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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 20:17

urinoir-las-vegas.jpgVous je ne sais pas ! Mais moi je fais le discret et je ne respire plus, en espérant qu’il se dépêche ! Ca me gêne mais faut dire que j’aime bien aussi, surtout si c’est moi qui arrive après, c’est une question de préséance. Dans ces cas là je prends mon temps et jubile le truc, je me sens l’éthologue de service, je scrute le moindre mouvement, le plus petit bruit, et j’en infère la situation, j’induis le comportement, de la recherche fondamentale in situ, presque ! C’est de l’anthropologie vulgaire, c’est le mot idoine, de l’analyse de terrain en quelque sorte vécue en direct et en douce. Vous voulez savoir je me doute et si j’annonce pas la couleur vous laissez tomber la lecture pour un auteur moins sibyllin et plus rigoureux sur la syntaxe !

C’est une chose que l’on vit souvent et qui nous ramène à la vérité de ce que nous sommes, qui nous met à nu comme grand père habilis il y a des milliers d’années de cela. C’est si fort, si vrai que l’on se sent si peu, que l’on retrouve une forme de modestie, de petitesse, d’animalité même oserais je dire ! En un clin d’œil on fait l’histoire à rebours, on voit défiler les siècles et les mutations pour se retrouver la culotte sur les chevilles bloquant sa respiration dans un chiotte de bistrot… comme un con ! Déjà on s’est retenu un sacré bout car déféquer c’est tabou et sacré, comme pour l’oreiller, on préfère chez soi ! Donc on a contrôlé jusqu’à plus pouvoir le côlon, et à bout d’arguments intérieurs on s’est fait à l’idée pressée de se vider dans un lieu public, de s’asseoir sur les empreintes culières des autres de passage ! Sacrée décision, sacrée concession, drapeau blanc et chapeau bas… faut le faire, j’en connais qui se bloquent le rectum au prix de coliques indicibles pour échapper à l’aventure ! Je reviens au sujet : on a consenti à s’asseoir sur cette lunette pas très catholique qui a vu des tas de culs, en gros plan et sans ambages, des fesses de toutes tailles aux hygiènes plurielles, bref l’on perd pour un instant toute cette dignité que l’on a mis une vie à ajuster. Souvent on fait dans la discrétion, dans la timidité, on cherche à raccourcir le protocole vu qu’on est pas à la maison et qu’on va pas jouir le truc façon freudienne ! On s’est assis sur le bord, position finement calculée pour que le colis aille à la poste mais que l’on ne se commette pas trop avec les vestiges supposés d’autrui. D’aucuns aux cuisses d’airain effleurent sans réellement se poser, du survol, des vrais canadairs ! Il n’y a plus qu’à laisser faire le réflexe, attendre le spasme, que la machinerie se mette en marche et l’on sera bientôt soulagé, dans toutes les acceptions du terme ! Mais, et oui ! Mais voilà que la porte s’ouvre et qu’un quidam sifflotant s’en vient agiter avec énergie la clenche de votre secrète retraite ! Bien que le verrou soit tiré et bien tiré (car vous avez vérifié deux mille fois avant d’oser vous déculotter) l’importun insiste de façon péremptoire vous plongeant dans une apnée record ! Vous bloquez la mécanique humaine, alerte rouge hormones de stress, silence radio ! Pourtant vous savez bien que la torpille a une certaine inertie et qu’un pétrolier, même intestinal, lorsqu’il est lancé ne s’arrête pas net. De plus y a des remous, des courants d’air intérieurs, de la brise mésentérique qu’on ne contrôle pas par le simple fait de la volonté ! La statue vivante qui ne bouge plus et envisage le pire, à la recherche de la maîtrise parfaite, anaérobie et immobilisme dans la panique des sphincters et autres orifices ! Du yoga sur faïence dans un réduit insane ! L’autre, l’affreux attend comme si de rien n’était, se lavant les mains prolongeant le supplice et l’apnée. La chair se rappelle aux contingences et peu à peu se détache de l’inflexible volonté, vous luttez de toutes vos forces contre cet esprit de liberté charnelle, sentant la honte envahir votre distinction. De l’art des flatulences discrètes et in odorantes, vaste projet de recherche pour l’avenir d’un jeune thésard ! Ca progresse dans la retenue et les borborygmes assourdis, vous ne respirez toujours pas et appréhendez la chute, le plouf exclamatif qui vous montrera indubitablement du doigt ! L’étron révélateur et inquisiteur. Torture inhumaine, aucun retour possible, un aller simple sans remboursement, tout le monde descend ! Là c’est magique, c’est la psychanalyse sans fard ni artifice, c’est une confrontation avec soi même, un miroir sans tain qui vous renvoie à vous-même… c’est sublime et déroutant, tandis que l’autre malvenu s’impatiente et le fait savoir ! Ce qu’il y a de magnifique c’est que vous faites tout pour vous taire et taire votre intimité alors que l’autre sait très bien que vous êtes là et ce que vous y faites ! Mais on a tous un peu d’autruche en nous ! Bon je ne vais pas prolonger pour prolonger, ça deviendrait scato et j’y perdais un peu de ma superbe ! Avec bien des précautions et des prévenances vous lâchez l’encombrant au grand plaisir de votre organisme et vous trouvez confronté à un nouveau problème : s’essuyer !

