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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 17:31

Bon voici un extrait d'un autre roman (A la demande générale de...Dame Céleste)... pour Cécilia bulle bulle... je vais situer le truc sans trop en dire, car sinon s'il est publié un jour ce machin le peu de lecteur possibles (vous) ne l'acheterait pas :-)

Cet extrait est assez dur mais le contexte du roman l'est...la deuxième guerre mondiale et les camps...C'est une histoire d'amour, d'amour absolu, je sais comme toujours, mais je suis ainsi...j'écris les histoires que j'aimerais lire ou vivre peut être...j'ai toujours vu (peut être à tort) l'amour comme une absoluité...

En gros un type désabusé après défaite de juin 40 va voir sa vie totalement bouleversée par une rencontre...et reprendre sens...au point de s'oublier et supporter le pire de l'horreur...par amour.

Attention ne lisez pas si cette période de la guerre vous dérange, je n'ai rien inventé...j'ai eu beaucoup de scrupules à oser situer mon histoire dans les camps...à utiliser l'horreur... mais depuis toujours suis intrigué par cela, par ce pourquoi et comment les êtres pevent aller aussi loin dans l'abomination... et me suis toujours demandé ce que j'aurais fait moi! Indifférence? Salaud? Résistant? Lâche?

Je ne sais pas...  je comprendrai que cela vous choque et m'en excuse à l'avance.

 

René pose sa main sur l’épaule de la kapo pour qu’elle cesse d’importuner ce petit corps qui arrive à peine à se mouvoir.

 

- Das ist gutt ! Danke schonn[1].

 

Pour la calmer et l’inciter à partir il sort tous les présents de ses poches et les déposent sur la couche voisine. Aussitôt fait l’inventaire rapide de son salaire, s’étant attardée sur les dents en or, elle disparaît dans sa chambre à l’entrée du block.

 

René regarde cette forme recroquevillée, si menue qu’elle ne parait plus être un être humain. Au pied du grabat sont posés deux seaux, l’un empli de déjections et l’autre d’eau, il les déplace tous les deux et s’assied sur la paillasse, évitant de se cogner à celle du dessus. Franca remue à peine, elle semble sangloter, c’est comme un petit couinement d’enfant, d’enfant qui se plaint, qui souffre sans pouvoir l’exprimer tant il est épuisé par la douleur. Il n’ose la toucher ni parler, il ne sait même pas si c’est elle. Que peut il lui dire ? Sa seule présence est un doux réconfort, justifiant tout ce chemin de douleur, ce chemin d’ignominie qu’il suit sans halte depuis ce trouble du baiser de Camille. Elle est là auprès de lui luttant pour survivre, comme elle le fait depuis toujours, combattante de cette insigne liberté qu’elle a faite sienne. Son corps se soulève petitement et régulièrement, halètement rapide d’un petit animal qui se meurt, qui tient de toute la force de sa volonté, mais qui n’en peut plus, qui s’accroche, qui s’accroche au-delà du possible.

 

René se penche sur elle, et lentement, d’un mouvement délicat des bras, l’a fait pivoter afin que son visage soit éclairé par la lumière diffuse venant de l’entrée. Elle se contracte et geint à peine commence t il à la mouvoir, se refermant plus encore. Il sent qu’elle n’est plus que peau et os, que son organisme a fondu au-delà du supportable, que chaque contact est souffrance pour elle, que plus rien de son être n’est humain hormis ce souffle agité. Elle lutte dans cet immobilisme contraint, dans cet abandon de sa chair, concentrant son reste d’énergie pour maintenir sur ce lien ténu qui la rattache à la vie, refusant la soumission dégradante de mourir ainsi, ici. René ne sait plus s’il doit continuer ou partir. Il n’a pas peur de ce qu’il risque de découvrir, Franca continue d’être belle même dans cette totale déchéance, il sent dans ces petites oscillations de sa poitrine la force qui l’anime, cette force résiduelle si belle, si fascinante, cette force qui vainc toutes les répressions, et résiste aux outrages.

