Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Recherche

Articles Récents

6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 11:03

Comme un rayon de soleil tombant sur la rosée, au petit matin, tes mots, murmure inattendu , sur ma peine se sont posés, arrêtant l'espace de l'instant, la douleur et ce temps qui nous échappe... alors quand bon te semblera, sache arrêter, le temps de la surprise, l'écoulement du sablier.

Repost 0
Published by Etsivousosiez
commenter cet article
5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 13:06

Laure est une amie au talent incroyable, rencontrée sur le net par hasard, elle a accepté que j'expose ici l'un de ses clichés, elle a cette qualité rare de sublimer les corps et surtout le sien... mais aussi sur  les choses qu'elle croise au hasard de la ville

 

 

kkk.jpgSon regard, lui, est un pinceau,

La lumière, sa palette,

Elle peint, dessine sur la peau,

Ce que l’œil interprète.

 

En noir et blanc ou de couleur,

Son trait est un émoi,

Un instant de vie et d’ailleurs,

Dans ce temps qu’elle sursoit.

 

Son monde, fait d’ombre et de lumière

Où s’exaltent les corps,

Au droit des poses singulières

Effondre ses accores.

 

Ses images dévoilent,

Nous interpellent et nous provoquent,

Blasphème d’une toile,

Troublante, délicieuse équivoque.

 

Gros plan, voici ses seins,

Ses lombes, l’intime de son val,

Collines d’un bassin,

Penchant de nos désirs, l'ovale.

 

L'impertinence de son invite,

Charnelle invitation,

Rayon, halo d’une poursuite,

Lueur, incarnation.

 

Son regard, insigne est décent,

Sa lumière, sensuelle,

Elle feint, décline l’indécent,

Dessillent nos prunelles.

 

 

(Merci à Corinne pour  ce morceau) 

 

Repost 0
Published by Etsivousosiez - dans Poèmes
commenter cet article
4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 11:39

Comme ça pour dire de passer le temps en attendant le repas...

 

 

 

(A Julie La Folle...) 

 

Poussières dans le vent, le vent de l’histoire et celui de l’oubli, qui poussent loin, là-bas les choses des hier, des instants sombres et néfastes, afin que chacun puisse se croire vierge de ce qui fut, et jamais plus ne sera, jamais plus le croit-on. Mais pourtant, les amours s’oublient se trahissent et se mentent, les haines se réveillent se toisent et s’aheurtent, se nourrissent et se croisent, s’entrebattent se jaugent et se maudissent, à jamais, à jamais ennemies, à jamais emplies de vieilles et vaines colères, car il n’est nul baiser dont la trace ne sèche pas... Nul baiser dont le souvenir ne reste impérissable, nul regard qui ne se détourne pas, car la vie est un fleuve, si long, si tumultueux, dans lequel on ne se baigne jamais deux fois... deux fois à l’identique.

 

Parfois le baiser est un crachat, et l’embrassade fausse étreinte nous éreinte,  le sourire une cautèle, et la caresse cautère... qui peut-on croire, lorsque l’on sait que soi même parfois, l’on est mensonge, colère et violence? Qui pourrait dire?. Moi jamais ! Qu’à celui-là, alors, on lance l’ultime pierre !

 

Attendre, laisser passer le temps,  que sèchent les larmes et se taisent les sanglots, que les cordes des violons frottent et s'usent, et les chamades se contiennent et s'apprivoisent, que l'oubli  estompe les rancoeurs, sans vraiment les canceller, oblitérant leur fiel pour simplement contenir leurs enfants, les retenir, pour qu'ils aillent nul part ailleurs que de l'avant... vers d'autres lointains, d'autres contrées supposées,  que celles de leur parentes.

 

Poussières dans le vent qui se déposent, alentour et ailleurs, comme témoins du temps qui se lasse, se passe... tels les souvenirs incertains des jours qui furent et ne seront plus, sinon en pâles sosies, mal grimés, réinventés... quand est-il de l'éternel retour? Des douceurs qui perdurent et jamais ne s'atténuent? Qui se répètent inlassablement,  s'en revenant sans cesse,  farandoles énivrantes et colorées, ces rires inaltérables, ineffaçables sourires,  et les soifs étanchées?

 

Poussières dans le vent en témoins des colères, des misères et des tortures, ombres déposées sur le décor d'un renouveau... de façade, comme pour dire de supporter, de se supporter, et continuer de vivre... ensemble, par désir ou par dépit, parce qu'il est impossible de faire autrement...  parce qu'ainsi est la vie , quand bien même nous la voudrions, différente... 

 

Parfois le baiser est mensonge, et l'embrassade trahison, le sourire lui,  contentement du mal à venir, et la caresse, prémices des coups qui attendent que se ferment les portes...  portes des yeux, portes du coeur, et celles de l'âme... probablement.

 

Revenir de l'enfer sans se retourner, à dessein de ne rien perdre, ni regard ni baiser, amours défuntes inanimées, l'espoir d'un miracle, mais jamais, jamais elles ne reviennent, celles qui nous ont laissés, les joies comme les peines, pour toujours recluses, en notre passé, en notre mélancolie... la vie est un fleuve, un fleuve imépétueux et tourmenté, dans lequel jamais deux fois l'on se baigne...deux fois à l'identique, deux fois dans la même peine, deux fois dans la même joie .

