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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 19:03

 

 

 

Silhouette pensée,

Le fusain de Stendhal,

Son tracé nuancé,

Au contour de scandale.

 

De pourpre et de sanguine

Départie de l’encombre,

Sensuelle et câline

Se dessine son ombre.

 

Un mirage dans la tête,

Paysage insistant,

S’y révèle s’y entête,

Le désir de l’instant.

 

La mémoire qui devine

Dans le rouge et le noir,

Au travers de la bruine,

La passante du soir.

 

Son flou linéament,

Ses courbes et vallées,

Maîtresse sans amant,

Là-bas, s’en est allée.

 

La pluie fine sur son corps

Qui scintille à la lune,

Dans l’étrange décor,

Cette femme si brune.

 

Tel un rêve un espoir,

La voici qui s’approche,

Se distingue du noir

De son galbe l’ébauche.

 

Il fait nuit dans la rue

Sous le parme des cieux,

La pénombre s’est accrue,

Soulignant l’audacieux.

 

Les pavés, la chartreuse,

La scansion de ses pas,

La vision ténébreuse,

Crayonnant ses appas.

 

Dans l’onde des caniveaux

Où la lune se baigne,

S’entremêle l’écheveau

Des néons, des enseignes.

 

Il la voit, l’imagine,

Dessus ce marchepied,

Chalande sibylline

Passante de papier.

 

Griffonne sa mémoire,

L’attrait de son plaisir,

Se reflètent de sa moire,

Les traits de son désir.

 

Elle s’en vient prestement

De l’obscur se détache,

De sa ligne le vêtement,

D'où ses hanches s'attachent.

 

Silhouette mystère,

Le dessein de l’attente,

Il la croque et l’espère,

Tel le fruit qui le tente.

 

La voici qui le touche,

Puis ses bras qui enlacent,

Lente, elle approche sa bouche,

Il pleut sur la grande place.

 

Par devers les paupières,

Un baiser se prolonge,

Sans parfum des hier

Se consacre le songe.

 

Sous les effets trempés,

Plaqués, moulant son corps,

Sont ces formes estampées,

D’une lande sans écore.

 

C’est à lui qu’elle se donne,

Dans la nuit de ses rêves,

Sans défi, s’abandonne,

Se concède sans trêve.

 

(10/12/2011)

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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 16:39

 

 

Au crépuscule, en perdition,

Elles s’affaissent, se couchent puis s’étalent,

Pour cette vaine immolation,

De filles perdues, de femmes fatales.

 

Elles s’avancent, et puis se reculent,

Comme attirées, comme obligées,

Jusqu’à l’instant, où tout bascule,

Incoercibles affligées.

 

Lasses, aliénées au pied des dunes,

Brisées, elles s’y laissent mourir,

Ces filles de nuit, filles de la lune,

Non jamais plus, n’iront courir.

 

Là, sous le regard des étoiles,

Muettes, lointaines et scintillantes,

Devers la brune, dessous sa toile,

Elles se tairont, agonisantes.

 

Etales dessus l’ombre du sable,

Viendront gésir l’écume aux lèvres,

Ces filles de joie, femmes inlassables,

Couvertes de morve, emplies de fièvre.

 

Sans se douter qu’elles s’immoleront,

Dans une suite interminable,

L’une après l’autre, elles dérouleront,

Leur blanc tapis, devant le diable.

 

L’astre du ciel et de la nuit,

Dans sa lueur découvrira,

Cette hécatombe qui le suit,

Que sa pénombre recouvrira.

 

C’est tous les jours, par attraction,

Qu’elles s'abandonnent au pied des dunes,

Vague habitude, par distraction,

Filles de la mer, et de la lune.

 

 

  (09/12/2011)

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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 19:14

Quelques notes, une odeur ou une image,

S’en renaît hier enfoui,

En des souvenirs vagues et bien sages,

Dans ce grenier des aujourd’hui.

