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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 10:58

 

Le coup de sonnette qui vient de retentir semble entrer en lui et suivre le chemin des angoisses, celles qui montent du ventre jusqu’à la gorge propulsées par les palpitations d’une brusque chamade. Il marque un temps d’arrêt comme hésitant. Normalement lorsque l’on sonne à la porte tout un chacun s’empresse d’ouvrir, c’est comme une interpellation, une invite au dialogue, ou encore une question qui s’en vient... on sonne quoi !

Pour lui c’est le début d’un malaise : que lui veut-on ? Quelle mauvaise nouvelle va-t-on lui annoncer ? Mais c’est surtout une brisure dans l’instant qui coule et qu’il a parfaitement isolé ... un glas.

Va-t-il ouvrir ? Il a arrêté son geste tiraillé par l’alternative : événement opportun, événement inopportun. La sonnette l’appelle de nouveau et renforce ce malaise, S... a l’impression qu’on le sait présent et que ce tintement est une moquerie, une provocation à l’encontre de sa veulerie. Il se sent coupable de ne pouvoir agir car enfin ce n’est peut-être qu’une banale visite ! Au choix :

 

- courrier

- démarcheur

- erreur

- renseignement.

 

Mais aussi : mauvaise nouvelle, obligation, un fâcheux ... pire encore ! Non, non il est bien chez lui ce matin, pourquoi irait-il prendre le risque de gâcher cette journée ? Au diable la sonnerie !

 

On sonne !!!

 

Mais pourquoi toujours voir la chose sous son angle le plus étroit ? Pourquoi fuir ? Ce n’est qu’un coup de sonnette ! Oui mais ce n’est pas la sonnerie qui l’effraie, c’est ce qui la cause, ce qu’elle préfigure, ce qu’elle annonce, c’est le doigt qui appuie et tout ce qui s’y rattache. C’est ... c’est peut être le prodrome d’un néfaste et douloureux instant ! Le début de la ... fin.

 

Tout en pensant cela il se laissait envahir par un idiot et prégnant malaise, ridicule malaise. On sonne !!! Il avait peur, et, alla ouvrir. C’est con la vie parfois.

 

Le geste fut outré de sûreté, comme pour conjurer la peur qu’il avait bêtement conçue, et l’huis s’ouvrit sur un personnage qu’il n’eut vraiment pas le temps de cerner. Ce fut rapide, inattendu et efficace car à peine avait-il répondu par l’affirmative à cette question relative à son identité qu’il ressentit une vive explosion de phosphènes multicolores résultat d’un violent coup de poing bien ajusté.

 

Mi-assis, mi allongé dans l’entrée il cherchait à rassembler les fragments de sa lucidité afin de comprendre l’exact scénario de cette situation ... virulente. Face à lui dans la position d’agresseur, un type peu amène, pire : en colère. Comme quoi les angoisses filles des sonneries matinales trouvent une justification à posteriori. La trouille par anticipation.

 

A ce type de surprise correspondent deux attitudes :

 

- la première idoine et proportionnelle : bourre pif du genre rendu pour prêté

 

- la seconde plutôt interrogative, style étonné qui permet d’arrêter le combat quelques instant : temps mort monsieur l’arbitre !!!

 

En fait il en existe une troisième (donc il fallait dire précédemment : deuxième et non seconde) qui a fait son chemin depuis la nuit des temps, celle inscrite dans l’hélice, transmise de génération en génération, que la nature a éprouvé et certifié à l’usage lui donnant le juste label : la fuite ! la débandade, l’échappée, la belle, la panique, le sauve qui peut, la retraite, la débine, fissa mon frère, taïaut, taïaut !!! Mais S... ne détala ni ne décampa, car déguerpir c’est bâcler l’histoire, c’est oeuvrer à son encontre. C’est pas du boulot !

 

Etant donné la personnalité du héros l’attitude du genre :“je me relève et je l’étends d’un maître coup” n’était pas envisageable. De plus sa position et les effets du direct ne plaidaient pas pour cette solution. Il se composa donc un étonnement des plus vrais, l’exprimant par une mimique de bon aloi. L’agresseur de son côté semblait lui temporairement soulagé ayant ex-primé sa colère en un bloc. Ce dernier répéta la question qui avait ouvert le feu d’artifice rétinien.