 

 

Repost 0
Published by Etsivousosiez - dans etsivousosiez
commenter cet article
3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 20:22

Voici l’aube, enfant rebelle nocturne, qui, curieuse, soulève le voile déposé, satin d’ombre et de jais s’étirant sans fin, découvrant alors, encore endormi, le jour, que sa mère la nuit avait hier dissimulé. Curieux des éclats qui lui parvenaient de cette toile obscure, déjà elle avait voulu, aussitôt après l’instant entre le chien et le loup, lever le coin de son interrogation, incontinent sa mère le lui interdit, lui expliquant que ce n’était là que les reflets des fils d’or dont était cousue cette parure, tissu obscur que le soir à ses pieds avait déposé, que rien n’était dessous et que cet effet singulier n’était que le fruit des reflets des toiles. Evidemment, l’enfant ne put et ne sut se contenter de l’explication maternelle, voulant à tous prix voir, de ses propres yeux, ce que dessous le drap la Brune avait dissimulé. N’y tenant plus, l’aube indocile leva, du plus loin qu’il pouvait, le drap sépulcral d’où s’échappa aussitôt un rai ténu de lumière, qui bientôt se répandit alentour sans qu’elle ne puisse le contenir. En un instant imprécis Aurore venait de paraître, fille du matin, fringante légère et lumineuse. Cette dernière lui sourit et s’en fut aussitôt sur le chemin de la journée qui venait à peine de se dessiner sous ce regard nouveau de sa lumière. Rien ne semblait pouvoir arrêter sa course ni le flambloiement sa chevelure d’or flottant dans un azur éclatant. Mais, quand le jour se fut envieilli, aux dernières heures d’une après midi prolongée, alors qu’elle cheminait aux abords de l’empyrée, sans qu’aucun des prémices ne puisse l’avertir, le soir silencieux et retors, précédé de son bâtard mielleux le crépuscule, tous deux courtisans de la nuit sans morale que la leur, jetèrent sur elle leur sinistre voile de bure, la portant dans l’effet de la surprise aux tréfonds du château de la Sorgue, pour l’y maintenir soumise et prisonnière. Là, l’aube s’ennuyant de tout au petit matin, curieuse et insoumise, alla fouiller les douves d’un horizon enténébré, cherchant çà et là dans les encombres un secret de famille, et bien sûr réveilla, aux heures des matines, sa puinée assoupie nuitamment séquestrée.

Il était une fois...

 

Repost 0
Published by Etsivousosiez
commenter cet article
2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 20:47

Bon je vais essayer d'écrire un nouveau roman, je vais donc délaisser quelques temps le blog, cela n'est pas évident, demande du temps et de l'inspiration, j'espère le réussir, mais je l'écrirai, je vous livre l epremier paragraphe, je ne le mettrai pas en ligne car cela est trop long et les blogs ne sont pas fait pour cela il n'est qu'à voir  le nombre de mes visiteurs :-)

Pour la poésie  j'aimerais écrire mais je ne veux pas  écrire pour écri e mais transmettre émotion...on verra bien..

 

" J'ai eu vingt hommes dans ma vie... étrange confidence de femme pour un premier contact, il aurait fallu ne pas repondre, il aurait fallu... il avait pourtant longuement hésité avant de le faire, mais... l'avait fait malheureusement; plus que de la franchise, c'était une sorte de stratégie, osée, mais ô combien efficace. Il avait répondu... et à l'instant où il avait cliqué sur envoyer le piège s'était refermé sans qu'il n'ait même soupçonné son existence! Comme il ne pouvait imaginer, qu'un jour, froidement,  elle  lui jeterait  au visage crûment, en détail, tout ce qu'elle avait fait avec eux en prétexant ensuite que cette description odieuse et pornographique  était une preuve d'amour! "

Repost 0
Published by Etsivousosiez
commenter cet article
27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 22:19

La télé comme toujours diffusa régulièrement, lors des journaux du midi et du soir, des informations sur les recherches du grand navigateur disparu en mer, ajoutant ainsi à l’émotion suscitée par les ravages due l’ouragan sur la côte est Américaine. Il y eu quelques émissions retraçant sa carrière de marin, le comparant aux autres grands aventuriers disparus en mer, Colas, Tabarly... L’éditeur fit un joli coup en sortant post mortem un magnifique album de photos contant sa dernière épopée, avec des textes de ses amis et concurrents, et profita de l’occasion pour éditer sa biographie. L’affaire fut belle financièrement parlant. Ceux à qui il avait parlé de la musique des ondes oublièrent vite cette théorie, n’ayant rien de plus à se mettre sous la dent, puisque tout avait disparu avec la goélette dont on ne retrouva jamais rien, et puis chacun avait bien d’autres soucis que de trouver une hypothétique gamme des éléments ! On glosa bien sur cette folie d’aller affronter un ouragan, le plus grand et fort des ouragans tropicaux recensé depuis l’histoire de la marine. On parla, on dauba, on s’extasia, on soupesa à l’aune des ressentiments l’attitude du grand marin... folie, orgueil, courage, désespoir, vieillesse...bref on usa des tous les attributs et épithètes à disposition, et ...on oublia, comme toujours, sauf aux dates anniversaires.

 

Cependant d’aucuns dans le milieu de la pêche dirent avoir entendu une espèce de musique, un chant des sirènes, lors des fortes tempêtes, et que si l’on était attentif l’on pouvait voir dans le plus fort des vagues la silhouette d’une goélette qui dansait ! Tous en convenaient sans pour autant le dire à voix haute ni en dehors du cénacle des marins.

