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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 18:47

Depuis de mois il choquait, affalait, bordait, hissait, ferlait, déferlait, faisait et défaisait, allait au portant ou au près, entre pétole et coup de vent, mer d’huile et mauvais grain, moulinant, et moulinant encore, d’un sens ou de l’autre, selon. Dans quelques jours il serait en vue de Madagascar, après des jours et des jours passés dans le pot au noir, où il avait essuyé des dépressions incroyables ensuivies de calmes interminables, les vents passant soudainement de rien à près de quarante nœuds ! Tournant et doublant sans que rien ne le prédise ! Tout cela il le savait, mais cette fois ci l’avait abordé autrement, non pas pour avancer, maîtriser une allure, au contraire, pour ressentir au plus près ces variations, ces contraintes sur lui et le navire, ne faire qu’un avec les éléments dans l’esthésie la plus totale, dans l’acuité exacerbée des sens et des émotions. Toujours à l’affût d’un silence ou d’un bruit, d’un son, d’une musique nouvelle, incongrue, différente, dissimulée. Toujours dans le partage et l’expression de la sienne, de cette musique qu’il avait emportée avec lui, pour, dans un premier temps l’écouter aux instants de repos, puis, dans un second temps décidé de la de soumettre aux océans, pareillement aux présents que l’on offrait aux sauvages à dessein de se les concilier. Ou peut être cela avait été une sorte d’offrande, de cadeau propitiatoire à quelques de ces Dieux d’une intuitive mythologie.

 

Dans son ordinateur portable, des milliers de fichiers, des photos, des sons, des réflexions, des ébauches de théories, des partitions à peine ébauchées, des musiques murmurées, fredonnées, mais pas de réelle solution, pas de réelle musique primale... Il avait beau faire, essayer, il ne trouvait pas l’entrée, sa note de rosace qui lui aurait permis  de déchiffrer tout cela. Il avait rangé, dépouillé, classé,  collecté, effacé, travaillé, mais c’était résolu à ne plus s’entêter et d’attendre le retour sur terre ferme pour s’attacher à une analyse plus scientifique avec des moyens appropriés. Il contacterait un ingénieur du son et un musicologue, des musiciens, des historiens de la musique, des chorégraphes et que savait il encore... des gens à l’émotion à fleur de peau, ouverte, prêts à recevoir son idée, à la ressentir et partager, son nom ouvrirait beaucoup de portes, il en était convaincu, et alors il trouverait enfin la solution, ouvrant une porte sur un nouveau monde, une nouvelle musique, attachée au corps plus encore. Il livrerait à l’humanité la mémoire des sons, l’ancêtre premier des notes et de l’émotion.

 

