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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 18:41

Assez difficile d'écrire ce jour, j'ai pris beaucoup de retard de ce fait, je pensais finir cette nouvelle ce dimanche... j'essaierai d'écrire ce soir et demain afin mettre un terme rapidement à cette écriture, afin d'honorer l'idée magnifique de Valdy comme promis. C'est assez dur car compliqué de me concentrer avec tout ce que j'ingurgite comme médicaments, et la douleur qu'entretient la position assise (désolé vous raconter  mes petites affaires de santé) puis faire une longue pause, et chercher un site plus approprié à l'écriture longue, ou alors faire un roman. Bonne lecture  à ceux et/ou celles qui  se sont attaché(e)s à cette histoire qui traine en longueur :-)

 

La nuit, vent contraire, mer à peine agitée, vitesse réduite, journée à tirer des bords le long de la côte atlantique de cette chère France... là à tribord, devrait être le golfe de Gascogne, dans l’air Sting qui chantait, et Clapton qui l’accompagnait de la gratte, et sur la rambarde, le grand Labbe qui se demandait ce qui se passait, car non habitué à une telle musique alors que la nuit était tombée. Etant donné les risques de collision, du fait de l’abondance des bateaux de pêche dans les parages, il avait mis en fonction le radar,  voilà qui sentait le retour à la civilisation, cela en était les prémices.

 

Un tour du monde en solitaire, pas si simple de reprendre une vie à terre ! Ce n’était pas rien que de partir ainsi. Certes il avait participé en 89 au premier Vendée Globe, tour du monde en solitaire non stop, sans assistance ni escale. L’aventure ultime, le grand doute et les interrogations qui s’ensuivent, le grand frisson de l’inconnu sur un 60 pieds, monstre conçu pour l’épopée sauvage et maritime, mais là, ce qu’il avait vécu tenait d’autre chose, participait d’une autre émotion, et le retour n’avait de ce fait pas le même sens, ne posait pas les mêmes questions et problèmes. L’arrivée d’une transat c’est aussi passer du rien des autres, sinon la radio, au tout des autres, en plus des radios ! Mais c’est aussi valider la performance, la rendre tangible et reconnue, l’aventure devient alors un partage, une sorte de troc, d’échange, dans le sens ou l’on donne un peu d’elle et de soi, pour obtenir  en retour la notoriété, la reconnaissance, celle qui permettra de continuer, de faire perdurer le bonheur, ce besoin d’adrénaline et de plaisir. Donc le retour sur terre prend une autre signification, nonobstant l’angoisse et la déroute qu’il génère, ce brouhaha des foules et cette agitation autour, si différente de celle de la houle. Cette obligation subite d’entrer dans la mouvance et l’artificiel, de passer d’un univers à un autre sans transition, sans préparation... conditio sine qua none et paradoxale de celui qui doit accepter ce qu’il cherche à fuir pour pouvoir fuir ! « It’s probably me ».

 

Dans les jours à venir il n’aurait pas à affronter les foules, à rendre des comptes, à s’expliquer, à se montrer, mais forcément il devra se remettre au rythme de la vie d’un terrien, changer de praxis et de praxie, se compromettre aussi... se devra de retrouver des repères et surtout de s’adapter à ce nouvel horizon qui se présentera à ses yeux, ce monde restreint et fermé, aux limites concrètes et tangibles...  cet univers où les mouvements seront bien différents, et l’attention autre, un monde dans lequel sa vigilance ne sera plus dévolue à la seule guidance de sa route, et l’observation placide du décor, mais mobilisée par la relation à autrui, par les règles communes... où son corps n’éprouvera plus ce bercement continuel de la houle, mais la réalité de l’attraction terrestre, sa raideur, sa rigidité... sa pesanteur. Le ciel n’y sera plus une étendue mais une sorte de couvercle, le soleil deviendra synonyme de jour et de beau temps, et les étoiles marqueurs de la nuit. Combien même son espace de vie fut restreint aux dimensions d’une goélette, il se retrouvera à l’étroit durant un certain temps dans son existence de tous les jours.

