, rien ne l’obligeait à rester, aucune subordination, jamais ils ne s’étaient touchés, ni n’avaient fait montre d’affection réciproque. Ils vivaient ensemble, travaillaient ensemble, partageaient gîte et couvert, naviguaient de con-serve, mais c’était tout, rien de sentimental ne semblait les unir... et c’était bien ainsi pensait-il ! D’ailleurs il ne doutait pas que Diogène pensait de même. Rien ne pourrait désormais l’empêcher de croire que le goéland était une sorte de messager, de missi dominici, passeur d’entre les mondes, traducteur des langages improbables, d’un espéranto à venir. Il n’avait plus peur du ridicule, n’avait que faire de l’avis des autres, toute sa vie il avait parcouru les océans sans vraiment les comprendre et les écouter, croyant, fat qu’il était, tout savoir d’eux, au point d’en retirer une certaine sagesse que l’on enviait et lui valait reconnaissance et espèces trébuchantes. Cependant il avait aussi compris que cette démarche qui avait été auparavant la sienne, ce long chemin d’aventures mais de méprise, avait été un passage obligé, un apprentissage en quelque sorte, et que sans cela, sans ces errements, jamais il n’aurait pu comprendre, ressentir, et questionner la mer. C’était par le contraste qu’il avait pu distinguer les choses, en allant sur l’autre bord de la rive. Maintenant il allait vivre et participer à la plus grande course, la plus grandiose, la plus magnifique, et certainement la plus terrible des transats... en compagnie d’un oiseau... d’une crécelle grise et braillarde.

 

Le moteur avait été révisé, les batteries et panneaux solaires remis en état, dans quelques jours lui et le Labbe pourraient partir faire le tour de la Grande Bretagne pour ensuite se diriger vers la mer Baltique et revenir par la manche. Plutôt que de sillonner les environs pourquoi ne pas élargir le champ des recherches en attendant la bonne saison pour repartir dans l’hémisphère sud et le Pacifique, océan portant si mal son nom. Qui pouvait savoir, peut-être trouveraient-ils au septentrion ce petit truc qui leur manquait. De toute façon il lui fallait bouger, naviguer, il fallait que son corps soit sous l’emprise du mouvement des vagues, qu’il lui devienne presque consubstantiel... une sorte d’habituation au déséquilibre et à la mouvance, afin d’être prêt pour le grand jour de la bousculade. Il avait besoin de ce rythme, de cette sorte de tournis qui n’était qu’inconvénient auparavant.

 

Ce soir après le repas il irait, comme d’accoutumée, en compagnie de Diogène, faire le tour du port, prendre un verre, puis regarder la mer dans la nuit, l’entendre et la deviner au bout de la jetée...rituel et rendez-vous à la fois, muette connivence à trois. Puis ils rejoindraient le bord de la Valéria, écouteraient du Vivaldi ou autre chose, selon leur humeur, travailleraient sur le livre de photos. Lui lirait ses textes et l’autre l’écouterait silencieusement pour ensuite d’un cri éraillé donner son avis sur la chose. Ensuite il irait s’allonger avec un verre de vin et un bon livre et attendrait que vienne lentement s’installer le sommeil, avec le Labbe qui le regarderait tout en clignant se petits yeux de piaf. Voilà, il n’était que d’attendre, dans ce bien être des jours partagés, sans soucis aucun que de réussir à entendre la musique des ondes, un jour, ensemble...le grand Labbe et lui.

 

Tout fut comme il devait être, dans la suite des choses répétées chaque jour, dans la béatitude de ceux qui sont habités et ignorent l’assaut des contingences, la pro-menade sur le port, le verre au mastroquet, la balade sur le jetée, le bruit des vagues dans la nuit, le ballet des lumières de phares s’entrecroisant, le retour lent, la lecture à voix haute des textes et le choix des photos, puis la brève toilette et enfin quelques paragraphes d’un livre avant que Morphée n’impose sa présence et les emporte tous deux dans leurs rêves d'absolus.

 

Il faisait encore bien noir quand l’oiseau émit son cri de merle enroué ensuivi d’un raffut de battements d’ailes s’entrechoquant avec tout ce qui pouvait y avoir de posé sur le meubles de la cabine. Ce barnum le réveilla, et tout entier encore de son sommeil mit un certain temps avant de trouver l’interrupteur de la lampe. Lorsqu’il put enfin donner de la lumière il se rendit compte que tout était sans dessus dessous dans sa cabine, et que Diogène avait disparu, mais surtout que son ordinateur portable était allumé alors qu’il l’éteignait chaque soir pour préserver la charge de la batterie ! Mais que c’était-il bien passé pendant qu’ils dormaient tous les deux pour que l’oiseau réagisse ainsi? Il se leva, fit du regard un inventaire de la pièce et s’approcha à la table où était posé le portable afin de comprendre mieux. L’appareil était ouvert, actif, et ce qu’il vit à l’écran ne laissa de le surprendre, bien qu’il se fût préparé à tout.

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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 17:18

Il avait beau comprendre, avoir compris, il lui manquait toujours la vraie écoute, l’instant véritable où il entendrait et enregistrerait de cette musique des ondes, certes les chercheurs l’avaient conforté dans son intuition et son absolu désir de trouver, mais il restait toujours à la marge, dans le sentiment, avec rien de vraiment notable, si ce n’était cette opiniâtreté indéfectible qui l’animait. Il savait, après toutes ces sorties en mer, que cette musique participait, procédait d’une sorte de synesthésie, et que le mouvement du bateau, ce mouvement imprimé au navigateur, ressenti par lui, provoquait, ou contribuait à faire naître cette mélodie inaudible autrement. Il manquait quelque chose, et plus il réfléchissait, plus il en revenait toujours à la même réflexion, au même sentiment, à savoir que la clé de l’énigme se trouvait dans l’exception, et à y bien réfléchir, c’était dans l’exceptionnel qu’il avait parfois cru entendre cette musique. Les scientifiques n’avaient que subodoré, et ne pouvaient encore rien affirmer, conjecturer, sinon qu’il y avait quelque chose à retirer des toutes ces fréquences, mais rien qui ne sorte et soit de l’extraordinaire ! C’était à lui d’apporter ce qu’il manquait, ce qui ferait parler les ordinateurs, les ferait chanter plutôt ! La sortie de l’autre fois dans une mer tempétueuse lui avait éclairci les idées en ce domaine, et il n’avait cessé de prendre à témoin Diogène, lui expliquant qu’ils devaient tous les deux absolument se frotter à nouveau aux éléments, de les défier encore et encore, dans des joutes de plus en plus vigoureuses et impétueuses, afin que ces dernière livrassent à leurs corps les fréquences et vibrations qui leur manquaient.

