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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 13:41

Chapitre.1 du roman: La boite de Pandore (2001)

 

L’air avait des senteurs d’enfer et des couleurs d’apocalypse, la chaleur pesante de l’été altérait l’atmosphère et le vent tiède portait en lui les parfums de la guerre. La nuit venait à peine de tomber mais à son obscurité naissante se mêlaient les fumées et les vapeurs de cette violence qui avait envahi la cité. Ses pieds pendaient dans le vide et brandillaient d’avant en arrière machinalement, tandis qu’il regardait alentour lui les feux qui constellaient la pénombre et rembrunissaient encore plus le ciel par leurs épaisses et grasses exhalaisons. Des odeurs de gaz lacrymogènes mélangées de senteurs d’hydrocarbures lui parvenaient aux narines bien qu’il fût là haut, au dessus de l’infernale mêlée dont il était le créateur, l’ange noir inspirateur, l’Agamemnon des prodromes de cettefin du monde civilisé !

Le vent chaud du sud caressait son corps, et ces halenées de barbarie, que la brise portait jusqu’à lui, rassérénaient son âme anéantie et repue, mais aussi désormais apaisée ! Il contemplait la folie des autres, le discord des hommes ; il s’emplissait de cette dégoûtante bêtise dont ils faisaient montre pour peu que l’on leur en donnât l’occasion, que l’on allumât la juste mèche ! Partout des feux rongeaient, véhicules, poubelles, mobilier urbain, lumières bengalies dans la nuit des fous, destructions gratuites et profanatrices d’une fête païenne pour une fin du monde attendue. Les bruits et plaintes des sirènes tourbillonnaient portés par l’air brûlant de l’été qu’alimentait la chaleur des multiples bûchers, torchères qui s’élevaient en nombre grandissant. Sa peau noircie par la suie qui se déposait à chaque coup de vent dégoulinait d’une sueur épaisse, elle luisait à la lueur montante des foyers d’incendie qui s’imposaient maintenant à la nuit.

En bas, aux pieds des bâtiments on se battait, on ouvrait les portes fragiles de la haine aveugle, libérant ces désirs intenses et sans limites ; on se livrait à la folie en prétexte de vengeance et d’ordre, de part et d’autre plus rien ne pouvait retenir ! Chacun se voyait en pourfendeur de l’injustice, tous avaient le fondé prétexte, et ainsi, pouvaient vomir cette violence si uniquement humaine qui ne demandait qu’à sortir !

Il savourait en démiurge ce tableau qu’il n’avait osé espérer, cette horreur qu’il avait souvent crue possible tout en s’effrayant qu’un jour elle s’exprimât. Assis au bord de ce toit, sur cette barre de cité ghetto, il voyait ce que les hommes depuis toujours avaient redouté, cette peur que les anciens avait cachée dans les histoires et les contes, cette terreur que les dieux avaient emprisonnée et que lui, par esthétisme outré et dégoût profond, avait libérée. Il avait ouvert la boite de Pandore rien que pour voir, pour voir jusqu’où ils seraient capables d’aller ; avec quelles excuses ils brûleraient le monde et leur âme par là même !

Le vent brûlant halenait sa colère et la suie, les sirènes emplissaient la nuit, ses jambes allaient et venaient dans le vide tandis qu’il s’essuyait de l’avant bras régulièrement le visage. En bas chacun subissait les remous intimes du torrent de l’adrénaline, les muscles se raidissaient de peur ou de colère selon que l’on détruisait ou que l’on était détruit, les chamades cognaient dans les poitrines et les souffles rendaient les gorges acides et la salive amère. Comment en étaient ils arrivé là ? Comment la haine avait elle pu si facilement tomber le masque ?

Jean regardait la nuit et les fourmis en bas qui s’y débattaient, elles couraient et se mordaient, découpant la vie à grands coups de mandibules, elles avaient oublié la colonie et découvraient la violence individuelle qui ouvre grandes les portes de l’absurdité, cette folie délicieuse de la pulsion primale qui n’a aucune limite que celle du dégoût. Alors ils allaient se bâfrer jusqu’à plus faim de la peur et l’anéantissement de l’autre, de cette sensation de grandeur absolue, de cette frénésie des sens enivrés, tout au long de la nuit jusqu’à ce que le petit jour et la fatigue les ramèneraient chez eux repus et apaisés à peine !

La nuit était brûlante, habillé de canicule l’air s’enflammait des feux de la démence, l’été s’effaçait derrière les foyers de la destruction gratuite, Jean de là haut regardait la cité qui se consumait cherchant en lui comment tout cela avait pu surgir !

La cité dansait avec la mort, les âmes gambillaient dans la fumée des destructions voraces, on courait, on jetait, on pleurait et l’on criait ! C’était la musique des râles et des hurlements, pour un pas ivre avec la belle blafarde, on offrait son âme pour ce plaisir immédiat et animal, la fournaise décuplait les sens et la bave coulait dans l’ivresse dévastatrice. On dansait avec la mort sans savoir son dessein, on voyait le ciel dans le tourbillon des étoiles intérieures, on tranchait la nuit dans une valse guerrière, la camarde donnait grand bal et les prétendants faisaient montre d’impatience ! Tous s’unissaient sans le savoir dans cette farandole de la nuit du non retour, chacun se croyant le plus vrai dans la chorégraphie du mal ; tous oubliaient un instant que la raison les avait jusque là protégés d’eux-mêmes.

En face sur les vitres de l’immeuble tournoyaient multicolores et inquiétants les reflets des incendies ! La fin ne faisait que de commencer.

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Published by Etsivousosiez
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commentaires

ceciliabulle-bulle-bulle 12/03/2012 16:20


Il est vrai que l'été remonte à l'année passée !!!

Etsivousosiez 12/03/2012 19:25



Celui là à bientôt 10 ans déjà...roman endormi sur mon disque dur



Nina 11/03/2012 15:33


Quand la colère et la haine dans les cités grondent et se font omniprésentes, quand la peur fait place à l'effroyable, quand les mots ne suffisent plus, pour certains jeunes en déshérence, seule
la violence aveugle et délirante s'exprime.... Nous ne sommes qu'à l'aube de cette mouvance ....


Amitiés Johan


Nina

Etsivousosiez 11/03/2012 15:57



Sans le langage c'est  le corps qui hurle



Hécate 10/03/2012 20:03


Nous ne sommes même pas encore au printemps ! Et vous parlez d'automne ....

ceciliabulle-bulle-bulle 10/03/2012 19:43


J'ai commencé par lire les commentaires. Johan, je suis vexée. Je ne suis pas jalouse d'Hécate qui m'épate. Seulement, à travers vos propos, je ressens l'oubli de ma petite personne. J'ai donc
décidé que je ne vous lirais pas. Trooooooop vexxxxxxxxxxxxééééééééééééééée et un sentiment d'injustice pour moi.


Bien à vous M"sieur Poète.

Hécate 10/03/2012 19:17


Ah! et voilà...Vous me mettez d'élégante façon à la porte  :)


Ai-je parlé de fatigue ?...


Votre sollicitude est charmante et courtoise .Mille mercis .


Il n'est rien de mieux pour moi ,que de passer le temps où il m'est agréable  d'être .


Lors des saisons de rentée littéraires...moins présente ,serai-je .Et bientôt le Salon du Livre...alors...


Je m'éclipse....La Lune amorce sa décroîssance  ,raison qui me couvre ...:)

Etsivousosiez 10/03/2012 19:29



Que nenni!


J'attendrai votre retour  l'automne prochain :-) Cela fera un grand vide :-)