 

En revanche ce qui est sûr et que personne ne conteste, c’est que durant des années, sur le port de Fécamp, dès l’aube, lorsque rentraient les bateaux de pêche, on pouvait voir, perché sur l’un des phares à l’entrée de la rade, bien après les estacades, une sorte de goéland au plumage sombre qui regardait au loin. Il était là chaque matin que faisait Dieu, immobile, attendant on ne sait quoi, puis, quand tous les bateaux étaient rentrés au port, il s’envolait vers les terres après avoir poussé un étrange cri éraillé. Les anciens disaient qu’il attendait le retour de la Valéria, d’autres disaient qu’il saluait son fantôme. Ce qui est certain en tous cas, c’est que dans la région s’était implantée une nouvelle espèce d’oiseaux de mer, sorte de mouettes au plumage jaspé de marron et de blanc que l’on avait jamais vu auparavant.

Repost 0
Published by Etsivousosiez - dans Nouvelle
commenter cet article
27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 21:59

(Essayez avec la musique au moment de la tempête, le 3 ème morceau)

 

La mer est calme et le soleil déverse sa lumière tiède, le vent est faible et la goélette, presque immobile, se balance légèrement, comme prise dans une pétole, rien ne laisse paraître de ce qui vient d’advenir, du combat terrible qui les a menés ici, sinon l’état du bateau, et peut être celui du pilote qui gît allongé sur le pont, sans bouger...rien ne laisse paraître que la vie existe encore, seules les oscillations de la Valéria indiquent qu’il est encore des mouvements. Tout est calme...dans l’œil du cyclone. En regardant de plus près l’on peut voir le pont du bateau qui présente une longue déchirure sur l’avant, là où le beaupré, après sa rupture est venu se planter, d’ailleurs le morceau brisé est encore retenu par les drisses des voiles déchirées dont il ne reste que des lambeaux. Les haubans du mât principal sont cassés en partie et se dernier s’est brisé en son milieu, la partie haute pendant sur le morceau qui tien encore malgré les dégâts aux élingues ; il n’y a plus de grand voile ni de bôme. L’on dirait que la goélette a reçu salves de boulets sur salves de boulets, qu’un navire de guerre s’est acharné sur elle cherchant à la réduire en miettes avant qu’elle ne coule...même la carène a été touchée, portant à tribord une longue estafilade oblique qui balafre aussi bien les œuvres mortes que vivantes... C’est sûrement par là que la Valéria s’est empli d’eau ce qui, l’alourdissant la fait ressembler à une péniche pleine. Les dégâts sont importants, le bateau ne peut plus naviguer, il flotte... tant bien que mal. Il ressemble à un animal blessé, mourant qui est au point de rendre l’âme après une poursuite et une lutte titanesque où toutes ses forces il a jetées, il ne reste rien sur le pont sinon ce corps qui ne bouge pas, allongé sur le dos, le visage tourné vers le ciel. Tout est calme, il fait bon...malgré sa colonne brisée et les plaies qui constellent son corps il se sent bien, tout à fait conscient de l’instant et de ce qui s’est passé il y a peu. Il est bien, si bien qu’il ne regrette rien. Il sait maintenant que l’œil de l’ouragan n’est pas ce qu’il croyait qu’il serait, qu’en cet instant il était à l’entracte et que bientôt reprendrait le concert, que résonnerait magnifiquement la seconde partie de la symphonie des ondes. Il n’était plus en état de participer, de combattre, si tant est que ce verbe était le bon.. il avait fait de son mieux, la Valéria aussi, jamais de vie de marin il n’avait aussi bien chevauché l’océan, le domptant, résistant jusqu’à la limite à ses ruades folles et violentes. Jamais avant lui on avait ainsi approché l’intimité des éléments, partagé leur musique, leur secret... jamais.

  

A l’approche des Bermudes comme prévu il avait rencontré le courant ascendant du Gulf Stream et les vents d’ouest, amure bâbord il était alors remonté vers les Antilles comme lui avait indiqué le Labbe, tout avait parfaite fonctionné, il arrivait pile poil pour rencontrer l’ouragan qui l’attendait. Il était encore une forte dépression, mais celle-ci puisait si avidement l’énergie des eaux chaudes qu’elle se transforma vitement, à la grande stupeur des météorologistes, en tempête tropicale puis en ouragan, gagnant échelon après échelon la suprême catégorie. Jamais le baromètre n’avait eu une chute aussi rapide. A bord il avait suivi cette évolution avec attention tout en longeant à distance les côtes, sentant grandir la force du vent, et les hauteurs de la houle, ravi d’être à l’heure, mais aussi stupéfait que Diogène ait pu ainsi tout prévoir presque à la minute près ! Tout se passait comme prévu, il lui suffisait d’accompagner cette tempête maintenant, de la contourner dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, par l’est, afin que, quand celle-ci se muerait en ouragan, il empannerait et se retrouverait vent arrière, puis de travers et enfin au près, amure bâbord, prêt à s’y engouffrer !. Il allait faire ce que tout marin évite de faire, entrer dans l’ouragan et atteindre la salle des concerts que devait-être, pensait-il alors, l’œil du cyclone... et c’était là, comme suite à une haute lutte, épreuve de l’adoubement, qu’ils seraient reçus, accueillis, reconnus, lui et la Valéria, pour assister enfin à l’exécution de la symphonie des ondes.