 

Chaque jour il sortait en mer, et chaque soir, il travaillait à son projet. Tout en réflé-chissant à ce dernier, il posait aussi quelques phrases çà et là esquisse et brouillon de son futur ouvrage, car il ne devait pas oublier la promesse faite à l’éditeur, mais savait aussi que sa réussite passait par ce préalable. Le grand Labbe était devenu son auditeur, son confident, celui avec qui il partageait toutes ses idées, ses hypo-thèses et projets de sorties. Il s’adressait à lui comme à un humain, un ami, marquant des pauses comme pour faire mine d’écouter ses réponses, le regardant avec attention comme pour remarquer ses mimiques et approbations, ses étonnements, sa lassitude... Cette histoire était désormais leur histoire et c’était ensemble qu’ils iraient au bout, qu’ils trouveraient. Ils ne se quittaient plus, et l’oiseau paraissait veiller sur l’homme plutôt que le contraire, d’ailleurs il avait raccourci et souvent différé ses sorties matinales avec les autres goélands, revenant s’assurer, eut-on pu croire, que son ami navigateur était encore là et non pas déjà parti, seul, en mer. Lors de ces soliloques-dialogues, Diogène le regardait sans bouger, comme intéressé, et, parfois, émettait un cri qui, selon, pouvait être une sorte d’acquiescement ou alors une protestation vive à ses propos. Pour remercier le Labbe de son intérêt pour la chose il mettait souvent les morceaux musicaux que ce dernier préférait, Vivaldi, Corelli, Pergolese... et ainsi ils apparaissaient débattre des heures entières, dans la nuit, sur la façon de mettre à jour la musique des ondes.

 

Cette approche de la dialectique lui était venue naturellement, du simple fait de la présence constante de l’oiseau, oiseau qui l’accompagnait partout, restant souvent à distance, ne s’approchant que lorsqu’il était sûr de ne pas être en danger. Il lui avait semblé que Diogène comprenait ce qu’il faisait et cherchait, et que ce n’était pas le hasard qui l’avait mené vers lui. Si l’oiseau avait tout laissé tomber pour le suivre n’était-il pas normal de l’informer, de partager, de lui demander son avis, et qu’il soit le premier à connaître ses décisions. N’était-ce pas à la croisée des chemins que se faisaient les rencontres les plus belles, alors que chacun faisant sa route marquant là une pause se demandait s’il ne serait pas mieux d’accompagner l’autre plutôt que de poursuivre seul une destinée. ? Diogène avait sa perception du monde, perception d’un oiseau avec ses organes sensoriels, sa petite cervelle de piaf, mais il avait sa vision des choses, comme lui être humain avait la sienne, certainement différente, bien différente... mondes juxtaposés ? Parallèles ? Et pourquoi pas mondes intriqués ? Et cela devenait encore plus évident, lorsqu’ils allaient, ensemble, au crépuscule, au bout de la jetée, à la frontière des mondes, voir se coucher le jour et renaître la nuit. Lorsque les effets du vin se conjuguant à la musique, s’en venaient changer les couleurs du ciel et celles de la mer, quand, dans son émotion, tout semblait si limpide et que son humanité cherchait à déborder de lui pour envahir l’espace, les portant tous les deux au dessus de tout, dans cette apesanteur magnifique qui les réunissait.

 

Il lui fallait absolument questionner sa pensée, l’éprouver, la mettre à l’épreuve du soupçon, la bassiner au point qu’elle perdît ses repères pour lâcher le morceau ! Aller outre, outre les évidences, au-delà d’elle et de lui, des autres, des choses, non pas vers un paganisme caricatural, mais vers la surprise, l’étonnement, le paradoxe... Défaillir, que la pensée stable défaillisse, la distraire de ses habitudes, de sa sécurité, de ses contenus laudatifs, alors ce qui ne pouvait être perçu le serait, et viendrait interpeller cette pensée déstabilisée un instant. Priver la conscience de son confort, l’obliger à se croiser avec une autre, l’abâtardir afin qu’elle générât des hybrides, que s’estompassent les reliefs communs pour qu’apparaissent ces portes invisibles ouvrant sur des ailleurs. Bousculer les huissiers de nos mémoires rigides, de nos préconçus et préjugés, oser l’iconoclastie parfois, dans le seul dessein d’embellir notre « Eglise » et non de la renier. Recouvrer notre libido scienti, joie de la pensée curieuse qui pousse et pousse encore à aller plus loin. Le monde des Hommes n’était que pour les êtres humains, pour les autres espèces il n’était pas, comme le leur ne pouvait être pour l’Homme, quand bien même il pouvait en faire des prévisions et y appliquer ses calculs ! Un monde sans observateur n’était pas en tant que monde, il n’existait pas en tant qu’espace, tant qu’il ne se manifestât pas à quelque conscience, quelque organe de perception ou encore à une imagination ! La perception ne créait pas les choses, elle leur donnait une existence partielle selon les normes de la possibilité d’appréhension de celui qui les recevait. Le monde de Diogène n’était que pour lui et ses compatriotes, dans la représentation qui était la leur. Le monde était un sorte d’empilement de calques, chacun ayant un partie du dessin, suffisante pour ceux qui y étaient imprimés mais à qui échappaient sa globali-té, des instants de transparence, de confusion, étaient possibles quand on se libérait de la pensée conforme, pour laisser l’extravagance du ressenti. Il était urgent de s’obliger à corrompre notre monde, notre cogito, avec la possibilité d’altérités et d’univers impensables, pour en tirer un idéal et juste profit.