 

Là, tout nous revient tel un flot,

Comme une marée de là-bas,

 S'en venant sur le sable chaud

Dérouler son branle-bas.

 

Du plus profond ressurgissent les chamades,

Les frissons anciens, les sanglots, les sourires,

Qui dans une folle et incroyable cavalcade,

Sous la peau, dans le cœur, se remettent à courir.

 

Des enfants, des baisers, des courses des veillées,

Un tournis, des farandoles, des rires, des regards,

Les émois des premiers désirs doucement réveillés,

Dans ce train du passé qui d’un coup entre en gare.

 

Et l’âme dans l’ivresse d’antan se laisse emporter,

Entraînant le corps avec elle dans cette sarabande,

S’égarant dans ce que les souvenirs ont apporté,

De ces rues perdues des émotions non chalandes.

 

Tout est clair, évident, comme si était l’instant,

Des voix, des mouvements et des couleurs.

Tout est là, dans cet hier disparu, mais insistant,

Si prégnant de parfums et d’anciennes chaleurs.

 

Quelques bruits, une odeur, une lumière,

Alors s’égaillent ces jours passés,

Qui dansaient allègres, sous nos paupières,

Pour dans notre mémoire, s’effacer.

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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 11:03

Comme un rayon de soleil tombant sur la rosée, au petit matin, tes mots, murmure inattendu , sur ma peine se sont posés, arrêtant l'espace de l'instant, la douleur et ce temps qui nous échappe... alors quand bon te semblera, sache arrêter, le temps de la surprise, l'écoulement du sablier.

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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 13:06

Laure est une amie au talent incroyable, rencontrée sur le net par hasard, elle a accepté que j'expose ici l'un de ses clichés, elle a cette qualité rare de sublimer les corps et surtout le sien... mais aussi sur  les choses qu'elle croise au hasard de la ville

 

 

kkk.jpgSon regard, lui, est un pinceau,

La lumière, sa palette,

Elle peint, dessine sur la peau,

Ce que l’œil interprète.

 

En noir et blanc ou de couleur,

Son trait est un émoi,

Un instant de vie et d’ailleurs,

Dans ce temps qu’elle sursoit.

 

Son monde, fait d’ombre et de lumière

Où s’exaltent les corps,

Au droit des poses singulières

Effondre ses accores.

 

Ses images dévoilent,

Nous interpellent et nous provoquent,

Blasphème d’une toile,

Troublante, délicieuse équivoque.

 

Gros plan, voici ses seins,

Ses lombes, l’intime de son val,

Collines d’un bassin,

Penchant de nos désirs, l'ovale.

 

L'impertinence de son invite,

Charnelle invitation,

Rayon, halo d’une poursuite,

Lueur, incarnation.

 

Son regard, insigne est décent,

Sa lumière, sensuelle,

Elle feint, décline l’indécent,

Dessillent nos prunelles.

 

 

(Merci à Corinne pour  ce morceau) 

 

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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 11:39

Comme ça pour dire de passer le temps en attendant le repas...

 

 

 

(A Julie La Folle...) 

 

Poussières dans le vent, le vent de l’histoire et celui de l’oubli, qui poussent loin, là-bas les choses des hier, des instants sombres et néfastes, afin que chacun puisse se croire vierge de ce qui fut, et jamais plus ne sera, jamais plus le croit-on. Mais pourtant, les amours s’oublient se trahissent et se mentent, les haines se réveillent se toisent et s’aheurtent, se nourrissent et se croisent, s’entrebattent se jaugent et se maudissent, à jamais, à jamais ennemies, à jamais emplies de vieilles et vaines colères, car il n’est nul baiser dont la trace ne sèche pas... Nul baiser dont le souvenir ne reste impérissable, nul regard qui ne se détourne pas, car la vie est un fleuve, si long, si tumultueux, dans lequel on ne se baigne jamais deux fois... deux fois à l’identique.