   

Plus les heures passaient plus la mer se formait, plus la houle élevait son mur de mouvance. La force du vent s’amplifiait après chaque rafale, l’obligeant sans cesse à choquer et prendre des ris, jusqu’à affaler la grand voile puis la trinquette. La goélette était bousculée de partout, mais elle faisait front, montant sur des vagues de plus en plus vertigineuses, pour ensuite retomber de cette altitude dans la gouffre liquide qui s’ouvrait sous elle, tossant violemment jusqu’à s’enfoncer jusqu'à à la moitié de sa longueur. Brave, elle se battait faisant face à ces géants de saumure qui écrasaient sur son pont leurs violentes déferlantes qui, elles, ne cherchaient qu’à s’engouffrer en ses entrailles pour la faire exploser de l’intérieur. Dans l'Ipod Jethro Tull, lui, jouait "Locomotive Breath". En ces instants, il ne voyait plus le pont, mais seulement les extrémités des mats qui pointaient au dessus de l’onde tourmentée, lui indiquant qu’il n’avait pas encore totalement coulé. Lorsque la houle la portait en son faîte, la Valéria prenait une gîte si forte qu’il s’attendait à ce qu’elle se couche puis cabane... mais elle, à chaque fois, au denier moment, d’un sursaut inhumain,  refusait d’abdiquer et reprenait son inclinaison  normale se préparant à replonger dans les tréfonds obscurs de l’océan en furie.

  

A force de coups et de combat, peu à peu, l’accastillage rendit grâce, d’abord ce fut le bout dehors qui explosa lorsqu'une déferlante i traversa le bateau sur toute sa longueur et faillit presque  arracher le poste de commande. Puis ce furent les voiles qui se dilacérèrent, ne laissant que des lambeaux à chaque assaut plus petits, pour n’être bientôt plus que des morceaux de chiffons attachés çà et là sur les gréements. Il faisait noir, il ne voyait plus le ciel ni l’horizon, et ne pouvait que le deviner quand une vague les emportait en son sommet. II avait beau s’accrocher à la barre, celle-ci ne répondait plus, elle ne servait désormais que de point d’accroche, ils étaient à la totale merci des éléments, lui et la goélette devenue petit esquif sans mâts ni voilure prise dans la gueule d’un monstre démesuré et plein de rage.

  

Malgré cela, malgré les meurtrissures et les blessures du bateau, malgré les coups qu’il encaissait à chaque plongée quand la carène semblait talonner, il n’avait pas peur. Ce fut alors qu’il comprit que le concert avait commencé, et que c’était ici que se jouait la symphonie, ici qu’était l’âme profonde et le secret des éléments, dans cette extrême et absolue agitation, dans cette lutte, cette colère du ciel et de l’océan. Il réalisa que les hurlements du vent, le grondement des vagues gigantesques étaient les notes pures d’une musique nouvelle et qu’il se devait de les écouter, de les ressentir, de les recevoir. Il attendit que se fasse un instant de répit, et lâchant brièvement la barre à laquelle il s’accrochait fermement, modifia la sélection de son Ipod. A peine avait il fait ce geste que déjà la Valéria reprenait un coup de boutoir sur tribord qui entailla sur toute sa longueur la carène à la limite des œuvres. Le bateau craquait de toutes se jointures, de toutes ses fibres de bois, de toutes ses pièces mobiles. C'était comme une plainte sourde de souffrance. Le grand mât menaçait déjà de s’arracher du pont et de faire s’ouvrir comme un oursin la coque du navire.

  

L’émotion fut si intense qu’il faillit défaillir quand le violon commença sa ca-valcade au départ du « concerto pour violons et cordes op.8, N°2 (l’estate.3 presto) » de Vivaldi, incroyable et violent extrait des quatre saisons. Il comprenait, entendait la musique des ondes qui venait s’amplifier en lui, résonner, et s’enrichir de la sienne propre. Les notes sourdaient, se mêlaient et s’emmêlaient, s’appelaient et se répondaient, se conjuguaient et s’entrechoquaient, en un explosif crescendo sublime et titanesque. Il faisait nuit noire, l’océan paraissait un Himalaya mouvant aux sommets étêtés, immense chaîne de montagnes qui ondulait, dans l'obscur d'une nimbe humide où averses et éclaboussures se mélangeaient. Le ciel n’était qu’une épaisse pénombre de nuages qui vomissaient en trombes leur eau froide dans un vacarme ahurissant, et parfois après le flash des éclairs, les craquements effroyables du tonnerre, tels des tambours terribles et tendus, venaient s’aheurter à la coque de la goélette qu’ils mettaient en résonance faisant trembler et vibrer bois et métal, mais aussi ce corps de chair meurtrie, à lui nouer les viscères. C’était un ballet violent et furieux, une charge abominable et féerique où la Valéria, contrainte, dansait et se faisait bousculer jusqu’à choir, mais, refusant de céder, elle se relevait sans cesse pour derechef être secouée, bringuebalée, molestée, puis à nouveau projetée au sol ! A peine le violon s’était-il tu en ses oreilles que « Carmina Burana » de Carl Orff se déclencha à sa suite, sans même l’once d’un silence intermédiaire !