 

Il savait ce qu’il devait faire, et comment il le ferait, le grand Labbe aussi, ils en avaient parlé et débattu des soirs durant, des silences durant... la musique était prête, en réserve, n’ayant pas encore été jouée, leurs âmes l’étaient aussi, plus en-core même, et la Valéria attendait ce grand instant depuis sa naissance, elle avait été conçue pour ce dessein suprême, pour ce grand Œuvre, ce sublime concert duquel ils seraient les invités, les impétrants, les uniques récipiendaires... ils savaient qu’il leur faudrait mener un combat, une longue et dure bataille, faire montre et preuve de leur courage, jusqu’à l’aube, comme la petite chèvre, et qu’alors on les accueillerait à l’orchestre ou au balcon pour écouter la symphonie des ondes ! Tout cela n’était pas du délire, du relativisme, ou autre stupidité, certes le vin avait sa part dans l’emphase de leur désir et de ses mots, mais la conscience même poussée au déséquilibre savait garder leur tête froide... il n’était que d’attendre, d’attendre le jour, le signe, l’appel, et rien d’autre... Ils en étaient convaincus, Diogène, la Valéria et lui. Quant à Corelli, il jouait et rejouait son « concerto grosso en sol mineur (fatto per le notte di Natale)», avant que d’être bientôt remplacé.

 

(Je crois que je me suis laissé emporter excusez ce salmigondis)  Morceau n°2 de l'album

 

  http://www.jiwa.fr/#album/163587

 

ou

 

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 22:57

Demain j'essaierai de finir cette histoire...cela sera bien car j'ai du mal à me concentrer et rester longuement assis, et puis écrire avec tant d'intervalles cela n'ai pas marrant...mais j'aurai sentiment de vide aussi...j'espère que la fin plaira, pas simple de finir une telle histoire dont je n'avais même pas le soupçon de l'idée... J'ai donc  enveloppé l'idée de Valdy dans ma prose  emphatique et j'espère que j'aurai réussi ce cadeau en remerciement de tous ses encouragements.

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Published by Etsivousosiez
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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 19:41

Encore  2 à 3 parties à écrire ce w.e et ce sera terminé, mais je crois qe j'ai perdu tous le spassagers dans cette histoire! Mais je dois finir ce truc sinon ça va me travailler sans cesse...

 

 

Une légère dépression était sur la mer du Nord et la manche ce qui l’avait incité à sortir afin d’éprouver la houle dans une mer plus formée, plus effective dans ce qu’elle offrirait aux sensations corporelles, de plus la goélette devrait lutter et de là naîtrait d’autres sons, d’autres efforts, d’autres sonorité matérielles. Plus il avançait dans son analyse des données recueillies, plus il se rendait compte que ce qu’il cherchait était un tout, et ne passait pas que par les notes reconnues, la simple écoute mélodique. Ce voyage autour du monde lui avait ouvert l’esprit, mais aussi la curiosité, une autre forme de curiosité, et son approche de la situation avait changé, au vrai tout avait changé en lui, comme si c’était le bon moment, qu’il était enfin armé et surtout perméable à de nouvelles hypothèses, à de nouveaux ressentis. Les premiers retours qu’ils avaient eu la semaine dernières des gars du CNRS n’avaient fait que l’encourager en cette voie, ils avaient entraperçu quelque chose qu’ils ne pouvaient pas encore bien définir, ni quantifier, et non plus vraiment qualifier, mais les analyses des fréquences, des périodes, en combinant, après avoir isolées le sources diverses des sons, laissaient apparaître un début de ce qui pouvait ressembler à une musicalité, pas encore bien isolée et continue, mais il y avait matière à approfondir lui avaient-ils dit. Il s’était senti revigoré par ces nouvelles positives, reboosté, terminés les doutes, la mélancolie, il fallait repartir en mer, na-viguer, travailler l’émotion, en musique afin de trouver les correspondances, d’affiner son acuité auditive, sensibiliser plus encore son corps, mettre en sourdine les réflexes et sensations du marin, ces choses qui orientaient l’esprit vers la navigation pure et privaient la perception, de la sensualité. Il était prêt, tout ce qu’il n’avait pas appris à l’école, ayant quitté celle-ci assez vite, il l’avait découvert lors de ses lectures, mais aussi au contact des gens, ces gens cultivés et d’horizons différents qu’il avait fréquentés, grâce à sa notoriété, dans des émissions télé, ou encore lors de conférences, personnalités en leur domaine avec qui il avait tissé certains liens souvent ; cependant c’était surtout parce qu’il était curieux, et soucieux de comprendre, comprendre au mieux ce qu’il était dans ce monde, et ce qu’était ce monde dans lequel il était, qu’il avait acquis cette large ouverture d’esprit.

Ils étaient partis tôt dans le but d’être de retour le lendemain après avoir fait la tra-versée jusqu’à Plymouth, une sorte de triangle sur la manche avec Cherbourg comme autre sommet. Il avait besoin de cette eau grise et froide, d‘y la nuit dessus, chahuté par sa mouvance, dans la combinaison du tangage et du roulis, d’être bousculé, dans le déséquilibre, de devoir affaler, border, brasser, carguer, choquer, virer, de sentir la goélette se battre, résister, s’imposer, glisser, esquiver, qu’elle soit soumise aux forces des éléments, semble renoncer et se rendre, et se reprendre in extremis, pour repartir contre la vague et l’affronter. Il voulait ressentir tout cela, entendre la souffrance de la coque, celle des voiles, ressentir les prémices du doute et de la peur, puis le contentement, la superbe émotion de celui qui essaie trouve et réussi, de celui qui vainc, qui déjoue les chausse-trapes des éléments courroucés. Il avait besoin de cela, intimement besoin de ces bousculades, de l’agitation, de l’incertitude maîtrisée. La saison des dépressions qui s’en venait l’aiderait à avancer dans son étude, il pressentait que la clé de l’énigme s’y cachait, il lui suffisait d’attendre le bon moment, de savoir saisir l’opportunité que lui offriraient les éléments.