 

Parfois le baiser est un crachat, et l’embrassade fausse étreinte nous éreinte,  le sourire une cautèle, et la caresse cautère... qui peut-on croire, lorsque l’on sait que soi même parfois, l’on est mensonge, colère et violence? Qui pourrait dire?. Moi jamais ! Qu’à celui-là, alors, on lance l’ultime pierre !

 

Attendre, laisser passer le temps,  que sèchent les larmes et se taisent les sanglots, que les cordes des violons frottent et s'usent, et les chamades se contiennent et s'apprivoisent, que l'oubli  estompe les rancoeurs, sans vraiment les canceller, oblitérant leur fiel pour simplement contenir leurs enfants, les retenir, pour qu'ils aillent nul part ailleurs que de l'avant... vers d'autres lointains, d'autres contrées supposées,  que celles de leur parentes.

 

Poussières dans le vent qui se déposent, alentour et ailleurs, comme témoins du temps qui se lasse, se passe... tels les souvenirs incertains des jours qui furent et ne seront plus, sinon en pâles sosies, mal grimés, réinventés... quand est-il de l'éternel retour? Des douceurs qui perdurent et jamais ne s'atténuent? Qui se répètent inlassablement,  s'en revenant sans cesse,  farandoles énivrantes et colorées, ces rires inaltérables, ineffaçables sourires,  et les soifs étanchées?

 

Poussières dans le vent en témoins des colères, des misères et des tortures, ombres déposées sur le décor d'un renouveau... de façade, comme pour dire de supporter, de se supporter, et continuer de vivre... ensemble, par désir ou par dépit, parce qu'il est impossible de faire autrement...  parce qu'ainsi est la vie , quand bien même nous la voudrions, différente... 

 

Parfois le baiser est mensonge, et l'embrassade trahison, le sourire lui,  contentement du mal à venir, et la caresse, prémices des coups qui attendent que se ferment les portes...  portes des yeux, portes du coeur, et celles de l'âme... probablement.

 

Revenir de l'enfer sans se retourner, à dessein de ne rien perdre, ni regard ni baiser, amours défuntes inanimées, l'espoir d'un miracle, mais jamais, jamais elles ne reviennent, celles qui nous ont laissés, les joies comme les peines, pour toujours recluses, en notre passé, en notre mélancolie... la vie est un fleuve, un fleuve imépétueux et tourmenté, dans lequel jamais deux fois l'on se baigne...deux fois à l'identique, deux fois dans la même peine, deux fois dans la même joie .

 

 

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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 20:22

Voici l’aube, enfant rebelle nocturne, qui, curieuse, soulève le voile déposé, satin d’ombre et de jais s’étirant sans fin, découvrant alors, encore endormi, le jour, que sa mère la nuit avait hier dissimulé. Curieux des éclats qui lui parvenaient de cette toile obscure, déjà elle avait voulu, aussitôt après l’instant entre le chien et le loup, lever le coin de son interrogation, incontinent sa mère le lui interdit, lui expliquant que ce n’était là que les reflets des fils d’or dont était cousue cette parure, tissu obscur que le soir à ses pieds avait déposé, que rien n’était dessous et que cet effet singulier n’était que le fruit des reflets des toiles. Evidemment, l’enfant ne put et ne sut se contenter de l’explication maternelle, voulant à tous prix voir, de ses propres yeux, ce que dessous le drap la Brune avait dissimulé. N’y tenant plus, l’aube indocile leva, du plus loin qu’il pouvait, le drap sépulcral d’où s’échappa aussitôt un rai ténu de lumière, qui bientôt se répandit alentour sans qu’elle ne puisse le contenir. En un instant imprécis Aurore venait de paraître, fille du matin, fringante légère et lumineuse. Cette dernière lui sourit et s’en fut aussitôt sur le chemin de la journée qui venait à peine de se dessiner sous ce regard nouveau de sa lumière. Rien ne semblait pouvoir arrêter sa course ni le flambloiement sa chevelure d’or flottant dans un azur éclatant. Mais, quand le jour se fut envieilli, aux dernières heures d’une après midi prolongée, alors qu’elle cheminait aux abords de l’empyrée, sans qu’aucun des prémices ne puisse l’avertir, le soir silencieux et retors, précédé de son bâtard mielleux le crépuscule, tous deux courtisans de la nuit sans morale que la leur, jetèrent sur elle leur sinistre voile de bure, la portant dans l’effet de la surprise aux tréfonds du château de la Sorgue, pour l’y maintenir soumise et prisonnière. Là, l’aube s’ennuyant de tout au petit matin, curieuse et insoumise, alla fouiller les douves d’un horizon enténébré, cherchant çà et là dans les encombres un secret de famille, et bien sûr réveilla, aux heures des matines, sa puinée assoupie nuitamment séquestrée.