 

Les portes du néant venaient de s’ouvrir, les vents et des cumulo-nimbus grasseyants formaient autour d'eux les murs d’un temple infranchissable, gigantesque muraille de non matière sur laquelle ils venaient se faire précipiter et battre la goélette maintenant agonisante. Plus rien ne pouvait arriver, plus rien ne pouvait lui l'effrayer, il était au centre du néant, d’un néant empli, constitué d’une émotion indicible et surhumaine, inhumaine et absolue, il n’était que de s’en imprégner, de s’en nourrir en attendant que tout se finisse, que tout advienne. Abruti par ce combat sans répit il ne vit pas venir par l’arrière cette vague scélérate et gigantesque, monstrueuse, inimaginable, bâtarde de la houle noire, perfide ogresse nourrit de ses sœurs. Telle une montagne d’eau bouillonnante, s’écroulant de toute sa hauteur, la vague s’affala sans retenue sur eux venant les recouvrir, mais la Valéria nonobstant ses ultimes efforts et un dernier sursaut de courage, ne put s’en extirper, en réchapper, et fut engloutie, disparaissant de la surface tempétueuse qui venait de se refermer sur elle.

 

Il regarde le ciel, s’attendant à voir surgir le Labbe, ne devaient-ils pas en-semble partager cet instant ? Où était-il cet ami alors que tout n’était pas encore terminé ? Comme il aurait aimé qu’il fût là au plus beau de l’ouragan quand fière et brave la Valéria faisait front aux éléments en furie, faisant par cette résistance incroyable honneur à ses hôtes. Il n’a pas mal, il n’a pas peur, il n’a pas de regrets... il se sent apaisé. De la main il caresse le pont de la goélette comme pour la rassurer avant que ne commence le dernier acte de cet opéra, que ne reprenne la symphonie. Il a sa réponse et sait maintenant que cette musique, que cette œuvre, n’a qu’une seule salle de concert et ne peut être jouée et partagée ailleurs. La fatigue commence à se faire, il va bientôt fermer les yeux, avant que cela n’arrive il sort de sa poche intérieure la feuille qu’il a imprimée avant de partir et sur laquelle sont écrits les derniers mots que lui avait laissés Diogène, ces mots magiques et si vrais si forts qui l’ont sans crainte mené jusqu’ici. Il les lit une dernière fois essayant malgré l’épuisement d’en sourire. Il les murmurant lentement, détachant chaque syllabe, avec au cœur une émotion inouïe. Voilà ce que le grand Labbe lui avait dit avant son départ :

 

« Audaces fortuna juvat ; carpe diem quam minimum credula postero ; justum ac tenacem,propositi virum, felix qui potuit rerum cognoscere causas, quidquid agis, prudenter agas et respice finem , credo quia absurdum, homo sum et humani nihil a me alienum puto ; remau tetigisti macte animo ; ; ad impossibilia nemo tenetur, ab amicis honesta petamus ; adde parvum parvo magnus acervus erit ;ante mortem, petite et accipietis, quoerite et invenietis, pulsate et aperietur vobis . »

 

(La chance sourit aux audacieux, mets à profit le jour présent sans croire au lendemain L'homme juste est ferme en son dessein. Heureux celui qui a pu pénétrer les causes secrètes des choses. Quoi que tu fasses, fais-le avec prudence, sans perdre de vue la fin. Je le crois parce que c'est absurde, je suis homme, et rien de ce qui touche un homme ne m'est étranger. Tu as touché la chose de la pointe de l'aiguille, à l’impossible nul n’est tenu. À un ami, on ne doit demander que ce dont il est capable. Ajoute peu à peu et tu auras beaucoup, avant la mort, demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez on vous ouvrira).

 

Il remit dans sa poche le papier replié, ferma les yeux et s’adressa douce-ment à la Valéria, comme on rassurerait un enfant blessé et apeuré qui re-doute ce cache la nuit. En lui étaient sa vie, toutes ces aventures, ces gens croisés, mais surtout les siens... sa grand-mère, sa mère, son père et son grand père, et cette aimée inconnue et si belle de laquelle il avait rêvée chaque jour de sa vie d’homme jusqu'à maintenant. Bientôt allait reprendre la symphonie, les éléments s'en revenaient, il entendait leurs pas, leurs souffles... il avait passé l’épreuve qu’ils lui avaient imposée et désormais il faisait partie de leur monde, univers total d’ici et d’ailleurs, où les choses ne se mesurent pas à leur valeur marchande, mais à la grandeur qu’ils peuvent nous faire atteindre.  "Stairway for Heaven" de Led Zeppelin  commença sa douce mélodie alors que le vent commençait à se lever et les vagues revenir.