Diogène comme toujours était du voyage, couché sur son trésor, se demandant où ils allaient par ce temps à ne pas mettre un Labbe dehors ! Mais il n’avait pas rechignait à venir, bien que réveillé avant les aurores et ne pouvant aller faire son petit vol matinal en compagnie de ses cousins et cousines du littoral. Vivaldi se prêtait bien à l’atmosphère de ce temps, au gris de la mer, à son agitation, au claquement des voiles, au fracas de l’étrave tailladant la vague austère, oui il avait une musique pour chaque musique que lui livrerait l’océan, une réponse, un entrain, aux murmures de ce monde. Bien que court « l’adagio de l’automne » les accompagnait, Vivaldi en boucle sur pont, en illustration sonore de cette lutte, de cette danse.

Plus il avançait plus il s’ancrait profond en ce ressenti des choses, plus il naviguait, plus il se convainquait que ce monde avait fait fausse route en ignorant l’âme de la nature et son altérité, que le naturalisme avait fait perdre aux gens une partie d’eux-mêmes en croyant qu’ils étaient seuls à vivre sur cette planète avec ce que l’on appelait l’intentionnalité ! Terrible et invalidant dualisme nature-culture, mêmes contraintes physiques mais uniques possesseurs de l’intériorité, de la sensation d’être, de la mémoire et du projet, bien au-delà des réflexes vitaux et conditionnés, riches d’un langage et de ses infinis combinaisons, chacune ouvrant sur une pensée, un savoir, un sentiment, une sensation, une projection...Riches de ce génome, de notre Histoire, de notre transmission du savoir. Mais si aveugles et ignorants parfois, car ce monde n’avait-il pas d’autres... d’autres paradigmes, d’autres intériorités, qui elles nous avaient échappé parce que nous avions nié leur probabilité d’être ? Pourquoi refuser un autre regard sans pour autant se renier ? Pourquoi ne pas explorer d’autres modes de pensée, y prendre, y prélever des outils qui nous pénétraient de voir autrement, différemment, et de comprendre alors, plus encore.

La Valéria tapait les vagues, se freinait puis d’un superbe effort passait outre l’obstacle et remontait pour se cogner à la vague suivante, dans une pluie d’éclaboussures salines et froides qu’elle projetait par-dessus le pavois et qui ve-naient retomber sur le pont à le recouvrir, le trempant au point que Diogène avait dû quitter son poste pour se percher près de la barre. La bataille était belle, égale, chaque adversaire répondant aussitôt aux coups ou aux parades de l’autre, dans un combat continu, violent, sans pose ni quartier. Et lui tenait la barre, la sentait ferme et rétive en ses mains calleuses et robustes, parfois d’un brusque à-coup le gouvernail lui échappait un instant, mais faisant front il reprenait les commandes et remettant le navire à la cape, muscles tendus, yeux plissés, et l’âme enivrée par ce que le corps éprouvait dans cette lutte dantesque. L’affrontement était grandiose, David et Goliath dans un corps à corps impitoyable où aucun ne voulait rendre grâce à l’autre, ajustant parades et ripostes, se couchant et se relevant sans cesse, rendant coup pour coup sans ne jamais faiblir ! Aucunement il n’avait ainsi disputé à la mer le droit de son passage.

L’eau, le vent, les vagues, la goélette, le labbe, le ciel et la nuit, le soleil et l’horizon, chacun, chacune, avait son langage, sa musique, son intention, en une sorte d’animisme sans limite, mais aussi pouvait se regrouper selon leurs qualités, leurs volontés, leurs humeurs, leurs désirs et attentes, en un totémisme universel qui s’ajoutait à l’altérité des choses et des êtres, tous tant qu’ils étaient en leur identité. Toutes ces façons de penser le monde devaient s’additionner, se compléter, s’épauler, s’enchevêtrer mais aussi se disputer, se combattre et s’inspirer des l’autres afin que ressortent les invisibles des choses, que s’entendent les inaudibles des silences et les mutismes des éléments, et que se complètent les analogies. C’était cela qui le guidait, non pas dans une folie, une lubie de vieil homme lassé de tout, rompu à tout, fatigué de tout... non, il allait aller à la rencontre des éléments, répondre à leurs invitations jusqu’à ce qu’il puisse traduire leur langage, leur culture, leurs messages, pour approfondir ce qu’il ressentait de la vie et de ce la peuplait, pour devenir plus humain encore, plus sensible, plus à l’écoute, plus vivant, partie et totalité du monde. Sublime fractale en partie ignorée.

Clavecin et violons mêlaient leurs notes à celles des vagues, à celles du vent et des voiles, tandis que la Valéria ahanait dans l’effort, de toutes les forces de sa carène et de sa coque, de toute la résistance et la souplesse de ses mats et ses haubans ; elle râlait à chaque coup reçu, à chaque coup donné, conquérante insensible au mal, brave parmi les braves, dans l’ostentation imperturbable de son courage. Si petite et si grande dans l’adversité, si ardente dans le vent, elle tossait

Il percevait les murmures du monde, ils lui parvenaient encore faiblement, mais bientôt il les entendrait, les écouterait, concerto, une symphonie, il était prêt, prêt à recevoir, et sa musique à lui aussi était prête, merveilleuse musique des Hommes qu’il tenait en réserve, prête à être offerte en retour. Il souriait tout en chevauchant les vagues, le ciel était gris, tourmenté, et la mer se voulait sa jumelle. Diogène, lui, ne cessait de le regarder, sans cesse à la recherche de son équilibre.