Il était une fois...

 

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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 20:47

Bon je vais essayer d'écrire un nouveau roman, je vais donc délaisser quelques temps le blog, cela n'est pas évident, demande du temps et de l'inspiration, j'espère le réussir, mais je l'écrirai, je vous livre l epremier paragraphe, je ne le mettrai pas en ligne car cela est trop long et les blogs ne sont pas fait pour cela il n'est qu'à voir  le nombre de mes visiteurs :-)

Pour la poésie  j'aimerais écrire mais je ne veux pas  écrire pour écri e mais transmettre émotion...on verra bien..

 

" J'ai eu vingt hommes dans ma vie... étrange confidence de femme pour un premier contact, il aurait fallu ne pas repondre, il aurait fallu... il avait pourtant longuement hésité avant de le faire, mais... l'avait fait malheureusement; plus que de la franchise, c'était une sorte de stratégie, osée, mais ô combien efficace. Il avait répondu... et à l'instant où il avait cliqué sur envoyer le piège s'était refermé sans qu'il n'ait même soupçonné son existence! Comme il ne pouvait imaginer, qu'un jour, froidement,  elle  lui jeterait  au visage crûment, en détail, tout ce qu'elle avait fait avec eux en prétexant ensuite que cette description odieuse et pornographique  était une preuve d'amour! "

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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 22:19

La télé comme toujours diffusa régulièrement, lors des journaux du midi et du soir, des informations sur les recherches du grand navigateur disparu en mer, ajoutant ainsi à l’émotion suscitée par les ravages due l’ouragan sur la côte est Américaine. Il y eu quelques émissions retraçant sa carrière de marin, le comparant aux autres grands aventuriers disparus en mer, Colas, Tabarly... L’éditeur fit un joli coup en sortant post mortem un magnifique album de photos contant sa dernière épopée, avec des textes de ses amis et concurrents, et profita de l’occasion pour éditer sa biographie. L’affaire fut belle financièrement parlant. Ceux à qui il avait parlé de la musique des ondes oublièrent vite cette théorie, n’ayant rien de plus à se mettre sous la dent, puisque tout avait disparu avec la goélette dont on ne retrouva jamais rien, et puis chacun avait bien d’autres soucis que de trouver une hypothétique gamme des éléments ! On glosa bien sur cette folie d’aller affronter un ouragan, le plus grand et fort des ouragans tropicaux recensé depuis l’histoire de la marine. On parla, on dauba, on s’extasia, on soupesa à l’aune des ressentiments l’attitude du grand marin... folie, orgueil, courage, désespoir, vieillesse...bref on usa des tous les attributs et épithètes à disposition, et ...on oublia, comme toujours, sauf aux dates anniversaires.

 

Cependant d’aucuns dans le milieu de la pêche dirent avoir entendu une espèce de musique, un chant des sirènes, lors des fortes tempêtes, et que si l’on était attentif l’on pouvait voir dans le plus fort des vagues la silhouette d’une goélette qui dansait ! Tous en convenaient sans pour autant le dire à voix haute ni en dehors du cénacle des marins.