 

(Encore un petit épilogue à venir pour vous redonner le sourire)

 

 

 

Repost 0
Published by Etsivousosiez - dans Nouvelle
commenter cet article
27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 16:56

Il naviguait au rythme de la prédiction du Labbe, plusieurs fois par jour con-sultant la pilot chart, et restant aussi à l’écoute des avis météo, afin d’adapter sa vitesse à l’aune des conditions rencontrées, mais surtout en fonction de l’évolution de ce qui se passait... là-bas. Pour l’instant tout allait comme il l’entendait, et profitait du temps qui lui était donné pour lire et savourer ces petits moments simples et occurrences que l’océan lui donnait l’occasion de vivre et rencontrer. Il avançait souvent à la cape ce qui lui laissait une certaine liberté pour lire, se reposer, admirer des heures entière le spectacle de l’eau et de ces habitants qui ne manquaient jamais de le surprendre. Il avait emporté avec lui des centaines de morceaux de musique sur son Ipod, et les écoutait selon l’humeur du jour et les conditions de navigation. Le seul impératif duquel dépendait son avancée, hormis la direction, était sa vitesse de progression, et donc plusieurs fois par jour il en prenait connaissance en consultant le loch, puis ceci fait allait reporter sa nouvelle position sur la carte. Il avait refusé d’être en contact avec son routeur bien que ce dernier lui ait fortement proposé de le guider...c’était son histoire, sa mission, et il voulait la mener à sa façon, sans autre témoin que lui-même.

 

Avant son départ il était passé chez le libraire du coin pour faire le plein de bouquins, sachant que la traversée serait longue. Il avait pris de tout, mais surtout des livres de philosophie et d’aventures, comme pour mieux circonscrire, comprendre, ce vers quoi il allait, si tant était que cela fût possible. Là allongé sur sa couchette, il lisait « les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse » de Lacan. Il avait acquis ce livre de poche après l’avoir succinctement feuilleté, étant tombé, en le parcourant, sur quelques phrases troublantes et significatives relativement à son projet. Il y avait vu comme une proximité d’âme, comme une ressemblance étrange, et s’était promis d’approfondir cela avant l’échéance de la traversée.

 

La philosophie l’avait toujours attiré, mais lui paraissait être un littoral aux accores infranchissables, et comme il n’avait que peu de temps libre à lui du fait de toutes ses occupations attenante à son activité de marin, il n’avait jamais osé y débarquer. Maintenant les excuses ne valaient plus, et depuis quelques semaines il avait dévoré plusieurs de ces bouquins, d’auteurs biens différents, certains simples et abordables, d’autres plus laborieux et abscons à comprendre. Cependant ce n’était pas une perte de temps bien que tout ne lui était pas de suite accessible, profitable, mais il sentait qu’après ces lectures son esprit continuait de travailler, de confronter ces regards sur l’existence à celui qu’il avait sur la sienne, et il ressortait de cette rencontre, de cette dispute, quelque chose de positif, même s’il ne pouvait le formuler. Ce que Lacan disait de l’inconscient, et de sa façon de s’exprimer, de prendre la parole, de s’afficher, ressemblait étrangement à la façon dont s’était imposé à lui l’existence de la mélodie des ondes ! Il suffisait parfois de remplacer inconscient par musique des océans et la phrase continuait à tenir la route... à capeyer ! Cela n’avait pas laissé de l’étonner au point qu’il en avait lu et relu à haute voix, jusqu’à les déclamer au vent même, les passages les plus signifiants :

 

« Vous verrez que, plus radicalement, c’est dans la dimension d’une syn-chronie que vous devez situer l’inconscient (la musique des ondes) – au niveau d’un être, mais en tant qu’il peut se porter sur tout, c'est-à-dire au niveau du sujet de l’énonciation, en tant que, selon les phrases, selon les modes, il se perd autant qu’il se retrouve, et que, dans une interjection, un impératif, dans une évocation, voire une défaillance, c’est toujours lui qui vous pose son énigme, et qui parle... ».

 

Tout semblait concourir à justifier, expliquer, valider sa quête, plus il s’avançait dans l’inconnu, plus tout apparaissait clair et évident, indicible certes, mais impossible à réfuter cependant. Ce tout, ce mélange, le poussait à aller de l’avant sans crainte du ridicule, ni de se renier, à s’impliquer plus encore dans cette recherche d’absolu, d’un nouveau et véritable paganisme, dépouillé d’emphase et de toute extravagance, dénué de tout prosélytisme patelin. Lui qui avait les pieds sur terre et les vagues à l’âme, de plus en plus se refusait à la pesanteur d’un scientisme radical, hermétique et omnipotent, bien qu’il l’eut servi et s’en fût servi tout au long de sa formidable carrière. Il était temps d’entrouvrir les portes et fenêtres de la raison afin qu’entre en la demeure un souffle d’irraison, léger, sans l’idée d’intention supérieure. C’était vers cela que la Valéria et lui se dirigeaient, vers cette ouverture au monde. Diogène, ami et transition des univers, leur avait donné le lieu et la direction, c’était à eux de trouver l’instant, d’y arriver au juste moment, lorsque s’abaisserait le pont levis et s’ouvrirai la porte... la lourde porte d’un opéra. Il leur fallait simplement suivre l’équateur au gré des vents et des courants, se confronter aux dépressions venant de l’ouest, et se laisser porter par les vents arrière et de travers, jusqu’au point de rendez-vous avec le représentant des éléments, là leur émissaire Gulf Stream les prendrait en charge et les mèneraient jusqu’à la lice.

