Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Recherche

Articles Récents

1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 14:36

Façade d’aujourd’hui pour des fondations d’hier

 

 

Dans l’épaisseur de sa nuit intérieure il attend depuis si longtemps un rayon improbable, une lueur à suivre, une étoile guide pour échapper à ce crépuscule sans fin. Sans cesse Jean repousse tant bien que mal ces démons du dedans, dans un combat éternel commencé il ne sait quand mais qui ajoute chaque jour cicatrices sur cicatrices. Il attend, il attend il ne sait qui, il ne sait quoi, répétant cet espoir comme une antienne, une mélopée de survie qui l’enivre et atténue la douleur… Il attend ce souffle tiède au creux de l’oreille, ce regard qui instille silencieux le besoin de vivre ! Il attend, oui il attend un incertain réveil, une aube nouvelle signifiant qu’enfin la nuit s’en retournera ailleurs ! Il attend ces mots qui bouleversent et tailladent la chair, ces mots de jamais qui savent faire frémir les viscères de l’âme, ces mots qui versent les larmes, ces mots inouïs qui savent dire et réveiller l’indicible ! Oui ! Il attend, et toujours attend, comme un enfant perdu dans la pénombre et se cache en lui, comme un petit qui pleure en silence pour ne pas attirer les ogres ! Comme une âme fragile qui se terre et se meurt du dedans parce que dehors il fait nuit, brune épaisse et terrible, sorgue de forêt, de moyen âge, où le mal a fieffé la campagne et les bois pour dépecer et engloutir ceux qui s’y perdent. Alors il attend cette main chaude qui prendra la sienne pour s’en retourner dans la lueur reposante d’un demain sans ombres maléfiques et au sommeil sans démons !

Chaque soir allongé sur son lit il écoute ces musiques d’autrefois, ces notes qui font danser l’âme dans une ivresse souvenir, chez lui, à l’abri du monde d’aujourd’hui, en lui, caché des regards frustes d’un quotidien qui se répète comme une photocopie inlassable. Jean se terre pour être, Jean s’enfouit dans ce terrier de béton, se dépiautant chaque soir pour redevenir lui-même, avatar quotidien d’un printemps qui recommence inlassablement à l’abri du soleil et dont les rayons imaginaires.

Ces musiques de jeunesse, ces livres, ces rêves, ces idées qu’il range à peine dehors dans ses rayons intérieurs pour n’en sortir que le banal, l’acceptable dans cette existence de parade et de compromission. Jean l’ouvrier, Jean de la cité, fossile d’un âge oublié, Jean que fais tu dans cette grisaille alors que le soleil de demain devait éclairer les jours à venir ? Jean, oh Jean, que fais tu sur ce toit dans la nuit qui s’étale ? Pieds dans le vide et l’esprit torturé, qu’as tu fais de ta vie, ex voto d’un miracle impossible ?

Jean qui se lève, Jean qui pointe, Jean qui fait semblant sans cesse et se démasque chez lui, qui ouvre une boite festin de raviolis et regarde un film en noir et blanc parmi les canettes vides et la fumée bleutée de mégots ! Un plafond spectacle scène des souvenirs en couleurs pour des nuits qui se traînent et des insomnies putains ! Des songes éveillés, la vie qui se débobine, des sanglots oubliées qui sourdent en silence, des petits matins fripés et des gestes lents, des nausées de fausse cuite, une vie en fardeau, une vie comme un trait que l’on trace à la règle sur la feuille du temps, bien droit sans bavures ni méandres, sans détours, sans hésitation dans la géométrie de l’habitude.

Jean qui rit, Jean qui pleure, des éclats insignes de la banalité des jours d’autrui, des sourires en réponse aux sourires, des mots qui contrefont les mots, des gestes pour des gestes, un dialogue répétitif comme un texte d’ambiance, dans cette pièce d’un théâtre de rue. Des larmes, en silence, des larmes retenues, un chagrin interdit qui ne cadre pas parce qu’il ment aux autres pour survivre, car il se ment pour exister !

