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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 12:42

 

 

J’ai confié au vent, dans un bref murmure, un soir de lune rose et de noire mélancolie, un pesant secret, sans grand espoir de le partager vraiment. Il tenait en un soupir, en un souffle tiède, en quelques mots susurrés, expirés, comme cela, impromptus dans la fraîcheur de la nuit, sans grande prosodie, pris dans l’élan de cette grammaire d’une  émotion, et l’éloquence d’un frisson.

Je lui ai dit en quelques vibrations, à peine audibles, si vite survenues, si vite emportées, ce mystère mien, cette vérité jamais avouée, comme pour m’en départir, m’en libérer, espérant desserrer l’étreinte intérieure, et retrouver un instant le souffle de la vie. J’ai parlé seul un soir d’éclipse, dans ce vide sombre d’un ciel obscur au lointain constellé.

J’ai laissé partir, sans éclat, sans hausser le ton et la voix, dans une haleine confidente, les mots tus jusque là, ceux de mon âme, afin qu’ils s’égaillent, sans grand espoir que d’aucuns ne les retrouvent et ne leur offrent le gîte, à dessein qu’ils se répètent. J’ai hurlé, petitement, dans un bref soupir, ce que nul n’avait encore entendu.

Au spectacle de l’ombre qui se glissait lentement là haut, telle une étale et infinie caresse, atténuant la fière présence de cette lune pleine... j’ai confié au vent, un secret indicible, qu’il s’est empressé de disperser sur les champs plains endormis, dans la matité de cette brune froide au lointain pailleté.

Ces mots, à peine balbutiés, sont désormais épars, accrochés, çà et là, dans les brindilles des herbes mauvaises, esseulés, prisonniers de la rosée, dépourvus de leur signification, égards en les champs et le regain des saisons qui se répètent. La mélodie de cet aveu, allégée de ce secret émietté, aussitôt égarée dans les rafales et entortillée par la bourrasque, est désormais mystérieuse à jamais, confondue, emmêlée en les refrains du vent qui s’en revient.

J’ai confié au vent nocturne, un soir de cache-cache avec la lune, la vérité de ce que je suis, dans l’étonnement de me savoir ainsi, sans que nul ne le sache et ne s’en rende compte apparemment. Dans le mystère de l’ombre et du firmament, à l’instant de la disparition de l’astre noctambule, quand il se revêtit de rose, je me suis avoué, ressenti tel qu’en moi-même…et le vent m’a écouté sans rien dire, puis s’en est allé, tandis que de la pénombre la lune s’évadait.

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Published by Etsivousosiez
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commentaires

Dame Céleste 03/07/2011 14:38



superbe ! je me suis laissée emporter par vos mots, les douces images qui m'envahissaient ! un instant de délices !



Etsivousosiez 03/07/2011 17:04



Comment vous remercier de cette fidélité en compliments Dame céleste  lettrée et femme de lettres?


Merci à vous bise à peine sucrée afin d'éviter  augmentation de votre glycémie



valdy 03/07/2011 13:59



René Aubry aussi est un très bon choix...


Comme je suis contente que vous soyez là...



Etsivousosiez 03/07/2011 17:01



Oui Aubry, René, s'entend, m'inspire beaucoup et me donne envie d'écrire


Moi aussi suis content de vous avoir comme "lectrice" et de ce lien épistolaire



valdy 03/07/2011 13:57



C'est éblouissant Johan. Bien sûr, j'ai lu d'autres beaux textes, et j'en publie certains extraits régulièrement. Mais ce qui est incroyable, c'est que ce soit vous, presque seul et pas assez lu
qui écriviez cela. C'est bien plus beau que certains écrits édités qui me tombent des mains. Etes-vous certains que vous avez frappé à toutes les portes pour être édité ?


Votre amie en sensibilité,


Valdy



Etsivousosiez 03/07/2011 17:00



J'ai peu frappé, pour mes romans... mais trop douloureux ces lettres de refus...


Vos mots sont si forts, d'autant que vous lisez beaucoup...


Je vous embrasse et vous remercie de me regarder ainsi