 

En revanche ce qui est sûr et que personne ne conteste, c’est que durant des années, sur le port de Fécamp, dès l’aube, lorsque rentraient les bateaux de pêche, on pouvait voir, perché sur l’un des phares à l’entrée de la rade, bien après les estacades, une sorte de goéland au plumage sombre qui regardait au loin. Il était là chaque matin que faisait Dieu, immobile, attendant on ne sait quoi, puis, quand tous les bateaux étaient rentrés au port, il s’envolait vers les terres après avoir poussé un étrange cri éraillé. Les anciens disaient qu’il attendait le retour de la Valéria, d’autres disaient qu’il saluait son fantôme. Ce qui est certain en tous cas, c’est que dans la région s’était implantée une nouvelle espèce d’oiseaux de mer, sorte de mouettes au plumage jaspé de marron et de blanc que l’on avait jamais vu auparavant.

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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 21:59

(Essayez avec la musique au moment de la tempête, le 3 ème morceau)

 

La mer est calme et le soleil déverse sa lumière tiède, le vent est faible et la goélette, presque immobile, se balance légèrement, comme prise dans une pétole, rien ne laisse paraître de ce qui vient d’advenir, du combat terrible qui les a menés ici, sinon l’état du bateau, et peut être celui du pilote qui gît allongé sur le pont, sans bouger...rien ne laisse paraître que la vie existe encore, seules les oscillations de la Valéria indiquent qu’il est encore des mouvements. Tout est calme...dans l’œil du cyclone. En regardant de plus près l’on peut voir le pont du bateau qui présente une longue déchirure sur l’avant, là où le beaupré, après sa rupture est venu se planter, d’ailleurs le morceau brisé est encore retenu par les drisses des voiles déchirées dont il ne reste que des lambeaux. Les haubans du mât principal sont cassés en partie et se dernier s’est brisé en son milieu, la partie haute pendant sur le morceau qui tien encore malgré les dégâts aux élingues ; il n’y a plus de grand voile ni de bôme. L’on dirait que la goélette a reçu salves de boulets sur salves de boulets, qu’un navire de guerre s’est acharné sur elle cherchant à la réduire en miettes avant qu’elle ne coule...même la carène a été touchée, portant à tribord une longue estafilade oblique qui balafre aussi bien les œuvres mortes que vivantes... C’est sûrement par là que la Valéria s’est empli d’eau ce qui, l’alourdissant la fait ressembler à une péniche pleine. Les dégâts sont importants, le bateau ne peut plus naviguer, il flotte... tant bien que mal. Il ressemble à un animal blessé, mourant qui est au point de rendre l’âme après une poursuite et une lutte titanesque où toutes ses forces il a jetées, il ne reste rien sur le pont sinon ce corps qui ne bouge pas, allongé sur le dos, le visage tourné vers le ciel. Tout est calme, il fait bon...malgré sa colonne brisée et les plaies qui constellent son corps il se sent bien, tout à fait conscient de l’instant et de ce qui s’est passé il y a peu. Il est bien, si bien qu’il ne regrette rien. Il sait maintenant que l’œil de l’ouragan n’est pas ce qu’il croyait qu’il serait, qu’en cet instant il était à l’entracte et que bientôt reprendrait le concert, que résonnerait magnifiquement la seconde partie de la symphonie des ondes. Il n’était plus en état de participer, de combattre, si tant est que ce verbe était le bon.. il avait fait de son mieux, la Valéria aussi, jamais de vie de marin il n’avait aussi bien chevauché l’océan, le domptant, résistant jusqu’à la limite à ses ruades folles et violentes. Jamais avant lui on avait ainsi approché l’intimité des éléments, partagé leur musique, leur secret... jamais.