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 17:39

Depuis son retour le matin il n’avait pas vu Diogène, ce dernier n’étant même pas revenu le midi alors qu’il ne ratait jamais cette occasion de venir chaparder des restes. A bien y regarder il lui semblait d’ailleurs que le Labbe n’avait pas passé beaucoup de temps sur la Valéria durant les cinq jours de son absence. Ce serait-il trompé ? L’oiseau n’aurait-il pas supporté cette solitude au point de s’en aller, de repartir là-bas ? C’était impossible, trop de trajet, ce n’était pas un migrateur, il n’avait pas le sens affiné nécessaire de l’orientation, de la navigation. Plus logi-quement il s’en était allé prendre son indépendance en quelque lieu tranquille sur cette côte aux falaises découpées et escarpées. Malgré tout cela le peinait un peu et il avait eu du mal à avaler son poisson...leur poisson acheté exprès à la criée. Une sorte de mélancolie c’était installée en lui tout au long de la journée, grandissant silencieusement hure après heure. Cela plus ce qui c’était passé là-bas le perturbait, l’empêchait de faire quoi que ce soit, au point qu’il n’était même pas sorti en mer, alors qu’il était en manque de ces sensations. Il avait passé la journée à ruminer des pensées confuses, s’asseyant pour travailler, puis se relevant et tournant en rond sur le bateau, voulant aller au café mais n’y allant pas, redescendant dans sa cabine pour se coucher et lire, et n’y arrivant se relevait pour commencer une énième occupation qui n’arrivait à l’occuper plus que cela.

Il c’était assis au bout de la jetée, là ou les bateaux déradaient, poussé par cette nostalgie mêlée de mélancolique confusion, regardant le lointain tout autant qu’il regardait en lui-même. Dans les écouteurs de son Ipod la voix de Montserrat Figue-ras berçait son âme et nourrissait à la fois cette langueur qui le tenait. Lui si fort, que rien ne pouvait abattre à priori, si rompu au combat de la vie, si sûr de ses décisions, capitaine de bord et d’aventure, voilà qu’il sombrait dans cette morosité, ce vague à l’âme destructeur, lui dont la propension naturelle le menait à fuir les faiblesses de l’âme. Comment ne pas laisser cet accide l’envahir ? Ne pas succomber à ce taedium vitae qu’il avait toujours su tenir à distance certaine de lui ?

Il savait que ces lamentos qui s’exhalaient de la gorge de la cantatrice ne contri-buaient pas à le sortir de ce marasme mais l’y enfonçaient plus encore, il continuait d’écouter ces magnifiques chansons extraites de Ninna Nanna. La musique discrète d’arrière fond et la prosodie des paroles, leur plainte larmoyante, rendaient plus belle et mystérieuse encore la mer dans la tombée du crépuscule. Il ne pouvait que se laisser prendre, aller cette l’émotion induite par la « canzonetta spirituale sopra la nanna », comme si cette voix admirable et les paroles qu’elle prononçait s’en venaient de l’océan, de cette immensité ondulée et scintillante que la nuit lentement venait recouvrir avant qu’elle ne s’endorme, le temps d’une autre marée.

Les chansons se suivaient, douces et mélancoliques, éveillant en lui les émois de l’enfance, les souvenirs cachés, volontairement oubliés, mais aussi ceux plus pré-gnants, indélébiles, qui furent et devinrent constitutifs de ce qu’il allait advenir et était maintenant. La lumière baissait imperceptiblement, minute après minute, dans la continuité de son gradient, ne laissant qu’un trait de clarté sur l’horizon ; il n’était que le bruit de fond des vagues qui se brisaient sur la jetée et les estacades, le parfum de leurs éclaboussures, tout semblait s’endormir et disparaitre dans cette obscurité profonde que la nuit déposait.

Une berceuse hébraïque, une voix de cristal, la pénombre, les senteurs océanes, les murmures de l’onde, et ces pensées qui semblaient glisser et se répandre en lui, telle une poisse lente que rien n’arrête et recouvre tout sans que l’on puisse l’en empêcher. Une vie, sa vie, si longue et tumultueuse, si riche, si diverse, et que des gens et pays rencontrés ! Ses amours, volages, éphémères, poignantes parfois, douloureuses d’autres fois, incertaines toujours... cette femme impossible car con-sanguine et surtout irréelle, absolue... cette femme qui avait été sa grand-mère sans l’être en même temps, révélatrice d’un monde indéfini pour l’enfant qu’il était, mais dont il percevait en sa chair la troublante étendue. Sirène qu’il chercha sur toute les mers et océans, dans l’espérance d’entendre son chant, et d’y succomber, improbable absoluité...déjà.

Demain il ferait beau, et il irait en mer, se forcerait à y aller, à l’éprouver. Qui sait Diogène là serait à l’attendre pour le départ. Avait-il pressenti quelque chose l’animal ? Que pouvait-il savoir de ce qui se passerait à Paris, ce n’était qu’un oi-seau ! Qu’importait à ce goélands la décision qu’il avait prise, l’accord que lui et l’éditeur avait passé ! Surpris par l’abattement qui c’était emparé de lui il en avait presque oublié le positif de son voyage, ces rendez-vous forts intéressants avec les chercheurs du CNRS qui l’avaient écouté avec sérieux et intérêt, lui promettant une aide dès que cela leur serait possible. Et puis quoi ! Un livre relatant son périple agrémenté de jolies photos ce n’était pas rien, ni une trahison ! Il fallait qu’il y voie un début, une sorte d’amorce, et que bientôt il aurait les moyens de ses désirs. Rien n’était perdu, rien, nullement, ce n’était qu’un contretemps, voire une opportunité, le moyen de remettre ses idées au clair, d’être moins brouillon, plus pragmatique. Il saurait déchiffrer la partition des ondes, ce n’était qu’une question de temps et de volonté... et cette volonté, il l’avait, chevillée au corps et à l’âme. Il jeta un dernier regard sur l’océan perdu avant de repartir, et dans la pénombre qu’éclairaient partiellement et périodiquement les deux phares. Dessus celui qui était opposé au sien, il put brièvement distinguer la silhouette d’un grand oiseau qui le regardait.