Durant un an il avait pris le temps, loin de l’immédiat, sinon dans la manœuvre, tout entier de lui, tout à la contemplation et au ressenti des choses et des sons, sans réelles contingences sociales, sans devoir rendre compte, ni se préoccuper des regards et des avis, des circonstances et de l’obligeance. Durant ce voyage il avait pu échapper au fatidique constat de Sartre, et s’éviter la nausée, ce perpétuel barbouillis afférent au constat de n’être que partiellement et confusément soi, soi par l’inévitable et nécessaire prisme des regards exogènes. L’enfer des incertitudes.

 

Il regardait la mer, comme Diogène le faisait aussi perché à l’avant du navire. Bizarrement ce dernier n’était pas parti faire son petit tour habituel, comme s’il sentait que quelque chose se passait, se tramait et qu’il ne devait pas s’éloigner de la goélette. Qu’allait-il devenir dans ce monde si différent du sien ? Pensa-t-il en regardant le grand Labbe. N’aurait-il pas du le chasser, aller contre sa volonté d’animal libre ? Toutes ces questions lui rappelaient les énoncés de philo du bac, et le firent sourire... peut-on être libre ? La liberté est-ce le droit de tout faire ? Peut-on être libre en société.... etc etc. bref, pour permettre au grand Labbe de rester libre n’aurait-il pas dû agir en le contraignant, en agissant contre sa volonté ! Il verrait bien, et de toutes façon l’oiseau pouvait s’en sortir seul lui, il avait des ailes, saurait se trouver sa pitance, il ne dépendait pas de l’homme... il n’était pas un enfant... son enfant. Chacun avait accepté le choix de l’autre sans attente ni requête ! C’était à Diogène de se prendre en charge, il avait déjà assez de tracas comme cela pour se soucier de l’avenir proche d’un goéland exotique !

 

Au départ de cette aventure il n’avait pas pris en compte le retour, le choc que serait ce retour, ni même qu’un changement pouvait se produire en lui et modifier sa perception des choses, de la vie. Il était parti à la recherche de la musique des océans, cette musique entendue partiellement au cours de ses longues courses en mer, et qu’il pensait pouvoir écouter plus tranquillement, plus intensément, transcrire même. Au fil du temps il avait pris conscience qu’elle n’était pas si simple à découvrir, à percevoir, qu’il fallait des conditions, que son oreille absolue ne suffisait pas... au point qu’il douta même de son existence, que peut-être tout cela n’avait était que des mirages, des illusions auditives... Mais il ne s’était pas découragé, avait procédé autrement, su modifier son approche, la rendre plus scientifique, moins émotive, sans pour autant perdre ce fil conducteur qu’était la capacité de s’émouvoir, et ramenait là des milliers d’enregistrements, de notes, d’images et d’impressions, et qu’avec du temps, du travail, de l’aide, et du recul... il saurait mettre à jour cette musique des éléments, son solfège... Rendre perceptible cette mélopée que certainement les premiers hommes entendaient avant que n’apparaisse la leur, et tous ces bruits qui avaient peu à peu rendues nos oreilles insensibles à ses fréquences et harmonies.

Tout cela prendrait du temps, demanderait un investissement total et profond de soi, de retourner sûrement sur d’autres mers, d’autres lieux dans d’autres conditions, il restait tant à collecter, à éprouver. En pensant cela il  réalisa que ce retour était aussi un départ, un début et une fin tout autant, puisque le dernier challenge qu’il avait prévu de relever, il ne le relèverait pas, et que jamais il ne participerait à The Race, sur ce magnifique trimaran que son ami architecte marin avait dessin pour lui, cette incroyable course en équipage qui aurait été l’apothéose d’une incroyable carrière... Le plus bizarre en ce moment de rupture, c’était qu’il n’éprouvait aucune tristesse, ni même de mélancolie ou de regrets, mais plutôt une sorte de béatitude, d’agréable satisfaction. Tout en regardant Diogène qui le regardait il se demanda si ce dernier n’avait pas compris avant lui ce changement profond, radical, et que c’était pour cela qu’il n’était pas parti !

 

 

 

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Published by Etsivousosiez - dans Nouvelle
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commentaires

Céleste 31/10/2011 15:53



je n'avais pas saisi que vous aviez un souci de santé : que vous arrive-t-il donc si cela n'est pas trop indiscret ??? Bisous mon cher poète



Etsivousosiez 31/10/2011 16:05



Des problèmes neurologiques douleurs projetées