  

A l’approche des Bermudes comme prévu il avait rencontré le courant ascendant du Gulf Stream et les vents d’ouest, amure bâbord il était alors remonté vers les Antilles comme lui avait indiqué le Labbe, tout avait parfaite fonctionné, il arrivait pile poil pour rencontrer l’ouragan qui l’attendait. Il était encore une forte dépression, mais celle-ci puisait si avidement l’énergie des eaux chaudes qu’elle se transforma vitement, à la grande stupeur des météorologistes, en tempête tropicale puis en ouragan, gagnant échelon après échelon la suprême catégorie. Jamais le baromètre n’avait eu une chute aussi rapide. A bord il avait suivi cette évolution avec attention tout en longeant à distance les côtes, sentant grandir la force du vent, et les hauteurs de la houle, ravi d’être à l’heure, mais aussi stupéfait que Diogène ait pu ainsi tout prévoir presque à la minute près ! Tout se passait comme prévu, il lui suffisait d’accompagner cette tempête maintenant, de la contourner dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, par l’est, afin que, quand celle-ci se muerait en ouragan, il empannerait et se retrouverait vent arrière, puis de travers et enfin au près, amure bâbord, prêt à s’y engouffrer !. Il allait faire ce que tout marin évite de faire, entrer dans l’ouragan et atteindre la salle des concerts que devait-être, pensait-il alors, l’œil du cyclone... et c’était là, comme suite à une haute lutte, épreuve de l’adoubement, qu’ils seraient reçus, accueillis, reconnus, lui et la Valéria, pour assister enfin à l’exécution de la symphonie des ondes.

   

Plus les heures passaient plus la mer se formait, plus la houle élevait son mur de mouvance. La force du vent s’amplifiait après chaque rafale, l’obligeant sans cesse à choquer et prendre des ris, jusqu’à affaler la grand voile puis la trinquette. La goélette était bousculée de partout, mais elle faisait front, montant sur des vagues de plus en plus vertigineuses, pour ensuite retomber de cette altitude dans la gouffre liquide qui s’ouvrait sous elle, tossant violemment jusqu’à s’enfoncer jusqu'à à la moitié de sa longueur. Brave, elle se battait faisant face à ces géants de saumure qui écrasaient sur son pont leurs violentes déferlantes qui, elles, ne cherchaient qu’à s’engouffrer en ses entrailles pour la faire exploser de l’intérieur. Dans l'Ipod Jethro Tull, lui, jouait "Locomotive Breath". En ces instants, il ne voyait plus le pont, mais seulement les extrémités des mats qui pointaient au dessus de l’onde tourmentée, lui indiquant qu’il n’avait pas encore totalement coulé. Lorsque la houle la portait en son faîte, la Valéria prenait une gîte si forte qu’il s’attendait à ce qu’elle se couche puis cabane... mais elle, à chaque fois, au denier moment, d’un sursaut inhumain,  refusait d’abdiquer et reprenait son inclinaison  normale se préparant à replonger dans les tréfonds obscurs de l’océan en furie.

  

A force de coups et de combat, peu à peu, l’accastillage rendit grâce, d’abord ce fut le bout dehors qui explosa lorsqu'une déferlante i traversa le bateau sur toute sa longueur et faillit presque  arracher le poste de commande. Puis ce furent les voiles qui se dilacérèrent, ne laissant que des lambeaux à chaque assaut plus petits, pour n’être bientôt plus que des morceaux de chiffons attachés çà et là sur les gréements. Il faisait noir, il ne voyait plus le ciel ni l’horizon, et ne pouvait que le deviner quand une vague les emportait en son sommet. II avait beau s’accrocher à la barre, celle-ci ne répondait plus, elle ne servait désormais que de point d’accroche, ils étaient à la totale merci des éléments, lui et la goélette devenue petit esquif sans mâts ni voilure prise dans la gueule d’un monstre démesuré et plein de rage.