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 19:46

La sortie de ce jour serait assez brève, simplement pour dire d’éprouver le balan-cement de la houle et regarder au loin, de sentir les éclaboussures des vagues, voir l’étrave trancher sans coup férir l’onde, entendre les mouettes venir inviter Diogène à la sarabande, et ressentir ce bien être, ce mouvement intérieur qui ressemble si bellement à une ébriété, sans qu’il n’y ait à crainte une quelconque gueule de bois. La goélette, bonne marcheuse, allait sans forcer, surfant sur l’abyme comme une pirogue sauvage, agile et aérienne, Status Quo ânonnait mélodieusement son « In the army now », le grand Labbe, capitaine de bord, scrutait le ciel perché sur la bôme du mat de misaine, dessous la trinquette, au point d’amure, paraissant attentif et concentré. De temps à autre il poussait son cri de ralliement, cette sorte de criaillerie faussée et grinçante, comme s’il voulait signifier aux autres qu’il était le pacha, le boss, le maître des lieux qui sillonnait son nouveau territoire. Oyez oyez ! Le grand labbe est de retour ! Qu’on se le dise !

Il aimait l’attitude de Diogène, cette façon qu’il avait de réagir, de partager avec lui le gite et le couvert tout en gardant une espèce de liberté, d’indépendance, de fierté aussi. Peut être était-ce ainsi qu’avait commencé la domesticité, par une sorte de mutualisme distant, de symbiose convenue, chacun acceptant l’autre tout en l’étudiant, pesant le pour et le contre de cette promiscuité, jusqu’à ce que les deux eussent compris que ce concordat tacite valait le coup !

La sortie devait être de courte durée car il avait un train à prendre en fin d’après midi, mais il n’avait pas voulu se priver, ni frustrer son comparse à plumes de cet instant agréable et partagé. Il faisait bon, la goélette, ardente, avait belle allure, le vent donnant assez bien, il la sentait belle et racée dans l’inclinaison de son engagement, et en éprouvait une joie intense et viscérale. Cette plénitude procédait aussi du fait qu’il pouvait partir sans risque, ni crainte, il savait maintenant avec certitude que Diogène ne serait pas désemparé par son absence, qu’il ferait front sans problème. Les habitués du port le connaissaient, savaient qu’il vivait en partie sur la Valéria, et s’en amusaient d’ailleurs, et sa subsistance n’était plus un problème, s’étant parfaitement adapté à la région mais aussi ayant été adoubé par ses semblables septentrionaux. Il pouvait donc s’absenter quelque temps. Il sourit à l’idée de toutes ces pensées relatives au bien être de l’oiseau, lui si solitaire et taciturne, si loin de toutes ces préoccupations animalières, n’osant partir avant que d’être sûr qu’un piaf sache se débrouiller seul ! « oh ou oh you’re in the army... now ! ».

Ce soir il allait retrouver Paris, son exubérance, son agitation, ses excès, son bruit, sa pollution, l’indifférence et la futilité, le poids de la promiscuité et les odeurs du métro. Entendre des gens parler pour ne rien dire et s’étonner d’un rien, les lauda-teurs, les flagorneurs, les chieurs, les chiants, les cons et les pédants, le superflu et le superfétatoire, et plus il dénoncerait cela par son bougonnement et son mauvais caractère, plus il les enverrait paître, plus ils en redemanderaient, et le paieraient confortablement. Sa taciturnité était devenue sa carte de visite, sa marque de fa-brique, son gagne pain presque ! La musique de l’étrave découpant les flots conju-guait à l’ondoiement du tangage lui faisait éprouver un vertige incroyable, une sen-sation de vitesse et d’ivresse harmonisées, à l’instar de ce que devait ressentir un derviche tourneur emporté par le tournis de sa danse. Le vent les portait tous trois, la Valéria, Diogène et lui, les emportait, chevaliers des mers chevauchant la houle. L’émotion pure, débarrassée du surplus et de l’accessoire, le même émoi d’il y avait si longtemps, identique à celui de sa jeunesse lorsqu’il partait en mer avec son grand père, puis bien après lorsqu’il vogua en équipage, devenu adulte, vers ces de Terre Neuve si riche en morues, bien avant que le gouvernement Canadien n’eut décidé de les empêcher de gagner dignement leur vie en ces eaux lointaines, froides et fécondes. Presque le même saisissement qui l’avait pris lorsque Tabarly lui fit découvrir la course en haute mer. Tabarly le maître, ce taiseux qui avait battu les Anglais et inspiré tant de marins, qui avait tout compris de ce qui allait advenir après lui, et qui certainement avait eu l’insigne honneur d’assister au concert magique des éléments. Sûr que les océans avaient composé pour lui un sublime requiem, il n’en pouvait être autrement.

Nonobstant ce bien être, cette sensation suprême de liberté, il lui faudrait bientôt virer de bord et faire route vers Fécamp s’il voulait pouvoir prendre son train à l’heure. Encore une longue bordée pour dire de savourer et il empannerait. Docile et prompte la goélette obéit aussitôt à la barre et le virement se fit dans une merveilleuse souplesse, balayant la surface de l’onde tout en s’y appuyant, lors du virement, d’un coup, les voiles changèrent de bord, déventant un instant pour de aussitôt reprendre le vent et se regonfler, dans un claquement ferme et merveilleux à entendre, redonnant à la Valéria ce si bel allant qui était le sien juste avant qu’il n’ait largué les drisses et pesé les cargues.

Ce soir il allait partir chez les marchands du temple, se mêler à la coterie, se trahir un peu, beaucoup même, mais c’était le prix de sa liberté, peut-être de sa trahison, mais être libre c’était aussi avoir conscience de ce que l’on faisait, et pourquoi on le faisait, sans se mentir, ni dénier, ou encore se payer de mots ! Ce qu’il en retirerait ensuite valait bien plus que ce que son âme allait y perdre.