 

“Vous êtes bien S... ?”

 

Le challenger ayant déjà posé genou à terre lors du premier round hésita à répondre de nouveau. L’autre de réitérer. Il acquiesça donc d’un discret hochement de tête.

 

“J’suis Jacques Dumas ! Dit l’autre comme cela allait de soi.

 

Voilà donc un pugiliste se nommant Jacques Dumas qui s’entraîne à neuf heures du matin, prenant comme sparing partner le premier venu avec pour mise en route une question relative à l’identité ! Afin de ne pas contrarier cet adepte du pancrace somme toute brutal S... se mit à réfléchir, car au vrai ce nom ne lui était pas tout à fait étranger, bien que cette physionomie guerrière ne lui disait rien. Entre temps l’autre était entré. Il fixa méchamment S... et d’un ton qui ne laissait augurer rien de bon dit :

 

“ J’suis Jacques Dumas comprenez-vous ? ”

 

Comprenez-vous, comprenez-vous ! Comme il y va celui là, je voudrais bien le voir lui avec le pif en chou fleur et la lèvre lippue se remémorer tout à trac une identité ! Paf ! Bonjour je me présente, je m’appelle machin vous me remettez ? On a vu mieux comme introduction non ?

Un ami ? Non certainement pas les amis ça ne cognent pas où alors ça vous tapent sur l’épaule auparavant. Et puis de toute façon il n’a pas d’amis et quand bien même, il n’aime pas les femmes des autres, alors ?

Donc ce n’est pas un copain cocu, un créancier peut-être ? Mise en demeure trop frappante ! Un voisin acrimonieux ? Non voisinage à la retraite et bien poli. Qui alors ? ... un fou ! Voilà un fou, un fou qui frappe, un fou en fuite, un fou follet, un fou de battant, et les fous ... faut pas les contrarier! Jamais !

 

“Enchanté” répondit-il.

 

“ Vous me remettez maintenant ?”

 

Vous me remettez ! Le remettre où ? A sa place, dans un bel asile, bien capitonné ! Pas ici !

 

“Qu’est ce qui vous a pris ? ” Continua le forcené.

Pourquoi me dit-il cela ? C’est plutôt moi qui devrais lui poser la question ! Mais c’est un fou et dans sa tête de fou et bien cette question elle est bonne !

 

“ Pourquoi qu’tu m’as fait ça ? Qu’est ce que ch’t’es fais ? Hein ?

 

La violence s’estompant S... commençait à y voir plus clair, s’entrouvrait en lui la lourde porte de la compréhension, non pas celle qui l’éclairerait sur l’événement proprement dit mais plutôt celle qui menait à l’identité de ce ... fou. Dumas, Jacques Dumas répétait-il in petto. Cette phonétique trouvait un certain écho en lui, une résonance particulière, presque familière ! Le fou ne lui était pas si obscurément étranger. Mais question de le reconnaître ! Nibe !!! Certes les écrivains fréquentent tous les milieux, pour le travail, mais lui ne fréquente pas  : ni milieux, ni cercles, ni diamètre, rien, discret l’écrivain, scribe pleutre et casé, rangé, à sa place , chez lui, derrière sa porte. Un angoissé qui s’acagnarde, qui tremble au moindre coup de sonnette. Alors pensez donc connaître un fou ! Que nenni !

 

“ Il faut que ça change ! Cà peut plus durer ! Moi j’veux ma vie ! Celle-là c’est pas une vie ! M’entendez pas une vie !!! j’veux rentrer chez moi !

 

Rentre mon vieux, retourne d’où tu viens ! Qu’y puis-je ? C’est pas une vie non plus de se faire aplatir la face le matin à peine levé. Une vie de fou c’est certainement pas simple, mais bon !

Il a peut-être perdu son chemin de fou et il me le fait payer à moi, le normal, le bouc émissaire des fous!

 

“ C’est pas une vie ?

 

S... lui avait dit cela sur un ton badin. C’est toujours ainsi que l’on parle à un enfant ou un étranger on adopte un ton un peu gaga pour se faire comprendre.

