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22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 13:32

Chose promise, chose due...voici donc une vieillerie de mon disque dur... à l'époque dont je parle, dans ce petit texte, il n'était pas facile de trouver des endroits où mettre les enfants quand les parents voulaient partir sans eux. Les miens  avaient trouvé cet orphelinat qui acceptait de prendre de nosu prendre  contre un peu d'argent, et donc j'ai passé quelques vacances avec mon frère dans cet établissement... lui  a vécu cela très bien... moi...à vous de voir.

 

Dans ce grand dortoir parsemé de petits lits, les âmes fragiles s’égaillaient dans des rêves diffus qui venaient butter sur le haut plafond, chacune courant après son papillon inventé. Décalés, les souffles disaient que les enfants dormaient et que la vie s’était mise en sourdine. Dans ce lit étroit et bien aligné je ne dormais pas, assise auprès de moi la peur me tenait compagnie. Dans ce dortoir d’orphelinat, au début des années soixante, tandis que les enfants sans parents s’assoupissaient et cherchaient au bras de Morphée leur hérédité oblitérée, moi petit garçon placé pour un temps de vacances, je me demandais quand les miens s’en reviendraient.

J’avais froid, dans la chair comme dans l’âme, mon frère n’était pas loin, dormant sans inquiétude, reposant son corps fatigué des courses du jour, n’attendant que demain pour recommencer, sans aucunement se tourmenter. Vacances ! vacance de parents pour des nuits de terreur, sourde, discrète comme pour montrer que j’étais grand. Mais dedans, dedans, comme je tremblais et comme je pensais et pensais à n’en plus dormir, n’en plus vivre puisque maintenant je suis bien incapable de savoir ce que je faisais lors de ces jours…qui encadraient les nuits !

Les nonnes, noires et blanches, pie à cornette du seigneur qui nous punissaient d’un péché originel sempiternel, comme pour nous châtier de ne pouvoir être nos mères ! Comme si la vie grouillante des enfants était une honte, un crachat à leur dévotion et ses privations obligées. Petits bâtards de Dieu témoignage d’un stupre honni ! C’était comme un infini obscur duquel ne perçait aucune lumière, un voyage à tâtons sans relief, longue nuit d’attente, recroquevillé afin de se sentir soi même ! Aux aguets, gibier d’un prédateur invisible, proie de la nuit sans défense, sans repère, oublié de tous, invisible et ne pouvant crier…hurler ! Je cherchais un réconfort, en vain, et pleurais secrètement mes larmes intérieures. Pourquoi ne pouvais je me fondre dans le quotidien des autres, entrer dans les rondes et ne plus voir l’insupportable de l’évidence ?

Dans le dortoir de la trinité, niché dans des draps froissés et glacés, j’écoutais les souffles des orphelins, je n’étais pas comme eux, n’avait pas ce costume de la chiourme infantile, et pourtant je n’avais plus de parents ! Chaque nuit n’était que l’attente de la suivante afin que le jour du départ s’en vînt au plus vite ! J’ai oublié les instants qui ont déroulés les heures de cette époque, ne retenant que l’angoisse de leurs crépuscules.

Voyage de l’aller en compagnie de mon père avec au ventre ce doute qui disait, bien avant que n’arrivât, le drame que quelque chose se tramait ! Ces paysages qui m’éloignaient petit à petit d’un horizon familier ! Cette fausse bonhomie d’un homme qui ne voulait voir l’angoisse qui s’inscrivait pour toujours en mon âme torturée. Est-ce cela que le condamné ressent à l’approche du gibet ? Est ce cela qui fait frissonner le cuir du bétail en route pour l’abattoir ?

Elles semblaient avenantes et gentilles, les sœurs, tout le temps que mon père était là. Moi je ne voulais imaginer qu’il allait repartir ...seul. Je m’efforcer de me mentir, de croire que nous n’étions venu que pour une visite ! Je me payais grassement de mots et d’illusions, repeignant l’évidence de ma candeur inquiète. Car à chaque fois il repartait, seul, tandis que nous jouions sans donner le moindre signe tangible de détresse sous le regard faussement tendre des fiancées du Très haut. Et lorsque la voiture paternelle disparaissait au bout du parc, alors la pièce changeait de décor mais aussi de livret et de dialogues ! Moi, tandis que la mère supérieure nous confiait à l’une de ses sbires moins paterne, j’entendais au-dedans le lourd bruit de cette porte invisible qui se refermait.

Dans cet immense réfectoire j’ai passé des après midi face à des assiettes qui refroidissaient tandis qu’au dehors résonnaient les cris des gamins repus et rassasiés. De longues après midi silencieuses à ne pouvoir déglutir ces bouchées longuement mastiquées, coupable d’un crime dont je n’avais pas conscience, gourmandé par des âmes nobles et martyres. Il était mal de ne pas manger ! Ma diète était péché !

Dans un orphelinat lointain, au début des années soixante, j’ai compté des secondes à rallonge, j’ai appelé sans bouger les lèvres mes parents chaque nuit, j’ai lu dans le regard des âmes dévotes des cruautés incroyables. Tout me semble n’avoir été qu’un mauvais rêve, et pourtant je sais que cet enfant qui cherchait à comprendre pourquoi, pourquoi parfois ses parents devaient l’éloigner, a cessé de grandir à jamais, et que maintenant, chaque nuit, la peur réclame sa place à son côté. Je sais pourquoi au-dedans l’enfant ne cesse de murmurer une prière sans réponse !

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Published by Etsivousosiez
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commentaires

valdy 23/05/2011 20:40



Ecriture, ressenti, c'est vous, indéniablement....


Valdy


 



Etsivousosiez 23/05/2011 20:46



cela est bon d'avoir de tels regards sur mes écrits... qu'ils touchent autant... je dois en avoir d'autres je chercherai demain  dans le bric à brac de mon disque dur:-) suis assez brouillon
pour les rangements :-)


encore...merci



ceciliabulle-bulle-bulle 22/05/2011 20:16



Alors là, vous êtes magicien...j'ai reçu 2 mails me disant que vous aviez répondu à mon commentaire et rien n'apparait ! waouh ! :o)))



Etsivousosiez 22/05/2011 20:19



euh c'est pas moi là qui merdouille :-) c'est l e machin  over-blog :-)


j'ai répondu à vos commenatires d'avant



ceciliabulle-bulle-bulle 22/05/2011 19:58



Réveil n'apparait pas...erreur de manip ? ;))) vous vous êtes endormi ;)))



Etsivousosiez 22/05/2011 20:12



Oui erreur le mettrai demain :-)



ceciliabulle-bulle-bulle 22/05/2011 19:55



Le sentiment d'abandon...toujours en vous...ne plus avoir peur...se dire que l'on peut vivre seul...un travail pas toujours simple.


Ma mère et ses soeurs sont aussi allées à l'orphelinat pendant une période qu'était la guerre.  Je ne l'ai jamais interrogée. Je le ferai.


a vous lire, j'entend ce petit garçon,  je l'imagine parfaitement. Ses émotions nous traversent. Beau travail...à suivre peut être ?



Etsivousosiez 22/05/2011 20:12



Ce fut une période dure mais brève durant les vacances car mes parents ne trouvaient pas de colonies..cela m'a marqué à vie mais sûrement parce que j'étais trop sensible :-)


pas de suite mais d'autres petit smoments difficiles que j'ai mis en texte... les mettrai sur blog


merci à vous la bulle bulle



Céleste 22/05/2011 19:18



je comprends,  cela a de quoi laisser de durables bleus à l'âme !



Etsivousosiez 22/05/2011 19:25



oui...