 

René la regarde sans plus la toucher, son visage est hâve et décharné, sa peau jaunie, constellée de taches violettes d’hémorragies sous cutanées, adhère aux os du crâne, elle n’a plus de cheveux ni de sourcils, ses lèvres sont à vif, ses orbites noires violacées s’enfoncent dans sa face, il ne reste rien de la femme qu’elle fut, rien qu’un cadavre qui respire. D’un mouvement lent, plissant les yeux pour éviter la brûlure du jour, Franca tourne la tête vers lui et dessille les paupières pour comprendre pourquoi on la déplace. Ses prunelles sont encore brillantes, empreintes de cette vie qui lui manque ailleurs, comme si tout y était concentré. Deux globes humides, disproportionnés, paraissant lui sortir de la tête, animés d’un reste de vie  l’interrogent en le fixant sans même ciller. Elle cherche l’affrontement, à s’opposer avec la seule arme qu’elle possède encore, faire front jusqu’au bout, montrant qu’elle n’a pas peur, même pas de la mort qui rode.

 

- Franca n’ayez pas peur ce n’est que moi, rien que moi, ne perdez pas le peu de force que vous avez à me répondre. Je suis venu pour… Vous êtes belle Franca, personne ne pourra jamais vous ôter cette beauté magnifique, personne, et c’est pour cela que je vous…

 

Franca maugrée et se replie d’un coup sous la douleur d’une convulsion qui lui déchire le ventre, son souffle s’accélère, elle gémit à peine tant elle est faible, la paillasse semble immense tellement son corps se referme. René ne sait si elle l’entend, si ce qu’il dit l’aide ou au contraire provoque ces douleurs viscérales. Il est désemparé, Franca se meurt, se vide devant lui, nouée par les déchirures de son abdomen, usée par l’anémie et les fièvres, arrivée au bout, au bord de l’épuisement physique. Voulant bien faire il essaie de lui donner à boire avec une gamelle qu’il a remplie dans le seau. Au contact du métal elle entrouvre les lèvres et lape avidement le liquide pour aussitôt dégluti le régurgiter dans des violents spasmes mêlés d’accès de toux, éclaboussant la literie et René. Cette réaction violente, contraire à son attente, le paralyse et il ne sait plus que faire tant la jeune femme semble souffrir. Puis épuisé elle se referme, les convulsions se calment, elle n’a plus rien à vomir.

 

Franca ferme lentement les yeux, incapable de maintenir l’effort pour garder ouvertes ses paupières. René est souillé des ses vomissures mais n’en ressent aucun dégoût, il a vu bien pire. Il repense à leur étreinte, à cet instant magique, à ce regard fier et provoquant qu’elle avait en le chevauchant, à sa façon de le renifler tel un animal curieux qui cherche à savoir qui est l’autre avant de se donner. Il revit ce baiser interminable et l’attente sensuelle de leurs langues. Tout est intact, aussi fort qu’en l’instant d’alors, rien ne peut altérer ce souvenir, même pas les boches et leur usine d’attrition des corps. Il met sa main dans la poche de sa blouse et en sort une fine chaîne d’or ornée d’un petit pendentif serti d’une pierre précieuse. C’est Jórzu qui lui a donnée hier soir en lui recommandant de bien la cacher. Il n’avait rien demandé. Avec précautions, sans trop la bouger, il passe ce collier autour du cou de Franca, relevant ensuite le col de son uniforme afin de cacher le bijou. Il sait très bien que la kapo ou une autre détenue le subtilisera à la première occasion, mais qu’importe, seul compte l’instant de ce geste. La jeune femme continue de respirer petitement, émettant parfois un gémissement suivi d’une convulsion légère, puis le retour au calme revenu seuls les faibles mouvements de se épaules trahissent sa respiration et disent qu’elle vit encore.

 

René se lève, passe sa main au dessus de la tête de Franca, sans la toucher, mimant une douce et lente caresse puis se penche pour lui regarder l’avant bras, et sort de la pièce puis de la baraque. Il pleure, à la mesure de ce que la jeune femme aurait toléré, d’une larme discrète au coin de l’œil. Dehors la kapo attend mangeant un de ces délicieux biscuits hongrois qu’il lui a apportés. Elle lui sourit par politesse, pour le remercier de ces cadeaux, et donner l’illusion qu’elle compatit. Tout en le fixant avec ce sourire controuvé elle lui lance d’un ton fataliste accompagné d’un geste de la main :

 

- Es ist das Ende, sie ist kaput ![2]

 