 

“ Te fous pas d’ma gueule espèce de gratte papier de mes deux ! J’t’ai rien d’mandé ! Qu’est que ch’té fais moi ? ”

 

“ Vous m’avez sûrement cassé le nez. ”

 

“ Te fous pas d’moi ! Ton nez c’est rien , ça se répare, ma vie elle elle est cassée, foutue ! ”

 

Et alors mon nez n’a rien à voir là dedans je ne l’ai pas fourré dans sa vie de fou.

 

“ Voudriez vous enfin m’expliquer monsieur... ”

 

“ Dumas ! Jacques Dumas qui n’a rien à t’expliquer ducon, et puis fais pas l’malin, sui qui sait pas sinon ...”

 

Ce disant il arma un gros poing d’ouvrier taillé dans la masse, formé par des années de travail et fruit d’un atavisme de la nuit des temps. S.. cherchait à se relever et voyant cela se rallongea aussitôt se faisant plus petit encore dans l’espoir d’arrêter la fougueuse colère.

 

“ Vous n’allez pas recommencer voyons, nous sommes entre gentlemen, j’aimerais comprendre enfin ! ”

 

Les fous faut pas les contrarier il parait, mais après un tel petit déjeuner on s’étonne d’en reprendre !

 

“ Donc, si j’ai bien compris, nous nous connaissons, n’est ce pas ? ” Se défendit-il.

 

“ Pas qu’un peu mon n’veu ! J’te dois tout et j’suis v’nu te rembourser! ”

 

Tient il me tutoie pensa S ... que l’échéance d’un tel prêt ne réjouissait guère, surtout après avoir goûté à la première traite. Mais qui donc est ce Dumas, Jacques Dumas si follement familier ? Dumas, Dumas ... Père ? Fils ? Esprit sain ? Non, Jacques Dumas comme, comme ...

 

“ Alors mon gars va falloir payer ! On r’vient au début, on m’rend ma vie ! Ma vraie vie ! Sinon ...”

 

Sinon quoi ? Sinon il me rembourse tout d’un coup ! Mais qui c’est ce Dumas, Jacques Dumas, fou en l’espèce et à crédit.

 

Les choses, les mots à force de se les répéter on les perd, ils se sauvent et ne laissent plus que la trace de leur ridicule prosodie. Quand on cherche c’est pareil à force de répéter ça se reforme petit à petit et puis ça jaillit. Ce nom aux tréfonds de S... avait sa place dans un obscur tiroir de la mémoire, mais il avait beau faire le tour de ses intimes et de leurs évanescentes connaissances il n’y voyait aucun Dumas, Jacques Dumas. Perdu dans sa réflexion il n’eut pas le temps de réagir lorsque le fou  putatif se baissa pour le saisir par le col.

 

“ Assez rigolé, faut m’rende ma vie , comme avant !”

 

Vrai, il ne rigolait pas, ses yeux et le regard qui leur donnait vie l’attestaient, d’ailleurs vu l’état de son tarin il ne pouvait pas rigoler, et puis sa lèvre lui faisait mal, alors pour ce qui était de rire...

 

“ Calmons nous, ne vous énervez pas mon vieux ! ”-Voilà que je deviens familier pensa-t-il- Laissez moi le temps, ça va me revenir, pour sûr. Jacques Dumas dites vous ? ”

 

“ Te fous pas d’moi, ça va partir !”

 

Ca y est le fou fait sa crise et une crise d’aliéné faut pas la prendre de face ... Logiquement il devrait avoir peur, très peur même, lui le couard, mais la surprise, l’irréalité de la situation mêlée au doute qui circule en lui l’empêchent de redouter cette violence qui croît.

 

“ Donc nous nous connaissons monsieur Dumas, Jacques Dumas ?

 

“ Joue pas au con S..! ”

 

“ Et si nous allions nous asseoir au salon pour parler plus confortablement de cela monsieur le fff ... Dumas , Jacques Dumas”. Il répétait volontairement ce nom comme pour se l’imposer, faisant exercice de mémoire.

 

“ Ouais mais cherche pas à m’embobiner, tu te défileras pas avec tes paroles de baratineur de mes deux, moi j’te lis pas , tu m’impressionnes pas avec tes romans à la noix !”

 

Romans à la noix, romans à la noix, deux cent mille de moyenne au tirage, la plupart déjà en poche, bientôt la collection reliée cuir et ors, alors à la noix ...”