  

Malgré cela, malgré les meurtrissures et les blessures du bateau, malgré les coups qu’il encaissait à chaque plongée quand la carène semblait talonner, il n’avait pas peur. Ce fut alors qu’il comprit que le concert avait commencé, et que c’était ici que se jouait la symphonie, ici qu’était l’âme profonde et le secret des éléments, dans cette extrême et absolue agitation, dans cette lutte, cette colère du ciel et de l’océan. Il réalisa que les hurlements du vent, le grondement des vagues gigantesques étaient les notes pures d’une musique nouvelle et qu’il se devait de les écouter, de les ressentir, de les recevoir. Il attendit que se fasse un instant de répit, et lâchant brièvement la barre à laquelle il s’accrochait fermement, modifia la sélection de son Ipod. A peine avait il fait ce geste que déjà la Valéria reprenait un coup de boutoir sur tribord qui entailla sur toute sa longueur la carène à la limite des œuvres. Le bateau craquait de toutes se jointures, de toutes ses fibres de bois, de toutes ses pièces mobiles. C'était comme une plainte sourde de souffrance. Le grand mât menaçait déjà de s’arracher du pont et de faire s’ouvrir comme un oursin la coque du navire.

  

L’émotion fut si intense qu’il faillit défaillir quand le violon commença sa ca-valcade au départ du « concerto pour violons et cordes op.8, N°2 (l’estate.3 presto) » de Vivaldi, incroyable et violent extrait des quatre saisons. Il comprenait, entendait la musique des ondes qui venait s’amplifier en lui, résonner, et s’enrichir de la sienne propre. Les notes sourdaient, se mêlaient et s’emmêlaient, s’appelaient et se répondaient, se conjuguaient et s’entrechoquaient, en un explosif crescendo sublime et titanesque. Il faisait nuit noire, l’océan paraissait un Himalaya mouvant aux sommets étêtés, immense chaîne de montagnes qui ondulait, dans l'obscur d'une nimbe humide où averses et éclaboussures se mélangeaient. Le ciel n’était qu’une épaisse pénombre de nuages qui vomissaient en trombes leur eau froide dans un vacarme ahurissant, et parfois après le flash des éclairs, les craquements effroyables du tonnerre, tels des tambours terribles et tendus, venaient s’aheurter à la coque de la goélette qu’ils mettaient en résonance faisant trembler et vibrer bois et métal, mais aussi ce corps de chair meurtrie, à lui nouer les viscères. C’était un ballet violent et furieux, une charge abominable et féerique où la Valéria, contrainte, dansait et se faisait bousculer jusqu’à choir, mais, refusant de céder, elle se relevait sans cesse pour derechef être secouée, bringuebalée, molestée, puis à nouveau projetée au sol ! A peine le violon s’était-il tu en ses oreilles que « Carmina Burana » de Carl Orff se déclencha à sa suite, sans même l’once d’un silence intermédiaire !

 

Les portes du néant venaient de s’ouvrir, les vents et des cumulo-nimbus grasseyants formaient autour d'eux les murs d’un temple infranchissable, gigantesque muraille de non matière sur laquelle ils venaient se faire précipiter et battre la goélette maintenant agonisante. Plus rien ne pouvait arriver, plus rien ne pouvait lui l'effrayer, il était au centre du néant, d’un néant empli, constitué d’une émotion indicible et surhumaine, inhumaine et absolue, il n’était que de s’en imprégner, de s’en nourrir en attendant que tout se finisse, que tout advienne. Abruti par ce combat sans répit il ne vit pas venir par l’arrière cette vague scélérate et gigantesque, monstrueuse, inimaginable, bâtarde de la houle noire, perfide ogresse nourrit de ses sœurs. Telle une montagne d’eau bouillonnante, s’écroulant de toute sa hauteur, la vague s’affala sans retenue sur eux venant les recouvrir, mais la Valéria nonobstant ses ultimes efforts et un dernier sursaut de courage, ne put s’en extirper, en réchapper, et fut engloutie, disparaissant de la surface tempétueuse qui venait de se refermer sur elle.

