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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 22:50

Comme un mauvais hiver qui s’étend sans répit tissant sa toile de froid dans les moindres recoins, fieffant l’âme, la chair et l’espoir, en un domaine transi duquel on ne s’échappe point. Comme une nuit froide sans lendemain, à l’obscurité profonde et sans fin, où le ciel et la terre ne font plus qu’un dans un infini sans couleur. Comme un silence interminable, rumeur sans nom qui s’impose et écrase de tout son poids inaudible. Comme une absence incommensurable dont on n’arrive à définir l’objet, qui vous étouffe de ses non dit, c’est la vie interminable qui vous pèse et se poursuit.

Comme une peur inscrite aux tréfonds d’une mémoire infidèle qui trace son chemin depuis le premier jour… comme un cri qui résonne en cascade dans l’intimité de la viande, se répète et s’amplifie sans que d’aucun n’y prête l’ouïe. C’est la vie qui déroule son fil inlassable sur un chemin raviné qui court au hasard… comme un trait torturé aux reliefs incertains, un chemin sans destin, ni même destinée, qui ne mène nulle part.

Comme une chanson à l’unique refrain ayant perdu son couplet, une comptine sans entrain qui se répète et oublie. Comme des lettres sans lien, des syllabes en hiatus, prosodie sans chemin, assonances qui toussent, la parole s’emporte mais le verbe s’émousse, et le discours se tord, puis s’égare dans un brouhaha assourdissant à l’ivresse terrible. Comme, comme un regard sans vie qui cherche une lumière et ne trouve que l’ombre, comme un enfant qui dessille les yeux et se brûle au soleil, comme la lame du froid qui vous tranche la lèvre, comme toi qui n’est point et que l’on cherche sans pause. Comme l’incertitude qui frappe à grands coups à la porte du doute pour lui faire un enfant qu’elle appellera “demain”, comme un mauvais présage qui recouvre vos jours d’un linceul qui poudroie en une cendre mauvaise, moyen âge d’une pensée qui s’impose le joug, pilori d’un autre temps, c’est la roue du passé qui résonne des coups. Comme une attente de ce qui ne viendra jamais, enfant perdu qui se met à pleurer, tout s’effondre et pourtant il nous faut durer. Comme une chamade qui court jusqu’aux lèvres et s’expulse en nausées, une toux qui s’en vient puis s’étouffe hoquetée, brûlure d’un souffle qui ne peut s’expanser. Comme la garce qui rôde depuis toujours en attente de charogne, hyène de la nuit, carnivore de l’ombre, qui s’engraisse de nos peurs et de nos jours qui passent. Comme un combat déjà perdu, sans arbitre ni règle, du plus fort au plus faible aux blessures pareilles, c’est le coup perfide et imprévu qui décide de l’issue. Comme une douleur qui grandit puis s’incruste, chronique des moments de la chair, une histoire en souffrances racontées, spasmes après spasmes, carmines cicatrices à peine refermées. Comme un pus qui raconte les mauvaises rencontres, comme une peau déjà flétrie par le vent des jours qui passent, rides marquées aux coins des sourires d’antan, vieilles grimaces sculptées au burin des saisons oubliées. Comme ce goût amer qui brûle la bouche, évanescentes fragrances d’un instant de jadis, on éructe, on salive puis on crache le souvenir usé. C’est la gueule de bois du bal des dépassés, le tournis des vieux qui regardent en arrière, se penchent tombent et vomissent leur passé. C’est la samba des faux semblant, la rumba des tronches fardées, maquillages outrés comme de mauvais décors dans une pièce ratée, carton pâte au couleurs poudre de riz, trompe l’oeil en pastel sur un stuc vieilli; c’est la farandole des oublieux, la chenille des âmes en peine qui s’égaillent pour ne pas rester sur place, de peur que l’on allume et que chacun dans la pâleur de l’autre se voit : face contre face; comme un musée de cire aux statues vieillies, couche de vernis sur couche de vernis, costumes délavés et regards de verre. Comme des billes qui renvoient seule la lumière et sans elle ne sont rien, comme des prunelles au reflet de cataracte, vies laiteuses et regards opaques, c’est la société qui bouge aux heures d’ouverture.

Comme la main qui tremble à saisir le ticket du lendemain, jour de chance ou numéro rien, mise la vie au grand loto du chagrin, tirage ce soir dans tes rêves en direct, six numéros, complémentaire : tintin ! Faites vos jeux ! Rien ne va plus ! La bille tourne et la tête suit, noir, rouge, croque mort imper et passe, corbillard des faux jetons, on ramasse ses pions et l’on se barre. Compte les cartes au sabot de la nuit qui s’achève, l’interminable poker des parties de solitude, petits matins des grandes incertitudes que l’aube dispute au crépuscule. Comme la bouche pâteuse qui a soif, comme les yeux fatigués que l’on frotte, la vie se cherche le chemin du repos afin de sauvegarder cette ivresse factice et ne pas s’encastrer dans la paroi du quotidien. Rideaux ! Noir sommeil dans l’agitation des autres, silence je rêve !!! Pair et manque, je triche au baccara des songes.

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Published by Etsivousosiez
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commentaires

valdy 10/04/2011 19:50



Bonsoir,


C'est fort et poétique, surréaliste et pourtant juste. Je m'étonne toujours de l'absence de commentaire lorsqu'un écrit fait résonance. Peut-être est-ce le soleil et l'oubli du mauvais hiver. Je
vous lirai encore.


Valdy


 



Etsivousosiez 10/04/2011 19:58



Oui peu de commentaires mais le vôtre  vient pleinement remplir ce vide... merci à vous