 

Ils passèrent donc dans le salon, l’un guidant l’autre avec l’obséquiosité de celui qui se protège et l’autre poussant avec l’intempérance de celui qui veut en finir. Ils prirent place face à face, le premier au fond du fauteuil, le second à peine sur le bord prêt à bondir. Il fallait gagner du temps afin de remettre de l’ordre dans ce crâne douloureusement surpris et chamboulé.

 

“ Pour résumer vous êtes Jacques Dumas et .... et d’après les présentations vous avez quelques griefs à mon encontre ?”

 

“ A ton encontre j’sais pas ! Mais j’t’en veux et pas qu’un peu ! T’as cassé ma vie, donc j’vais casser la tienne ! C’est simple non ? ”

 

“ Bon ce fou ne semble guère m’apprécier, j’irais même jusqu’à penser qu’il ne m’aime pas ! Mais qu’ai-je donc fait à ce Dumas ? Jacques Dumas. Dumas, Jacques Dumas pourtant cela me dit quelque chose... Dumas comme... comme ... comme dans l’affaire Dumas, oui l’affaire Dumas !!! Voilà j’y suis c’est le même nom ! ”

 

“ Bon t’y est ! Qu’est-ce tu comptes faire mon gars ?

 

Un rébus ce fou, une énigme, un cauchemar en plein jour. Une devinette qui frappe, un jeu en relief et sensations garanties. Mais bon je sais pourquoi son nom me torturait l’esprit.

 

“ Vous allez rire mon cher mais savez-vous que vous portez le même patronyme que le héros de l’un de mes romans ? ” Drôle non ? ”

 

“  Et ben non çà m’fait pas rire ducon parce que ton patronyme là de l’histoire et ben c’est moi, c’est ma vie qu’est pas marrante ! ”

 

“ Qu’est ce à dire ? ”

 

“ Caisse ! Y a pas de caisse qui tienne, té v’nu j’sais pas comment, et j’m’en balance, t’as bouffé ma vie peinarde, j’avais rien d’mandé, tu m’entends rien d’mandé ! ”

 

“ Voyons, mais je n’y comprend rien , mais rien du tout ! ”

 

“ P’tête bien mais moi j’comprends qu’t’es un salaud, une salope de faignasse qu’a joué avec son crayon et qui a esquinté ma vie ! Jacques Dumas c’est moi tu m’entends ??? ”

 

Il avait dit cela tout en bondissant et maintenant il lui enserrait le bras de sa poigne virile de prolétaire, et le secouait avec violence.

 

“ Non, vous voulez dire que vous êtes le héros de mon roman ? ”

 

“ Ouais machin, le héros comme tu dis, un pauve type qui sais plus d’où qu’il est, où aller, parce que t’as fait d’lui une crevure, une pute d’assassin, un pourri que tout l’monde veut étriper, zigouiller ! ”

 

“ Soyons sérieux, voyons, ce n’est qu’une histoire, une fiction, tout est inventé ! Des mots, rien que des mots sortis de mon imagination ... Tout ressemblance avec .... et caetera. ” En parlant il cherchait par de douces et fragiles contorsions à échapper à la féroce étreinte qui lui broyait le bras.

 

“ Ton imagination j’l’emmerde tu m’entends ? J’l’emmerde !!! ”

 

Il ponctua son cri par un geste fulgurant et de dessous son blouson sortit un gigantesque couteau de cuisine, digne de ces lames terribles des films noirs, et se mit à l’agiter frénétiquement sous les yeux de notre scribe terrorisé.

 

“ t’es v’nu m’chercher dans ma vie peinarde pour faire d’moi une ordure dans c’te vie. T’as écrit et avec ta putain de tordue d’cervelle tu m’as fait faire des dégueulasseries, ouais, c’est pas la peine de me regarder avec ton air con, j’vais t’faire payer mon salaud ! ”

 

Un cau, che, mar, voilà un type nommé Dumas, Jacques Dumas qui prétend que j’ai modifié sa vie en écrivant une histoire ! Mais tu n’existes pas Dumas, Jacques Dumas ! Çà n’a pas de sens ! ”

 

“ Mais comment aurais-je pu ? C’est ... c’est une coïncidence, une occurrence voilà tout. ”

 

“ Coïncidence mon cul !!! ”

 

Rance pensa S...