 

La goélette allait son train, au grand largue, toutes voiles dehors, le vent la portait, l’emportait, Vangelis jouait « Conquest of paradise 1492 », la coque paraissait être une caresse sur le surface de l’eau, effleurant les vagues qu’elle écrêtait de leur dentelle de saumure. A la poupe une pluie d’écume jaillissait de part et d’autre de l’étrave qui oscillait selon sa longueur, l’on aurait dit le souffle d’un cachalot qui s’exhalait avant qu’il ne replonge vers les abysses. La mer était belle et docile, complice et rassurante... le ciel, dès le matin, s’était grimé à sa ressemblance, était-ce lui ou l’océan qui se voulait miroir ? Il était incapable de le dire, tant leur mimétisme les confondait, les conjuguait, faisant de l’horizon un jute et ténu raccord. Parfois, un poisson-volant giclait de l’eau jusqu’à hauteur du pont, pour aussitôt retomber quelques mètres plus loin. Tout cela était beau et fascinant, d’une simplicité évidente et signalée. Il avait faim, grand faim, le crépuscule allait bientôt étendre son encre et recouvrir la mer, ne laissant scintiller que les reflets de la lune, tandis que dans le firmament se dessinerait la route des étoiles.

Repost 0
Published by Etsivousosiez - dans Nouvelle
commenter cet article
27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 13:56

Dernièrement je me posais la question quant à  l'élimination, la destruction de certains de mes poèmes par son auteur quand il réalise que sa muse ne les mérite pas en fin de compte, et que tout n'a été qu emensonge et manipulation., dans le seul dessein de satisfaire une perversité maladive, ce besoin de reproduire en la maîtrisant cette fois, la douleur qui était l'essentiel de son existence... mais avec un peu de recul, de distanciation,, je réalise que la beauté des  écrits ne vient pas de celle qui les a inspirés, qu'ils ne lui doivent rien au vrai, mais procéde de l'amour qu'éprouvait l'auteur, de sa sincérité, donc de luii et lui seul, et que l'autre ne peut ni se vanter ni se réclamer d'eux! Cette émotion qui  touche ls autres, c'est la sienne, uniquement, et n''est due qu''à lui, c'était son amour qui était beau, pas celle  vers qui il était tourné! Donc détruire des écrits isnpirés  serait une e grave erreur, stupide erreur, comme de croire que sans l'autre ils n'auraient jamais été!

 

D'ailleurs, après la nouvelle, j ev ai s m'attaquer à un roman qu i parlera d'une personne abusée qui construit sa vie sur la répétition de sa souffrance dans la maîtrise de celle ci, faisant de sa vie une quête de proies qui lui permettent, en les abusant, de recréer les instants de douleurs mais  dans leur maîtrise, calculant chaque chose, chaque attitude, pour séduire l'autre et  se nourrir de sa souffrance, pour reproduire éternellemnt celle-ci... rien de ce que cette personne dira n'aura de sens mais servira son projet, donc elle  sera capable de tout dire et le renier , puisque seule  la satifaction de son projet importe, sans pour autant l'en soulager de sa douleur quotidienne, de cette laideur d'elle même... seule façon de supporter sa douleur ...séductrice dans le seul dessein de contrôler, d'échapper à l'imprévu, à la beauté des choses, car incapable d'humanité...s'étant contruit une existence confortable dans le seul but de pouvoir tout maîtriser et au service de cette quête du mal  être et d'affliger aux autres et à elle même cette punition méritée..allant de personne en personne pour vivre  et revivre cet instant qui fit d'elle un objet de désir, un déni de personne, et ne pouvant qu'être cela et rien d'autre...  vouée à jamais à la répétition de ce moment dégradant, et souffrante de lui mais dépendante de lui, n'ayant pu l'évacuer...ne s'aimant ni n'aimant personne...et quand son charme n'aurait plus d''effet par les outrages du temps, ferait souffrir les siens épargnés jusqu'alors car nécessaires à son image et son confort...ce roman s'intitulera: le soleil froid

Repost 0
Published by Etsivousosiez
commenter cet article
27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 09:16

La lune dans l’obscurité de la nuit semblait s’enfuir et s’amuser, jouant à cache-cache dans les haies grises et grasses que semblaient être les nuages qu’elle éclairait. Lorsqu’elle sortait d’une de ces caches elle donnait à l’océan une sorte de clarté scintillante et infinie, étale et ténue, cape plissée d’une viscose jaspée. La goélette à la cape, semblait glisser sur cette toile assombrie et brillante à la fois, avançant sans effort, à la largue. Il avait mis deux ris à la grand voile et à la trinquette afin de profiter de ce spectacle qui s’offrait à lui et duquel il faisait partie. Il se sentait bien, assis à la poupe, un verre de vin à la main, bercé par le tangage agréable du bateau. La Valéria filait plein sud, 140 miles par jour de moyenne, bientôt à la hauteur des îles du Cap Vert, là, elle virerait afin de contourner, amure bâbord, l’anticyclone des Açores à dessein d’attraper le courant nord équatorial et les alizés qui le mèneraient presque directement à le rencontre du Gulf Stream. La chaine jouait en sourdine « Hijo de la Luna » et la voix de Sarah Brigtman s’épandait fluide et légère dans la brune marine, ajoutant à l’émotion de l’instant. Jamais il ne s’était senti aussi bien en cette partie de l’océan qu’il avait maintes fois traversée, il s’était éloigné des routes maritimes, confiant la barre au pilote automatique, pour pouvoir profiter du bien être que cette liberté différente lui offrait. En lui était la mission, la satisfaction de celui qui va à l’encontre de son destin, sans peur ni doute, convaincu et empli de ferveur. En son corps couvait un feu, un désir flamboyant, mais une sérénité aussi, pleine d’assurance, de calme... et d’impatience.