Eh oui il va falloir vous torcher sans éclat, dans la discrétion la plus absolue et cela commence par le rouleau de papier qu’il faut dévider (qui chuinte évidemment à chaque tour !), découper la bonne longueur pour frotter délicatement et de façon efficiente, votre entre fesses ! Vaste affaire, périlleuse et bruyante aventure que vous ferez lentement, contrôlant le moindre de vos gestes, minimisant les bruits de chaque étape, au prix d’un ridicule énorme, ralenti et sans oxygène ! Enfin cela fait vous jetterez un œil sur le dépôt et tacherez de vous revêtir silencieusement tout en commençant à composer une mine de circonstance pour la sortie ! Car l’autre n’a pas bougé et attend votre place ! Le vacarme de la chasse d’eau semble annoncer la fin de votre calvaire mais vos narines s’en viennent rapidement le contredire et n’y pouvant rien vous sortez faisant bonne figure ! Passage au lavabo car vous êtes soigné tandis que l’autre se prépare à vivre votre supplice avec en sus des parfums évocateurs et envahissants ! Soit vous filez de peur de l’algarade in petto, soit vous traînassez par vengeance ! De toute façon vous retournez bien vite dans le monde où votre costume social vous attend !

On peut disserter à l’envi sur le problème, décrire les sujets et les fragrances, les peurs et les précautions. Mais ce serait du bla bla ! Pourtant il est deux autres cas, certes similaires dans la situation, mais différents dans la singularité, dont j’aimerais parler.

Pour le premier je ne peux qu’exprimer les sensations de l’intrus, du fâcheux qui indispose l’enfermée. J’ai bien écrit l’enfermée ! J’explique ! Ici c’est une femme qui entre car les WC sont mixtes et l’intrus est un homme, chacun ayant vu l’identité de l’autre va sans dire. La dame du fait de sa conception se doit de s’accroupir pour : trouvons une façon délicate, euphémisme de pisser ! Pour évacuer le résultat de la filtration rénale. Pour nous les hommes c’est un régal auditif, une revanche en décibel, un concerto en cataracte majeure, une secouée de salade en clapotis et vaguelettes indiscrètes ! Je ne sais pas ce que vit et ressent l’exécutante mis ça ne doit pas être caviar et faut assumer ! La cerise sur le gâteau si je puis dire c’est lorsque ensuite vous entrez dans le lieu d’aisance pour lui confier vos intérieurs surplus et y voyez le petit bout de papier toilette chiffonné qui s’agrippe à la faïence de la cuvette en témoin de cette différence sexuée !

Quant au second, il traite de la promiscuité masculine en situation de braguette ouverte et d’urinoirs investis. Là c’est homérique, ça vaut tous les reportages animaliers, c’est édifiant sur le comportement des mâles de notre espèce ! Description : deux urinoirs, deux types avec la même urgence. La plupart du temps les quidams évitent de s’accoter, ils pissent à distance avec un espace de sécurité entre, c’est un vestige animal du côté du rhinencéphale. Ils turbinent en regardant l’engin avec des relevés discrets du chef de temps en temps. Rien que de plus naturel ! Non le mieux et c’est ce qui nous intéresse c’est lorsque les urinoirs disponibles sont connexes. Là c’est autre chose, c’est un spectacle qui vaut le déplacement, c’est de l’humain pur sucre ! Souvent celui qui arrive après cherche un pissatoire libre et non attenant à celui de l’autre, si ce n’est pas possible il feint une envie de garde robe et s’enferme dans les toilettes avec siège ! Mais si c’est occupé alors là y a rituel et carnaval des cons ! D’abord on rentre les coudes et fixe sa bistouquette comme hypnotisé par le jet jaunâtre qui en sort. Puis ce sont les regards en biais, cursifs, au compas, l’estime des queues, chacun découvre l’arme de l’autre, la jauge, la juge, l’envie ou en sourit. C’est dantesque et intérieur, c’est masculin et pitoyable mais c’est ainsi ! On regarde son truc, celui du voisin, le mur, le plafond, parfois on sifflote, bref de la parade instinctive et réflexe ! Il fut un temps on a bien du se renifler mutuellement l’entre jambe mais c’est passé de mode depuis des millénaires ! Lorsque arrive la fin de la vidange chacun y va de sa technique de la dernière goutte ! Certains secouent vigoureusement, de haut en bas, ou de droite à gauche, voir inversement ou encore en combinant ; d’autres pressent et égouttent en allant chercher au plus loin dans l’urètre par un massage appliqué et constricteur ces résidus de miction, enfin il est possible de conclure par un succession de contractions périnéales donnant une alternance de petits jets de plus en plus pauvres jusqu’à la sécheresse voulue ! On remballe se lave ou non les mains (pas souvent qu’ils se lavent la main complice les mecs !) et chacun repart conforté dans sa suffisance et étonné de la multiplicité des allures péniennes. Dommage pour vous mesdames mais cet instant caricatural et grotesque c’est réservé aux hommes, on vous laisse le petit papier !

Voilà j’avais envie de vous parler de ce petit coin où tombent les culottes et les masques ! Où chaque jour nous allons incontinent (c’est du vieux français) à la rencontre de notre identité, dans le recueillement primal ou le silence contrit, selon que l’on est chez soi ou dans cet espace réduit  et pas très net d’arrière boutique.

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Published by Etsivousosiez
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