 

“ Avec tes idées débiles t’as des pouvoirs, t’es v’nu dans ma vie et puis tu m’as apporté dans ton monde, voilà ! ”

 

“ Amener ”

 

“ Quoi ? ”

 

“ Non rien, on dit amener parce que apporter c’est pour un objet mais c’est pas grave.”

 

L’autre le regarda avec étonnement ne comprenant rien à ce cours de français incongru.

 

“ Donc d’après vous je serais, par le simple fait de l’écriture, venu vous prendre là où vous étiez pour vous am... apporter dans une histoire née de mon imagination, et vous donner le rôle de l’affreux, personnage magnifique d’ailleurs. ”

 

“ Voilà, t’avoues donc ! ”

 

“ Vous rendez-vous compte de ... de l’absurdité d’une telle explication ? ”

 

“ Ne m’pousse pas ! Tu vas payer parce que t’es coupable et pas qu’un peu, fumier !

Scribouillard de merde !!! ”

 

 Il recommençait à s’énerver et cette fois ci la colère semblait devoir l’emporter. S... n’arrivait, ne voulait, ne pouvait comprendre cette situation ubuesque. Comment en écrivant une histoire, une fiction, un truc  sans réalité, aurait-il pu changer la vie d’un Dumas, Jacques Dumas bien réel, même fou en l’occurrence. Certes les noms étaient les mêmes mais faut-il guillotiner tous les écrivains coupables d’homonymie ?

 

“ C’est grotesque !!! ”

 

“ Moi j’dirais c’est con pour toi, une vie pour une vie, çà c’est juste. ”

 

Le coutelas dansait dans l’air et cela ne laissait d’inquiéter S.. qui ne comprenait rien à rien, pris par le délire de cet événement. Au dehors une certaine agitation se faisait, des voitures semblaient s’être arrêtées devant la maison, des claquements répétitifs de portières se laissaient entendre et surtout des voix s’imposaient de plus en plus. Par les fenêtres du salon il pouvait apercevoir des gens en costumes et en uniformes courant en tous sens. Soudain l’un d’entre eux entra dans le jardin : il était armé !

 

Durant ce laps de temps et après avoir fini sa phrase du talion le Dumas, Jacques Dumas avait levé bien haut son bras qui se terminait par une lame brillante et ...longuement pointue. S... vit tout au ralenti, la lame, le policier qui venait de pénétrer dans l’entrée et surgissait dans l’entrebâille du salon, le bras qui ‘s’abaissa violemment, le sourire dément du bonhomme qui se rattachait à ce bras armé...

C’était comme dans un film, mais lui ne comprenait pas le scénario, ce n’était pas sa vie, à tout le moins celle que laissait augurer cette matinée commune ... normale au départ Il allait mourir d’un coup de grand couteau, parce qu’un fou, Dumas, Jacques Dumas, croyait que les écrivains ont le pouvoir de changer les vies en écrivant, comme si le monde était un réservoir dans lequel les êtres humains seraient à la disponibilité de l’inspiration des artistes. Un tel pouvoir ! Grotesque !

Le cri fut terrifiant.

 

“ Que se passe-t il ? ”

 

Il entrouvre les yeux et par réflexe se palpe le poitrail, le regard perdu, plein d’une peur d’outre tombe.

 

“ Mais que fais-tu par terre mon ami ? ”

 

“ Je ne suis pas mort ? Où est-il ? ”

 

“ Pourquoi serais-tu mort ? Et que fais-tu par terre ?” Lui rétorqua son épouse mi-inquiète mi-surprise.

 

“ Il est donc parti ?

 

“ Mais tu saignes ! ”

 

“ Où, où çà ” Frénétiquement S.. se toucha la poitrine et regarda ses mains alternativement.

 

“ Mais non, là ! Au front ! ”

 

“ Au front ? ”

 

“ Et bien oui au front ! ”

 

S... porta sa main au front et après l’avoir regardée et vu poisseuse et rouge partit d’un éclat de rire tout en agitant cette main ensanglantée.

 

“ Es-tu sûr que tout va bien ? ”

 

“ Si tu savais ma chère, si tu savais. J’ai du me cogner en allant ouvrir tout à l’heure et m’assommer. C’est simple, tout simple !”

