Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Recherche

Articles Récents

16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 17:39

Depuis son retour le matin il n’avait pas vu Diogène, ce dernier n’étant même pas revenu le midi alors qu’il ne ratait jamais cette occasion de venir chaparder des restes. A bien y regarder il lui semblait d’ailleurs que le Labbe n’avait pas passé beaucoup de temps sur la Valéria durant les cinq jours de son absence. Ce serait-il trompé ? L’oiseau n’aurait-il pas supporté cette solitude au point de s’en aller, de repartir là-bas ? C’était impossible, trop de trajet, ce n’était pas un migrateur, il n’avait pas le sens affiné nécessaire de l’orientation, de la navigation. Plus logi-quement il s’en était allé prendre son indépendance en quelque lieu tranquille sur cette côte aux falaises découpées et escarpées. Malgré tout cela le peinait un peu et il avait eu du mal à avaler son poisson...leur poisson acheté exprès à la criée. Une sorte de mélancolie c’était installée en lui tout au long de la journée, grandissant silencieusement hure après heure. Cela plus ce qui c’était passé là-bas le perturbait, l’empêchait de faire quoi que ce soit, au point qu’il n’était même pas sorti en mer, alors qu’il était en manque de ces sensations. Il avait passé la journée à ruminer des pensées confuses, s’asseyant pour travailler, puis se relevant et tournant en rond sur le bateau, voulant aller au café mais n’y allant pas, redescendant dans sa cabine pour se coucher et lire, et n’y arrivant se relevait pour commencer une énième occupation qui n’arrivait à l’occuper plus que cela.

Il c’était assis au bout de la jetée, là ou les bateaux déradaient, poussé par cette nostalgie mêlée de mélancolique confusion, regardant le lointain tout autant qu’il regardait en lui-même. Dans les écouteurs de son Ipod la voix de Montserrat Figue-ras berçait son âme et nourrissait à la fois cette langueur qui le tenait. Lui si fort, que rien ne pouvait abattre à priori, si rompu au combat de la vie, si sûr de ses décisions, capitaine de bord et d’aventure, voilà qu’il sombrait dans cette morosité, ce vague à l’âme destructeur, lui dont la propension naturelle le menait à fuir les faiblesses de l’âme. Comment ne pas laisser cet accide l’envahir ? Ne pas succomber à ce taedium vitae qu’il avait toujours su tenir à distance certaine de lui ?

Il savait que ces lamentos qui s’exhalaient de la gorge de la cantatrice ne contri-buaient pas à le sortir de ce marasme mais l’y enfonçaient plus encore, il continuait d’écouter ces magnifiques chansons extraites de Ninna Nanna. La musique discrète d’arrière fond et la prosodie des paroles, leur plainte larmoyante, rendaient plus belle et mystérieuse encore la mer dans la tombée du crépuscule. Il ne pouvait que se laisser prendre, aller cette l’émotion induite par la « canzonetta spirituale sopra la nanna », comme si cette voix admirable et les paroles qu’elle prononçait s’en venaient de l’océan, de cette immensité ondulée et scintillante que la nuit lentement venait recouvrir avant qu’elle ne s’endorme, le temps d’une autre marée.

Les chansons se suivaient, douces et mélancoliques, éveillant en lui les émois de l’enfance, les souvenirs cachés, volontairement oubliés, mais aussi ceux plus pré-gnants, indélébiles, qui furent et devinrent constitutifs de ce qu’il allait advenir et était maintenant. La lumière baissait imperceptiblement, minute après minute, dans la continuité de son gradient, ne laissant qu’un trait de clarté sur l’horizon ; il n’était que le bruit de fond des vagues qui se brisaient sur la jetée et les estacades, le parfum de leurs éclaboussures, tout semblait s’endormir et disparaitre dans cette obscurité profonde que la nuit déposait.

Une berceuse hébraïque, une voix de cristal, la pénombre, les senteurs océanes, les murmures de l’onde, et ces pensées qui semblaient glisser et se répandre en lui, telle une poisse lente que rien n’arrête et recouvre tout sans que l’on puisse l’en empêcher. Une vie, sa vie, si longue et tumultueuse, si riche, si diverse, et que des gens et pays rencontrés ! Ses amours, volages, éphémères, poignantes parfois, douloureuses d’autres fois, incertaines toujours... cette femme impossible car con-sanguine et surtout irréelle, absolue... cette femme qui avait été sa grand-mère sans l’être en même temps, révélatrice d’un monde indéfini pour l’enfant qu’il était, mais dont il percevait en sa chair la troublante étendue. Sirène qu’il chercha sur toute les mers et océans, dans l’espérance d’entendre son chant, et d’y succomber, improbable absoluité...déjà.

Demain il ferait beau, et il irait en mer, se forcerait à y aller, à l’éprouver. Qui sait Diogène là serait à l’attendre pour le départ. Avait-il pressenti quelque chose l’animal ? Que pouvait-il savoir de ce qui se passerait à Paris, ce n’était qu’un oi-seau ! Qu’importait à ce goélands la décision qu’il avait prise, l’accord que lui et l’éditeur avait passé ! Surpris par l’abattement qui c’était emparé de lui il en avait presque oublié le positif de son voyage, ces rendez-vous forts intéressants avec les chercheurs du CNRS qui l’avaient écouté avec sérieux et intérêt, lui promettant une aide dès que cela leur serait possible. Et puis quoi ! Un livre relatant son périple agrémenté de jolies photos ce n’était pas rien, ni une trahison ! Il fallait qu’il y voie un début, une sorte d’amorce, et que bientôt il aurait les moyens de ses désirs. Rien n’était perdu, rien, nullement, ce n’était qu’un contretemps, voire une opportunité, le moyen de remettre ses idées au clair, d’être moins brouillon, plus pragmatique. Il saurait déchiffrer la partition des ondes, ce n’était qu’une question de temps et de volonté... et cette volonté, il l’avait, chevillée au corps et à l’âme. Il jeta un dernier regard sur l’océan perdu avant de repartir, et dans la pénombre qu’éclairaient partiellement et périodiquement les deux phares. Dessus celui qui était opposé au sien, il put brièvement distinguer la silhouette d’un grand oiseau qui le regardait.

Partager cet article

Repost 0
Published by Etsivousosiez - dans Nouvelle
commenter cet article

commentaires

valdy 17/11/2011 16:51



Allons nous faire un pas dans un monde où bêtes et hommes parlent le même langage ? mais nous sommes déjà dans celui où homme et oiseau partagent la musique ...



Etsivousosiez 17/11/2011 18:18



Je nesais pas les idées viennent ainsi  a fil de l'écriture et des choses que j'ai en moi et ressortent de ma mémoire...j'ai tellement lu et appris depuis l'enfance...alors cela ressort


là j'essaie justifier l'idée départ et la fn, de ne pas toujours décrire l a mr ce qui lasserait


j'écris  sans trop recul ni informationspour dire de la finir mais s j'en fais un roman je travaillerai plu s dssus