 

Peu après le départ du Labbe il avait pris contact avec son ancien routeur, celui qui lui avait souvent permis de déjouer les pièges de la mer et mené à bon port, bien avant ses concurrents directs aux bateaux aussi bien armés que les siens. Leur conversation avait été assez longue, parfois heurtée, puis coupée de silences qui en disaient plus long que leurs éclats de voix. A la fin de l’appel, ils avaient convenu d’un rendez-vous par webcam pour peaufiner ensemble et mettre au point le trajet de sa traversée et convenir du moment le plus approprié pour son départ et l’atteinte de cet objectif dont il lui avait parlé. L’échange informatique avait été pratique et efficace, presque aussi efficace que s’ils avaient été réunis devant les cartes météos et papiers. Son ami s’était d’abord étonné de cette destination, le faisant savoir d’un étonnement inquiet laissant poindre même un début d’encolérement. Il l’avait aussitôt interrogé sur le pourquoi d’une telle destination, en de telles circonstances, mais il avait vite compris qu’il serait inutile et vain de poursuivre ses questions, que l’autre, avec son fichu caractère, n’en démordrait pas. Il persévéra un peu pour dire de ne pas baisser trop vite sa garde, et au moins montrer à son ami que ce qu’il envisageait de faire n’était vraiment pas dans ses habitudes de marin et de prudence. Mais il fit de son mieux les recherches demandées, comme toujours, afin de prédire les conditions qu’il rencontrerait sur la route choisie.

 

Si tout se passait bien il devrait pouvoir rejoindre les Bermudes sans trop de soucis, et, grâce aux dépressions rencontrées, çà et là sur le trajet subéquatorial, s’entraîner et se tester avec goélette avant de toucher au but. Jamais il n’avait ainsi éprouvé, ressenti la mer, et désiré quelque chose avec autant de force et d’allégresse...même une arrivée de transat, après des jours d’efforts et de souffrance, ne lui avait fait atteindre cet acmé de la plénitude, cette sensation d’être vivant, empli de cette vie et de son désir. La Valéria allait bon train, volant presque au dessus des vagues dont elle semblait trancher le faîte sans en subir le moindre contre coup. Son étrave feulait dans la nuit, conquérante, souple, fière, autonome, elle allait vers leur destination, sûre d’elle et de ses qualités, prête à tout, à tout affrontement, à combattre, à faire ses preuves. Guillotine, elle tranchait l’arête des ondes sans coup férir. Il la ressentait, comme un cavalier ressentait sa monture, lui parlait comme on parlerait à un cheval qui vous mènerait au combat pour le rassurer et lui faire comprendre combien sa cavalcade serait une œuvre, son grand œuvre...que cette charge les ferait entrer tous deux dans la légendes des Hommes, et celle de leurs compagnons de route. La goélette paraissait comprendre les murmures qu'il lui adressait entre deux longues gorgées de vin, attaquant mieux encore l’onde qui déferlait, la décapitant d’un coup net  sans lui laissait aucune chance de s’échapper. Il se leva et porta un toast aux éléments, puis à Diogène ce messager des dieux qu’il avait cru entendre criailler le jour de son départ, alors que les chalutiers rentraient au port saluant son passage à coup de cornes de brume. Il lui avait semblé le distinguer, ce piaf chapardeur, dans la nuée ardente des goélands qui s’agitait, frénétique, derrière les bateaux de pêche...

 

La signalisation du navire était en place, le radar actif, il pouvait sans crainte aller dormir un peu, la tête contre la coque afin de sentir lui parler la mer, mais aussi pour être averti du moindre changement de vent ou autre problème. Dans quelques jours il commencerait à voir  bondir les poissons volants, et les daurades impassibles et curieuses, aux lèvres épatées et gourmandes, à leur poursuite, se repaissant, à leur retombée, de ces hydravions aux ailes translucides et d’écailles. Certains viendraient apponter par erreur et finiraient en grillade délicieuse et bienvenue, d’autres poursuivraient leur bonds syncopés, ricochant sans cesse ni fatigue à la surface de l’onde pour de brefs et incessants envols. Il avait hâte de rejoindre la zone dépressionnaire, hâte de hisser ou d’amener les voiles, de border ou choquer drisses et écoutes, de les étarquer, d’aller vent debout arrière ou en travers, bon plein ou au près...il avait hâte de la fatigue, de la lutte, d’une lutte amicale, confraternelle d’avec les océans, d’une joute où chacun se testerait et testerait l’autre dans le respect des règles du combat, sans vrai gagnant ni perdant, pour enfin s’enlacer, se rendre mutuellement le respect, le respect dû à ceux qui se ressemblent, se pardonnent et s’estiment.

 

Tout cela parlait en lui, vivait en lui depuis le départ du grand Labbe, depuis qu’il savait quel serait son rôle dans cette aventure extraordinaire. Il lui semblait être habité, et quand bien même Diogène n’était pas là, il aimait à croire qu’il les suivait, lui et la Valeria, discrètement, complice des cieux et témoin de l’aventure. Il se resservit un verre de Bordeaux, puis, tranquillement, alla s’allonger sur sa couche, tandis le « Stabat Mater » faisait entendre ses premières notes.  Très vite ses paupières se baissèrent bercé qu’il était par le tangage agréable et rassurant de la goélette.

Repost 0
Published by Etsivousosiez - dans Nouvelle
commenter cet article