 

S... riait et parlait en même temps, c’était un exorcisme de sa frayeur, une catharsis, il parlait et riait, s’agitait en de grands gestes outrés d’explication, car il comprenait mais n’arrivait à expliquer à sa femme cet instant d’irréalité morbide.

 

“ Tiens on sonne ! Va donc voir tandis que je vais me débarbouiller de ce sang dans la salle de bain, veux-tu ? ”

 

Il monta à l’étage. Le visage que lui présenta le miroir plutôt que de l’inquiéter le réjouit. Une magnifique bosse fendue sur son milieu, ornait son front. Tout en admirant cette plaie qu’il nettoyait il songeait au saugrenu de cette histoire. Le KO et son imagination fertile avait enfanté un sacré machin : un monde où les écrivains feraient les vies, agissant par procuration d’écriture, se nourrissant des autres, parasites d’une humanité soumise, proie de l’inspiration. Du délire ! Le destin à la merci de l’imagination, la dictature des mots, l’esclavage in folio !!! Des vies qui basculent au fil des gloses et des ratures, premier chapitre viens ici et dors je le veux !

 

“ C’est bien moi tiens ! ” Dit-il à vois haute.

 

Il jeta la compresse souillée se mit un pansement sur la bosse et prit la décision de sortir. Cette péripétie l’avait bouleversé et amusé, un tressaillement lui parcouru l’échine, il voulait se changer les idées. Un reste de peur de ce rêve ou peut-être de ce possible pouvoir.

 

“ Bouuu !!! Quelle journée ! Et elle ne fait que commencer. ”

 

Machinalement il regarda sa poitrine à l’endroit du coeur et émis un léger sourire. Il allait quitter la pièce lorsque sa femme parut dans l’embrasure de la porte.

 

“ Chéri c’est un certain monsieur Dumas qui te demande. Jacques Dumas. ”

 

 

 

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Published by Etsivousosiez - dans Nouvelle
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commentaires

ceciliabulle-bulle-bulle 11/05/2011 08:24







Etsivousosiez 11/05/2011 18:16



bon là pas simple à déchiffer :-)



timilo 11/05/2011 05:41



C'est original et agréable à lire


Douce journée


Bisous


timilo



Etsivousosiez 11/05/2011 18:15



Merci beaucoup bonne soirée à vous



ceciliabulle-bulle-bulle 10/05/2011 22:26



rassurez-vous, je plaisantais. A 44 ans j'accepte mes écrits et tout le reste...


Néanmoins, je m'interroge de l'utilité de mon blog. Des personnes dont vous faites partie viennent le parcourir. Ce qui est très sympatique. Seulement, je n'ai aucun retour. Je crois que mes
écrits sont bien trop personnels et par là ne peuvent susiter commentaires. Je devrais sans doute m'abstenir. Pourtant, il reste toujours la forme. Des idées pourraient m'être adressées pour
améliorer cet imbroglio.  En fait je ne cherche pas une reconnaisance mais plutôt des personnes ressources pour améliorer...rendre moins personnel son contenu, donner du lien entre certains
articles.


J'aime lire les autres. Cela m'enrichit sauf qu'il n'est point besoin d'aller sur des blogs. Je trouve que les échanges restent consensuels. Personne n'ose dire. Peut être pourriez vous plutôt
voir les choses sous tel ou tel angle...etc.


Mais peut être que je me trompe, je ne suis là que depuis peu.



Etsivousosiez 11/05/2011 18:15



Soyez vous ...pourquoi changer voyons...on vous lit...et on aime même si parfois l'on ne sait que dire:-)


 



ceciliabulle-bulle-bulle 10/05/2011 19:48



...de nous surprendre et surtout...de nous filer des complexes ;)))))) ben oui, nous sommes des filles et tout le monde sait que les filles s'en nourrissent !!! LOL


 



Etsivousosiez 10/05/2011 20:30



vous n'avez pas de complexes à avoir voyons!



ceciliabulle-bulle-bulle 10/05/2011 19:34



Génial, de la science fiction !!!


un scénario connu mais tellement bien écrit, bien huilé.


et hop, encore une surprise pour vos lectrices !


Veuillez cesser immédiatement ;))))



Etsivousosiez 10/05/2011 19:44



Cesser quoi Cécilia?