La musique était devenue une sorte d’accompagnement mais aussi incantatoire, appelant les éléments, les divinités, les provoquant peut-être, sorte d’appeau, de passeport ou d’oblation, pour être autorisé à franchir les limites interdites aux profanes et normalement infrangibles, sinon par nécessité de conduite, aux risques du contrevenant. Il connaissait la mer, ses dangers, ce qu’il ne fallait pas faire et jamais faire, comment contourner, éviter, profiter, détourner, mais pour la première fois de sa vie de marin, d’aventurier des océans, il avait navigué à rebours, des vents, des courants, et des conventions et des usages ! Il s'était en quelque sorte émancipé de son passé. Et pour cela, en espèce d’immolation, en échange de leur clémence, il leur avait offert la connaissance de sa musique, leur avait donné « Epitaph » de King Crimson, «  Beneath et Phrygian Sky » de Loreena Mc Kennitt, un Oratorio et une suite pour violoncelle de Bach, les « Gnossiennes » de Satie, l’adagio d’Albinoni, « Don’t give up » de Peter Gabriel, Simon & Garfunkel, et tant d’autres contemporains ou non. Il avait encore à naviguer avant que de rentrer à bon port, et autant à partager et offrir à ces Dieux, en espoir qu’ils lui livrent en partie la clé de leur mélodie, l’accès à l’écoute de leur symphonie. Un seul morceau n’avait pu être joué, car les circonstances ne l’avaient pas permis, il le gardait en réserve au cas où... l’exception, celle qui confirme la règle, la vague scélérate ou la folle tempête, ces instants et circonstances qui terrorisent les êtres, au point que, ne pensant qu’à leur survie, ils en oublient d’écouter, de comprendre ! Il savait que c’était là qu’il trouverait la réponse, la solution, en l’intime du danger, dans cette folie des océans, sous les déferlantes gigantesques, en la tourmente la plus absolue, là d’où personne n’est revenu... évidemment que c’était un risque, plus encore, de la démence, mais il avait envisagé cette hypothèse, et d’en faire la démonstration, de résoudre l’équation, au mépris des règles de sécurité et de la raison. Cela allait à l’encontre de tout ce qu’il avait appris, d’abord de son grand-père, puis de sa pratique et de ses expériences. A bien réfléchir ça n’avait pas de sens, de logique, pouvait paraître pour de la folie pure, que son errance solitaire durant ces mois de navigation lui avait fait perdre la tête, et pourtant pour lui, comme suite à toutes ces nuits de réflexion, à tous ces instants à regarder et écouter la mer, cette solution apparaissait être la plus propice, la plus avérée, évidente. Cependant il n’avait pas rencontré les conditions idoines qui lui l’auraient décidé à franchir le pas, à s’y soumettre. Il avait encore du temps, et là, allant au près, bord après bord, tandis qu’il avançait au mieux en serrant le vent, « California dreamin’ » des Beach Boys s’offrait aux éléments, et semblait plaire aussi au grand Labbe qui ne s’était toujours pas décidé de quitter le bord, et y prenait d’ailleurs de plus en plus ses aises.

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Published by Etsivousosiez - dans Nouvelle
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commentaires

ceciliabulle-bulle-bulle 24/10/2011 21:01



Nous sommes toutes là, allez on embarque, zut, attendez moi, je remonte chercher ma bouée canard, c'est bon je l'ai retrouvée, j'arrrrrrrive. ;o))))



Etsivousosiez 24/10/2011 21:06



Bon pour ne pas être taxé de machisme vous serez  exemptée de corvée de pont et de faubert la bulle...mais attention pour le reste! chacune sa part de boulot! confort spartiate il va sans
dire... on est à la recherche de l'essentiel :-)


Merci la BUlle d'être vous, toujours prête au sourire mais sans moquerie, avec votre sensibilité, j'ai de la chance


 



valdy 24/10/2011 20:31



Johan, vous savez, ce grand labbe, il me fait penser au dodo d'Alice au Pays des merveilles. Et déjà rien que cela, c'est formidable


La musique bâtit des architectures invisibles qui nous entourent, c'est ce qui me vient à l'esprit en vous lisant ...


Merci pour cette évasion somme toute inquiétante mais vraiment intriguante...Je me demande où va La Valeria ...


Valdy qui vous embrasse



Etsivousosiez 24/10/2011 20:37



Elle va Valdy... à la recherche de l'essentiel, de cette part si belle de notre humanité, perdue, dévoyée, salie par d'aucuns, par votre idée j'essaie de renaître en tant qu'écrivain, et d'ouvrir
ce monde que je sais exister


Il faut des êtres vrais pour le comprendre sans le polluer, des êtres qui n eviennent pas pour prendre sans donner, pour étouffer ce qui n'est pas leur vie... des âmes belles


Vous m'avez permis  de retrouver le goût des mots ... l'envie de donner à nouveau sans peur d'être dépouillé


Johan qui aussi en retour vous embrasse



Dame Céleste 24/10/2011 20:25



merci, je prépare ma valise de suite ;)



Etsivousosiez 24/10/2011 20:31



:-) prenez une malle on va faire le tour du monde!



Dame Céleste 24/10/2011 20:20



A quand le départ ??? j'en suis !



Etsivousosiez 24/10/2011 20:21



et une deuxième cabine pour dame céleste!


Bienvenue à bord!



ceciliabulle-bulle-bulle 24/10/2011 19:59



Je suis comme ce grand Labbe, je m'installe. Si le vent tourne, j'ai toujours mes ailes en solution de repli.


J'aime.


Merci Capt'ain.



Etsivousosiez 24/10/2011 20:09



Alors bienvenue à bord moussaillon la bulle je fais aménager votre cabine de suite!