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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 18:13

Vent glacial dans la nuit polonaise,

Un train, qui sur la neige se détache,

Au loin, les torchères de la fournaise,

Lèchent le ciel obscur et s’y attachent.

 

Agitation sur la rampe, bousculades,

Aboiements des hommes et des chiens,

Claquent les ordres, morsures en enfilade,

Sur ces pantins de peur privés de lien.

 

La locomotive crache ses nues,

Acres, épaisses et sombres,

Vide de son ventre le contenu,

Juifs errants que l’on dénombre.

 

Un à droite, un à gauche, à la suite,

Le tri des corps et des âmes,

La traque insane et sa poursuite,

Dans les impasses de l’infâme.

 

Alignements du hasard, schlague,

Sanglots, angoisses et morts,

L’horreur nocturne étale sa vague,

Sur la plaine et sans remord.

 

La noria des êtres s’étire dans la nuit,

En chacun l’effroi tisse sa toile,

L’enfer ouvre la gueule sale de son puit,

Puis la referme sur ces étoiles.

 

Nus, peau contre peau, dans l’indécence,

Les yeux vides qui se taisent.

Autre ghetto, mépris, indifférence,

Les chairs se vident, mais ne s’apaisent.

 

Promiscuité des êtres et des peurs,

Dans l’intrication étroite des corps,

L’on crie, l’on hurle, empli de terreur,

Quand se déverse l’invisible mort.

 

Yeux ouverts et sans vie,

Entrelacs de dépouilles,

Amalgame des sanies,

Sur le sol qu’elles souillent.

 

Cadavres que l’on traîne,

Mutilés et informes,

Suppliciés d’une haine,

Carnivores uniformes.

 

Gardes et chiourme tout autant,

Empilement de moribonds,

Le four à grand-faim et attend,

Que joue la porte sur ses gonds.

 

La graisse s’écoule puis s’enflamme,

Combustible vivant.

En les fumées se mêlent les âmes,

Emportées par le vent.

 

Vent glacial dans la nuit polonaise,

Un autre train, sur la neige se détache,

Au loin, les torchères de la fournaise,

Pourlèchent le ciel obscur et s’y rattachent.

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Published by Etsivousosiez - dans Poèmes
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commentaires

valdy 04/05/2011 21:17



L'horreur poétisée qui peut-être réhumanise tout ce qui leur avait été pris. Devoir de mémoire aussi. Mais, pour moi, c'est la litanie des prénoms des disparus, déclinée pendant des heures qui
est bouleversante.


Valdy



Etsivousosiez 05/05/2011 07:57



Oui et ce serait un interminable poème un lamento...