 

Il regarde le ciel, s’attendant à voir surgir le Labbe, ne devaient-ils pas en-semble partager cet instant ? Où était-il cet ami alors que tout n’était pas encore terminé ? Comme il aurait aimé qu’il fût là au plus beau de l’ouragan quand fière et brave la Valéria faisait front aux éléments en furie, faisant par cette résistance incroyable honneur à ses hôtes. Il n’a pas mal, il n’a pas peur, il n’a pas de regrets... il se sent apaisé. De la main il caresse le pont de la goélette comme pour la rassurer avant que ne commence le dernier acte de cet opéra, que ne reprenne la symphonie. Il a sa réponse et sait maintenant que cette musique, que cette œuvre, n’a qu’une seule salle de concert et ne peut être jouée et partagée ailleurs. La fatigue commence à se faire, il va bientôt fermer les yeux, avant que cela n’arrive il sort de sa poche intérieure la feuille qu’il a imprimée avant de partir et sur laquelle sont écrits les derniers mots que lui avait laissés Diogène, ces mots magiques et si vrais si forts qui l’ont sans crainte mené jusqu’ici. Il les lit une dernière fois essayant malgré l’épuisement d’en sourire. Il les murmurant lentement, détachant chaque syllabe, avec au cœur une émotion inouïe. Voilà ce que le grand Labbe lui avait dit avant son départ :

 

« Audaces fortuna juvat ; carpe diem quam minimum credula postero ; justum ac tenacem,propositi virum, felix qui potuit rerum cognoscere causas, quidquid agis, prudenter agas et respice finem , credo quia absurdum, homo sum et humani nihil a me alienum puto ; remau tetigisti macte animo ; ; ad impossibilia nemo tenetur, ab amicis honesta petamus ; adde parvum parvo magnus acervus erit ;ante mortem, petite et accipietis, quoerite et invenietis, pulsate et aperietur vobis . »

 

(La chance sourit aux audacieux, mets à profit le jour présent sans croire au lendemain L'homme juste est ferme en son dessein. Heureux celui qui a pu pénétrer les causes secrètes des choses. Quoi que tu fasses, fais-le avec prudence, sans perdre de vue la fin. Je le crois parce que c'est absurde, je suis homme, et rien de ce qui touche un homme ne m'est étranger. Tu as touché la chose de la pointe de l'aiguille, à l’impossible nul n’est tenu. À un ami, on ne doit demander que ce dont il est capable. Ajoute peu à peu et tu auras beaucoup, avant la mort, demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez on vous ouvrira).

 

Il remit dans sa poche le papier replié, ferma les yeux et s’adressa douce-ment à la Valéria, comme on rassurerait un enfant blessé et apeuré qui re-doute ce cache la nuit. En lui étaient sa vie, toutes ces aventures, ces gens croisés, mais surtout les siens... sa grand-mère, sa mère, son père et son grand père, et cette aimée inconnue et si belle de laquelle il avait rêvée chaque jour de sa vie d’homme jusqu'à maintenant. Bientôt allait reprendre la symphonie, les éléments s'en revenaient, il entendait leurs pas, leurs souffles... il avait passé l’épreuve qu’ils lui avaient imposée et désormais il faisait partie de leur monde, univers total d’ici et d’ailleurs, où les choses ne se mesurent pas à leur valeur marchande, mais à la grandeur qu’ils peuvent nous faire atteindre.  "Stairway for Heaven" de Led Zeppelin  commença sa douce mélodie alors que le vent commençait à se lever et les vagues revenir.

 

(Encore un petit épilogue à venir pour vous redonner le sourire)

 

 

 

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Published by Etsivousosiez - dans Nouvelle
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