Le port de Fécamp s’en venait à eux, vitement, c’était l’étale de marée, la houle semblait être dans une espèce d’accalmie, de trêve, augmentant en cela la délicieuse impression de vitesse qu’il ressentait en plus profond de son ventre. Lors du virement de bord le grand Labbe était venu à son côté... il avait compris que ce retour n’était un retour comme les autres et il se taisait, comme partageant l’émotion.

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 15:10

Dans quelques jours il irait à Paris, y passerait la semaine afin de revoir son éditeur dans un premier temps, et alors y déciderait de la forme que prendrait son ouvrage, il profiterait ensuite de ce déplacement pour prendre langue avec un acousticien et des spécialistes du CNRS qu’il avait contactés et curieux de sa démarche. Il lui fallait avancer dans sa quête car le travail du soir, à bord de la goélette, ne suffisait plus, il avait conscience d’avoir atteint ses limites, et maintenant tournait en rond n’évoluant plus... une autre approche, un autre regard, étaient devenus nécessaires. Certes il maintenait son étude de terrain, s’il on pouvait ainsi dire, cette recherche empirique, basée sur l’instinct et le ressenti des choses, allant chaque jour à la rencontre de l’abyme et de sa musique, de son mouvement, de ses couleurs, de ses parfums, car il avait compris que cette musique était un tout, une sorte d’ensemble inséparable passant par l’addition des gnosies, leur complémentarité, leur fusion en l’individu, et que de là pouvait émerger une musique transcendée, primaire et primale, intuitive, intime... incarnée.

Parti au matin, de bonne heure, dans l’indécision du jour et son indistinction, vers le large, à la rencontre des chalutiers, il regardait là Diogène qui participait, en marge, à l’embrouillamini de plumes et de becs, qui virevoltait sans heurt à la poupe d’un navire de pêche, amalgame piaulant et criard en quête d’une pâture. Le Labbe, prudent toutefois, n’était pas en reste pour jouer de la crécelle, s’égosillant à ‘instar de ses congénères en réclame d’une pitance. Depuis quelques temps il avait pu constater que l’oiseau s’était bien acclimaté et trouvait par lui-même sa nourriture. Bien sûr il continuait de chaparder çà et là des restes, dès qu’il le pouvait, mais ce n’était plus l’essentiel de ses repas, mais plutôt manie, un jeu, qu’autre chose. D’ailleurs son trésor s’enrichissait à chaque sortie d’objets nouveaux, signe que le volatil s’était parfaitement intégré à son nouvel environnement. Tout cela le rassurait quant à son départ, Diogène faisait montre d’autonomie, il lui suffirait de laisser entrouverte l’écoutille avant de partir, au cas où l’animal voudrait se réfugier à l’intérieur du navire. Il pensait que Le grand Labbe était plus attaché à la Valéria qu’à lui-même, et que donc son absence maintenant ne risquait plus de le perturber ; ainsi rasséréné il pouvait donc partir plusieurs jours sans inquiétude.

Tout en regardant le manège des goélands quémandeurs il écoutait « l’adagio du concerto N°23 » de Mozart, c’était ainsi qu’il pensait pouvoir au mieux approcher le chant des Ondines, cette musique des tréfonds des choses... en élevant son âme, en allant à la rencontre de son émotion, de lui-même, par l’éloignement des autres et la transcendance de son être, dans l’ivresse des sens, tel l’oracle à l’écoute des Dieux par l’exaltation de sa transe. Il attendait Lorelei, le chant des sirènes, sans besoin qu’on ne l’attachât, sans crainte d’une perdition, mais convaincu qu’une porte s’ouvrirait... celle d’un opéra gigantesque, où se jouerait la plus belle des musiques, la plus charnelle, bien plus qu’un chant religieux, qu’un chant grégorien qui transite par le corps, y vibre, y prend sa tessiture et son essor avant que de sortir, que de s’offrir aux autres chairs.

La mer était belle, longue, infinie et plissée, ondoyante et grise. La Valéria y glissait, facile, vive, souple, tailladant la peau d’écume du tranchant de son étrave, y laissant une éphémère cicatrice qui aussitôt après son passage se refermait sans trace d’une plaie. Elle allait sur les brisées du chalutier qui rentrait au port, suivi par la confusion des oiseaux excités et fous, masse frénétique et compacte, gourmande des restes de poisson. Le grand Labbe maintenant ne laissait pas sa part aux autres, bataillant ferme dans la nuée, s’imposant par sa taille, et sûrement aussi de la stupeur que causait la couleur sombre de son plumage. A l’est, face à eux, sur l’horizon des terres endormies, le soleil lentement annonçait sa venue, projetant faiblement par-dessus cette ligne incertaine la diffuse lueur d’un éclat encore écrasé par l’opacité des nues. La mer était douce en cette mutation qui s’en venait, comme parsemée de feuilles métalliques, selon la mouvance des vagues, écailles miroitantes d’une houle tranquille, armure teintée d’un océan quiet et impassible que la caresse d’un soleil gracile venait effleurer. La musique était là, tapie quelque part, peut-être déjà inscrite en lui, en sa sourdine, en l’attente de l’instrument de sa résonance.

Alors que l’entrée du chenal commençait à se distinguer, Diogène quitta le chahut et la cacophonie des siens, pour revenir, gavé, se poser sur le pont avant de la goélette. De là, installé au mieux sur la lisse, il put continuer à suivre le tohu-bohu duquel il venait de s’extirper, piaulant parfois, comme s’il voulait, par ce cri étranglé, soutenir un probable camarade dans cet essaim tourbillonnant. En peu de temps, ils atteignirent la côte et franchirent la virtuelle frontière de la rade gardée par ses deux phares sentinelles, puis, longeant les estacades couvertes d’algues, s’en furent s’amarrer dans l’arrière port à la place qui leur était dévolue. Le temps d’accoster et de sécuriser les amarres et il irait à la criée acheter du poisson frais tandis que Diogène commencerait à digérer les fruits de sa ripaille à l’abri dans la cabine... en écoutant, bien évidemment son Stabat Mater.