René a compris mais ne répond pas, il fouille ses poches et lui tend un morceau de lard enveloppé dans du papier, afin qu’elle continue de s’occuper de Franca. Il craint qu’elle ne s’en débarrasse avant même qu’elle ne meure et ne finisse dans la benne d’un camion ou une brouette, moribonde, déversée devant le crématoire. Il lui fait comprendre qu’elle doit continuer à s’occuper d’elle, qu’il lui enverra de quoi la payer, que la jeune femme doit mourir au calme sur sa paillasse, et qu’il faudra, aussitôt son décès, le faire prévenir et ne la laisser partir pour la crémation qu’après. Il lui précise bien qu’il faudra s’arranger pour qu’elle aille au krématorium II et pas ailleurs. La Kapo augurant des profits qu’elle va tirer de cela lui promet qu’elle fera de son mieux en rajoutant dans les mimiques de compassion. René la quitte sachant très bien qu’elle ne fera que le strict minimum et va de suite voler la chaîne qu’il a passée autour du cou de Franca, mais qu’importe l’essentiel est ailleurs.

 

Il s’en retourne vers le crématorium II, mi triste mi pensif, il n’avait pas imaginé cette rencontre, il se doutait de ce qui l’attendait, il l’a revue et a senti qu’elle était toujours la même, au-delà du paraître, au-delà des circonstances, intègre, forte jusqu’au bout de la vie. Il sait maintenant ce qu’il doit faire et pourquoi il doit rester en vie. Sur le chemin du retour il croise des détenus qui nettoient les pourtours de bâtiments et aperçoit Jórzu qui discute avec Casimir. Il les rejoint.

 

- Déjà de retour  l’ami ! Alors tout c’est passé comme tu le souhaitais ?

 

- On peut dire cela… elle n’en plus pour longtemps, c’est pour cette nuit ou demain je crois.

 

- désolé ami, mais tu le savais en partant n’est ce pas ? C’est bien que tu aies pu la revoir. La mort est la normalité ici, c’est la vie qui est un accident. Pardonne mon cynisme René.

 

- Tu es pardonné car tu as raison, veux tu m’aider une dernière fois Joseph ?

 

- Oui bien sûr que veux tu que je fasse ?

 

- Note ce numéro et demande à tous les gars qui travailleront cette nuit et demain de conserver son corps si jamais il passait entre leurs mains. Explique leur qu’elle fera partie des morts ramassés dans les baraquements et qu’il ne faut pas la brûler, c’est impératif. Tu peux faire cela kapo ?

 

- Elle ne brûlera pas tant que tu ne le demanderas pas mon ami.

 

- Tu me le jures ?

 

- Je te le promets, je ne jure jamais !



[1] C’est bon, merci

[2] c’est la fin elle est foutue

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Published by Etsivousosiez
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commentaires

valdy 07/05/2011 19:30



Il a aussi le Choix de Sophie, livre fascinant qui raconte la beauté d'une femme et la fascination qu'elle exerce sur un gradé Nazi dans un camps d'extermination.


Ceci dit, évidemment, vous écrivez toujours bien. Et vous adorez être " border-line ". C'est ainsi, votre blog ne s'intitule-t-il pas " Et si vous osiez..."


Une autre de vos fidèles lectrices.... Valdy



Etsivousosiez 07/05/2011 19:59



Chère Valdy, fidèle lectrice, Franca s'est imposée à moi, j'ai écrit au fil de l'émotion sans plan que celui de raconter l'amour... Je ne cherche pas à provoquer pour provoquer d'ailleurs j'écris
sans avoir où je vais ni ce que j'écris...suis dans émotion, et ce roman a été larmes sur larmes...car je suis dans tous les personnages lorsque j'écris, je vi sles choses...c'est épuisant vous
savez...


Quand j'écris je en sais pas..c'est ensuite en relisant que je me demande d'où cela vient...il m'est arrivé de en pas enregistrer un texte et de le perdre...incapable de réécrire ensuite! Lorsque
j e marche en rando j'ai des phrases incroyables qui viennent, des vers mais aussitôt pensé c'est perdu si pas écrit!


J'ai écrit dans ma tête des choses mille fois plu sbelle aux instant de la nuit quand la lumière s'éteignait...


Je ne controle rien Valdy...rien!


C'est bien là mon problème!