Et ceux là qui se tiennent ici en décor, qui attendent ce qui jamais ne viendra, comme les zombies d’un univers immobile, fades prêts à tout pour un rien, pour une miette d’avoir en espoir d’être, pour ce qu’ils ont et non plus pour ce qu’ils sont, car ils ne sont rien, ils ne sont plus ! Ils errent charognards de leurs pulsions, avides de ces frissons fugaces qui font bander les chairs affamées, jouisseurs cursifs des secondes, additionnant plaisirs et envies au mépris d’eux-mêmes, de ce qu’ils devraient être : des êtres humains. C’est comme une mauvaise odeur dont il ne peut se départir, comme ce relent de mort qui s’accroche à la peau... ils sont là les odieux, partout dans la cité qui résiste dans ses murs. Jean les contourne, les évite, mais chaque jour ils s’approchent, se rapprochent, dévorant à grandes dents abruties l’espoir, le possible…la vie ! Ils se baffrent, postillonnent et réclament dans leur bousculade incessante, oublieux des chemins parcourus avant eux ! Ils se battent dans la foire à l’encan de la possession des choses, grattant ce ticket à quatre sous d’une loterie sans véritable gros lot…chiens en bave dans ce combat sans vainqueur qu’est leur destin ! Moi ! Moi ! Entendez leur message, cette revendication première, oui moi ! Moi ! Ils conjuguent la vie à la première personne, si singuliers et si peu pluriels, de l’indicatif ils n’écrivent que le présent n’usant que d’une seule désinence, la ritournelle infinie du je pour un jeu sans musique ni règle, longue partie de solitaire. Jean gladiateur pitoyable que fais tu dans cette arène en costume de combat ? Jean pourquoi vouloir à tous prix devenir martyr d’une religion de façade sans temple ni église ni même fondations ?

La nuit sent la mort et le vent caresse son visage, ses pieds balancent dans le vide. Les odieux plus chaque jour s’installent sans mesure ni respect, ils pépient puis réclament et enfin ils prennent, tout, tout ce qu’ils peuvent prendre dans ce monde d’abondance comme si demain était le dernier, et que jamais plus le soleil sur l’horizon de l’orient serait une aurore.

Jean regarde la ville qui scintille au loin tandis qu’en bas les zombies se réveillent et sortent de l’enfer. Ils ont faim, une faim insatiable, cannibale et sans limites

Partager cet article

Repost 0
Published by Etsivousosiez - dans etsivousosiez
commenter cet article

commentaires

Marie-Claude 15/04/2012 18:53


je préfère ce Jean à tous ces "je" du jeu ... je voudrais pour lui un coin de ciel vrai bleu, des rayons chauds d'un soleil qui pour lui se cache, des mots enchanteurs lui donnant un "la" ton de
l'avenir qui reste par lui à écrire ...

Etsivousosiez 15/04/2012 19:34



Merci pour lui, son avenir romanesque est dans les chapitres suivants :-) du roman



ceciliabulle-bulle-bulle 01/04/2012 18:26


Jean, je voudrais le prendre dans mes bras, lui souffler quelques mots, mes secrets. Un jour sera venu l'heure pour lui, pour moi. Ma souffrance sera là de ne pas le lui avoir dit une dernière
fois, parce que c'est là, c'est tout.


Aujourd'hui, j'ai perdu quelqu'un, je pleure mais je lui ai dit.

Etsivousosiez 02/04/2012 19:18



Condoléances et courage pour cette perte



Hécate 01/04/2012 15:27


En quelque sorte ,oui...Ce n'est pas le seul épisode que je lis chez vous ( ma mémoire me le murmure ) .Tant de télescopages en moi ! ...Tant de sollicitations multiples me viennent ! Un
ouvrage de plus de 400 pages m'a été envoyé ,à lire sur écran dernièrement .


Mais oui ,si ce texte en son entier n'est pas trop long  pourquoi pas . L'écriture en est attrayante .Sinon ,aurais-je laissé les méandres de ce commentaire se hasarder ainsi 
...:)

Etsivousosiez 01/04/2012 15:30



Merci d'apprécier en quelque sorte ce texte :-)


Vous devez être pas mal sollicitée étant donné votre  talent de lectrice et rédactrice, je ne veux pas ajouter à votre fatigue visuelle, vous yeux ne sont que trop précieux et me lisez déjà
beaucoup


tendrment



Hécate 01/04/2012 15:11


Je vous lis...dans la continuité de ces chapitres des mots ,des maux de cette boîte de Pandore ..."Mesure d'une obsession "... Pandémonium des cités ...


Vos phrases ouvrent un flot d'images ,de correspondances que je crains de ne savoir exposer ici ...de peur de m'éloigner ,involontairement de ce qui vous vouliez dire  en les écrivant
...Le risque d'une dérive est le propre des textes si chargés de sensations qui n'appartiennent qu'à celui qui les libère en les livrant ...qu'ils se se métamorphosent recomposant d'autres
symboles . Tout oeuvre est soumise à ce risque ...Mais n'est-ce pas là ,la destinée de tout ce qui est écrit ?...


Sans frontières sont les mots ...et les apparences si fragiles ...en leur itinéraires intimes.


                                                                                                     
Bien à vous

Etsivousosiez 01/04/2012 15:14



oui une texte est une porte qui s'entrouvre... chacun y voyant son midi :-)


Est-ce une façon de me dire que vous aimez cette écriture ? :-)


Je vous enverrai ce roman il est assez court