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 15:09

La goélette se laissait chahuter quelque peu par la houle, la nuit était ... souple et agréable, les vagues venaient se cogner contre la coque, sans trop de force, sans violence, la ballotant à peine. Il avait mouillé l’ancre au large de Fécamp, hors des passages, et regardait pensivement la nuit tout en écoutant la « pavane pour une infante défunte » de Maurice Ravel, un verre de vin à la main. Diogène était à ses côtés, sur le garde corps. Depuis la visite de l’éditeur et la discussion qui s’était en-suivie il avait ressenti comme une gêne, un mal être, qui l’empêchaient de se con-centrer sur son travail, mais aussi avaient une incidence sur son humeur au quoti-dien. Il avait comme perdu cet enthousiasme studieux et réservé, cette insouciance paterne qui lui rendait les journées simples mais délicieuses, où l’ennui n’était pas, et le besoin de mouvement non plus. Il s’était décidé à faire une sortie en mer, pour rompre d’avec cette neurasthénie, se disant qu’en retournant sur l’eau, en retrouvant le bercement des flots, leur musique, il pourrait libérer sa pensée, et revenir à l’essentiel, qu’il fallait faire le tri dans tout ce qu’ils avaient évoqué. Ensuite tout se-rait plus clair, et il pourrait prendre la juste décision, celle qui lui rendrait cette tran-quillité de l’esprit qu’il avait acquise lors de ce si long voyage.

Durant son séjour au port il avait ressenti comme un manque, une absence, une forme de privation dont il n’arrivait à définir l’exactitude. Et aussitôt avait-il quitté le chenal que cette absence sembla s’éclipser, disparaître, mais il ne pouvait encore dire ce qui était revenu, ce qui faisait qu’il allait mieux dans l’appréhension des choses, de ce climat bienfaisant. Même le grand Labbe semblait subir les effets du retour au large, il paraissait plus à l’aise, moins énervé, agité... serein presque, si tant était qu’un oiseau pouvait l’être. Il y avait comme une symbiose entre eux, non déclarée, d’aucune notoriété, mais de fait. Plus le temps passait, plus ils étaient proches, d’une proximité, qui d’un côté comme de l’autre, n’empiétait pas sur leur liberté, ni même ne conditionnait leurs décisions. Ils partageaient un commun res-sentiment, une identique appréhension des choses et de l’instant, une forme de conjonction tacite, qui se passait de tout échange, de tout accord. Diogène et lui étaient, aussi stupide cela paraissait, à l’unisson. Lu, si pragmatique, si éloigné de la niaiserie et du spectaculaire, méfiant à l’égard de toute inclination pour l’au-delà et tout ce qui pouvait toucher au paranormal, était maintenant convaincu que le grand Labbe et lui partageaient le même attrait, le même intérêt, le même désir de percer le secret des ondes ! Il en riait presque tant cela lui paraissait dingue, mais ne pouvait ne pas admettre ceci comme une évidence. Bien sûr il s’était interrogé sur cette sorte de conversion, s’était dans un premier temps dit que cela devait être une des conséquences de son isolement, de son obstination à vouloir à tout prix découvrir cette musique des éléments. Il s’en voulu même d’avoir osé penser cela, se demandant comment auraient réagi ceux qui le connaissaient bien, lui toujours prompt à railler la bêtise et la crédulité des masses, s’ils avaient eu connaissance de cette affirmation ! Mais depuis la visite de l’éditeur il n’avait plus de doute quant à la raison de la présence du goéland ! Diogène avait une mission, il en était convaincu, et cela ne devait rien au vin qu’il prenait plaisir à boire tous les soirs ! Le Labbe était une sorte de missionnaire, de nonce... telle était la réalité ! Et au diable le qu’en dira-t-on !

Redescendu dans sa cabine il s’était resservi un grand verre de vin. Il aimait dé-guster ce breuvage dans de grands verres à pied publicitaires normalement utilisés pour boire la bière. Tout en mirant ce haut médoc, il pouvait apercevoir derrière celui-ci l’autoportrait de sa grand-mère, un des nombreux tableaux qu’elle avait peints tout au long de sa vie. Sur cette toile, accrochée à la paroi de la cabine, elle y ap-paraissait jeune, le cou et les épaules dénudés, ses longs cheveux noirs défaits et glissant sur sa nuque, face à sa psyché, se préparant pour aller se coucher. Elle y était belle, magnifique de sensualité et de mystère, avec ce regard qui semblait être ailleurs. Rien de criant dans les teintes, que des pastels, hormis le rouge des lèvres et le jais brillant de la chevelure. Alors qu’il était tout à cette émotion plurielle et es-thétique, la « Pavane » de Gabriel Fauré vint ajouter à ce trouble sa mélodie cares-sante de souffles et de cordes.

Le vin avait des senteurs et arômes magnifiques, l’alcool éveillait en lui une douce et agréable chaleur, face à lui Valéria semblait se coiffer, démêlant gracieusement ces cheveux, tout en lui souriant. Sa peau était blanche, pureté d’un lait sans soleil, et ses yeux clairs évoquaient un lointain, un monde éloigné limpide et coloré. Sa bouche à peine entrouverte, délinéée par des lèvres carmines et vives, gonflées d’un miel de vie et de jeunesse, d’une ambroisie charnelle et enivrante. Elle était là, si elle, si autre pourtant, si vivante et lointaine, silhouette et femme à la fois, impossible et éternelle maîtresse. Là, présente dans le flou d’un désir, et celui de l’alcool, dans cette mémoire ravivée et l’absence conjuguée, en la continuée d’un amour d’outre temps. Le grand Labbe était venu le rejoindre, se posant au bout de la couche, d’où son petit regard de piaf ne cessait d’aller et venir, allant du marin à la peinture, et de la peinture au marin. Comme s’il était spectateur d’un match de tennis. Il faisait aussi partie de ce tout, enveloppé par l’atmosphère chorale et envoûtante de la musique, dessous laquelle on percevait à peine le clapot naissant du choc des vagues contre la coque.

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